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Full text of "Musiciana; extraits d'ouvrages rares ou bizarres, anecdotes, lettres, etc. concernant la musique et les musiciens"

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MUSIC LIBRARY 



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J. B. WECKERLIN 2 




MUSICIANA 

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EXTRAITS D'OUVRAGES 

RARES OU BIZARRES 

ANECDOTES» LETTA«S, ETC.» 
GORCERIlAltr LA MUSIQUE ET LES MUSICIENS 

AVEC FIGURES ET AIRS NOTÉS 



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PARIS 

GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS 

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MUSICIANA 



CLICRY. -^ IMPR. PAUL DGPONT, 12, RLE DU BAC-D*ASNiÈRES. 



J.-B. WECKERLIN 



MUSICIÂNÂ 

EXTRAITS 
d'ouvrages rares ou bizarres 



ANECDOTES, LETTRES, ETC. 
CONCERNANT LA MUSIQUE ET LES MUSICIENS 

AVEC FIGURES ET AIRS NOTÉS 



PARIS 

GARNIER FRÈRES, ÉDITEURS 

6, RUE DES SAINTS-PÈRES, 6 
1877 



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Une excellente Préface , suivie d'un livre 
ïàédiocre , peut être comparée à un air vàrik , 
dont le thème est d'un grand maître. 



TABLE GÉNÉRALE, 



Chapitre I. 
Origine, Définitions et Esthétique H 

Chapitre II. 

Titres, Préfaces et Dédicaces. 25 

Chapitre IH. 
Systèmes de notation '., .. 41 

Chapitre IV. 
Bibliographie et Variétés musicales 45 

Chapitre V. 
Les Instruments de musique 85 

Chapitre Vf. 
Utilité, Puissance et Applications diverses de la musique... 123 

Chapitre VU. 
Anecdotes biographiques 137 

Chapitre VIII. 
Variations musicales .... 227 

Chapitre IX. 
Lettres 289 

Chapitre X. 
Mémoires d'outre-tombe de H. Berlioz 323 

Chapitre XI, 
Mélanges 341 



MUSICIANA 



CHAPITRE PREMIER 



ORIGINE, DÉFINITIONS ET ESTHÉTIOUE 



Le chant est né avec le monde habité ; les instru- 
ments n'ont dû paraître que bien plus tard, leur 
structure, même informe, exigeant déjà une cer- 
taine habileté de mains, et ne pouvant venir qu'après 
Tobservation des sons musicaux produits par la 
voix humaine ou celle des animaux. 

Jubal devait être un de ces premiers observateurs. 
Les temples d'Isis et d'Osiris résonnaient au son 
des cythares canopîennes. D'après Strabon, les 
prêtres de Cybèle n'offraient de sacriflces à la déesse 
qu*au son des instruments. De même, à Délos, tous 
les .sacriflces étaient accompagnés de musique. 



4 MUSIGIANA. 

Dans TArcadiè on apprenait aux enfants, dès Tâge 
le plus tendre, à chanter des hymnes, des péans^ en 
l'honneur des dfeux. 

Les disciples de Zoroastre commençaient leur 
journée par le chant, afin de préparer leur âme à 
des impressions nobles et élevées ; ils terminaient 
également leurs travaux par des chants dans le 
mode lydien, pour se recueillir. 

Ainsi chantaient tous les peuples pour honorer 
leurs divinités, ainsi ils chantent encore. 

Les sages, en Perse, saluent le lever du soleil 
au son des harpes d*argent. 

Le brahmine célèbre l'aurore au bord du Gange 
par des chants. 

En dehors de Tusage de se servir de la musique 
pour honorer la Divinité, les premiers peuples po- 
licés ont été unanimes à l'adapter et à la joindre à 
leur lois ; ils lui doivent môme une partie de leur 
culture. . . 

Lyciirgue, l'austère législateur grec, était per- 
suadé que la musique seule pouvait contenir, 
un peuple iarouche. 11 gagna le chanteur Tha-, 
lès, qu'il attira de Crète à Sparte, afin. de l'aider 
dans Tapplicatiou de ses lois. Terpandre avait noté 
ces lois en musique. . 

Eu uii mot, la musique... législative, forme sous 
laquelle nous rie la connaissons plus, joua un rôle 
important lors de la fondation de cette héroïque 
république de Lacédémone. ! 

Lô grand Orphée, avec sa lyre, adoucissant la 



ORIGIMES, DËFINITIONS ET ESTHETIQUE. 5 

fureur des lions et des tigres, émbûvant les pierres 
çUês-Qiêmes, ti'art*il pas vainCuIes esprits infernausL 
eux-rmênies? Et movit Amphion lapides canendo. 

C'est aux sons de la musique que les. Israélites 
TP&t au cQmbat. Josué se présente devant Jéricho» 
les ^pt grands prêtres embouchent la ti^mpette, 
dont le son enflamme le courage des combattants ^ 
et Jéricho tombe. 

. Nous ne, possédons que les cantiques ou psaumes 
du roi David, mais il a dû faire des chants de 
giierrei non parvenus jusqu'à nous ; peut-être cer- 
tains psaumes en tenaient-ils lieu (1). 

Les Spartiates, couronnés de fleurs, marchaient 
au combat en chantant les hauts faits de Castor; 
leurs danses mêmes savaient inspirer le courage et 
la valeur à la jeunesse. Leur corps de bataillé était 
divisé en trois chœurs : celui des vieillards chan- 
tait: c Nous avons été de vaillants combattants au 
temps de notre jeunesse. » Les guerriers répon- 
daient: « Nous vous imiterons, » et les plus jeunes 
disaient : « Nous vous dépasserons. » - • 

Ce.même.peuple fut vaincu. plnsieursiois par les 
Me§séniêns,mais Tyrtée. releva, si bien te oouraga 
des Spartiates que, retournant èFattaque, ils triom*. 
phèrent à leur tour et réparèrent leurs défaites. 

Thèbes, bâtie par Amphion, au son de la mu- 
sique, ne pouvait être détr^iite que par elle, et c^^t 
eti effet par elle qu^Alexandre s'en rendît maître. 

On remarquera que, même en faisant la part lé- 

(i) Exaud jatte DomjDus, ps.xix.— Feuedic^us Doi» /mis» çxciiis 



6 MUSICIANA. 

gendaire ou fabuleuse de ces traditions, le rôle de 
la musique n'en reste pas moins Tun des plus 
importants dans Thistoire des temps anciens. Cet 
art, même dans son enfance, a charmé tous les 
peuples ; tous se sont approprié la musique et lui ont 
donné le degré de culture que leur permettaient 
leurs mœurs et l'état de leur civilisation. 

Nous n avons pas le dessein d'écrire Thistoire de 
la musique, ce projet immense a été mis à exécu- 
tion bien des fois ; le sujet ne sera jamais épuisé. 
Il est à regretter que parmi toutes les histoires de 
la musique, celle de M. Fétis ait été interrompue 
dès les quatre premiers volumes ; l'auteur, quoique 
dans un âge déjà très-avancé, était en droit de nous 
promettre une œuvre beaucoup plus complète que 
celle de tous ses devanciers (1). 

Les notes qui forment ce volume ont été glanées 
un peu partout, et c*est plutôt le fruit de nos 
lectures qu'un ouvrage prémédité, dont la forme 
et le fonds eussent été arrêtés d'avance. 

Notre préférence a été souvent accordée à des 
livres anciens, devenus rares, et dont la bizarrerie 
nous a frappé. A ce double titre nous citerons d'a^ 
bord un : 

Fragment de la description des sept arts libéraux 
peints en T église d'Aix par ordre du roi Char- 

(1) Un cinquième volume est venu clore celte publication restée 
incomplète. 



ORIGINES, DEFINITIONS ET ESTHETIQUE. 7 

lemagne. (Chronique de Turpin, in -4" goth., 
1527.) 



LA MUSIQUE. 

« Musique qui là était peinte en plus haut état 
que les autres sciences est un art de bien et droi- 
tement chanter fort ingénieux et difficile à com- 
prendre : par laquelle science les divins offices de 
Téglise sont célébrés, par quoi elle est tenue la plus 
chère de toutes autres. 

c Par celui art les chantres en Téglise de Dieu or- 
ganisent et chantent, lequel qui Tignore est venu 
hurler comme un bœuf ou ours de Savoie, car il ne 
peut apprendre les modulations de la voix et les 
degrés d'icelle science, ni mettre différence entre 
ton et demi-ton. Il est à savoir que le chant n*est 
point selon musique s'il n'est décrit par quatre 
lignes. Par celui art le roi David avec ses compa- 
gnons chantait les psaumes dedans les instrumens 
musicaux, à l'honneur de notre sauveur Jésus- 
Christ faits formés et composés : c'est à savoir le 
psaltérion, le décacorde^ la harpe, les trompettes 
ductibles, les cymballes, le tympane, la musette et 
les orgues qui plus sont accoutumés aux églises 
que tous autres instrumens. Tous instrumens de 
musique généralement ont été tous faits par cette 
science. 

c Celui art a été composé par les voix et chants 



a MUSICUNA. 

angéliques divinement inspirés au commencement 
du monde. Qui est-ce donc qui doute que les voix 
des chantans ne soient entremêlées aux voix des 
chants mélodieux divins là-haut au ciel quand on 
chante dévotement et sans orgueil devant le grand 
autel de Dieu en son église. Je le prouve par le livre 
des sacremens qui dit : cum quitus et nostras vo- 
oes ut admïtti jùbeâs deprecaihur, c'est^Si-dire 
nous te prions, Seigneur Dieu, commander nos" voix 
adinettre avec tes benoîts anges. Donc depiiis la 
terre jusques aux cieux et aux oreilles du souve- 
rain roi éternel la voix de ceux qui chantent hon- 
nêtement et dignement est transportée. 

« En celui art grands sacremens et mystères sont 
contenus quant au sens moral,' allégorique et mysti- 
que : car ces quatre lignes esquefles musique est 
écrite, et les huit tons esquéllè elle est contenue, 
dénotent, les quatre vertus cardinales, prudence, 
force, tempérance et justice avec les huit béatitudes 
par lesquelles Tàme est garnie et honorée, 'Qui 
voudrait à plain déclarer l'honneur et profit de mu- 
sique oane le pourrait faire aucunement, à cause "dé 
sa dignité : par quoi je dis seulement avec le royal 
psalmiste que bien heureux est le peuple qui sait 
1 art de jubilation ! disant : Beatus popùlus qui scil 
jupilationem. » 

^ Le bon moine qui a écrit cette chronique de Tur- 
piii Vêtait pas, selon toute probabilïlë, un fort 
music^n, même pour son époque. Si, après tes dé- 
finitic^, ûljiires, et , copj^^ises que uous venons dé 



ORIGINES, DÉFINITIONS ET ESTHETIQUE. 9 

transcrire, il y a encore des personnes qui ne.com-, 
prennent pas ce que c'est que la musique, elles 
pourront lire avec fruit f ouvrage suivant : Essay 
des merveilles de nature et dos plus nobles arti^ 
ffces^ pièce très- nécessaire à tous ceux qui font 
profession d'éloquence^ par René François^ prédi- 
cateur du Roy. Rouen, 1621. (Le vrai nom de l'au- 
teur est Es tienne Binet.) 

« La musique est un chant recueillant harmo- 
nieusement en soy des paroles bien dites, mesurées 
en quelque gracieuse cadence de rime, ou balancées 
en une inégale égalité, doycement pèleihêlant les 
sons graves et aigus, bas et haut, fendans et per- 
çans, ou rabbatus, etc. 

% La gamme est une échelle assise sur les join-* 
tures de la main, gauche, où sont les clefs qui font 
l'ouverture du chant ! 

« Cônsonnance est un heureux rencontre de deux 
sons ou plus, qui sont mesurables, et ont je nesçay. 
quelle affinité et bonne intelligence, d'où se fait une 
alliance ou douce confusion, et un heureux mes- 
lange d'où naist la coiisonnance et accord qui con- 
tente l'oreille : mais s'ils ne s'accordent et que 
chacun fasse son cas à part, se voulant porter tout 
entier a roreille, sans s'allier à Tautre, à l'heure ils 
sont receus aigrement de l'oreille, et font un fa's- 
cheux discord et dissonnance qui blesse l'oreille et 
effarauche l'ouye. 
■::M Les anciens compositeurs (1) ne faisaient que 

(i)' I^'àdUur v6ut dira los pbëtos. 

1. 



10 MUSICIANA. 

des carmes (1) a certaine cadence de pieds, puis y 
adjoustaient quelque air, et c*estoit tout ; depuis on 
y adjousta des loix harmoniques, puis des modes 
Doriennes, Phrygiennes et Lydiennes, et avec des 
tourdions (2), meslant cela de bonne grâce. » 

« La belle forme estoit jadis fort simple, car peu 
de chordes, la simplicité et gravité estoit Texcellenee 
de la musique ; ils n*aimoient point ces chansons 
fretillardes, ces fredonssur fredons, ces voix forcées 
qui se guindent jusqu'au ciel, et se précipitent jus- 
qu'aux abysmes d'enfer, dévalant par mille crochets, 
défigurant le visage au^iasard de perdre l'haleine 
et la vie, et mille telles singeries qu'ils ne pouvoient 
souffrir, nommant cette musique effemmée et af- 
fectée : ainsi ils s'abstenoient des chants rompus et 
diminuez, n'estimant rien que la bonne grâce. 

« Pour desaigrir les amertumes de nostre pauvre 
vie, Dieu nous a donné les douceurs de la musique, 
qui est le refrain et l'écho des chansons harmo- 
nieuses du ciel, et un ingénieux amas de toutes les 
proportions et plaisirs que la nature a semez par 
Testendue de cet univers, qui ne vit qu'à la cadence 
et au bransle des cieux. Au reste, quand cette divine 
harmonie sort du jubé de nature, comme si c'estoit 
la princesse de tous nos sentimens, habillée de ses 



(1) Carme, vers, du latin earmen. 

(2) D'après Furetière; tourdion, terme populaire. Mouvement 
du corps qui lui fait faire plusieurs contorsions, le plus souvent 
déshonnêles. L'auteur ayant pris ce mot au fleuré, veut dire, sa^s 
doute des Ja la la, des vocalises, enHn. 



ORIGINES, DÉFINITIONS ET ESTHETIQUE. 11 

accords, et parée de ses fredons, elle manie et me&- 
nage nos pensées avec une puissance souveraine. 
Tout y tressant de joye, tout y bondit et rebondit , 
et danse le bransle qu'elle commande; elle deslie nos 
langues, les emparlant puissamment, elle efface tout 
les enntiys, et bannit aussi tost ces esprits familiers 
des chagrins qui tyrannisent nostre vie, elle désenfle 
les enflures de nos choléres qui nous grossissent 
le cœur, addoucit nos cruautez, recalme les orages, 
donne pointe à nos conceptions, esveille nos cou- 
rages, ouvre nos appétits, desserre la vivacité en- 
dormie de nos beaux esprits et les resjouyt, allumé 
le chaste amour de l'innocence, et par une bien 
heureuse et divine pharmacie, par le miel deé plai^ 
sirs, elle chasse le fiel dé nos passions qui pourris- 
soie4t en l'impureté de nostre sang. 

c Qui le croirait que chaque son eust son partage, sa 
puissance et domaine à part ? Le Dorique coule dans 
nos cœurs Tamour de chasteté, et allume les flam- 
mes innocentes de la virginité. Le son Phrygien met 
le cœur au ventre, l'espée au poing et au vent, fait 
bouillonner le ôœur, ardre les esprits, roidir les 
bras, et jette tant de soulfre dans nos veines qu'on 
ne désire rien plus éperduement que le choc et le 
chamaiUis de la guerre. Là où l'harmonie Eolïenne 
calme les orages des esprits qui sont en tourmente, 
y glisse la bonace, abbat les vents, et froisse la 
roideur de leur violence, dont ilç renversoient Testât 
de nos àmes^ endort nos malheurs par là douceur 
de ses enchàntemehs sacrez. Lq n^ix Ionien esveille 



if MUSICIANA. 

les eçprits assopis et assomez^ donne pointct-à lewr^ 
peaséesj. ^t sur Taisle de ses h^u^niomesles^ em- 
porte ver? :le\ciel, les eiJevant de la boue et de la 
fKmssière qu'ils couvaient, et d'un beau vol 1^ 
guindé à ramour des choses qui ne sentent que fe 
ciel et la saincte divinité. Là musique chantée "a. la 
Lydienne châsse les ennuys qui tenaillent le cœur^ 
çouppe ces limes, et rebouche leurs dents dont elles 
rongent le fil de riostre pauvre vie,-jelte dans la 
poictrine le jour et la joye qui trenche les nuages,et 
les nuicts des ennuys, dissoud les monopoles dés 
chagrins qui minutoient nostre ruine; bon grè mal 
gré imprime le ris au visage, la sérénité aiî front, 
la gayeté aux yeux, le chant sur la langue, les sous- 
pirs* donnent air au cœur : et quand on auroit là 
mort entre les dents, et Tâme fuyante sur le bord 
des lèvres, si faut-il rire d'aise. 
: « Quelle fascherie se peut trouver qui nie se 
laisse enlever lorsqu'un gentil Superius s'envole 
jusques au ciel et s'emporte soy-mesme, dardant 
les mignardises de sa voix à perte d'haleine et 
d*ouye ; ou lorsqu'un Bassus^ après avoir longtemps 
poursuivy le Superius^ en ne le pouvant atteindre^ 
quasi ^se despitant contre soy-mesme, se -précipite 
et s'enfonce jusques au centre de là terre, faisant 
du tintamarre de sa voix trembler les vitres elles 
murailles? , 

m hdi Taille et T/feu^e-^co/ï/re vont voltigeant par 
l'air,, ondoyant par Bscendens et descendons,, tan- 
tosL 5!accordant- volent si haut, qu'ils attaquent de 



ORIGINES, DÉFINITIONS ET ESTHÉTIQUE. 13 

près le plusbraye Super ius, et qui esC presque aui^ 
plus hautes entreprises, tantôt sê fondent sur la 
Basse-coDtré eti^ui faisant tourner le dos, le jpour^ 
suivent tousjours battant, jùsquès à tant, qu'il 
s'abymé. S'ils s'accordent tous quatre ensemble, ô 
Dieu quelle douceur ! ils pëslent-meslent leùrs.voix, 
et, conspirant ensemble d'un accord heureusement 
désaccordé, ils meslangent haut et bas, aigre et 
doux, art et nature, et Jb liiol et i quarre, et si vous 
n'y préneiê garde, ils ^ous raviront Tàmé par lès 
oreilles. Puis tout à coup ils se mutinent, un gagne 
aii pied et trois vous le talonnent; aussitôst il 
tourne le visage, et ces trois à gagner pays, pen- 
dant qu'un seul lés galoppe, puis se mipartissâiil 
deux "contré deux, ils choquent si rudement qu*îl y 
en a pour rîre. Le plaisir est quand ils chantent à 
Tenvy à deux où à trois chœurs (1). » 

- _ LA MUSIQUE CÉLESTE. 

, On nous parle en maint endroit, dans des livres 
pieux, de la beauté des chœurs ou de la musique 
céleste; voici sur cet ensemble vocal et instru- 
mental des renseignements plus ^tendus, ils se 
trouvent dans le très-rare Hvret qui a pour titre : 
Du Paradis et de ses merveilles, où est ample- 



/J (IX L'ûuvrage den merveilles de nature i dû àvdir un ftuccèt 
prodigieux, oousjiTonscollaUoniié ee texte sur une 1S« édition, 
ei peut-être n'est^e pas la derniçrej 



14 MUSIGIANA. 

ment traicté de la félicité éternelle et de sesjoyes, 
par Fr. Ârnoulx, chanoine de la cathédrale de 
Riez, en Provence ; Rouen, 1665. 

Après avoir raconté toutes les belles choses qui 
viennent enivrer les yeux dans le séjour des bien- 
heureux, l'auteur continue ainsi : 

« Si la béatitude de la vue a tout ce qu'elle peut 
désirer, aussi aura Touye en la musique très mélo- 
dieuse, en rharmonîe très plaisante, aux fredons 
très gentils, et aux très délectables, douces et belles 
voix. Là il y a maistre de chapelle; il y a là les 
chantres et musiciens en toute abondance, il y a là 
mille millions de très belles voix qui s'accordent en 
tons divers et en très parfaicte observation de toutes 
les règles de la musique. Le maistre de chapelle, c'est 
Jésus-Christ ; les chantres sont les anges avec tous 
les bienheureux. Il y a là trois escadrons d'anges, 
et chacun d'iceux fait trois chœurs : les chérubins, 
les séraphins et les Throsnes font le Dessus et V Al- 
tos; les Dominations et les Principautez font la 
Contre^baute ; les Vertus et les Puissances font le 
Ténor; lés archanges et les anges, qui sont au 
plus bas chœur, font les Bassus : les saincts mesme 
sous-entrent aussi avec ces chantres pour chanter 
ensemble avec eux. Jésus-Christ donne la voix 
(le ton) à tous, et entonne le motet , lequel est 
tout nouveau. Parmi cette céleste musique et tant 
de si mélodieuses voix par espèces infuses, il y 
a encore pour l'entière perfection d'icelle le son de 
la harpe, des flûtes, des violes, de l'espinette, du 



ORIGINES, DEFINITIONS ET ESTHETIQUE. 15 

luth et de toute autre * sorte d'instrumens , qui 
chatouilleront à merveille la délicatesse de nos 
oreilles. » 

Un petit livre pour le moins aussi rare que le 
précédent est celui qui a pour titre : F Entretien 
des musicienSj par Gantez; Auxerre, 1643 (1). 

C'est l'auteur qui parle : 

c< Dans le iv' chapitre de la Genèse est dit : Ju- 
bal est pater canentiuniy citbara et organo, et 
encores quelques melancholiques et ponstipés de 
cervelle ont voulu croire que la musique a esté in- 
ventée par l'harmonie de quelques gouttes d'eau 
qui tombaient dans une citerne. 

« Si vous voulez sçavoir que c'est que musique, 
je pense que c'est l'art de bien chanter et bien comr 
poser, et quelques uns veulent dire qu'elle n*est 
point science mais que c'est un des arts libéraux, 
toutesfois je croy que véritablement le chant n'est 
qu'un art, mais la composition est science, c'est 
pourquoy on pourroit dire que la musique est un 
art et une science tout ensemble, ainsi que les her-^' 
maphrodites, qui tiennent de Tuïie et de l'autre na- 
ture. » 



* 

¥ ¥ 



Si, après tant de citations tirées de traités miri- 
fiques sur la musique, il y a encore des melancho- 
liques qui n'ont pas compris, saisi, digéré ces 

(1) Cet ouvrage de Gantez-, va être réédité prochainement par 
\t% 0oin8 de M. thoinan. 



16 MUSIGIA^NA.. 

prolégomènes de Part, ils .pourront compléter leur 
éducation par la définition suivante, donnée par 
Luther dans une lettre au compositeur Senfl.: 

c La musique est une demi-discipline qui rend 
les gens plus patients et plus doux, plus modestes 
et plus raisonnables. Celui qui la méprise, comme 
font tous les fanatiques, ne saurait en convenir. Elle 
est un don de Dieu et non pas des hommes ; aussi 
chasse-t-elle le démon et rend -elle joyeux. Avec 
elle on oublie la colère et tous les vices. C'est pour- 
quoi, j'en suis pleinement convaincu, et je ne crains 
pas de le dire, après la théologie, aucun art ne 
peut être égalé à la musique. » . - 

Ces différentes façons d'apprécier la musique se 
ressentent naturellement de l'époque où elles furent 
écrites. 

Non-seulement le style, mais aussi la pensée 
quitte les vieux haillons des siècles passés, et dans 
la bouche de madame do Staël nous allons avoir 
enfin sur la musique une petite dissertation esthé* 
tique, compréhensible et en bon français : 

c De tous les beaux-arts,, dit madame de Staël (1), 
la musique est celui qui agit le plus immédiate- 
ment sur l'âme. Les autres la dirigent vers telle 
du telle idée; celui-là ^eul s'adresse à la source 
intime de rexistencè, et change en entier la dîspo- 

(i) Cofinàé ou tJtalioy 



ORIGINES, DÉFINITIONS ET ESTHETIQUE. il 

sition intérieure. Ce qu*on a dit de la grâce divine, 
qui tout à coup transforme les cœurs, peut, humai- 
nement parlant, s^appliquer à la puissance de Ja 
méloiSie ; et parmi les pressentiments dq la vie à 
venir, ceux qui naissent de la musique ne sont pas 
a dédaigner. 

« Là musique est un plaisir si passager, on le 
sent tellement s'échapper à mesure qu'on l'éprouve; 
qu'une impression mélancolique se mêle à la gaieté 
qu'elle cause! Mais aussi^ quand elle exprime la 
douleur, elle fait encore naître un sentiment doux: 
Le coeur bat plus vite en l'écoutant; la satisfaction 
que causé la régularité de la mesure, en rappelant 
la brièveté du temps, donne le besoin, d'en jouir.. 11 
n'y à plus de vide, il n'y a plus de silence autour 
de vous; là vie est. remplie, le sang coule rapide- 
ment; vous sentez eh vous-même le mouvement 
que donné ùné existence active, ef vous n^avez point 
à craindre, au dehors de vous, tes obstacles qu'elle 
rencontré. 

« La musique double l'idée que nous avons des 
facultés de noire âme; quand on rehtend,'6n se 
sent capable des plus nobles efforts. C'est par elle 
qu'on marche à lai riiôrf avec enthousiasme; éUe' à 
l'heureuse impuissance d'exprimer aucun Fèntiméht 
bas, aucun artifice, aucun mensonge. Le malheur 
même, dans le langage de la musique, est sans 
amertume, sans déchirement, sans irritation. . 

« La ûHisIque soulève doucement le poids qu!on 
à jirèsque toujours survie cœur, quand on est ca- 



18 MUSIGIANA. 

pable d'affections sérieuses et profondes, ce poids 
qui se confond quelquefois avec le sentiment même 
de Texistence, tant la douleur qu*il causé est 
habituelle. Il semble qu'eri écoutant des sons 
purs et délicieux^ on est prêt a saisir le secret du 
Créateur^ à pénétrer le mystère de la vie. Aucune 
parole ne peut exprimer cette impression, car les 
paroles se traînent après les impressions primitives, 
comme les traducteurs en prose sur les pas des 
poètes. 

« Le vague de la musique se prête à tous les mou- 
vements de Tàme, et chacun croit retrouver dans 
une mélodie, comme dans Tastre pur et tranquille 
delà nuit, l'image de ce qu'il souhaite sur la terre. » 

Tout cela est dit d'une façon charmante et at- 
trayante, c'est une page dictée par le cœur et le 
talent de l'écrivain ; mais pour arriver enfin à une 
définition artistique, concise et heureuse, nous de- 
vons citer M. Fétis : tLa musique est Fart d* émou- 
voir par la combinaison des sons. » 

C'est court, mais complet. Nous allons consigner 
ici quelques autres notes empruntées à la Musique 
mise à la portée de tout le monde, de l'illustre mu- 
sicologue que nous venons de nommer. 

¥ * 

Les quatre tribus helléniques (1) qui succédèrent 
aux Pélasges et furent la souche du peuple grec, 
à savoir les Doriens, les Eoliens, les Lydiens et 

(1) Pu plutôt les Pélasges. 



ORIGINES, DÉFINITIONS ET ESTHÉTIQUE. Id 

les Phrygiens^ avaient chacune une gamine particu- 
lière, appelée mode. 

(400 ans avant Vère chrétienne,) 

Mode Lydien : ut, ré, mi, fa, sol, lo, si, ut. 

— Phrygien: re, mi, fa, sol, la, si, ut, re. 

— Dorien : miTia, sol, la, si, ut, re, mi. 

— Eolien : fa, sol, la, si, ut, re, mi, fu. 

Plus tard, les Grecs réunirent ces différents modes 
et les modifièrent pour en former le système géné- 
ral de leur musique. 

¥ ¥ 

Limma^ dans le système harmonique de Pytha- 
gore, est un intervalle représenté par la proportion 
243 : 246 (c'est un demi-ton). 

¥ ¥ 

Les lyres grecques ont eu depuis trois jusqu'à 
sept cordes ; ce n'étaient donc que sept sons diffé- 
rents que pouvaient faire entendre ces instruments. 

¥ ¥ 

Le nom de gamme vient de ce que la note la 
plus grave de l'échelle des sons était représentée 
par la troisième lettre de l'alphabet grec, appelée 
gamma. Quoiqu'on attribue souvent l'invention de 
la gamme à Gui d'Ârrezzo, celui-ci en parle comme 
d'une chose connue avant lui. 



2<) MUSICUNA. 



* 

¥ ¥ 



En Italie les diapasons, appelés corisla, donnent 
le (/o, tandis qu'en France c'est le la. 



¥^¥ 



Les musulmans n'ont point de signes pour expri- 
mer leur musique. 



¥ ¥ 



11 serait difficile de fixer Uépoque où leô notes de 
plain- chant ont été inventées. 



4 ¥ 



L'appellation de double croche ^triple crocAe, etc., 
n'est pas logique ; il serait plus exact de dire demi- 
croche^ quart de croche^ etc. 



¥ ¥ 



Autrefois toutes les pièces dé musique instru- 
mentale composées par les plus célèbres musiciens, 
portaient les noms de danses connues, tels que ceux 
d'allemandes, sarabandes^ courantes, gigues^ etc., 
non qu'elles eussent le caractère de ces soi'testle 
danses^ mais parce qu'elles «n avaient fe moiive-» 
ment. 



* 

¥ ¥ 



La clé de fa troisième ligne disparut lors de l'in- 



ORIGINES, DEFINITIONS ET ESTHETIQUE. 2i 

véntion des portées supplémentaires ^carsàorsla. clé 
de fa quatrième ligne pouvait la remplacer ; il en fut 
de même de la clé de sol première ligne qui servait 
aux violons et aux hautbois/instruménts alors phis 
élevés que la voix, du moins dans la manière de 
les écrire. 

. - ■ ¥ ¥ 

- ■ /■ ■ ' ■■ 

Les premières traces de Tharmonie se font aper- 
cevoir, chez les écrivains du moyen âge, vers le 
IX* siècle. Les Grecs ne connaissaient point l'har- 
monie. ' ' - 

— (r • " - .. 

¥ ¥ ^ ' 

Le son grave commence à être perceptible à 
64 vibratiqns par seconde (1). 

*■ * ... 

; .. • - ' . . . ^ 

* ■ ■ ■' 

¥ ¥ 

L'origine des instruments à cordes pincées et à 
manche paraît se trouver dans l'Orient. Le luth des 

(1) Le son le plus grave de Torgue.a 32 yibrati<^n§p^Pr seconde, 
cela s'appelle un tuyau de 32 pieds; c'est plutôt un bruit sourd 
et saccadé qu'un son musical. On a trouvé moyen de faire des 
tuyaux minuscules dont le son (d'après le calcul) doit avoir 
10,000 vibrations par seconde; il est si aigu qu'on peut le ranger 
dans la même série que le tuyau de 32 pieds, celte des sons non 

âpipréciables. - ' 

^ Pfi;^ei|t, généralement, appeler sons perceptibles ceux qui se 

produisent entre 60 et 4,000 vibrations. 



^ MUSICIANA. 

Arabes, importé en Europe par les Maures d*Es- 
pagne, a servi de modèle à tous les instruments de 
cette espèce : théorbe, mandore, pandore, mando- 
line, guitare, etc. 

Vers le xv* siècle, on réduisit en France la viole 
à de plus petites proportions, pour en faire le violon. 

¥ ¥ 

Le violoncelle fut introduit en France par un 
Florentin nommé Jean Batistini, et remplaça défi- 
nitivement la basse de viole vers 1720. 



¥ ¥ 



On ne sait d'où vient le nom de Trio dans les 
menuets, valses, etc. 



¥ ¥ 



Les barres de mesure ne furent en usage qu'à 
partir de la fin du xvi* siècle. 



n 

¥ ¥ 



Vers 1640, Duni, savant musicien, substitua do 
à ut comme plus doux 'à prononcer et à entendre 
dans lasolmisation. 



ORIGINES, DEFINITIONS ET ESTHETIQUE. 2d 

Tierce de Picardie. — On donnait quelquefois 

ce nom à la tierce majeure qui terminait souvent 

des morceaux de musique d'église écrits en mode 

mineur. 

* 

¥ ¥ 

D'après les Epithètes françaises du révérend 
père Daire, sous-prieur des Géleslins de Lyon 
(1759), la musique peut être chatouilleuse y chro- 
matique, diatonique, écorchante, enragée, moel- 
leuse, organisée, recommandable, vigoureuse^ etc. 

La chanson peut être falote, gaillarde, goin^ 
fre, etc. Quant au chantre, voici ses epithètes : 
aboyeur, altéré, plaintif, quinteux, téméraire. On 
appelle air de cheval un air relevé, violent. 

Pour ce qui est des tons, les musiciens ne seront 
peut-être pas fâchés d'apprendre qu'il y a le ton 
collatéral, impair, regalis, serf, subjugal, subor- 
donné et enfin transposé. Le musicien n'a qu'une 
seule épithète : joyeux. Et dire qu'il y a des ar- 
tistes qui se plaignent encore après cela ! 

Déjà, au xiv"" siècle, Guillaume de Machault 
avait dit : 

La musique est une science, 

Qui veut qu'on rie, et chante, et dence. 

¥ ¥ 

Je possède une Élégie pour le piano ^ précédée 
d'une notice aussi curieuse que le morceau lui-* 



U MUSICIANA. 

môme ; le maître de pension de qui émane cette 
pièce littéraire, trace d'abord une analyse poétique 
du morceau, puis il ajoute : Cette œuvre convient 
parfaitement à toutes les intelliffences ; les pia^ 
nistesy les violonistes ^ les violoncellistes y trou- 
veront des beautés d'exécution facile (et le 

trombone ? ?) 

Voici les différents sentiments que le copaposi- 
teur' dépeint dans sa musique et qu'il a eu soin 
d'indiquer en leur place, au-dessus des notes, afin 
qu'on ne s'y trompe point : 

Douleur. — Elan de Tàme vers Dieu. — Soulagement* — 
Ivresse. — Calme, piété et langueur.— Angoisses. — Grand 
affaissement. — Espérance en le Seigneur tout-puissant et 
tout miséricordieux.— Prière à la glorieuse sainte Thérèse. 
Douleurs t — Oéchiremeot de cœur. — Plaintes ani ères . -^ 
Bienfaits de la religion. — Pleurs et sanglots. — Majesté 
et résignation, -r Douleur. — Dévouement chrélien. — Dé- 
tresse. — .Égarement. — Défaillance. — Douleur. — Pro- 
fonde mélancolie. -^ Exaltation. — Profond accablement. 
— Ëvàùoùis'seméut. — Râle de la mort. — L*âme monte 
au ciel. ..... (sur un point d'orgue). 

Et dire qu'il y a des êtres assez peu favorisés du 
côté de l'intellect pour soutenir que la musique ne 
peut pas tout exprimer, tout dire, aussi bien que 
la parole. Mi sol si mi : l-âme monte au ciel, qui 
ne comprendrait cela du premier coup? 

Grand Haydn ! Illustre Félicien David ! allez à Té- 
cole: la musique descriptive n'a pas encore dit son 
dernier mot. ! 



CHAPITRE II 



f *■ 



TITRES/ PRÉFACESET DÉDICACES 



Dans la plupart des ouvrages allemands, les 
titres ont Tair d*être payés à la ligne, tellement ils 
sont développés ;• c'est souvent le résumé de tout le 
livre, et l'on voit sans peine jusqu'où cela peuj 
mener, quand on songe à «ette phraséologie alle- 
mande, interminable, où le verbe arrive enfln- au 
bas de la page, après qu'on a eu le temps^ d'oublier 
Ja moitié des choses que ce verbe est diargé de 
relier entre elles. ^ ,■'■ 

Ce ne serait donc que rembarras, du choix, si 
Ton. tenait, à citer heaucoup^ d'exemples. Un -titre 
des plus curieux comme longueur et comme con^ 
strubtion est celui du second volume de Mattheson 
sur la musique. M. Fétis en cite le commencement, 
«licorë eè comiftêncément ii'est-iï pas bien exaèt ; 
voici notre essai de traduction : 

2 



26 MUSICIANA. 

La défense de ïorchestre ou deuxième commu- 
nication sur ce sujet, dans laquelle on explique 
non^seulement à un galant homme qui n'est pns 
apparenté à la profession, mais même à bien des 
musiciens^ le tableau clarissime et véridique des 
connaissances musicales; comment celles-ci , vi- 
goureusement débarrassées de la poussière scho- 
lastique, se comportent; on y donne un éclaircis- 
sement complet et concis^ dénué de foute formule 
nauséabonde et surcharge forcée, puis enfin on y 
mène au tombeau de : 



ut mi sol 

i 

re fa la 



(Tota miisica (1).) 

accompagné en grande pompe des douze modes 
grecs f comme parents honorables et conduisant le 
deuil avec un monument^ pour conserver son éter- 
nel souvenir, par Mattheson. Hambourg, chez 
Schiller, 4747. 

Gomme frontispice il y a une planche qui se 
déploie, elle représente un monument funéraire 
bordé de douze ifs sur lesquels sont inscrits les 
douze modes grecs. Au bas de la planche il y a : 
Mattheson invenit, Holst pinxit, Mentzel sculpsit. 



(1) Ici il y a un jeu de mots sur l'expression Todt qui veut dire 
mort en allemand. 



TITRES, PREFACES ET DEDICACES. 27 



¥ ¥ 



Si nous citons quelques titres originaux, nous 
pensons faire plaisir a nos lecteurs en y joignant 
aussi quelques notes sur l'ouvrage même; c'est 
ainsi que nous procéderons pour le Traité d'accom- 
pagnement pour le tbéorbe et le clavessin qui 
comprend toutes les règles nécessaires pour ac- 
compagner sur ces deux instruments, avec des 
observations particulières touchant les différentes 
manières qui leurs conviennent^ par D. Delair. Se 
vend à Paris, chez Fauteur, rue Saint-Honoré, 
proche la Croix-du-Tiroir, vis-à-vis T hôtel d'Aligre 
à PÉcouvette. 

Nous donnons l'adresse bien exactement pour 
que les jeunes joueuses de théorbe n'aillent pas 
s'adresser à côté, ou se fourvoyer chez quelque éta- 
lagiste du quai. 

L'ouvrage est dédié à madame la marquise d'Es- 
trades. Entre autres jolies choses il y a : « Un autre 
que moy prendroit cette occasion pour faire votre 
éloge : ce noble extérieur^ cette beauté acomplie 
dont vous este pourvue, un esprit juste et poli, un 
cœur sincère et généreux, et mille autres belles 
qualitez qu'on admire en vous, fourniroient un 
ample sujet à de légitimes louanges, mais un res- 
pectueux silence m'a paru plus convenable à ce que 
je vous dois! » 

Quoique un peu étourdi par la fumée de cet 



2a . MUSICIANA. 

encens, nous passons à la Petite méthode pour 
apprendre la musique aux enfans et même aux 
personnes plus avancées en àge^ composée par 
M. Monteclair, 1736. 

Page 11 : « Le <re/22/>/eiûéi2(, à qui Ton dojuie 
lé notsx impropre dé cadence, est l'un des plus 
beaux agréments dû chant, il so marque par une. 
croix -[-dans la musique écritte à la main et dans 
la musique . gravée, et par lin t dans la musique 
imprimée. Il est presqu'impossible d'enseigner par 
écrit. là manière de le bien faire, il s'^apprend par 
imitation, <5*est pôûrquoy je laisse aux mâitrés lé 
soin de le faire exécuter de vive voix. » 
' Page 29 : « On ne doit jamais mettre" plus de 
cinq bémols lii plus de cinq diêzes après les clefs. » 

L'auteur dit dans sa préface : c J'ay fait exprès 
cette pjstitte méthode pour ma filleule et petitte 
niepce, fille du sieur Boivin, mon neveu, marchand 
à Pariff à la Règle d'Or. J'ay renfermé dans ce petit 
livre les principes dans un ordre si simple, que 
cette enfant, âgée de trois ans et demi, y fait un 
progrès étonnàrrt, etc. » 
. Entre autres recommandations il y a : ' 

«De ne point chanter proche ou y isrà-yîs d'une 
porté ou d'une fenêtre entrouverte ; 

«* He ' chanter le moins qu'il sera possible pe/2- 
(fefl/ ou immédiatement après le repas ; 

« P[exerçer la voix lé matin à jeun ; 

« He lié point chanter vis-à-vis d'un grand feu 
sans mettre quelque chose devant sa bouçhQ; 



TITRES, PRÉFACES ET DÉDICACES. t9 

. c De ne jamais chanter le 3oir aa serein, etc. » 

U parait qa'en 1 736 on était bien peu généreux pour: 
les professeurs, car un peu plus loin, Monteclafr,' 
après avoir rappelé qu'en Italie on fait des petits 
présents auxjmaitres les jours de féte^ ajoute ;. f Au 
lieu qu'en France on est toujours à l'afftit pour 
trouver une occasion de disputer au maître une leçon 
justement gagnée, qu'on luy fait perdre très-sou- 
vent. Ce maître peut-il s'affectionner? Je dis cecy 
plus au profit des écoliers qu'à celuy des maîtres 
et qu'au mien particulier, estant ôur le point die ne 
plus enseigner ^t presqù'en état de m'en passer 
absolument.» 

L'auteur ne dit pasbémoliser.une note, maisJ^éino- 
/er une note, ce qui est plus logique, puisqu'on dit- 
diézer. 

Comme oeuvre moderne, nous mentionnerons 
F Art de -moduler dans les régions les plus inouïes 
et les plus délicieuses de V harmonie ^ ^hv Turi>ri. 

Le môme auteur a aussi publié une Méthode de 
violon sympathique. 

LES DÉDICACES DE LULLY AU ROI LOUIS XIV. 

Ces extraits des partitions de LuUy trouvent ici 
leur place, afin de bien faire sentir aux composi- 
teurs de nos 4oursL le prosaïsme de leurs dédicaces, 
espérant aussi qi^e ce i)eau jstyle de. cour, à la fois 
noble et modeste, profitera auimoins à la génération' 
future des compositeurs demusiqueu 



80. MUSIGIANA. 

On sait que Lully dédiait exclusivement, ou a peu 
près, ses opéras au roi Louis XIV, son grand pro- 
tecteur. 



• 

Dédicace de F opéra Acis et Galatée (1687) : 



Sire, 



c Toutes les productions de mon génie vous sont 
consacrées dès le moment que je commence à les 
imaginer, et de quelque fécondité que le public me 
flatte, il me serait impossible de rien exécuter dans 
mon art, si je n'étais uniquement animé par le désir 
de vous plaire. Vous avez eu la bonté de me dire 
qu'en travaillant pour Monseigneur le Dauphin j'al- 
lais en quelque manière travailler pour Votre Ma- 
jesté. Cette assurance m*a élevé au-dessus de moi- 
mesmé, et m'a rempli de ces divines fureurs que je 
je ne puis sentir que pour le service de Votre 
Majesté. » 

Amadis (1684) : 

« Dès qu'il a fallu faire paroistre un héros d'une 
nation à la gloire et au divertissement de laquelle 
j'ai consacré toutes mes veilles, je me suis plus 
senty d'entouziasme et de fureur divine, qu'il ne 
s'en élevait autrefois des trépieds d'Apollon. » 



TITRES, PRÉFACES ET DÉDICACES. 31 

Armide (1686) : 

(Le roi n'avait pu assister à la première repré- 
sentation .) 

c J'avoueray qub les louanges de tout Paris ne 
me suffisent pas ; ce n*est qu'à vous, Sire, que je 
veux consacrer toutes les productions de mon génie ; 
je ne puis aspirer à un moindre prix qu'à la gloire 
de vous plaire, et sans l'approbation de Votre Ma- 
jesté, je compte pour rien celle de tout le reste 4u 
monde. » 

Idylle sur la Paix (1685) : 

« A la vérité. Sire, il m*eust été bien difficile de 
ne pas rédssir sur un sujet aussi heureux et aussi 
propre à échauffer mon génie que les louanges de 
Votre Majesté. » 

Persée (1682) : 

« Si tost que j'y ay jette les yeux, j'y ay décou- 
vert l'image de Votre Majesté. Mais, Sire, ce n'est 
pas seulement pour moy que vostre éloge est un 
sujet trop élevé, il est même au-dessus de la plus 
sublime éloquence. » 

Pbaéton (1683) : 

« Ce n'est pas seulement une musique de ma 
composition que je vous offre, c'est aussi une nom- 
breuse académie de musiciens que je vous pré- 



.«2 MUSICIANA. 

ôente. Vous m'avez permis de la former, je me suià 
appliqué à Tinstruire, et après Tavoir fait exercer 
deya^t le peuple, de la .plus florissante ville du 
mondé, j*ay enfin la satisfaction de voir que le plus, 
grand roy qui fut jamais ne la juge pas indigne de 
paraitre devant lui I i 

Proserpine (1680) : - 

c Je. dois Tavouer, Sire, j*ay un secret infaillible 
pour trouver de nouvelles forces, et pour m'élever 
au-dessus de moy-méme, c*est de considérer que 
les concerts que je prépare seront entendus de 
Votre Majesté, et que je dois m'effpreer de les 
rendre dignes, s'il est possible, de Tattention du 
vainqueur de mille nations différentes, du pacihca- 
teur de rEurope, do l'arbitre souverain du monde. » 

Le Triomphe de P amour (1681). 

« J'ai bien jugé que j'avais besoin d'un puisisant 
secours, et j'ay voulu suivre l'exemple des muses, 
qui, toutes savantes qu elles étaient dans le bel art 
de l'harmonie, ont eu recours à un dieu qui les 
éclairait de ses lumières, et qui présidait à leurs, 
concerts; mais j*ay ressenty dès mes plus jeunes, 
années que l'Apollon qui me devait inspirer les 
chants que j'avais dessein de composer n'était ny 

dans les lieux de ma naissance ny sur les sommets 

■ • ■ ■ . . .j 

du Parnasse; j*ày crû le pouvoir trouver dans le. 
plus florissant empire dé la térre/et je n*ày pas eu. 



TITRAS, PREFACES ET DEDICACES. %a 

de .peine à le reconnoistre aussitost que j'ay esté 
assez heureux pour voir Votre Majesté, i 

Après la dédicace de Roland (1685), il y aune 
pièce de poésie signée de LûUy. J'ignore si elle 
est réellement de lui ; en voici quatre vers : 

Charlemagne vous cède, il vainquit ; mais I9 suit^ 
Détruisit après luy cos grands évènemens : 
Maintenait cet Empire a par vostre conduite 
D'inébranslables fondemens. 

Quand Thésée parut, LuUy était mort, aussi 
l'inévitable dédicace au Roy est-elle signée par la 
veufve et les enfans Lully. 

-■"■*■ 

Une dédicace non moins curieuse que celles de 
Lully, quoique à un tout autre point de vue, se 
trouve dans la Pasilogie^ ou de là musique cùnsi^ 
dérée comme langue universelley par Anne-Pierre- 
Jacques De Vismes y i80&. 

Devismes fut directeur de l'Opéra de 1777 à 1779, 
et sa femme, élève de Steibelt, était une excellente 
pianiste. On trouverait difficilement dans les fastes 
des directeurs de l'Opéra des choses aussi gra- 
cieuses et aussi galantes, pour leur chaste moitié, 
que celles de De Vismes : - 

Épitre dédicatoire à ma femme* - 
c A qui puis-je miei|x qu'à toi . dçdier cet 



S4 MUSIGIAXA. 

ouvrage, ma chère Hypolite ? fille chérie d* Apollon, 
tous les talents sont ton apanage : tu réunis à toi 
seule ce qui ferait le partage d*un grand nombre de 
personnes, Qt, par un charme qui t'est particulier, 
les Grâces, d'un même accord, se sont fixées près 
de toi : oui, tes aimables compagnes t'environnent 
sans cesse, et lorsque tu composes à ton piano, 
Euphrosine t'écoule, Aglaé te sourit,^ et Thalie 
enchantée applaudit au brillant de tes doigts. 

c Plus on a de talents, et plus on en doit compte 
a la société ; c'est un larcin qu'on lui fait de ne pas 
les produire, ainsi donc : 

Livre-toi sans réserve au transporl qui Tinspire, 
Ne cesses de chanter, fais résonner ta lyre, 
Et le dieu qui préside au sommet du Parnasse, 
Pour te récompenser y marquera ta place. 
J'y vois déjà ton nom ; avec des fleurs d'élite 
L'es Grâces ont tracé le chiffre d'Hypolyle : 
Esprit, beauté, talents; oui, tu possèdes tout, 
Les neuf sœurs t'adoptent pour la muse du goût : 
Voilà l'heureux destin que mon cœur te présage, 
Et l'immortalité deviendra ton partage ». 

Puis ce galant directeur continue en proso pen- 
dant deux pages encore. Â la fin de ces gracieusetés 
conjugales^ on lit : 

« Nota. Madame Jeanne-Hypolite Moyroud De 
Vismes, descendante par son grand-père Genève 
des anciens comtes souverains de ce nom, a com- 
posé la musique de Topera de Praxitelles, qui a 
été exécuté sur le théâtre de l'académie impériale 



TITRES, PRÉFACES ET DEDICACES. 85 

de musique le 5 thermidor, an viii. Cet opéra a eu 
seize représçntaiions, et a été justement applaudi 
par les artistes et les connaisseurs. » 



* * 



Les dédicaces qui précèdent ressemblent certai- 
nement fort peu a F avis au lecteur que Caresana a 
placé en tête de la seconde édition de ses duos ou 
leçons de solfège à deux voix, publiée à Naples en 
1693 : 

« Lecteur bienveillant, 

« L'accueil fait au livre de duos que je fis impri- 
mer en 1680 m'a décidé à en publier un second. 
Tu trouveras dans ce dernier diverses frivolités 
convenables au temps actuel : danses, airs, taren- 
telles, sauteuses, et autres pièces semblables, bonnes 
à contenter le goût dépravé de ce siècle. Elles sont 
si peu du mien, que si elles étaient de nature à être 
entendues hors des écoles et des chambres d'étude, 
jamais je ne me serais appliqué à les écrire. En 
outre, ne les ayant jamais prises que pour sujet 
(ainsi que Tout fait des auteurs graves), tu pourras 
excuser Terreur de ma plume, sachant fort bien 
que de pareilles billevesées, qui garnissent aujour- 
d'hui le papier de musique, méritent plutôt la risée 
que les applaudissements ; etc. » 

(Extraits d'une Petite bibliothèque miïsicùU^ 
par Ad. de La Fage, page 37.) 



86 MUSIGIANA. 

4 

UNE PRÉFACE DE J.-B. SAMBER. 

Un chef-d'œuvre de style ampoulé, de phrases 
et d'idées amphigouriques, de bassesse rampante, 
a. été mis au jour par Forganiste de Salzbourg, Jean- 
Baptiste Samber^ valet de chambre de Tarchevér 
que. Ce musicien s'était fait connaître àyaniageuse- 
menty dit M. Fétis, en publiant un traité, sur 
l'art de jouer de l'orgue en 1704. Il donna- une 
suite à cet ouvrage en 1707, sous le tiire : Conti- 
nuatio ad manaductionum. orgrâfli/ca/n, c*^st-à-dire 
Continuation au guide^main pour jouer de l'or- 
^«e, etc. 

Voici la. pompeuse dédicace qui se trouve à la 
tête de ce second ouvrage, offert à l'archevêque de 
Salzbourg, Jean-Érnest^ prince sérénissime du 
Saint Empire Romain, etc., etc. : 

EPISTOLA DEDICATORIA. 

« Monseigneur, 

. € De même que j'ai appendu, il y a trois ans, à 
l'autel glorieux et privilégié des grâces de A^otre 
gracieuse Seigneurie le modeste travail artistique, 
Introduction de celui-ci, comme un faible témoi- 
gnage de mon dévouement et de ma soumission 
pleine et entière, de même je m'enhardis à me pré- 
senter de nouveau dans le temple d'honneur de 
Votre Seigneurie avec les pages que voici ; et quoi- 



TITRES, PRÉFACES ET DEDICACES. 87 

que la douce musique^ comme souveraine toute- 
puissante des cœurs, et trésor des Églises, je dirai 
même comme manifestation surnaturelle, devrait 
paraître devant le trône d'un prince de l'Empire 
portant la pourpre, en plus haute parure que celle 
qui la couvre dans ces présentes lignes, elle se 
prosterne néanmoins dans son modeste habit aux 
pieds d'un père du peuple, qui la surpasse de beau- 
coup comme souverain des cœurs : il est vrai qu'elle 
n'eût osé paraître si mal parée dans le temple 
d'honneur d'un prince si sage, si la bonté natu-* 
relie et la mansuétude de Votre Grandeur sérénis- 
sime, en acceptant mon modeste petit ouvrage 
récemment offert, ne lui avait rappelé que la mer, 
riche de son corail purpurin et de ses perles, reçoit 
dans son sein les plus petits ruisseaux, quoiqu'ils 
ne lui apportent comme tribut que de l'eau claire ; 
que les temples et les autels ne dédaignent pas les 
sacrifices infimes; que Dieu, ainsi que les plus 
grands rois, se contente d'une poignée d'eau ou 
d'une once d'encens, lorsque le cœur en est le sup- 
plément ; aussi est-ce lui que j'offre à Votre séré- 
nissime Grandeur princiôre bien plus que ces pages. 

c Oui, cette musique ou science du clavier, parais- 
sant dans un si modeste habit de notes, espère 
acquérir de Votre Grandeur l'éclat et la parure, de 
même que le brillant soleil attire à lui les sombres 
vapeurs terrestres et les transforme en beaux arcs- 
en-cieL . - 

c Je me prosterne donc de nouveau aux pieds dé- 

8 



MS MUSIGIANA. 

ments de Votre Grâce sérénissime avec autant de 
milliers de souhaits du cœur que le présent livre 
renferme de notes, de chiffres et de lignes, afin que 
Votre Grâce sérénissime atteigne les années heu- 
reuses et dorées de Nestor, ainsi que cela est dû à 
un père du peuple, à un pieux David , à un grand 
jprêtre Melchisédech ! 

« Que les cordes sonores du doux régne de Votre 
.Seigneurie et de sa vie heureuse résonnent jusque 
idans les temps les plus éloignés^ et que récho 
jbienheureux d'une musique éternelle et céleste leur 
réponde à son tour. 

, « De Votre Grâce sérénissime, mon prince et sei* 
gneur, ^ 

€ Le tout dé voué et très-humble 

' ' ' ' . - 

* • 

; r ■■■■'■ \ Jean-Baptiste Samber. p 



DEDICACE A UN CHEF DE SAUVAGES. 

. La biographie des musiciens cite un Jean-André 
•Golizzi, né vers 1740; M. Fétisne lui attribue que 
•des morceaux de piano. Est-ce le même que celui 
dont nous allons rapporter une dédicace, ou celui-ci 
rcsst'^il un fïls du premier? Il s'appelle G.-A.-K. dch' 
•^lizzi, et voîciletître dé son ouvrage, dédié à un chef 
sauvage : 



» T 



f> 



TITRES, PREFACES ET DÉDICACES 



sa* 



Quattro concerii barbari a due 

. violini, viola e bassi, dedicati 

al Gran* Sole diNatchez, sulle 

rive del Mississipi. ^Leyde, 

• Amsterdam, La Haye.) 

OUAGHIL, 

Lascia che in yoto a te io con- 
sacri qnesti ancor' barbari miei 
concenti. Che tu solo sei, Si- 
gner, a cul senza qabale od im- 
postura si possano dedicare le 
primitie d'un nascente e debole 
talento. 

Ricevi le benîgnamente, e s'au- 
viene mai cho a qualche veneflco 
Blatterona délia tua corte selvag- 
gîa gnariscano il morso dl Taran- 
toi a, tornerb allor' a far il viag- 
gio del Mississipi per imparar' 
da' Esso in mercede a medicar 
un mal commune degli Orfel 
nostri Europe! . . 

r 

' ouachilI 

L'obbediente 

Tuo servilor, 

l'Autore. 

r' 

tt J'en ai dit assez pour ceux 
qui m'entendent; Je n'en dirais 
jamais assez pour les autres. » 
V^.-J. Rousseau, Dictionnaire de 
ZLUsique,) ■ 



Quatre concertos barbares pour 
deux violons, alto et basses, 
dédiés au Grand Soleil des 
Natcbez , sur les rives dû 
Mississipi. 

OUAGUIL, 

Permets que je te voue et con- 
sacre ces concerts qui, eux aussi, 
sont barbares. Car tu es le seul, 
ô Seigneur, à qui l'on puisse 
dédier sans cabales et sans im- 
posture, les prémices d'un talent 
naissant et. encore faible. 

Reçois-les avec bienveillance, 
et s'il arrive par hasard, qu'ils 
guérissent quelque venimeux 
hâbleur de ta cour sauvage de- 
là morsure de la tarentule, je 
referai le voyage du Mississipi, 
afin d'apprendre de lui, pour 
toute récompense, à guérir un 
mal qui est commun à tous' nos 
Orphées européens. 

* OUACHIL ! 

Ton obéissant serviteuri 

l'Auteur. 



L'œuvre, .très-ordinaira , ne répond pas à une 
dédicace aussi bizarre que prétentieuse, surtout 
pour un commençant.^ 



40 MUSIGIANA. 

Dans YInstitution harmonique de Salomon de 
Caus, 1615, le Proème (la Préface) contient en- 
tre autres choses : « Saûl estant oint Roy, Samuel 
lui prédit que quand il rencontreroit une compa- 
gnie de Prophètes , aiant devant eux une harpe, 
un psalterion, un tabourin et fleute, que l'esprit de 
Dieu tomberoit sur luy, et qu'il prophetiseroit avec 
eux. 

c Elisée ayant à prophétiser à la requête de 
trois Rois, fit venir un joueur d'instrumens devant 
luy, et incontinent qu'il l'eut ouy, l'esprit du Sei- 
gneur le saisit et prophétiza. 

c Le Roy Saûl estant délaissé du Seigneur, le ma- 
lin esprit le possédoit, et à la requeste de ses servi- 
teurs, on Ijii fit venir un joueur d'instrumens, qui 
estoit le bergier David, lequel fut Roy du depuis, 
et quand le mauvais esprit estoit sur Saûl, David 
jouait de sa harpe, et Saûl estoit guari. » 

c Homère fait récit que la pudicité de Cliten- 
nestre, femme du Roy Âgamemnon, fut conservée 
aussi longtemps qu'un certain musicien Dorien de« 
meura avec elle. Cicérôn et Valère le Grand ré- 
citent que Gracchus, homme de grande éloquence, 
toutes les fois qu'il avoit à parler devant le peuple 
avoit un musicien à propos derrière luy, lequel avoit 
ordre de son maistre de sonner d'une flûte certaines 
modes de chante, quand besoing seroit de faire 
eslever sa vois, ou la faire abbaisser. > 



CHAPITRE III 



SYSTÈMES DE NOTATION 



On ne se doute pas du grand nombre d'inven- 
teurs de notations nouvelles. C^est une collection 
qui commence à faire figure à la bibliothèque du 
Conservatoire, et encore avons-nous bien peur... 
(une peur douce et calme) que tout n*y soit pas. 

La plupart de ces génies incompris, mais con.- 
vaincus, entonnent d'abord à coups de grosse caisse 
leur propre éloge, et critiquent leurs devanciers 
avant de disséquer leur poule aux œufs d'or. 

Je cite : « Sous prétexte qu^il faut respecter des 
signes pratiqués par nos aïeux et nos grandes illus- 
trations musicales, il faudrait laisser tous les 



42 MUSIGIANA . 

hommes dans l'ignorance complète de cet art divin, 
de cet art enchanteur ! ! ! » 



Autre : 

c L'excessive simplicité de mon système, sa ré- 
gularité remarquable lui assurent une immense 
supériorité sur tous les systèmes nouveaux qui ont 
paru jusqu'à ce jour. » 



Voici un Christophe Colomb qui a des titres : il 
est déjà inventeur d'un piano à trois rangs de cla- 
viers (à ce qu'il croit du moins), « invention qui rend 
ces instruments supérieuriâ à tous ceux existants, 
permettant de jouer des morceaux de musique à 
quatre mains avec deux.,. » 

Oh ! naïveté d'inventeur ! 

Il y en a beaucoup qui se servent des chiffres, 
mais d'autres les méprisent profondément, comme 
celui-ci : Les vingt-six vices de la notation par 
chiffres inventée par J.-J. Rousseau, et enseignée 
par Emile Chevée. 

L'idée de ne se servir que de trois ou quatre por- 
tées a été inventée par plusieurs, je ne dirai pas à 
la fois, mais à peu d'années de distance, ne se 
doutant pas que leur invention avait déjà été in- 
ventée (ou éventée) avant eux... 

Ces facéties musicales font tellement de bruit 
dans le monde musical ! 

En voici un qui met bravement : « Plus de bé- 



LES SYSTEMES DE-NOTATION. 4* 

mois, plus de doubles béinols, plus de bécarres, 
plus de diôzes, plus de doubles dièzes, pitïsde* 
clefs, plus d'armatures, plus d'accidents, plus d*in- 
térçalations, plus de suppositions, plus de* trans- 
positions, plus de... » (Il y en a encore une bonne 
liste, finissant par : « Plus de papier réglé. *) 

En tête de la brochure d'un inventeur qui n'^st 
rien moins qu'un comte, il y a une approbation de- 
Rossini que nous n'avons pas très-bien saisie : « Je 
souhaite donc, monsieur le comte, aux jeunes gens 
qui s'en serviront (de sa méthode) pour l'érudition 
d'un art, qui se propage très-heureusement partout- 
(atquidëvra^ au moins je l'espère, adoucir l'exal-; 
taiion des mœurs actuelles), l'ardeur que l'on doit ; 
apporter dans l'art prati<iue. 

« Agréez, etc. . . 

c Gioachino Rossini. » 

Une jolie invention est celle<5i :. 

Notation musicale appliquée à F histoire. 

Consultez les deux pages où Ton raconte^en notes 
de musique : les événements principaux de PhiS" 
taire de France, ei^nis vous redirez cela à ceux 
de vos amis qui ont les mœurs exaltées. • 

Plusieurs sténographies musicales ont été es- 
sayées. 

Enfin, pour en finir, citons le Panorama d'un 
nouveau système de notation, ou procédé sténo-' 
graphique et verbotonique pour la musique et le 
plain-chant. 



44 IfUSIGIANA. 

Cela ôômmence par : « Salut, conçue sans pé^ 
cbé. » 

Mais ce n*est pas long, il n'y a que deux 
feuilles. Voici, au reste, quelques litres d'ouvrages 
sur les notations nouvelles : 

Adorno, mélographie.— Amyoty odogramnie. — 
Arno. nuova sistema di tastiera e musicografia. — 
AzevedOy nouveau signe pour remplacer les trois 
clefs.de la notation musicale. — Borip, diuna nuova 
segnatura musicale. — Nouvelle notatÎQn par Cher- 
pentieri. — Autre piar Delaruelle et Qossart. — 
Autre par H. Dessiner.— Notation de la musique, 
par M. YàbhéDepierre. — Les lettres harmonieuses, 
par Cb. de Franciosi — Système de Heeriagen. — 
.Ftitscbj enseignement par l'aspect. — Le ClaviÙ- 
îgûe, par Gibelini-Tornielli. — Gpssarty nouviBau 
système de notation musicale. — De LA ulnaye, id. — 
MeereDSy la notation simplifiée. — Miquelj arithmo- 
graphie musicale . — Nicbetti, nnovo modo di scritture 
musicale. — Perrot^ système de notation. — H. Pre- 
vosty sténographie musicale. — De Rambures^ no- 
tation alphabétique.— Système de Raymondi.— 
RomanOy grafica musicale. — Seymat^ panorama 
de notation. — Systèmes de Striby, Sudre, Tan- 
cioni^ Van SyngbeU Lunn^ etc., etc, (1). 



(1) M. Georges Becker, de Genève, prépare, en ce moment, un 
livre spécial sur les diverses inventions de notation musicale. 



CHAPITRE IV 



BIBUOfiRAPHIE ET VARIÉTÉS MUSICALES 



LES MUSICIENS DU TEHPS DE RABELAIS 

(1495-1553.) 

€ Et me soubvient (car j'ai mentule, voire di*je, 
mémoire, bien belle, et grande assez pour emplir 
un pot beurrier) avoir un jour du tubilustre, es fé- 
riés de ce bon Vulcan en mai, ouï jadis en un beau 
parterre Josquin des Prés, Ockeghem, Hobrecht, 
Agricola, Brumel, Camelin, Vigoris, de la Fage, 
Bruyer, Prioris, Seguin, De la Rué, Midy, Moulu, 
Mouton, Gascogne, Loysel, Compère, Penet, Fevin, 
Rouzée, Richardfort, Rousseau, Consilion, Gons- 
tantio Festi, Jacquet Bercan, chantants mélodieuse- 
ment. 

c Neuf olympiades, et un an intercalare après 
(ô belle mentule, voire di-je, mémoire : je solœcise 
souvent en la symbolisation et ooUiguance de ces 

s. 



40 MUSIGIANA. 

deux mots), je ouï Adrian Villart, Gombert, Jane- 
quin, Arcadeit, Glaudin, Gerton, Manchicourt, 
Auxerre, Villiers, Sandrin, Sohier, Hesdin, Mo- 
rales, Passereau, Maille, Maillart, Jacotin, Heur- 
ieur, Verdelot, Garpentras, THeritier, Gadeac, 
Doublet, Vermonf,Bouteiller,Lupi, Pagnier, Millet, 
du Moulin, Alaire, Marault, Morpain, Gendre et 
autres joyeux musiciens, en un jardin secret soubs 
belle feuillade autour d*up rempart de flacons, jam- 
bons, pastés et diverses cailles coiphées, mignon- 
nement chantants. » 

Rabelais. 

. . • * - - ■ • 

Sous le règne de Gharles IX, Jean-Antoine de 
Baïf, aussi fameux poète qu'excellent musicien (1), 
établit une académie de musique dans sa maison 
paternelle au faubourg Saint-Marcel, où tous les- 
musiciens étrangers étaient bien reçus pour y con- 
certer. Le roi assistait aux conceris de Baïf une fois 
la semaine avec toute sa cour, et il en sortait tou- 
jours très- satisfait; les concerts étaient alors un 
divertissement fort rare à Paris (1566). 

Dans les Statuts agréés en 1570 par Gharles IX, 
on lit : <r Quand aucun après avoir ouy un ou deux 
concerts de l'Académie, auroit regret à son argent 

(1) Baïf n'.était pas leseuld^s illustres poètes, qui s' inléressaîenk 
alors à la musique, ma bibliothèque personnelle renferm© un 
exemplaire de Arisloxeni niusici antiquiss. • harmoàicôrum .c/e* 
'mentorum, «tel, 1562, avec l'ex libris de Philippe Despbrtea. 
- .. .. • .... . *♦ B. w,. . 



9 f 



VARIETES MUSICALES. 4^7 

qu'il auroit advancé, luy sera rendu et sera son 
nom effacé du livre. » . c 

: Dans r//jstoire comique de Francion^pav Charles 
Sorel, 1633^ Hortensius s'exprime ainsi : « L'humi^ - 
lité chante la jBâsse, et Tambiticm chante le Dessus; 
la colère fait la Taille, et ta vengeance la: Contre'^'' 
taille^ la modestie tient le racôi;. là prudence bat la:, 
mesure et conduit le concert: L^ nature va leptain- 
chant ; rartiflcé fredonne^ la douleur fait deis sort*- 
pirs^ et la dissimulation les feintes (altération) et : 
les dièses. : . c:::. 

- € Et pour les instruments de musique : ravaricei 
joue de la Aârpa/ la prodigalité du cor/2e<-; maïs ce' 
n'est, pas du cornet- à-bouquin, c'est du cornet* â 
jeter les dés. L'amour joue de la viole ; la trahison' 
joue de. la trompe^ et la justice joue du ïâui- 
bois.: » . <:' 

Pour compléter cette énumération philosophico-- 
musicale, ajoutons qu'en. 1411 la vio/on (la prison) 
s'appelait le ps57/drio/2. : ::...;- 

Les concerts de Baïf en 1566 annoncent un pro- 
grès immense, si nous le^ comparons à ce que 
nous révèle l'anecdote suivante, qui nous reporte à 
quelques siècles en arrière : Louis IV, dit dlOutre- 
Mer, étant à: Tours avec toute sa cour (en 940), 
quelques-uns de ses courtisans entrèrent dâtts:. 
l'-églisje. de Saint-Martin dans le temps que l'on y 
chantait l'office. Ils furent surpris d'y voir lecotrtte- 
* d'Anjou^: nommé Foulques II, placé au rang des 

chanoines et chantant T office aveiB eux, parce qu'il î 



48 MUSICIANA. 

aimait la musique. Ces courtisans vinrent dire au 
roi que le comte était devenu prêtre ; il se moqua 
un peu de la dévotion du comte, sur le récit qu'ils 
lui en firent. Cette raillerie tiéplut si fort au comte 
d'Âi]jou, qu'il écrivit le lendemain au roi la lettre 
suivante : < Sachez j sire, qu*un roi sans musique 
n*est qu'un âne couronné. > 

Dans une ordonnance, datée du mois d*août IGTS, 
Louis XIV défend aux comédiens français de se 
servir déplus de 6 musiciens et de plus de 12 vio- 
lons et joueurs d'instruments de musique (ce n'est 
pas trôs-clair, comme on voit), mais les 6 musi- 
ciens sont censés des acteurs, c'est-à-dire jouant 
stir la scène, et les 12 autres sont ceux de Vor^ 

chestre* 

LuUy trouva sans doute qu'on avait accordé trop 
de musiciens aux comédiens ; car, au mois d'avril 
1673, il obtînt du roi une nouvelle ordonnance, qui 
ne permettait aux comédiens que deux voix et six 
violons ou joueurs d'instruments. 

SPAN6ENBERG. 

M. Keller, président de la Société littéraire de 
Stut%ardt, a publié l'ouvrage de Cyriacus Spân- 
genberg, conservé en manuscrit au gymna^se de 
Strasbourg et intitulé : Von der Musica (De là mtp^ 
sique). 

Il faut, certes, une grande dose de patience et de ' 
persévérance pour lire jusqu'au bout ce prêche bi-- 



VARIETES MUSICALES. 49 

blique qui n*a pas moins de 170 pages. N*y cher- 
chez pas des renseignements sur la musique en 
1542, vous chercheriez en vain. C'est rénumération 
interminable de tous les psaumes qui renferment : 
chantez les louanges du Seigneur; tous les commen- 
tateurs de la Bible y passent ; ajoutez-y les saints 
pères, les auteurs profanes, puis Luther; comptez 
jusqu'à 1 81 , et vous aurez le chiffre exact des au- 
teurs cités. 

Tout cela pour prouver : 

i<^ Que la musique est uu art ; 

2» Qu'elle est un art noble ; 

3<> Qu'elle est un art délectable ; 

i^ Qu'elle est un art digne de louanges ; 

5® Qu'elle est un art honorable ; 

&* Qu'elle est un art gracieux ; 

7® Qu'elle est un art puissant; 

9» Qu'elle est un art utile; 

9^ Qu'elle est un art nécessaire ; 
10^ Qu'elle est un art divin ; 
il* Qu'elle est un art prodigieux. 

Au chapitre m, il est dit : < Comment pourrait-on 
ne pas appeler la musique un art délectable, puis- 
qu'elle aide à chanter les louanges du Seigneur? 
Aussi le diable le sait bien, et la musique employée 
comme elle doit Tétre le brûle jusqu'aux os. C'est 
pourquoi il est tant son ennemi et qu'il fait voir sa 
haiiie et sa rage amères contre ce bel art, en le 
faisant mépriser par ses affidés, en le persécutant 
par les tyrans, desquels il se sert effrontément pour 



10 MUSIGIANA. 

> • ..... < 

biiillonner ceux qui chantQut les louanges du Sei- 
gneur! » 

Dans le chapitre des chanteurs du Nouveau Tes- 
tament, Spangenberg s'évertue à nous prouver 
(mal, il est vrai) que Jésus-Christ et la sainte. 
Vierge ont dû savoir chanter, même avec talent, 
li est à regretter qu'un homme aussi savant par 
ses lectures comme l'était Spangenberg ne nous ait 
pas donné une histoire de la musique au lieu de 
citations de la Bible, et de .critiques acerlDes contre 
les pratiques et usages des catholiques. Son analyse 
des anciens modes grecs et son chapitre sur. les 
Meistersànger^ les maîtres -chanteurs allemaiids, 
renferment des pages intéressantes et prouvent que 
l'auteur était en état de faire un livre conformé au 
titre : Von der Musica^ de la musique. 

•Cyriacus Spangenberg, né en 1528 à Herden, 
dans la principauté de Kalenberg, mourut à Stras- 
bourg en 1604. 

Il fut longtemps prédicateur de l'Évangile à Eis- 
leben. 

■ V ¥ " - 

LA BIOGRAPHIE DES MUSICIENS PAR M. FÉTIS. 

Lors de la publication de la Bioffrapbie des nm^ 
siciènSy.^^vJA^ Fétis (2** édition), j'écrivis à l'au- 
tejir pour le féliciter sur son immense travail, tout 
enregrettant l'omission de notnbreux corapositeurs. 
français, qui sont représentés par plusieurs mor- 



VARIETES MUSICilLES. 



51, 



eeaux de cbant à quatre voix, dans les Recueils 
publiés^ au milieu du seizième siècle par Pierre At- 
teignant, Adrian Le Roy et Ballard. 

Voici les noms d'une grande partie de ces com- 
positeurs : 



Allaire (ses chansons non citées). 

Aotraigues (non cité). 

Arcadet. 

Beaumont (non cité). 

Billon(J. de). 

Bouchefort (J. de) (non cité). 

Basbi idê) (non cité). 

Beaulieu (1). 

Câmbefort. (Ce n'est pas celui 

cité par M. Félis.) 
Cerion. 

Ciron (G.-J.) (non cité). 
Claudin. 
GoBsiliam. - 
Cochet (R.) (non cité). 
Cybot (non cité). 
Courtoys. 
Desleuges. - 
Dqrlé. 

Ou Croc (noncilé). 
Diiloi' (non cité). 
Dumoulin (non cité)-. 
l)u Tertre (non cité). 
Françoys (non cité). 
Gascogne." 
Godard. 
Gombert. 
Grouzi .(non cité). 
Hérîssantr 

Hesdin; 

Heuneur (G. Le). 



Jacotin. 
Janequin. 

Lalo (non citél. ■ ■ " -, 

Le Fèvre (Denis) (non cité). 
Lemaire 
Le Roy. 
Leschènet. 

Lupi. . . 

Maillard. 
Millot. 

Mitthou (non cité). 
Mornable. 

Moiillu (ses chansons non citées). 
Mouton. 

Pagnier (non cité). 
Passereau. 

Penet (Hilàire) (ses chansons 
- non citées). 
Quinot (non cité). 
Rennes (N.) (non cité). 
Roche (F. de la) (non cité). 
Rore (Cyprian). - 
Sandrin. 

Santerre (ses chansons non ci- 
tées). 
Soyer ou Sohier. - ■ 

Touteau (non cité). - 

Vermont. 

Villers (A. de). ' ' 

Yzore (non cité). 



, (lyC'eài un autre Beaulieu que celui qui est cité par M.Féti»^ 



52 MUSIGIANA. 

M. Fétis me répondit une longue et intéressante 
lettre que je joins ici, et Ton m'en saura gré, cer- 
tainement. 

«c Bruxelles, le 16 juillet 1865. 

« Mon cher monsieur, 

c Je saisis Toccasion d*un moment de repos pour 
répondre à votre lettre de dimanche dernier et vous 
remercier du cadeau que vous m'avez fait de vos 
Poèmes de la mer. Je n'ai guère Tespoir de les lire 
avant la fin des concours du Conservatoire ; mais 
lorsque le temps des vacances sera venu , . ce sera 
une de mes premières occupations. 

« Je vous remercie aussi des renseignements bi- 
bliographiques qui remplissent la plus grande partie 
de votre lettre. Je connais depuis environ 50 ans 
les volumes de la Bibliothèque Impériale dont vous 
avez bien voulu me donner l'indication, et j'en ai 
pris des notes avec tous les premiers mots des 
chansons et des auteurs ; mais d'une part, on ne 
sait rien sur les personnes de ceux-ci, et de l'autre, 
tout cela est de si peu de valeur, que j'ai un peu 
de regret d'être obligé de garder le silence à leur 
égard. J'ai dépensé récemment quelques milliers 
de francs pour l'acquisition de la plus considérable 
collection de chansons en musique qui, je crois, a 
jamais été rassemblée, mais j'aurais pu mieux em- 
ployer mon argent. Par-ci par-là, je trouve cer- 
taines pièces qui ont le mérite d'un sentiment naïf; 



VARIÉTÉ^ MUSIGALEi^ 68 

mais, en général, tout cela est vulgaire et assez 
mal écrit. 

« Pour quelques noms de valeur qu'on trouve dans 
ces rarissimes recueils d'Âttaignant, de Jacques 
Moderne, de Nicolas Du Chemin, d'AdrianLe Roy, 
des deux Phalése, de Jean Bellère et des Ballard, 
il y a des centaines de noms obscurs, et très-dignes 
de Tétre. 

« Les personnes qui prennent la peine de signaler 
certaines omissions, assez indifférentes, de la Bio- 
graphie universelle des musiciens^ ignorent qu'il 
existe environ 1,500 compositeurs allemands dont 
le plus grand nombre ont un mérite réel, et qui 
néanmoins ne sont pas mentionnés dans les biogra- 
phies musicales publiées dans leur pays. J'ai dû 
souvent faire de grands efforts pour les tirer de 
l'oubli. T^Qui ce qui a été publié en Italie sur les 
musiciens de ce pays fourmille d'erreurs et 
d'inexactitudes que j'ai éclaircies et corrigées. Les 
musicien^ fielges des xiv* et xvi* siècles repré- 
sentent toûtel'histoire de la musique de ces épo- 
ques ; or, àiiie les conaissait que par leurs œuvres, 
ou plutôt pai^ leurs noms; c^est la Biographie uni- 
ver selle des musiciens qui, pour la première fois, 
donne sur eux des renseignements complets et fait 
connaître leur énorme influence dans toute TEurope. 
En Espagne, on ne savait rien en quelque sorte 
sur les musiciens de cette contrée ; les maîtres de 
chapelle et lés artistes les plus remarquables de 
Barcelone, de Madrid, de Séville et de Cadix m'ont 



5* MUSïCIANA, / 

éerit que c'est par mon livre qu'ils ont appris à 
connaître les gloires musicales de leur patrie. 

c En France, on ne lit pas même les livres qu'on a 
sous la main, et je pose en fait qu'il n'y a pas dans 
ce pays trois personnes qui se doutent des lumières 
répandues dans la Biographie universelle des 
musicii^ns snv toutes les questions importantes 
d'art, de science et de philosophie du bçau. Un 
journaliste priait un jour M. Farrenc de lui faire 
une liste des principaux articles de ce livre, parce 
qu'il désirait les citer lorsqu'il en parlerait dans 
son journal. « Qu'avez-vous besoin de cela, lui dit 
« mon pauvre ami, puisque M. Fétis vous a donné 
«son ouvrage? — Oh! je n'ai pas le temps de 
«parcourir celte énorme bibliothèque musicale. » 
• « Eh bien ! ce même journaliste, qui ne m'est pas 
hostile, écrivait naguère cette phrase, à propos du 
T^ême ouvrage : travail colossal, mais incomplet ! 
Qu'en sait- il î 

« Un illustre philosophe m'a écrit à propos de ce 
travail et de mes autres ouvrages : « Taltention que 
« j'ai mise à vous lire m'a donné sur yotre art des 
flc lumières que je cherchais depuis longtemps et 
« que je n'espérais plus ; mais cette lecture m'a 
« attristé en songeant que vous êtes venu trop tard. 
« La génération actuelle ne peut plus vous com- 
a prendre au point de vue élevé où vous vous êtes 
« placé : elle est occupée d'autre chose, et l'art 
« n'est plus pour elle qu'un amusement, dans les 
« moments perdus où l'on ne peut pas s'occupeç de 



VARIÉTÉSl MUSICALES. i5 

§ $a fortune ou de sa ruine. Peut-être espérez-^ous 
« dansTavenir? Hélas ! je crains qu'il n'y ait pas 
« d'avenir pour ce qui vous intéresse : la nature 
1 me paraît épuisée pour le beau, pour l'idéal chez 
« Jes peuples européens. Si une génération nouvelle 
« peut rentrer dans ce domaine, dans l'avenir, elle 
c. viendra de l'Amérique ; mais cela est. douteux. » 

« Quoi qu'il en soit, il est hors de doute que la 
Biographie universelle des musiciens est imparfaite 
dans un certain nombre de faits et de dates : je Fai 
dit dans jna préface. 11 en est nécessairement ainsi 
de tous les ouvrages du même genre. Si dix per- 
sonnes se mettaient à l'ouvrage pour faire dispa- 
raître ces imperfections, et si elles y employaient 
dix années de recherches, il en resterait encore. 

« Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de mes 
sentiments les plus distingués. 

« FÉTIS. » 

On parle souvent des concerts historiques que 
M. Fétis donna à Paris il y a quarante-cinq ans, 
mais on en parle comme d'un écho si lointain, si 
lointain, qu'il nous a paru intéressant d'en repro- 
duire les programmes. 

Ces concerts ont eu un véritable retentissement, 
succès qui s'explique d'ailleurs autant par le nom 
des artistes éminents qui prêtèrent leur concours à 
ces séances, que par le talent de M. Fétis lui-même, 
dont i'élocution brillante et le grand savoir ont dû 
contribuer pour une bonne part à l'attrait de ces 



56 MUSIGIANA. 

concerts. On retrouve dans ces programmes les 
noms de toutes les célébrités dealers, et si l'on vou- 
lait renouveler aujourd'hui cet essai sur un pied 
semblable, on aurait probablement de la peine à 
réunir en une même salle, une après-dinée de di- 
manche, tous les Phénix du chant qui tiennent en 
ce moment le premier rang aux théâtres lyriques 
de Paris. 

PROGRAMMES DES CONCERTS HISTORIQUES 
DE M. FETIS, EN 1832, 1833 ET 1855. 

SALLE DU CONSERVATOIRE. 
i«' CONCERT (8 avril 1832), à â heures. 

1r* PARTIE. 

1® Discours sur Porigine et les progrès de repéra, depuis 
ibSijasqu*en iQbO, par M. Fétis. 

20 Fragments du Ballet comique de la Reine, représenté 
aux noces du duc de Joyeuse, sous le règne de Henri III, 
en 15K1. 

3<* Fragments d'^ur/rfjce (premier opéra composé en Italie, 
en 15901, musique de Péri et de Caccini, et d'Or/eo, 
musique de Monteverde (1606), chantés par M"** Ginti 
Damoreau, Dabadie, Mori et par MM. Bordogni, A. Du- 
pont, Levasseur et Rubini, accompagnés par des violeSi 
basses de viole, clavecin, orgue, guitares et harpes. 

4® Scène de Xerxès^ musique de Cavalii (1649), chantée par 
M"« Mori et M. Lablache. 

2« PARTIE, 

5« Discours sur les progrés de Fopéra en Italie, en France 
et en Allemagne, depuis i^bO jusqu'en 1750, par M. Fétis. 



/ f 



VARIETES MUSICALES. 57 

6® Monologue à'Armide (1686), musique de Lully^ chanté 

par M^ Dorus, suivi d'un chœur de Peraée (1682) par le 

même. 
1^ Air de BasiJias (opéra allemand), musique de Kaiaer 

(1694), chanté par M"»« Schrœder'Devrient. 
S^ Scène de Darius ^ musique d*A. Scarlatti (1701), chantée 

par M. Rubini. 
9® Duo de Bérénice, musique de Haëndel (1723), chanté par 

M»« Mori et M. A. Dupont. 
10^ Duo bouffe de la Serva padrona, musique de Pergo- 

lèse (1734), chanté par M»« Raimbaux.et M. Ijablache. 
il* Chœur de Zoroastre^ musique de Rameau (1749). 

8« PARTIE. 

î^ Discours sur les révolutions de la musique dramatique, 

depuis ilQOjusqu^en 1830, par M. Fétis. 
18* Duo de la Fausse Magies musique de Grétry (1775), 

chanté par MM. Nourrit et Lablache. 
14* Air de Zémir et Azor, musique de Grétry^ chanté par 

M"** Ginti-Damoreau. 
15* Duo d'ilr227i(fe, musique de Gluck (1777), chanté par 

M. et M»« Dabadie. 
16* Rondo de Don Juan^ musique de Mozart (1786), chanté 

par M. Rubini. 
17* Quintette de Paisiello (1788), chanté par M'^Schrœder- 

Devrient, M^ Mori, MM. Bordogni, Lablache et Levas- 

seur. 
18* Air de la Cenerentola, musique de Rossim (1816), 

chanté par M. Lablache. 
19* Scène du Freyschutz^ musique de Weber, chantée par 

M™ Schrœder-Devrient. 
20* Trio de Guillaume-Tell , musique de Rossiûi, chanté par 

MM. Dabadie, Lafont et Levasseur. 

. Cette séance, malgré le choléra qui sévissait 
alors, eut beaucoup de succès. U parait que la Ion- 



58 BlUaiCIANA, ' 

gueur du programme n'effraya pas non plus le pu- 
blic, car nous voyons le 2* concert réunir 28 mor- 
ceaux. Après avoir fait une espèce d'histoire de la 
musique, M. Fétis se restreint à une seule époque 
dans cette deuxième séance. 



DEUXIEME CONCERT HISTORIQUE. 

La musique au xvi« siècle^ à Véglise, au concert, 

au bal. 

Dimanche 18 novembre 1832, salle de concert, n? 13, rue 
Neuve-des-Capucinos (à 2 heures). 

l'e PARTIE. 

1® Discours prononcé par M. Fétis sur la situation de la mu- 
sique religieuse au xvi« siècle, en Italie, en France, en 
Allemagne et en Angleterre, 

^ Laudi spirituali, cantiques en chœur à la Vierge, exé^ 

cutés par les confréries italiennes au commencement du 

xvi« siècle (1). 
3^ Kyrie de la messe dite de V Homme- Armé, de ^iosquin" 

Després, exécutée dans la chapelle du pape Léon X 
.(1510). 
4^ Ave Maria à 5 voix, par Nicolas GouJ>ert, maître de 

chapelle de l'empereur Charles V (1520). . . 1 

5® Premier cantique de la Réformation, à 4 voix, composé 

par Luther. 

(1) Cette LaudsL : alla Trinila, et non pas Alla Trinita, a été 
souvent chantée aux concerts du prince de la Moskowa ; son' har- 
monisation est moderne. .... ■". : .';..'; 



VARIETES MUSICALES. B9 

^^ Motet à 5 voix, par Jean Mouton^ exécuté dans la cha< 

pelle de François I®', roi de France (1525) . 
1® Motet à 6 voix, composé par le roi d'Angleterre 

Henri VIII, et exécuté dans sa chapelle (1538). 
8^ Sanctus de là messe Beatœ VirginsB^ à 6 voix, par Pa^ 

lestrina, exécutée dans la chapelle du pape Sixte V 

(1575). 

2- PARTIE. 

1® Discours prononcé par M, Fétis sur la musique de con- 
cert vocale et instrumentale y au xvi« siècle, 

2* Vilanella à 4 voix, chantée dans les sérénades napoli- 
taines (1520J. 

3^* Chansons françaises à 4 et à 5 voix, par Clément Man- 
nequin et Claude Goudimel (1530 à 1572). 

4" Pièce de viole à 5 parties, par Gervaise (1556). 

5" Vilhancicos espagnols, à 6 voix de femmes, avec 8 gui- 
tares obligées, composés par Soto de Puebla et exécutés 
dans un concert à la cour de Philippe II (1561). 

6® Pièce d'épinette, tirée du Virginal book, de la Veine 
Elisabeth. 

7<* Madrigal à 5 voix, sans accompagnement, par Pales- 
trina(imb). 

8* Concerti passegiati pour violes, violon français, harpe, 
orgue et théorbe, composés par Emilie del Cavalière» 

3- PARTIE. 

1® Discour sr prononcé par Af. Fétis sur la danse au xvi« 
siècle et sur la musique qui lui était destinée. 

2<^ Airs de danse grave, dansés à la cour de Ferrare, au 
mariage du duc Alphonse d'Est. 

3<> Sarabandes, pavanes et passamèzes espagnoles, airs de 
danse chantés et joués par les instruments. 

A^ Basses danses françaises^ exécutées à la cour de Henri II, 
roi de France, par Catherine de Médicis et ses filles 
d'hoûneup. ^' : ,c .;;:." ? .: v * 



60 MUSICIANA. 

5* Branles de Poitoa et bourrées d'Auvergne, sous le règne 

de Charles IX. 
&> Allemandes, courantes et gigues, dansées en Allemagne 

vers 1575. 
*?* La Romanesca^ fameux air de danse italien de la fin du 

XVI" siècle. 
8® Airs de la mascarade des Enfanta fourrés de malice et 

des Chambrières mal avisées^ composés par Chevalier 

et exécutés dans les rues de Paris pendant la nuit de 

Saint-Julien (1587). 



TROISIEME CONCERT HISTORIQUE 
DONNÉ PAR M. FETIS. 

Le dimanche 24 mars 1888, à la salle Yentadour (1). 

iw PARTIE. 

1* Discours de M. Fétis sur le caractère général de la mu- 
sique au dix'septième siècle, 

p* Motet avec solos et chœur, par Lalande, surintendant 
de la chapelle de Louis XIV. 

8^ Air de la Didona, par Cavalli (Venise, 1689). 

4fi Concerto de chambre pour une mandoline, un luth, une 
viole d'amour, une basse de viole à sept cordes et un cla- 
vecin, par Jean Strobach (1698) • 

5*! Duo de Vabbé Steffani, pour voix de soprano et de con- 
tralto (1690). 

Q^ Air et double chœur de Toratorio de Jonas, par Caris- 

5i2E2i(1611). 

7» Chanson française à voix seule, par Guédron, composi- 
teur de la cour de Louis XIII (1614). 

{{) Ce concert avait d'abord été annoncé pour le 24 février 1833. 



f / 



VARIETES MUSICALES. fti 

%"* Lied (chanson allemande) à trois voix, par Samuel 

Scbeidt (1625). 
9^ Air d'église, pour voix de ténor, avec accompagnement 

de deux violes et de deux basses de viole» par StradelJa 

(1667). 

M. Fétis fera l'histoire de ce beau morceau (1). 

2« PARTIE. 

1<» Symphonie de Lally, exécutée aux Tuileries (en 1671) par 

la bande des Petits violons de Louis XIV. 
2^ Déclinaison du pronom latin hic, hwc, boc, plaisanterie 

musicale à quatre voix, par Carissimi (1609). 
Z^ Petit air de cour en duo, par Lambert (1656). 
4o Madrigal à quatre voix de soprano et contralto, par Fabbé 

F. Rossi (1683). 
6^ Miserere à deux chœurs et à neuf parties, par 'AUegri 

(1631). 

M. Fétis fera l'histoire de ce morceau célèbre. 
1^ Concerto grosso pour violon, avec accompagnement, par 

Corelli, 
S^ Scène de l'opéra dUrène^ par Kaiser (1697). 

QUATRIÈME CONCERT HISTORIQUE 
DONNÉ PAR M. FÉTIS 

Le 2 avril 1833, dans l'ancienne salle de rOpéra-GomiquQ, 

rue Ventadour (2). 

!'• PARTIE. 

i^ Discours sur F origine et les progrès de repéra, depuis 
1581 jusqu'en 1833, par M. Fétis. 

(1) Cet air d'église n*est pas de Siradella. C'est un morceau de 
musique qui date tout au plus de la fin du dix-huitième siècle, à 
moins qu'il ne soit du dix -neuvième, ce qui est plus probable; on 
l'attribue généralement à Niedermeyer, ou bien à Rossini. 

(2) Ce programme est en grande partie la reproduction du pre- 
mier concert historique de M. Fétis. 

4 



6Î MUSieiANA. 

2« Fragment du Ballet comique, représenté à Paris aux 
noces du duc de Joyeuse, sous le règne de Henri III, en 
1581. 

3® Fragments de VEuridice, musique de Péri et de Caocini, 
premier opéra italien (1590), et d*Orfeo, musique deMon- 
teverde (1606), chantés par M"«* Doras, Massy, M"*« Bap- 
tiste Qainey, MM. Bordogni, A, Dupont, Wartèl et Le- 
vassenr, accompagnés par des violes, des basses de 
viole, clavecin, orgue, guitares et harpes. 

4® Air de la Didùna, par CavaJli (Venise, 1639), chanté par 
W^^ Dorus. 

2* PARTIE. 

lo Air de Topera de Mitrane, pour contralto, par Fabbé 

F. Rdssi (1683). 
2<^ Monologue à'Armide, musique de LuHy, chanté par 

Mlle Dorus, suivr d'un chœur du môme opéra (1686), avec 

des solos chantés par M. WarteL 
S^ kir de Laodicea e Bérénice^ avec accompagnement de 

violon obligé, par Alex, Scarlatti (1703), chanté par 

M. Rubini et accompagné par M. Baillât. 
4® Duo bouffe de la Serva Padrona, musique de Pergolèse 

(1734), chanté par M"** Damoreau et M.. Tamburini. 

b^ Chœur de HaêndeL 

_ - . . * . . ......... 

3e PARTIE. 

1* Duo de la Fausse magie ^ musique de Grétry (1775), chanté 

par MM. Nourrit et Levasseur, 
2» Air de Zémire et Azor, musique dé Grétry, chanté par 

M"*« Damoreau, 
So Duo d'Iphigénie en Tauride, musique de Gluck (1777), 

chanté par MM. Nourrit et Dabadie, 
4® Air de Don Juan, musique de Mozart (1786), chanté par 

M. Rubini. 



VARIETES MUSICALES. :Ç.1 

5? Trix) du Matprmonio segreto, musique de CUnarosa (1796), 

chanté par M"« Julia Grisif M"* TadoUni et M"« Bap^ 

liste Quiney. 
6® Air de Sémiràmis, musique .de Hossini, chanté par 

M. TamburinL 
7® Quatuor de VJralo, musique de Méhul (1802), chanté par 

M"« Damoreau, M*^« Dorua, MM. Nourrit et Levasseur. 
8«>'Duo de Mosé, musique de Hossini, chanté par MM. /?a- 

bini et Tamburini. 

On s*est demandé quelquefois pourquoi ces con- 
certs historiques, qui ont eu un retentissement si 
marquéj se sont arrêtés à la troisième séance. M. Fé- 
tis nous l'explique lui-même, dans le numéro de 
samedi 6 avril 1833, de sa Revue musicale. Il s'était 
vu forcé de quitter la salle du Conservatoire; à cette 
époque tout succès dans cette salle portant ombrage 
à la Société des concerts. 

« La salle Ventadour, dit M. Fétis, de dimen- 
sion plus grande, s'est trouvée encombrée d'audi- 
teurs, parmi lesquels il s'était glissé des per- 
sonnes qui ne pouvaient comprendre le but que 
se proposait le professeur, faute d'une éducation 
musicale assez avancée; M""* Damoreau et M"' Do- 
rus étaient indisposées le jour de ce concert et n'ont 
pu y prendre part ; toutes ces causes ont occasionné 
dans l'assemblée une agitation destructive de l'in- 
térêt d'une telle séance. » 

Voilà, d'après M. Fétis lui-même, pourquoi, dé- 
couragé, il s'arrêta là. 

Il s'écoula même vingt ans quand M. Fétis, alors 
directeur du Conservatoire de Bruxelles, eutlayel- 



64 MUSIGIANA. 

léité, à l'un dé ses voyages à Paris, de faire un 
nouvel essai. Nous joignons ce programme comme 
complément à ceux qui précèdent : 

CONCERT HISTORIQUE DONNE PAR M. FËTIS 

Direeleur du Conservatoire royal de Bruxelles et maître de 

chapelle du roi des Belges. 

SALLE HERZy LE SAMEDI 14 AVRIL 183S. 
!»• PARTIE (Musique rtiligieuse). 

{** Cantique à la Vierge, des confréries italiennes, à la fin 
du XV* siècle, en chœur et sans accompagnement. 

2® Kyrie (en chœur) de la messe de Josquia Després^ in- 
titulée la sol fa te mi^ laquelle fut chantée dans la cha- 
pelle du roi de France Louis XII (1504). 

3<* Ave Maria, à 6 voix, sans accompagnement, par Nicolas 
Gombert^ maître de chapelle des empereurs Charles-Quint 
et Ferdinand (1534). 

4<^ Salve Mater^ hymne en choeur, sans accompagnement, 
par Palestrina, maître de chapelle des papes (1577). 

2« PARTIE {Musique de cbtunbré), 

{^ Yillanelle napolitaine à 4 voix, par Balthasar Donati 
(1555). 

2® Frottolle vénitienne à 5 voix, par Gastoldi (1594). 

3° Dialogue sentimental pour violon, viole, basse de viole 
et violon, par Schûtz (1596), exécuté par MM. Alard et 
Cbevillard, 

A^ Madrigal romantique à 5 voix, par Roland de LassuSy 
maître de chapelle du duc de Bavière (1579). 

5^ Cbant espagnol (appel aux armes) pour 6 voix de fem- 
mes, avec accompagnement de guitare, par Soto de Pue^ 
bla, compositeur de la cour de Philippe II. 



VARIETES MUSICALES. 65 

3« PARTIE {Musique de danse). 

1*» Ronde française à 4 voix, par Jacques Aroadet (1517). 

2^ BasseS'dances de la cour de France au temps de Cathe- 
rine de Médicis (1553) exécutées par des violes. 

do La Ronaanesca, fameux air de danse pour violon solo, 
avec accompagnement de violes, basses de viole, viole 
bâtarde et guitare (fin du xvi« siècle). 

4« Branle de Poitou pour violes, hautbois et bassons. 

b** Airs de danse de la Mascarade des enfants fourrés de 
malice^ passe-pied et bourrée d'Auvergne, exécutés dans 
les rues de Paris,. pendant la nuit de Saint-Julien (1587). 

M. Fétis donnera des renseignements historiques sur cha- 
que genre de musique. 

Les exécutants de ce concert, auquel j'assistai, 

furent M"* Deligne - Lauters^ M"' Borghèsey 

M"' Blanchi, W^ Rey - Balla, M»« Bourgeois, 

M"" Zolobodjan et MM. Archainbaudy Kœnig et 

Noir. 
■ 

D'après mes souvenirs, l'exécution de ce splen- 
dîde programme laissa un peu à désirer, à part 
les deux morceaux joués par M. Àlard, et le chant 
espagnol Appel aux armes (à las arm^s), qui eut 
un grand succès et qui fut redemandé. 

M. Fétis eut le tort à* arranger beaucoup des an- 
ciennes pièces qu'il fît entendre à ses concerts his- 
toriques ; on peut consulter à ce sujet une intéres- 
sante brochure de M. Farrenc: Les Concerts his- 
toriques de M. Fétis à Paris. C'est la réunion de 
plusieurs articles parus dans la France musicale. 
A ces renseignements nous pourrions en ajouter. 

4. 



66 . MUSIGIANA. 

beaucoup d'autres, un seul en tiendra lieu : on de^ 
vait donner quelques Concerts historiques à l'Ex- 
position universelle de Paris; je faisais partie de 
-la commission instituée dans ce but, et j*ai re- 
ligieusement conservé un madrigal d*Orlando de 
Lassas y envoyé par notre président M. Fétis : cette 
pièce n'est autre chose qu'une imitation, composée 
par M. Fétis lui-même, et l'imitation est de telle 
nature, qu'elle ne pourrait tromper que des igno- 
rants en archéologie musicale. 

¥ ¥ 

QUELQUES ADI\ESSES DE COMPOSITEURS DE MUSIQUE 
ET DE CHANTEURS EN 1822. 

« 

Adolphe Adam, élève de l'Ecole royale de musique, répé- 
titeur de solfège, rue Sainte-Croix, n® 1. 
D. F,'E, Auber^ compositeur-amateur, rue Saint-Lazare', 

Baillot^ premier violon de TOpéra, rue Rochechouarl, 

no 31. 
Barbereàu, élève et répétiteur de contre-point et fugue, a 

l'Ecole royale de musique, rue Sainte-Avoie, n® 16. 
Berion (Henri-^fontan), boulevard des Invalides, n*» 17. 
Bqieldièu^ professeur de composition à l'Ecole royale de 

musique, rue du Helder, n® 23. 

Amédée de Beauplaa, compositeur-amateur^ rue Saiot- 
Lazare, n® 41. 

Le chevalier Caraffa, compositeur dramatique, boulevard 
- Montmartre, n® 1(L . . 

Çhawpeiû^ compositeur dramatique, rue Sainte-Ânne, 
. .no 14. 



VARIETES MUSICALES. 67 

Cberubiniy professeur de composition à TEcole royale de 
musique, rue du Faubourg-Poissonnière, n** 19. 

M^i* Cinti (depuis M">« Damoreau), rue Neuve-des-Petits- 
Champs, n« 26. - 

Gilbert Duprez, compositeur, rue Christine, n<» 8. 

FétiSf professeur de piano, de contre-point et fugiie à VE- 
cole royale dé musique, rue Cadet, n<* 9 bis. 

Garât aîné, professeur de chant à l'Ecole royale de mu- 
siqne, rue Montmartre, n<* 182. 

Garcia, acteur du Théâtre-Italien, rue Richelieu, n® 93. 

Gossec^ de PAcçidémie royale des Beaux- Arts, rue de Ma- , 
rivaux, n« 1. *.:.'.'. 

Habeneck aîné, directeur de TOpéra, rue des Filles-Saint- 
Thomas, n® 21. 

Halévy, professeur de solfège à TEcole royale de musique, 
élève de M. Cherubini, rue Sainte-Avoye, n« 33. 

Héroldf compositeur dramatique, pianiste de TOpéra-l ta- 
lion, rue Marivaux, n» 13. 

Herz, professeur de piano, rue Joubert, n® 24, 

Hodclpbe Kreutzer, professeur à TEcole royale de mu- 
sique, rue de Provence, n® 45. 

Lesaeur, compositeur, rue Sainte-Anne, n® 18. 

Afoscbelès, compositeur de musique, rue Notre -Dame-des- 
Victoires, h<* 7. 

Nourrit, premier ténor de l'Opéra, rue Rameau, n® 6. 

M. et M™« Orâla, amateurs, rue Saint-Germaindes-Prés. 

F, Pâér,' compositeur. de la musique du roi, place des Vic- 
toires, n® 10. 

Pernej inspecteur général et bibliothécaire de FEcole 
royale de musique, rue Bergère, n? 2. 

/ Pleyelj compositeur, rue Grange-Batelière, n® 13. 

Popebardy professeur . de chant à l'Ecole royale de mu- 
sique, rue Montmartre, n* 179. 

A<^ic/rà,. professeur à l'Ecole. royaje de musique, ruade la 
Corderie, n^ 2. 



68 MUSIGIANA. 

Rouget de Lisle, compositeur, rue Notre-Dame-des-Vic- 
toires, n^ 46« 

Sarrette, fondateur et ancien directeur général du Conser- 
vatoire, rue du Faubourg-Poissonnière, n^ 7. 

ViotU, ex-directeur de l'Opéra, rue Neuve-des-Mathurins, 
n«44. 

ZimmermanD, professeur de piano et de conlre-point à l'E- 
cole royale de musique, rue Saint-Louis-au-Marais, n®64. 






BËMETZRIEDER. • 

Ce professeur de piano, né en Alsace vers 1743, 
a publié différents ouvrages théoriques qui, parait- 
il, ont eu un succès de vogue dans leur temps. Nous 
ne parlerons que des Leçons de clavecin et Prin- 
cipes d'harmonie. Ce traité est écrit en dialogue; 
les personnages sont le maître^ le disciple et le 
philosophe. Ce dernier est Diderot, le protecteur de 
Bemetzrieder, et le disciple est la fille de Diderot ; 
ce dernier, d'après ce qu'il dit lui-même dans la 
préface, a francisé un peu le style de Bemetzrieder. 

III* LEÇON. 

Enchaînement de modulations relatives par 

quinte. 

LE DISCIPLE. 

Qui est-ce qui vient m'interrompre?... ah! c'est 
une invitation d'aller passer quelques jours à la 



# / 



VARIETES MUSICALES. 6» 

campagne... Dites que je ne saurais... J'aime mieux 
rester... Trois jours!... Au bout de trois jours j'au- 
rai tout désappris. 

LE MAITRE. 

N'y aurait-il pas un clavecin à cette campagne? 

LE DISCIPLE. 

Oui, mauvais, désaccordé; et je n'en perdrai pas 
moins trois leçons... Dites que je ne saurais. 

LE MAITRE. 

Si, pendant ces trois jours, vous vous exerciez 
au point d'exécuter un peu couramment ce que je 
vous laisse, je serais content, et vous auriez raison 
de l'être. 

LE DISCIPLE, aa valet. 

J'irai donc... Mais priez votre maître de ma part 
de faire accorder le clavecin, entendez-vous?... 

Non, non; ne lui dites rien Il vaut mieux que 

j'écrive ; e*est le plus sûr... Il n'aurait qu'à oublier 
ma commission ou la faire de travers, comme c'est 
leur usage ; il y aurait de quoi me désespérer. 

LE MAITRE. 

Il fait beau, amusez-vous bien. Fatiguez, le plus 
que vous pourrez, vos pieds et vos mains. Prome- 
nez~vous beaucoup, et jouez d'autant. 



\ 

70 MUSICIANÀ. ' 

LE DISCIPLE. 

C'est mon projet. \ 

LE MAITR@. 

: Après les fêtes. 

LE DISCIPLE. 

Après les fêtes. 

; . IV LEÇON. : 

LE MAITRE. 

Eh bien ! comment vous trouvez -vous de votre 
campagne? 

LE DISCIPLE. 

A merveille. Liberté, gaieté, bonnes gens, bon 
vin, jolies femmes, et belles promenades. 

LE MAITRE. 

Et par conséquent nos gammes et nos modula- 
tions relatives bien oubliées. 

LE DISCIPLE. 

Vous vous trompez. 

LE MAITRE. 

Tant pis pour vous. Nous sommes donc fort 
habile ? 



VARIÉTÉS MUSICALES. 71 : 

LE DISCIPLE. 

Les mains vont bien; mais la tête va mal. 

LE MAITRE. 

Qu'est-il arrivé à cette chère tête ? En effet vous 
paraissez triste. 

LE DISCIPLE. 

C'est que je le suis ; mais laissons cela et parlons . 
d'autre chose. J'exécute la première roulade pres- 
que allegro de la main droite ; pour la gauche... 

LE MAITRE. 

Un peu andante. 



. yp LEÇON. 

(L'élère joue en la bémol et en mi bémol,) 



L.'ÉLÉ\É. 



Eh bien? 

LE MAITRE 

• • • - . . - _ - 

Eh bien, je vois que vous allez, et que vous allez^. 
vite sans vous fatiguer. 

L ELEVE. 

* N!en croyez rien; j'y ai mis du temps; mais.auçsi 
je possède, votre première. suocessîQfî à l'exéçut^j 



7« MUSIGIANA. 

en causant d'autre chose... Essayons... Allons, 
parlez... 

LE MAITRE. 

Mademoiselle, vous n'avez pas borné toutes vos 
études à la musique? 

l'élève. 

Non assurément*. • Je fais des ourlets, du tri 

Je connais le prix des choses... J'ordonne très-bien 
un dîner, un souper... Je n*ai besoin de personne 
pour me coiffer, pour veiller à mon linge, à mes 
vêtements... Qu'en dites-vous, en vais-je moins 
sûrement ? 

LE MAITRE. 

Non, continuez. 



VIP LEÇON. 



L ELEVE . 



Et d'où sortez-vous, monsieur? Il y aura demain 
huit jours que vous n'êtes apparu. 



LE MAITRE. 



Je me suis un peu fourvoyé ; et qu'est*ce qui ne 
se fourvoyé pas un peu dans ce monde-ci ? 



9 



VARIETES MUSICALES. 73 



l'Élève. 



Vous ne vous êtes pas douté que votre absence 
m'a fort souciée ? 

LE MAITRE. 

Je n'ai point eu cette vanité-là. 

l'élève. 

• 

Si vous saviez les idées fâcheuses qui m'ont passé 
par la tête. Je me disais : Mon maître est mécon- 
tent. Je suis une petite cruche. Je n'avance pas ; il 
m'aura quittée. L'extrême patience avec laquelle 
vous enseignez achevait d'étayer mon soupçon. 
J'sgoutais : Il lîe gronde pas comme les autres ; mais 
quand cela ne va pas à sa fantaisie, il vous plante 
là tout doucement. 

LE MAITRE. 

Vous vous êtes dit tout cela ? 



VHP LEÇON. 

{Le papa rentre et demande une sonate à sa ûUe ; 
celle-ci lui prouve par A plus B qu'elle n'a pas 
envie déjouer.) 

LE PHILOSOPHE. 

Mademoiselle, tout comme il vous plaira. 

5 



MUSICIANA. 



l'Élève. 



Mademoiselle!... Voilà comme on dit quand on 
veut obtenir la chose, et vous ôter le mérite de la 
complaisance. 

LE PHILOSOPHE. 

En as-tu vraiment assez? 

l'élève. 

Papa, en pouvez-vous douter? 

le philosophe. 

Allons» point de sonate, je n'en veux point ; met- 
tons-nous à table, et soupons gaiement. Monsieur, 
si vous vouliez en être ? 

LE MAITRE. 

Très- volontiers ; vous êtes si rare chez vous, qu'il 
y faut rester, quand on a le bonheur de vous y 
surprendre. 

XP LEÇON. 

LE MAITRE. 

Vous serez en majeur de ré avec sdeux dîèzes... 
Allez dans sa quinte et vous aurez trois dièzes. 

l'élève. 

Laissez-moi faire^, l'oiseau est parti. Je mêle 
ensemble deux passages. D'abord je vais simple- 



/ t 



VARIETES MUSICALES. 75 

ment par la sixte et quarte. Je m'engage dans le 
passage de la double dissonance qui s'ouvre par la 
petite sixte. J'ai donc pour basse mi^ fa dièze^sol 
dièze^ la. 

LE MAITRE» 

Je vois qu'il est tems de vous révéler les mys-- 
tères. Sachez donc qu'il y a deux noruvelles harmo- 
nies. 

l'élève. 
Quelles? 

LE MAITRE. 

L'harmonie d'emprunt et Tharmonie superflue !!! 



XIP LEÇON. 

LE PmLOSOPHE. 

Où en sommes-nous ? sommes-nous un peu satis- 
faite de nous-même? 

l'élève. 

Dans les choses de mœurs, point de suffrage que 
je préfère au mien. C'est celui de mon cœur qu'il 
me faut d*abord. En affaires de sciences et même 
de goût, sans votie éloge j'aurais peu de confiance 
en celui que je m'accorderais. Monsieur Bemetz... 



76 MUSIGIANA. 

LE MAITRE. 



Je ne vous entends pas. Parlez net, de quoi 
s'agit-il? 



l'élève. 



Mon papa, tout est fini, tout. Monsieur prétend 
qu'il n'a plus rien à m'apprendra, mais rien. 

LE LENDEMAIN DE LA XIP LEÇON. 

LE PHILOSOPHE, soHant de son cabinet. 
Que fais- tu là de si bonne heure? 

L ELEVE. 

Je repasse quelque chose que je veux savoir 
supérieurement... Votre nuit a-t-elle été bonne? 

LE PHILOSOPHE. 

Bonne. 

L ELEVE» 

Point incommodé? 

LE PHILOSOPHE. 

Non; mais je crains qu'il n'en soit pas de même 
de M. Bemetz, qui a voulu faire les honneurs de 
ma table et de son pays... mais le voilà. 



L EL£iV£i. 



Arrivez donc. 



P 9 



VARIETËS MUSICALES. 77 

LE PHILOSOPHE. 

Bonjour, monsieur, comment va la tête ? 

LE MAITRE. 

Mal, très-mal. Me voilà brouillé avec le Cham- 
pagne mousseux, et pour longtems. 

LE PHILOSOPHE. 

Pourquoi donc? vous avez le vin charmant. 

LE MAITRE. 

Mais le lendemain je suis très-maussade... Ce 
sont ces trois rasades qu'on m'a versées après le 
café qui m'ont perdu. 

LE PHILOSOPHE. 

N'en dites point de mal ; ce sont elles aussi qui 
vous ont tiré de votre sérieux. 

l'élève. 

Oh ! pour cela, vous avez été bien fou ! 

LE MAITRE. 

Tant pis. 

LE PmLOSOPHE. 

Tant mieux. 

l'élève. 

Vous avez dit à madame... des choses tout à 
fait honnêtes et galantes, et que j'écoutais avec le 
plus grand plaisir. 



78 MUSIGIANA. 

LE MAITRE. 

Cela était si aisé et si naturel avec une femme 
pleine d'esprit/de douceur, de grâces, de modestie 
et de talents. 

LE PHILOSOPHE. 

Et croyez-vous qu'aujourd'hui elle vous laissât 
baiser ses mains comme hier? Le vin a ses privi- 
lèges. 

l'élève. 
Où allez-vous, mon papa? 

LE PHILOSOPHE. 

Ordonner du thé pour monsieur et pour moi . 

UN DOMESTIQUE. 

Le thé est... 

LE PHILOSOPHE. 

Plus de thé. J'espère, monsieur, que vous vou- 
drez bien m'accorder un demi quart-d'heure de 
votre tems, dans la matinée. 

LE MAITRE. 

Très-volontiers, monsieur. 



l'élève. 



Papa.. 



VARIETES MUSICALES. 79 

LE PHILOSOPHE. 



Que veux-tu ? 



L ELEVE» 



Que vous disiez à maman que vous êtes un peu 
content de moi. 



LB PHILOSOPHE. 



Je t*aime à la folie. (Au maître.) Vous passez le 
reste de la journée avec nous, sans doute? Le 
tems est doux, nous sortirons après dîner. Un peu 
d'air nous fera du bien à tous les trois. 



Que mademoiselle Diderot a dû être forte sur le 
clavecin ! Et en harmonie donc!... 






J. RIEPEL. 

Bemetzrieder, francisé par Diderot, n'a pas in- 
venté l'application du burlesque dans un traité de 
musique, voici un devancier qui le vaut pour le 
moins : Principes élémentaires de composition mu- 
sicalCy non pas, il est yrai, selon T ancienne manière 
fantaisiste et mathématique des harmonistes cir^ 
culaires, mais entièrement rédigés avec des exem- 
pies visibles ; de Rhythmopeïa, ou de F ordonnance 
de la mesure, publié pour Futilité probable de 
beaucoup de gens, par Joseph Riepel, musicien de 
chambre de Son Altesse le prince de Thum et 
Taxis ; Ratisbonne, 1754 (2' édition). La première 
a paru en 1752. 



80 MUSIGIÂNA. 

M. Fétis fait un grand éloge de ce théoricien, 
dont il n'a pas lu les œuvres, ne sachant pas la 
langue allemande, mais il reproduit fidèlement 

m 

l'opinion de Forkel (Littérature générale de la mu- 
sique). M. Fétis traduit inexactement le titre de 
l'ouvrage de Riepel, en mettant : Eléments de la 
composition musicale^ non absolument d'après F an- 
cienne invention mathématique nu cercle des har- 
monistes, etc. Il n'y avait alors pas le moindre 
cercle des harmonistes, mais il y avait les harmo- 
nistes circulaires^ le circolo di quinte e di quarte ^ 
autrement dit mouvement circulaire ou passage 
daais tous les douze modes majeurs ou mineurs, au 
moyen d'une modulation sur la quinte, ou en par- 
courant les tons dans un ordre rétrograde en modu- 
lant sur la quarte ; et c'est de quoi se moque Riepel. 

Le circolo^ chez les Italiens, désignait le petit 
cerclé ou TO qu'on voit dans Tancienne musique 
après la clé. 

Voici la traduction de l'entrée en matière de 
l'ouvrage de Riepel : 

CHAPITRE PREMIER, 

DU RHYTHME. 
LE DISCIPLE (1). 

c Monsieur, le msdtre d'école de Monsberg vous 

(1) L'auteur l'appelle tout le temps le premier dessus, c'est-à- 
dire celui qui cliante la partie de soprano. 



VARIÉTÉS MUSICALES. 81 

fait ses compliments, et vous prie de m'enseigner 
quelque chose dans la composition. 

LE PRÉCEPTEUR. 

Je me réjouis de la confiance que le maître d'é- 
cole me témoigne. 

LE DISCIPLE. 

Il aime beaucoup monsieur, d*après ce que je 
sais. 

LE PRÉCEPTEUR. 

Je lui suis obligé pour cela. Mais peut-être que 
les cérémonies ne feraient que nous entraver, dès 
ma naissance j'ai eu en horreur le titre de monsieur. 
Si cela vous plaît, nous allons nous tutoyer Tun 
l'autre. 

LE DISCIPLE. 

De tout mon cœur ; de cette façon je sais qu'on y va 
sincèrement. Voici quelques feuilles de papier, que 
le maître d'école m'a remises, afin que tu puisses 
m'y transcrire les règles au complet. 

LE PRÉCEPTEUR. 

Renfermer en quelques feuilles de papier toutes 
les règles de la composition est moins possible, eu 

5. 



82 MUSIGIANA. 



égard a la mer inépuisable de la musique, que de 
faire passer ici le Danube par un jet d'eau (1). 



LE DISCIPLE. 

Mais mon maître m*a dit de tâcher d'en finir le 
plus vite possible avec toi ; qu'après cela il con- 
tinuera lui-môme ma cure, pour faire de moi un 
homme complet. 

LE PRÉCEPTEUR. 

Je le crois; je connais beaucoup de maîtres 
d'école qui pourraient donner à deviner à bien des 
maîtres de chapelle, et surtout à moi. Je pense que 
ton maître n'est pas le dernier d'entre eux. Mais je 
puis te dire ceci : en deux ou trois jours nous n'en 
aurons pas fini avec nos écritures, surtout n'ayant 
pas assez de temps à moi pour m'astreindre à une 
brièveté claire et nette. Ainsi j'aime mieux écrire 
un peu par-ci, un peu par-là quelque peu de ces 
règles, puis étendre à mon aise ce quelque chose, 
que rien du tout. Bref, en quinze jours tu appren- 
dras de moi ce que je n'ai appris qu'en quinze ans 
des autres, nota bene^ à la condition que tu com- 
prennes bien. Maintenant dis-moi, as-tu de bonnes 
idées et pensées dans la tète, pour les coucher sur 
le papier? 

(1) Ici Tauteur met en note : oc Verum guUa cavat lapîdem. Je 
ne fais ces observations que comme passe-temps y parce que je 
n^aime pas rester oisif quand je trouve à badiner. a> 



9^1 



VARIETES MUSICALES. 8» 

LE DISCIPLE. 

Oh ! oui, si seulement je pouvais y joindre la 
basse. 

LE PRÉCEPTEUR. 

Tu apprendras cela de moi en un seul jour. Pour- 
tant je voudrais savoir d'abord si tu as une connais* 
sance suffisante de la division du chant. Car celui 
qui veut bâtir des maisons doit d'abord en avoir les 
matériaux. 

LE DISCIPLE. 

Eh bien! je vais composer tout de suite quelques 
danses françaises ou menuets, coinme on les appelle, 
pour montrer ma capacité. 

LE PRÉCEPTEUR. 

Ce n'est pas, il est vrai, un grand honneur que 
de savoir composer des menuets; mais comme, 
selon l'exécution, un menuet n'est pas autre chose 
qu'un concerto, un air, une symphonie, ce que tu 
verras très-clairement dans quelques jours, nous 
allons d'abord commencer petitement et mesquine- 
ment, rien que pour en tirer quelque chose de plus 
grand et de plus digne d'éloges. 

LE DISCIPLE. 

Selon moi il n'y a au monde rien de plus facile 
que de faire un menuet ; même je me ferais fort 
d'en écrire couramment toute une douzaine ! » 



84 MUSIGIANÂ. 

Là*-dessus Félève écrit plusieurs menuets, et le 
professeur les corrige* 

Comme il y trouve beaucoup de fautes, il lui dit : 
c Mais, de par le ciel ! tu distingues à peine une note 
d'une autre. Dans tout ce menuet, si on peut rap- 
peler ainsi, il y a à peine quelques mesures chan- 
tantes ; le reste plaira à qui il voudra, quant à moi 
je ne t*en donnerais pas seulement une bonne pipe 
de tabac ! » 

Et il y en a sur ce ton tout le contenu <l'ùn în- 
folio. 



¥ ¥. 



€ Pourquoi répéter sans cesse que Thomme ne 
peut atteindre à la perfection? Je connais, quant à 
moi, trois choses parfaites : Le 4^ chant de Y Enéide, 
la colonnade du Louvre et l'ouverture àHpbigénie.r» 

(J.-J. Rousseau.) 



¥ ¥ 



Le chant est l'œuvre du génie, 
Lui seul pénètre au fond du cœur ; 
La mélodie est un« fleur 
Dont la racine est l'harmonie* 

(M. Fayolle, Almanacb desmUses, 1833.) 



CHAPITRE V 



LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE 



On a souvent reproché à notre génération son 
amour pour la musique bruyante, pour le cuivre 
enfin ; mais tout bien examiné, nous restons de 
plusieurs coudées au-dessous de nos aïeux, de nos 
aïeux d'il y 'a quelques siècles. Voici, d'après 
M. Bottée de Toulmon, ce que les anciens possé- 
daient en variétés de trompettes seulement : 

V Tuba. — C'est le nom générique et désignant 
la trompette droite. 

2* Lituus. — Trompette de cavalerie, en forme 
de bâton augurai, un peu recourbé au bout. 

3* Buccina^ — Trompette recourbée en cercle. 
Comme instruments semblables il y avait en outre 
les suivants : 

4** Taurea, 
5® Carnyx. 



86 MUSICIANA. 

6"* SalpJDX, 

T Claro \ 

8"* Clarasius > Espèces de clairons. 

9^ Clario ) 

10° Hadubba \ 

11** Licinia I Noms de trompettes cités par 

là"" Siticines i Ducange. 

13* Tubesta ) 

Voilà donc treize espèces de trompettes et il 

en manque. Aujourd'hui on n'approcherait même 
pas de ce chiffre, tout en y comprenant les trom- 
pettes droites (avec un piston) introduites par l'il- 
lustre maître Verdi dans sa marche d'Aïda. 

En tambours, les anciens étaient aussi riches 
qu'en trompettes ; en voici une liste d'à peu près : 
TaborelluSj Tabornum^ Tympanum^ Tympanellum^ 
Tympaniolum et enfin Flagellum, La Symphonie 
était également un grand tambour, mettons une 
grosse caisse. 

M. Bottée de Toulmon observe judicieusement 
qu'il faut un peu se méfier des tnonuments, renou- 
velés de l'antiquité à l'époque de la Restauration, et 
dans lesquels les divinités anciennes sont repré- 
sentées avec de^ habitudes modernes. 

Les Hébreux avaient un grand nombre d'instru- 
ments. Les enfants d'Asaph jouaient du NébéU qui 
paraît avoir été le même instrument que le Phesan- 
therin dont parle Daniel; les enfants d'Idilhun 



INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 87 

jouaient du Kinnor, et ceux d'Héman des Metsil- 
thaïm. 

Outre ces instruments, les Hébreux en avaient 
neuf autres : YAsor ou le Gitbros de Daniel, les 
Minnim, le Schophar, la Cbatsotserah, le Chalilj 
VOugaby le Topb, les Tsitselim et les Scbaliscbim. 

Pendant la captivité de Babylone, les Hébreux 
empruntèrent des Ghaldéens la Soumpboneia, le 
Sabeka et la Mascberoqitba (1). 

Au moyen âge l'instrument qu'on appelait Vielle 
n'avait aucun rapport avec celui qui porte aujour- 
d'hui ce nom ; l'ancienne vielle était un instrument 
génératement monté de cinq cordes et se jouant 
avec un archet ; ce que nous appelons vielle portait 
alors le nom de cbifonie^ syfonie ou sipboine. 
L'ancienne vielle, qui paraît être l'origine de notre 
violon, avait des sillets, et Agricola, dans son traité 
de Musica instrumentalis {i5^9)^ conseille d'enlever 
les sillets avec le couteau, et déjouer d'oreille. 

Au XIV* siècle la harpe avait vingt-cinq cordes ; 
Guillaume de Machault, dans son poème du Dict. 
de la Harpe, chante les perfections de sa maîtresse : 
elle en avait vingt-cinq, une par corde. 

Le Liitb était monté de 11 à 24 cordes, il se jouait 
à la façon de la guitare, le fond ou le dos de l'in- 
strument était voûté comme celui de la mandoline. 
Cet instrument a été très à la mode au xviii* siè- 
cle ; nous parlerons plus loin des joueurs de luth. 

|1) Traité sur la poésie et la musique des Hébreux^ par Con- 
stant de la Molette, 1781. 



88 MUSICIÂNA. 

Le Tempérament était déjà connu au xvi* siècle : 
dans son Toscanello^ Aaron enseigne la manière 
d'accorder un clavecin diatonique, et Zarlino (Insti- 
tuzioni barmoniché) donne là-dessus des détails 
suffisamment étendus. 

Il n'y a pas jusqu'au vulgaire Mirliton qui ne 
puisse invoquer son antique origine. Guillaume 
Machault (xiy" siècle) parle de la Flûte brébaigne 
ou chalumeau eunuque ; or, c'est tout simplement 
notre mirliton. 

¥ ¥ 

c Gargantua s'esbaudissoit à chanter musicale- 
ment à quatre et cinq parties, ou sus un thème à plai- 
sir de gorge. Au regard des instruments de musique, 
il apprint jouer du luth, de Tespinettè, de la harpe, 
de la flûte d'alleman et à neuf trous, de la viole et 
de la saqueboute. » (Rabelais.) 

¥ ¥ 

Quelques auteurs prétendent que l'invention 
du clavecin date d'environ 1505, et que. les pre- 
miers ont été construits en Italie. M. Fétis, dans 
la Musique mise à la portée de tout le monde, 
constate que le clavecin existait déjà en 1530. Or, 
sans remonter jusqu'à l'Ancien Testament avec le 
Père Bonani, qui prétend trouver des traces du clar 
vecin dans le psaume cl, il résulte d'une pièce 
authentique, qu'on avait déjà en 1404 un clavecin à 
Bruges, clavecin mis au Mont-de-Piété par Thô- 



INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 89 

pital Saint-Jean de cette ville. Voici l'extrait des 
notes de M. Van de Gasteele, que le journal la 
Plume a publié à ce sujet : « A Tannée 1404-1405 
figure dans le compte de l'hôpital Saint-Jean une 
somme de 8 Ib. payée au Mont-de-Piété, pour l'en- 
gagement, pendant huit semaines, d'un clavecin de 
grande dimension. » On lit plus loin : « En 1412- 
1413, une somme de 7 Ib. et 4 escalins est payée 
pour des leçons d'orgue et de chant données à Jean 
Wauters ainsi qu'à Guillaume Spikinc. » 

Nous aurons sans doute de nouveaux rensei- 
gnements sur l'histoire du clavecin, à la suite de 
l'exposition qui a eu lieu cette année (1876) à Flo- 
rence^ à l'occasion des fêtes en l'honneur de Cris- 
toforo, l'inventeur du clavecin.... pour les Italiens. 

En. 1636, les instruments de musique dont on se 
servait en France étaient les suivants, d'après Ma- 
rin Mersenne : 



Instruments à cordes : 



Luth. 

Tuorbe. 

Pandore. 

Mandore. 

Guiterre. 

Golachon. 

Cestre. 

Psaltérion. 

Epinetta. 



Clayecin. 

Manichorde. 

Epine tte organisée. 

Harpe. 

Trompette marine. 

Violon. 

Viole. 

Lyre. 

Vielle. 



90 MUSIGIANA. 



Instruments à vent : 



Sifflet de chaudronnier. 

Chalumeau. 

Tornebut. 

Flûte eunuque. 

Flageolet. 

Flûte douce. 

Flûte d'allemand. 

Fifre. 

Cornet à bouquin. 

Chalemie. 

Cornemuse. 



Musette. 

Grand hautbois. 

Basson ou Bombarde. 

Fagot. 

Gourtaut. / 

Cervelat. 

Serpent. 

Saquebute. 

Trompette. 

Cor de chasse. 



Les plus anciens instruments mentionnés dans 
l'histoire sont la lyre, lacythare, la harpe. La lyre, 
(fui n'avait d'abord que trois cordes, finit par en 
avoir sept. Quant à la harpe, tant de peuples en 
ont réclamé l'invention avec autant de droits les 
uns que les autres, qu'on ne sait véritablement pas 
auquel accorder la préférence ou la palme. 

Les perfectionnements de la harpe sont relative- 
ment modernes.' En 1660, on avait déjà dans le Tyrol 
des harpes à crochets, mécanisme informe, il- est 
vrai, car il fallait se servir des mains pour les faire 
mouvoir. En 1720, un luthier de Donauwôrth (à 
10 lieues d'Augsbourg), eut l'idée de faire mouvoir 
avec les pieds ces crochets qui montaient la corde 
d'un demi-ton; cet inventeur se nomme Hoch- 
brucker. 

En 1740, Stecht, musicien allemand, introduisit la 



INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 91 

harpe à pédales en France. Un second Hochbruc- 
ker, neveu du premier, perfectionna le mécanisme 
en 1770 ; puis Nadermann, luthier de Paris, amé- 
liora à son tour le système des crochets. Enfin 
Sébastien Erard y mit la dernière main, en créant 
la harpe à double mouvement, qui, à peu de chose 
près, est celle dont on se sert aujourd'hui. 

M. Fétis, dans la Musique mise à la portée de 
tout le monde^ où Ton trouve des renseignements 
intéressants sur les instruments, dit que les archéo- 
logues font monter les variétés de la Mte au nom- 
bre de deux cents. 

Les ménétriers se servaient déjà du hautbois a 
la fin du xv!"" siècle, mais quel hautbois ! Huit trous 
et pas de clés : dans cet état il est même probable*- 
ment antérieur au xvi* siècle. On sait que le cor 
anglais est la basse du hautbois ou plutôt son pro- 
longement dans les notes graves. 

Un instrument qui est encore de la famille des 
hautbois, le basson^ fut inventé en 1539 par un 
chanoine de Pavie nommé Afranio. La clarinette 
n'apparaît qu'en 1690 et son invention est attribuée 
à J.-C. Donner de Nuremberg. Il est bien entendu 
que tous ces instruments, lors de leur invention, 
étaient dans un état n'approchant guère de ce que 
nous les voyons aujourd'hui ; la clarinette, par 
exemple, n'avait alors qu'une clé. 

Le cor de chasse, quoique inventé en France dès 
1680. ne parut guère dans les orchestres avant 1756 
ou 1757. Le cor d'harmonie, c'est-à-dire celui dont 



92 MUSIGIANA. 

on se sert actuellement, fut perfectionné par les 
Allemands ; Hampl découvrit, à ce que dit M. Fétis, 
les sons bouchés. 

Uorffue de Barbarie fut mis en vogue par un 
habile fabricant de Modène, Barberi^ dont il con- 
serva le nom, un peu corrompu, car la Barbarie 
n'a rien de commun avec cet instrument. 

Il fut perfectionné en France par Marchai, orga- 
niste à Nancy, par Bénard à Mirecourt, par Richard 
à Paris, et enfin par le Père Engramelle, qui publia 
en 1775 un ouvrage intitulé : La Tonoteobnie ou 
Fart de noter les cylindres et tout ce qui est sus- 
ceptible de notage dans les instrumens de concerts 
mecbaniqueSy par le Père Engramelle^ Religieux 
augustin de la Reine Marguerite. Or, comme il le 
dit dans son avertissement, la Tonotecbnie ne se 
borne pas seulement au notage des serinettes^ des 
carillons, des orgues portatifs (1), des automates 
et des autres petits instrumens usités jusqu'à ce 
jour, mais elle embrasse tout ce que la musique peut 
produire d'intéressant. 

L'auteur parle d'un fabricant de carillons, nommé 
StoUwerck, établi place Dauphine, à Paris, et dont 
les carillons jouissaient alors d'une grande réputa- 
tion. 

Cet ouvrage est accompagné de planchés de mu- 

(1) On ne les appelait donc pas orgues de Barbarie en 1775. 



INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 



9S 



sîque, ce qui nous permet de dire aux amateurs de 
l'orgue de Barbarie quels étaient les airs favoris 
sur cet instrument en 1775 : V La Marche du Roy. 

— 2" Badine d'Alarius. — S*» Menuet de Zélindor. 

— 4° Le Bûcheron. — ^ 5** La Fontaine de Jouvance. 

— 6"" Le Menuet du Roy de Prusse. — 7* Les Por* 
traits à la mode. 

Voici le Menuet du Roy de Prusse : 



éw L/i-r cjT 



i« 




94 MUSIGIANA. 

LES JOUEURS DE VIELLE, DE LUTH, DE MUSETTE 

ET LES MÉNÉTRIERS. 

■ 

Ces virtuoses avaient soin de compter Jubal parmi 
leurs ancêtres, et pour cela citaient la Genèse. 

Vers l'an 1330 la confrérie de Saint- Julien des 
ménétriers fut établie, et alors l'instrument à la 
mode était la vielle (1). Le titre des confrères était 
compagnons, jongleurs^ ménestreux ou ménétriers^ 
et au lieu de dire un vielleux, on disait un mènes- 
trel. 

Plus tard, le rébec (2) succéda à la vieille jus- 
qu'à ce que le violon abolît à son tour le rébec. 

Les plus anciens jongleurs-ménétriers compo- 
saient une cohue nombreuse qu'on nommait la Mé- 
nestrandie. Leur emploi était de faire des tours de 
gibecière, de faire sauter des singes, et d'exercer 
dans les cercles ou devant la populace les autres 
fonctions de bateleur, au son des vielles dont ils 
se faisaient accompagner. Ces occupations détermi- 
nèrent l'ignorante et pieuse simplicité des confrères 
à choisir saint Genest pour leur patron. Ils crurent 
entrevoir une conformité avec ce saint, qui de ba- 
teleur païen, se fit chrétien, et fut martyrisé à Rome 
en plein théâtre, en présence de l'empereur Dio- 
clétien (an 303). 

Les jongleurs et appointeurs de vielle, ayant fait 

(1) La vielle se jouait alors avec un archet, voyez page 87. 

(2) Le rébec était une espèce de violon à trois cordes. 



INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 95 

divorce avec les singes après rérection de leur 
confrérie, firent des règlements en 1397, sous le 
titre de ménestrels. En 1407 ces règlements furent 
renouvelés, et comme il y avait des dessus et des 
basses de rébec, ils s'intitulèrent ménestrels^ 
joueurs d'instrumens tant hauts que bas. Us de- 
mandèrent en cette qualité la confirmation de leurs 
statuts au roi Charles VI, qui les approuva par 
Lettres, portant : 

€ Charles j par la grâce de Dieu, Roi de France^ 
sçavoir faisons à tous présens et à venir^ nous 
avons reçu l'humble supplication du Roi des mé- 
nestrels et des autres ménestrels^ Joueurs des in- 
strumens tant hauts comme baSj contenant^ comme 
dès Fan 1397, pour leur science de ménestrandisCj 
faire et entretenir selon certaines ordonnances^ 
par eux autrefois faites, ' et que tous ménestrels, 
tant Joueurs de hauts instruments comme bas, se- 
ront tenus d'aller par-devant ledit Roi des ménes- 
trels, pour faire serment d'accomplir toutes les 
choses ci-après déclarées. (Suivent les ordonnances, 
qui ne parlent que des noces et des ménestrels.) 

« Donné à Paris, le 24 avril 1407 (1). » 

La dynastie des Rois des ménèstriers n'est pas 
exactement connue. On sait seulement qu'après la 
mort de Constantin, fameux violon de son temps, la 

(1) Recueil d'édits, arrêts du conseil du roi, lettres patentes, 
en faveur des musiciens du royaume. Paris, Ballard, 1774. 



96 MUSIGIÂNA. 

couronne passa en 1657 à Dumanoir.V', ensuite à 
Dumanoîr II, qui, par une abdication volontaire et 
généreuse, occasionna une anarchie en 1685. 

Louis XIV vit indifféremment l'extinction de cette 
royauté, et il déclara même qu'il ne jugeait pas à 
propos de la ressusciter. 

Nous trouvons à cette époque une chanson à ce 
sujet dans la Suite de la muse guerrière ^ ou nou- 
veau recueil de chansons^ sur les afaires du tems, 
comme aussi des airs d'opéra et autres^ à Cré- 
mone, chez Pasquin le Savoyard ^ à la rue des Pri- 
sonniers^ 1708 : 

Messieurs les maîtres violons 
Jouez maintenant des chansons 
A l'honneur de ce roy de France, 
Car, puisqu'il a su de votre art 
Augmenter encor sa Finance, 
Qu'il en ait part, qu'il en ait part, 
Qu'il en ait part, qu'il en ait part. 

Gomme messieurs les savetiers. 
Et comme les maîtres Fripiers, 
Votre corps s'érige en Maîtrise, 
Vous pourrés jouer hardiment 
Toujours sottise sur sottise 
Gaillardement, gaillardement {bia). 

Vous ne devez plus craindre rien, 
En ayant un Roy très chrétien 
Pour protecteur de la canaille; 
Joués ainsi qu'il vous plaira 
A Paris ou bien à Versaille 
Les opéras, les opéras (bis). 

Ma Foy, si vous n'oubliés pas 
De lui présenter vos ducats. 



INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 97 

Un joar, il tous fera tous nobles ; 
Car la noblesse d'aujourd'hui 
Auprès de luy sans Rosenobles 
N'a plus d'appuy, n'a plus d'appuy {bis), 

La Noblesse et les Parlemens 
Savent bien depuis quelque temps 
Qu'aucun d'entre eux n'ose rien dire; 
Ce sont des ours emmuzelés. 
Que Louis fait très bien conduire 
Tous par le nez, tous par le nez (bis). 

Mais joués surtout un beau ton 
A l'honneur de la Maintenon, 
Quand Louis n'en devroit point rire, 
Car la sultane d'aujourd'hui 
N'a pas sur le Turc tant d'empire 
Qu'elle a sur luy, qu'elle a sur luy {bis). 

Nous quittons les ménétriers et leur roi, sur les- 
quels on trouvera d'amples détails dans l'ouvrage 
cité : Recueil dédits^ etc., et nous revenons aux 
joueurs de luth. 

Piganiol de la Force, dans sa Description de Pa^ 
ris, en parlant de Saint-Germain-l'Auxerrois et des 
personnes illustres qui y sont enterrées, cite Jacob^ 
connu sous le nom de Polonais^ parce qu'il était né 
en Pologne. Il vint fort jeune en France et y fut re- 
gardé comme le plus excellent joueur de luth de 
son siècle. Ballard imprima quantité de pièces de 
sa composition, et parmi ces pièces ses gaillardes 
sont celles que les musiciens estimaient le plus. Il 
mourut l'an 1605, âgé de soixante ans. 

René François, déjà cité au commencement de ce 
livre, n'a garde d'oublier le luth dans son Essai des 

6 



98 MUSIGIANÂ . 

merveilles de nature : « On fait dire au tuth tout ce 
qu'on veut, et fait-on des auditeurs tout ce qu'on 
veut. Quand un brave joueur en prend un, et pour 
taster les cordes et les accords, se met sur un bout 
de table à rechercher une fantaisie : il n'a si tost 
donné trois pinçades et entamé l'air d'un fredon qu'il 
attire les yeux et les oreilles de tout le monde ; s'il 
veut faire mourir les chordes sous ses doigts, il 
transporte tous ces gens, et les charme d'une gaye 
melancholie, si que Tun laissant tomber son men- 
ton sur sa poictrine, l'autre sur sa main, qui lasche- 
ment s'étend tout de son long comme tiré par Tau- 
reille ; l'autre a les yeux tous ouverts, ou a bouche 
ouverte, comme s'il avait cloué son esprit sur les 
chordes ; vous diriez que tous sont privez de senti- 
ment» horsmis Touye, comme si Tame ayant aban- 
donné tous les sens, se fut retirée au bord des au- 
reilles, pour jouyr plus à son aise de sa puissante 
harmonie : mais si, changeant son jeu, il ressuscite 
ses chordes, aussi tost il remet en vie tous les assis- 
tans, et leur remettant le cœur au ventre, et l'âme 
es sentimens, à qui elle avoit esté volée, ramène 
tout le monde avec estonnement, et faict ce qu'il 
veut des hommes. » 

M. Michon est l'auteur d'un livre de musique 
pour vielle ou musette qui se trouve à la biblio- 
thèque du Conservatoire. Gela s appelle : Amuse- 
mens de chambre avec basse continue^ dédié à 
M. Lerebours, conseiller au Parlement. 

En tâte du premier morceau se trouve rauto* 



INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 99 

graphe, je devrais dire l'orthographe que voici : 
Lon lïora labonter de jouer tous sais air sur la 
premier lignne atandus que le graveur sais 
tromper. 

M. Fétis a oublié ce professeur de vielle et de 
musette dans sa Biographie des musiciens. 

Il paraît, au reste, que les joueurs de vielle et de 
ôiusetle n'étaient pas généralement des aigles pour 
le style et l'orthographe. A la même bibliothèque du 
Gonservatoire,on trouve de nombreuses compositions 
de Chédeville le Cadet, entre autres la Fôte de 
Cléopâtre pour deux musettes. Dans cette Fête de 
Cléopâtrej ou Double de Baccbus^ on lit: Uon ob- 
servera que les deux chalumeaux sois biens dacord 
ensemble pour que les deux partye touche plus 
agréablement Voreille. 

Le Mercure de France^ juin 1739, cite des 
fragments d'une lettre de l'abbé Carbasus, lettre 
que quelques auteurs ont faussement attribuée à 
Gouget. 

Carbasus est évidemment un nom supposé. Quoi 
qu'il en soit, il y a dans la lettre de cet abbé : « La 
musette et la vielle n'ont pour principal objet qu'un 
dessus; tout le bruit qui les accompagne est un cha- 
rivari continuel, auquel on peut ajouter le croasse- 
ment des grenouilles pour accompagnement; et 
pour contre-basse le murmure ou ronflement que 
fait la roue d'un coutelier. • 

€ Si l'on dépouille la vielle de ses bourdons, on 
entendra un dessus maigre et déplaisant, quand il 



100 MUSIGIANA. 

sera privé de la confusion cpii cachait ses défauts, 
et la méprise serait grave de comparer ce dessus à 
la beauté de celui d'un violon, tout autrement arti- 
culé avec l'archet. On doit donc conclure que la 
vielle en tout ou en partie est très inférieure, 
et qu'elle ne peut convenir qu'à des villageois tota- 
lement ignares de bonne musique. 

« Que peut-on penser du goût de plusieurs sym- 
phonistes qui, loin de refuser de concerter avec ces 
instruments, se confondent volontiers avec le corne- 
ment perpétuel de leurs insupportables bourdons? 
Ignorent-ils que le sérieux est l'antipode de ces in- 
struments burlesques? 

c Ce n'est point le goût, encore moins la raison, 
mais la mode qui a arraché ces instruments de la 
main des aveugles et des pâtres, chez lesquels nos 
ancêtres les avaient relégués. Leur facilité les a 
rendus communs, sans leur donner plus de mérite. 

€ Il faut même devenir pantomime pour leur atti- 
rer quelque succès, et sans les grimaces de ceux 
qui en jouent, ilsvue seraient pas supportables aux 
oreilles musiciennes, après qu'on les a écoutés pen- 
dant plus d'un quart d'heure. 

LA MARQUISE. 

c J'ai joué autrefois de la guitare... et j'en ai là 
une très ornée qui m'a coûté bien de l'argent... 

LE ilAÎTRE. 

c Comme il est nécessaire d'avoir deux vielles, 



INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 101 

et que la guitare n'est plus à la mode, je vous en 
ferai faire une vielle organisée. 

LA MARQUISE. 

« Quoi ! sacrifier cet instrument pour... 

LE MAITRE. 

c Eh ! madame, votre scrupule m'étonne ; vous 
n'êtes donc pas informée que c'est le seul usage 
que Ton fait aujourd'hui des théorbes, des luths et 
des guitares ? Ces instruments gothiques et mépri- 
sables sont en dernier ressort métamorphosés en 
vielles : c'est là leur tombeau. » 

Traité delà Viole ^ par Jean Rousseau, maître de 
musique et de viole, demeurant rue des Bouché^ 
rieSj proche le petit marché^ devant la barrière^ 
au Soleil-d'Or^ chez un bonnetier, faubourg Sainte 
Germain. (Paris, Ch. Ballard, 1687.) 

Ce traité est précédé d'une dissertation curieuse 
sur l'origne de la viole, où l'auteur n'hésite pas à 
dire que si Adam avait voulu faire un instrument, 
il aurait fait une viole, et s'il û'en a pas fait, c'est 
que le paradis terrestre était un lieu si ôharmant et 
si rempli de délices, que toutes les inventions des 
sciences et des arts en auraient plutôt diminué les 
charmes que de les augmenter ; ainsi, il ne faut pas 
demander pourquoi Adam n'y a point fait d'instru- 
ment. En second lieu, après avoir été chassé du 

6. 



i02 MUSICIANA. 

paradis terrestre, il en pouvait faire, à la vérité, 
mais pouvait-il le vouloir dans la douleur qu'il 
conçut du malheur o.ù son péché l'avait réduit ? 

N'osant, d'après cela, mettre l'invention de la 
viole sur le compte du premier homme, l'auteur la 
met sur celui de ses enfants, et il est convaincu que 
l'instrument appelé Cithara dans l'Ecriture Sainte 
était, sinon une viole parfaite, du moins quelque 
chose d'approchant, que la suite des siècles a per- 
fectionné, mais, (jui à coup sûr, a été en usage 
longtemps avant le déluge...'., c Et, quoiqu'il 
semble que le déluge universel en ait dû ensevelir 
la mémoire dans ses eaux, il suffit que quatre 
hommes, leurs femmes et leurs enfants en aient été 
préservés, pour que le souvenir des instruments en 
usage avant ce désastre ne permît pas qu'ils fus- 
sent longtemps sans en faire et en jouer. » 

Plus loin, Rousseau invoque le témoignage de 
Folengius, qui dit positivement que « l'instrument 
que l'on nommait nablum ou psalterium parmi les 
Hébreux était ce que nous appelons présentement 
viole, et qu'il était estimé le plus noble de tous les 
instruments, parce que quand les soixante et dix 
symphonistes qui jouaient de la trompette, des 
tymbales, de la lyre et autres instruments étaient 
rassemblés pour faire leur concert, le roy seul 
jouait de celui-ci. » 

L'auteur tient si âprement à l'antiquité de la viole, 
qu'il la reconnaît non-seulement dans la cithare et 
le psaltérion, comme noiis venons de le dire, mais 



INSTRUMENTS DE MUSIQUE/ 108 

dans le m^chul^ dans le minnim de Torchestre du 
roi David, y compris le baghniugab; puis encore 
c'est l'instrument appelé sambuca ; bref, s'il Tavait 
osé, il aurait sans doute représenté Dieu jouant de 
la viole, tandis qu'il créait le monde. 

Parmi les célèbres joueurs de viole, il faut citer 
Maugars (1), Hottmann, le Père André, Sainte- 
Colombe, Marais, etc. 

Parmi les instruments nouvellement inventés 

en 1780, nous ne pouvons omettre la viole dOr^ 
phé0. Le monde musical f\it initié à cette nouveauté 
de la façon suivante : Méthodes pour apprendre à 
jouer de la contre-basse àS^àietàb cordes^ de 
la quinte ou alto et de la viole d'orphée, nouvel 
instrument ajusté sur Fancienne viole^ utile au 
concert pour accompagner la voix et pour jouer 
des sonates, etc., par M. Corrette (2). 

A dire vrai, ce n'était qu'une demi-invention, 
comme celle de faire des guêtres avec des pantalons 
sur le retour. Voici l'auteur qui parle : « L'ancienne 
Basse de viole, après avoir brillé à la cour et à la 
ville, à la fin du xvii* siècle et au commencement 
de celui-ci, se vit préférer le violoncelle. Malgré la 
défense qu'en prit M . Tabbé Le Blanc, docteur en 
droit, dans son livre intitulé : Défense de la basse 
de viole contre les entreprises du violon et les pré- 

(1) Voîp le livre d'Ernest Thoinan : Maugars^ célèbre Joueur de 
v/o/e.Paris, Glaudin, 1866, in-i2. 

(2) M. Fétis no cite pas cette Méthode dans sa nouvelle édition 
de la Biographie des musiciens. Voyez Gorrclle. 



104 MUSIGIANA. 

tentions du violoncelle^ elle périt d'orgueil à ses 
yeux, et fut trop heureuse de se retirer dans un 
petit sentier des Champs-Elysées (1), où elle a fait 
sa cinquantaine dans un silence perpétuel, et sans 
être regrettée d*aucun amateur. 

< L'essai que je fais aujourd'hui de la retirer de 
son exil dans la manière d'en jouer expliquée au 
chapitre dixième, me fait croire qu'elle durera pré* 
sentement aussi longtemps que le jeu de l'Oie re- 
nouvelé des Grecs. 

< Je la présente au public sona le nom de viole 
d'Orphée^ parce que je suppose qu'Orphée, pour 
charmer la cour infernale quand il fut pour retirer 
des enfers sa chère Euridice, choisit l'instru- 
ment le plus mélodieux, le plus touchant et le plus 
analogue à la voix^ telle qu'est en effet notre viole 
d'Orphée, sur laquelle oii pourra jouer non-seule- 
ment la basse continue, mais encore des sonates, 
sans avoir l'embarras de démancher à tout moment, 
car ce n'est que la différence des sons aigus qui 
peut faire plaisir à l'oreille et non la difficulté de 
les exécuter. 

€ Les dames, en jouant de notre viole d'Orphée^ 
n'en paraîtront que plus aimables, l'attitude en 

(1) C'est sans doute là qu'habitait Tabbé Leblanc. M. Fétisneus 
raconte que cet auteur bizarre et enthousiaste, ne trouvant pas 
d'imprimeurs à Paris pour sa Défense de la viole , l'envoya à 
Amsterdam. Lorsqu'il apprit que Pierre Mortier consentait à l'im- 
primer, il en fut si transporté de joie, qu'il partit pour la Hollande 
en rétat oîi il se trouvait quand la nouvelle lui parvint^ c'est-à- 
dire en robe de chambre, en pantoufles et en bQnnet de nuit. 



INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 105 

étant aussi avantageuse que celle du clavecin. Si 
les dames n'ont point adopté le violoncelle, c'est la 
difficulté de démancher pour exécuter les clés d'ut 
et la dureté des cordes qui en sont cause ; aussi les 
instruments agréables comme clavecins, orgues, 
harpes^ guitarres, mandolines, quintons, cistres et 
la viole d'Orphée» sont plus analogues à la douceur 
de leur caractère (vil flatteur !) que les hautbois, 
bassons, trompettes, cors de chasse et timballes. » 
Voici le passage le plus curieux de cette préface : 
< Je crois qu'il est inutile d'avertir ceux qui portent 
des lunettes et qui jouent à côté du clavecin, d'en 
avoir de longue vue. Je me souviens d'avoir été dans 
un concert d'une petite ville d'Angleterre, où je vis 
un trio de lunettes au clavecin, dont chacun des con- 
certants se disputait la préséance du pupitre avec 
la tète : de sorte qu'après que les têtes se furent 
heurtées l'une contre l'autre, le chanteur, qui était 
un castrat nouvellement arrivé d'Italie, ne se trou- 
vant pas à son aise pour voir, quoique avec trois 
paires de lunettes sur le nez, s'avisa de se mettre à 
califourchon sur la bosse du claveciniste ; mais cet 
avantage ne lui dura guères, parce que celui qui 
jouait de l'archiluth, à côté de ce groupe grotesque, 
avait (malheureusement pour lui) une jambe de 
bois : comme il jouait debout et (malgré le télescope 
qu'il portait sur son nez de betterave) ne voyant 
pas mieux que les deux autres, à force de battre la 
mesure» tantôt sur le dos du castrat et tantôt sur 
celui du bossUy leur faisant signe de tourner le 



106 MUSIGIANA. 

feuillet au Da Capo à la manière hébraïque (en ré- 
trogradant), sa jambe de bois vint à glisser, ce qui 
leur fit faire à tous la chute de Phaéton. Un ama- 
teur de la nouveauté, qui était là spectateur, se mit 
à crier : BravOj bravo ! » 

LE VIOLON. 

En parlant du violoniste Woldemar, M. Fétis dit 
que le manuscrit des Commandements du violon 
s'est égaré. Il en cite pourtant une douzaine de 
vers, de mémoire, mais ce n'est pas bien exact. 
Quoi qu'il en soit, et comme cette facétie a été im- 
primée, ce que paraît ignorer M. Fétis, nous allons 
la transcrire en entier : 

COMMANDEMENTS DU VIOLON 
Par Woldemar. 

Premier Décalogue^ 

1. Le son jamais ne hausseras, 
Ni baisseras aucunement. 

2. Mesure tu n'altéreras. 
Mais frapperas également. 

3. L'archet toujours tu maintiendras 
Permanent et solidement. 

4. Symphonie tu sabreras 
Hardiment, vigoureusement. 

5. Doucement accompagneras, 
La femme principalement. • 

8. Le grand Allegro joueras 

Fièrement, mais modérément. 
7. Romance tu soupireras 

Tendrement, amoureusement. 



INSTRUMENTS Dli MUSIQUE. 1.07 

8. Dans TAdagio (lieras 

Le son purement, largement, 

9. Pour le Largo, tu gémiras 
Tristement, mais sensiblement. 

10. Le Rondo tu caresseras 
Vivement et légèrement. 

Second Décalogue. 

. 1. En Concertos tu choisiras 
Viotti préférablement. 

2. Le faible tu n'écraseras. 
Afin d'agir honnêtement. 

3. Dans le Duo ne chercheras 
A briller exclusivement, 

4. La Sonate tu chanteras 
Sagement et correctement. 

5. Dans le Trio ne broderas, 
L'auteur suivras exactement. 

6. A l'orchestre tu ne feras 
Que la note tout uniment. • 

7. Sur toutes clefs transposeras. 
Pour accompagner sûrement. 

8. En Quatuor ne forceras 

Que pour la chambre seulement. 

9. Au chef d'orchestre obéiras 
Docilement, aveuglément. 

10. En public tu ne trembleras, 
Ni devant les Rois mêmement. 

LA GUIMBARDE, 

L'histoire des instruments de musique a été l'ob- 
jet des recherches de beaucoup de savants. Les pre- 
miers documents dont on se soit servi sont la Genèse, 
puis quelques peintures d'anciens vases égyptiens 
et étrusques. Ces documents incomplets expliquent 
les nombreuses et diverses interprétations aux- 



108 MUSIGIANA. 

quelles ces sources premières ont donné lieu. N'a- 
ton pas été jusqu'à vouloir démontrer que la guim- 
barde est Tun des plus anciens instruments de 
musique, et n'est autre chose que la Ijre dont l'in- 
vention est attribuée à Tubalcain par l'Écriture 
Sainte ? Le livret qui renferme ces choses a pour 
titre : Essai sur r antiquité et le mérite de Vinstru- 
ment nommé communément bombarde (1), petite 
lyre ou trompe d'Allemagne, par M. D**\ des aca- 
démies de, etc., etc. Nancy, F* Leclerc^ 1779. 
(24 pages in-12.) 

L'auteur, s'appuyant sur le métier même de Tu- 
balcain, dit que cet ouvrier forgeron a dû inventer 
un instrument qui se rapportât à son métier, un ins- 
trument en métal enfin, et non une lyre en bois avec 
des cordes de boyaux, ce qui exigeait nécessaire- 
ment des connaissances beaucoup plus étendues que 
celles nécessaires pour la fabrication d'une guim* 
barde. 

Le facétieux auteur de cette dissertation dit qu'il 
est probable que c'est sur la petite lyre (guim- 
barde) qu'a été chanté le cantique de Moïse, lors- 
qu'il eut fait passer la mer Rouge à son peuple. Il 
n'est pas naturel d'imaginer qu'une nation qui 
fuyait avec précipitation, dont le départ s'opéra 
dans une seule nuit, qui était surchargée d'une 
multitude de choses nécessaires à la vie, se soit 
amusée à emporter des inutilités ; au lieu qu'il est 

/ 

(1) La guimbarde s'appelait alors bombarde. 



INSTRUMENTS DE MUSIQUE. iOI» 

possible de croire qu'ils emportèrent dans leurs 
poches des bombardes, dont le poids et le volume ne 
devaient pas beaucoup les incommoder. Nous de- 
vons encore avoir à peu près la même idée relative- 
ment à l'instrument dont se servait le Roi-Prophète 
lorsqu'il chantait et dansait devant l'Arche. Les in- 
terprètes l'ont nommé harpe ; les peintres le pei- 
gnent avec cet instrument, mais il est plus plausible 
que c'était la bombarde. Le dessinateur du bon ton 
l'aura par la suite convertie en lyre, et cette der- 
nière forme se sera encore altérée sous le pinceau 
des peintres, qui auront voulu exercer leur 
talent dans la variété ; elle sera devenue harpe. 
Quelle apparence, en effet, que ce roi, déjà vieux, 
ait pu sauter et danser devant l'Arche pendant un 
espace de temps assez considérable, s'il eût porté 
une harpe suspendue à son cou! car, si légère 
qu'elle eût pu être, à la longue elle serait devenue 
très-pesante, sans y ajouter l'embarras que devait 
procurer son volume et qui aurait nécessairement 
beaucoup gêné la cadence du pas. 

« Est-il instrument moins volumineux*, plus por- 
tatif que la guimbarde ? A peine s'apercevrait-on du 
poids d'une douzaine. A la ville, à la campagne, 
dans les combats même, on peut en porter une. 
Achille s'en servait à la guerre de Troie, et les 
soldats romains en portaient toujours. » 

C'est ce qu'on appelle chérir, non pas l'histoire ou 
la vérité, mais la guimbarde/ - 



110 MUSIGIANA. 

CÉRÉMONIAL DES JOUEURS DE TROMPETTES 

ET DE TIMBALES. 
Imprimé à Dresde (Saxe) sans date. 

Ce livret rare, écrit en allemand, a pour titre : 
Çeremoniel und Privilégia derer Trompeter und 
Paucker. 

{Observations utiles sur l'art libéral et privilégié 
des joueurs de trompette.) 

1 . Qu'y a-t-il à connaître sur Tinvention de cet art ? 

— Qu'il est très-célèbre« vu son antiquité. 

2. Comment peut-on prouver son antiquité? 

— Tant par l'Écriture Sainte que par le témoi- 
gnage de beaucoup de divins écrivains. 

3. Comment prouve-t-on l'antiquité de cet art 
par l'Écriture Sainte? 

— Moïse, d'après Tordre du Tout-Puissant, fit 
fabriquer par Bezaleel deux trompettes en argent, 
comme on voit au x® chapitre du IV* livre de Moïse. 
A. l'aide de ces trompettes on rassemblait autour du 
tabernacle. le peuple d'Israël, et elles remplissaient 
alors le même office que les cloches d'aujourd'hui. 

4. Trouve-t-on d'autres preuves dans l'Écriture 
Sainte? 

— A la consécration du temple fastueux con- 
struit par Salomon, cent vingt lévites se tinrent 
près de l'autel en jouant de la trompette. 

5. Qu'observe-t-on encore dans TÉcriture Sainte? 

— Que les murs de la ville de Jéricho s'écrou- 
lèrent miraculeusement au son des trompettes jouées 



INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 111 

par les lévites, après avoir fait sept fois le tour des 
remparts de cette ville. 

6. Y a-t-il encore d'autres citations dans l'Écri- 
ture Sainte? 

* 

— On y apprend que non-seulement saint Jean 
dans l'Apocalypse entendit sept anges jouer de la 
trompette, mais aussi que le jugement dernier sera 
annoncé à tous les peuples morts et vivants au son 
des trompettes, jouées par la troupe des anges. 

7. Est-ce qu'on parle aussi des timbaliers dans 
l'Écriture Sainte? 

— Oui, car nous trouvons dans le xv* chapitre 
du IP livre de Moïse cette nouvelle positive, que la 
prophétesse Miriam, sœur d'Aaron, après le pas- 
sage de la mer Rouge, entonna avec toutes les 
femmes en Thonneur du Très-Haut un chant sur 
les timbales. 

8. Dans quel endroit fait-on encore mention des 
timbales? 

— Dansle xi* chapitre des Juges on dit qu'après 
une grande victoire remportée par Jephta sur les 
enfants d'Ammon, sa fille vint à sa rencontre avec 
des timbales. De même le roi David engage le 
peuple juif à célébrer la fête des Tabernacles, dans 
le Lxxxi* psaume : « Faites venir les timbales, que 
la trompette résonne à l'arrivée de la nouvelle 
lune (1). » 

9 • Qu'y a-t-il à retenir parmi les écrivains profanes ? 

— Qu'au commencement la trompette n'était pas 

(1) Il n'y a rien de semblable dans le psaume lxxxi 



112 MUSICIANA. 

connue des Grecs, c'est pourquoi ils se servaient 
du coquillage en forme de spirale, appelé Bucci- 
naSi consacré aux dieux marins chez les poètes. 
Higinus nous apprend aussi que TyrrbenuSy fils 
d'Hercule, fut le premier qui sonna de ces conques* 
marines, afin de rassembler de nouveau le peuple 
des campagnes qui s'était enfui. 

10. Qu'y a-t-il de plus à observer sur l'invention 
des trompettes? 

— Qu'un poète difforme et boiteux nommé Dir- 
caeus ou Tyrtaeus apprit aux Lacédémoniens l'art de 
faire les trompettes dont ils se servirent dans leurs 
combats contre lès Messéniens, et qu'ils rempor- 
tèrent la victoire. 

11. A part cela à qui attribue- t-on l'invention 
des trompettes ? 

— Pline et Virgile disent que cet instrument a 
été révélé et enseigné aux Tyrrhénéens par Piseus^ 
aux Lacédémoniens par Dircseus, et enfin aux Dor 
riens par HelegiuSy fils de Tyrrhenus. En même 
temps Pausanias nous apprend qnOsiris fit con- 
naître cette invention aux Egyptiens. 

12. Trouve-t-on un artiste célèbre parmi les an- 
ciens? 

— Le père du célèbre Isocrate^ qui vivait 420 ans 
avant Jésus-Christ, était un fabricant de trompettes, 
et acquit avec cet art beaucoup de richesses; il 
avait de nombreux ouvriers. 

13. Pourquoi l'art de la fabrication des trompettes 
n'ést-il pas répandu chez nous ? 



INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 113 

— Pendant longtemps on a laissé, sans aucune 
loi ni règlement, un chacun faire des trompettes, 
quoiqu'on ne puisse pas dire que parmi les paysans 
et les niais il n'y ait pas moyen de rencontrer d'ha- 
biles artisans. 

14. Où et quand cet art a-t-il eu des lois? 

— L'an 1635 les fabricants de trompettes de 
Nuremberg ont obtenu de bons règlements et de 
bonnes lois, donnés par de nobles et sages conseil- 
lers, et mis leur art sur un bon pied. 

15. Quelles espèces de trompettes fabrique-t-on? 

— Différentes espèces, entre autres : 1° des trom- 
pettes allemandes et ordinaires ; -^ 2® des trom- 
pettes françaises^ qui sont un ton plus haut que les 
premières ; — 3* des trompettes anglaises qui sont 
d'une tierce entière plus hautes que les allemandes ; 
— 4« des trompettes italiennes et formant des cir- 
convolutions ; il faut cgouter aussi les marteaux 
d'armes, les cannes à trompette, de même que les 
cors de chasse. 

16. En quoi les trompettes rendent-elles service? 

— Aussi bien pour les événements joyeux que 
tristes : aux temps de guerre et aux temps de paix . 

17. Expliquez- vous davantage. 

— Les fêtes du Seigneur, au dedans et au dehors 
de la communauté, sont annoncées par des trom- 
pettes, ainsi que Dieu l'ordonne dans l'Ancien Tes- 
tament : « Si vous êtes joyeux à vos fêtes et à vos 
nouvelles lunes, faites entendre le son des trom- 



114 MUSIGIANA* 

pettes. » (IV* livre de Moïse, x* chapitre.) Les trom- 
pettes se font aussi entendre joyeusement aux en- 
trées solennelles, aux tournois et autres divertisse- 
ments des grands seigneurs. On sait que le son des 
trompettes n'anime pas seulement les soldats, mais 
qu'il leur rappelle ce qu'ils ont à faire. Dans quel- 
ques 'grandes villes il est d'usage qu'une trompette 
annonce les exécutions capitales, ainsi que M. Dœ- 
pler nous l'apprend dans son Théâtre des peines, 
corporelles et capitales. Même on se sert de lai 
trompette à l'enterrement de grands seigneurs et 
officiers et à celui de vaillants soldats à cheval. 

18. Ne peut-on pas citer, d'après l'histoire an- 
cienne, des exemples d'après lesquels on voit qu'on 
tenait les joueurs de trompette en grand honneur ? 

— On voit dans Cicéron que de tout temps les 
joueurs de trompette ont été exempts de tout ser- 
vice, quand cet auteur fait l'éloge de Sextus Nœrîus 
pour sa belle voix. De même Hérodote parle avan- 
tageusement de TalthyMus, joueur' de trompette 
d'Agamemnon ; AcAias un joueur de trompette grec, 
dpuronné trois fois aux jeux Olympiens pour sa 
façon de jouer, eut une statue érigée en son hon- 
neur. La fille d'Aglaidi Megaclès jouait si supé* 
sieurement de la trompette, que tout le monde s'en 
extasiait. Les poètes donnent beaucoup d'éloges à 
MisènCj le trompette d'Enée, que les dieux marins 
provoquèrent à une lutte sur la conque marine. 

Homère célèbre Stentor comme un excellent 
joueur de trompette. 



INSTRUM;ENTS de musique. H5 

49. Qu'y a-t-il en outre de remarquable à signa- 
ler sur les joueurs de trompette? 

— Ceci : 1** Le savant italien Porta, dans sa Ma- 
gia naturaloy a décrit les trompettes à feu (Feuer 
Trompeté), qui produisent un son terrible et un 
grand dommage dans les combats. — 2** A Nurem- 
berg on a fabriqué pour Sa Majesté impériale et 
royale un cor de chasse en argent. — 3® Charle- 
magne avait un cor, suspendu très-haut, avec lequel 
il rassemblait ses armées environnantes. — 4** La 
Fama (renommée) des païens est représentée avec 
deux trompettes. — 5® Les Juifs ont appelé le nou- 
vel an {festum clangoris tubarum) la fête du son 
des trompettes, parce que dans le temple, les prêtres 
excitaient le peuple à remercier Dieu pour les 
bienfaits reçus dans le courant de Tannée écoulée, 
au son des trompettes. — 6** Le mot trompette est 
également le nom qu'on donne au château fort de 
Bordeaux en France, dans lequel on enferme les pri- 
sonniers d'État. — 7** Les joueurs de trompette ont 
la même liberté que possédaient anciennement les 
hérauts d'armes, et peuvent passer en toute assu- 
rance à travers les troupes ennemies^ après avoir 
donné leur signal. — 8* Il n'est que trop connu que 
les joueurs de trompette et les ménétriers {Stadt- 
Pfeiffer) n'ont jamais pu coucher ensemble dans la 
même écurie, comme on dit. De même les Latins, 
dans les temps anciens, ont fait sentir la différence 
des deux professions, par le proverbe : Tibiam 
tubœ comparas (tu compares la flûte à la trompette), 



116 MUSIGIÀNA. 

en d'autres mots : lu compares un joueur de flûte, 
ou quelque chose de peu, avec un joueur de trom- 
pette» ou quelque chose de meilleur. — 9*" Enfin, il 
est à remarquer qu'une forte tête a rangé côte à 
côte quelques timbales de différentes grosseurs selon 
la gamme connue ut re mi fa sol 7a, et a orné ce 
cientifique jeu de timbales de la suscription : 

Ul relevet iZ2/serum faium so/ilosque /abores 
JEyï : sic dulcis musîca noster amor, 

(Quand le sort et le destin nous écrasent, le cœur abattu se re- 
lève par la douce harmonie.) 

Quel dicton les amateurs de cette profession doi- 
vent-ils avoir constamment dans leur pensée ? 

Psaume xxxiv, verset 4 : Je veux toujours louer 
le Seigneur j sa louange doit être constamment dans 
tna bouche; et psaume cl, versets 3-6: Louez-le 
avec des timbales : ce qui respire loue le Seigneur. 
Alléluia. 

(Suivent les privilèges, lois et ordonnances con- 
cernant la noble société des joueurs de trompettes 
et de timbales, leur apprentissage, etc.) 

Le volume a 43 pages. 

¥¥'■•■ : 

LE TAMBOURIN. 

On a publié en 1864 à Aix un livre qui a pour 
titre Lou Tambourin. Cet in-octavo renferme l'his- 
toire de Tinstrument provençal, une méthode du 
galoubet ei du tambourin, et enfin des airs natio- 
naux de la Provence. 



INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 117 

L*auteur, F. Vidal cadet, est un homme non-seu- 
lement convaincu, mais enthousiaste de son instru- 
ment (le tambourin), qui lui a valu une couronne 
d'olivier aux jeux floraux de Sanlo Ano d'At 
(Sainte- Anne d'Apt). 

• Il nous dit que les lettrés et les savan- 
tassés de notre époque font remonter le tambourin 
à 600 ans avant Jésus-Christ, mais cela ne lui pa- 
raît pas suffisant^ il préfère en attribuer l'origine 
aux Saliens qui, en langue celtique, rappelaient 
Tabulin. 

Le galoubet et le tambourin se jouent par le 
même instrumentiste. Ghéde ville, élève du célèbre 
Chateauminois, a publié une méthode de galoubet 
que M. Vidal critique fort, prétendant qu'il n'y en- 
tendait rien, c Qu'on se figure un Francihot en- 
seignant à un Provençal à jouer du galoubet :, 
autant vaudrait-il apprendre à parler frajiQais d'un 
Chinois. -» 

Pauvre Chédeville ! 

L'auteur, pénétré de son sujet, n'approuve natu- 
rellement que les opéras où il y a des solos de tam- 
bourin, et à ce sujet il ajoute : « Il est à regretter, 
juste au moment où j'imprime ces pages (1), que 
l'auteur de Faust j le compositeur Charles Gounod, 
après s'être venu inspirer de notre poésie et de nos 
chanfs au pied des Alpines, n'ait pas introduit sé- 
rieusement le tambourin dans sa nouvelle œuvre 

' (1) M. Vidal est typographe ou plutôt compositeur-imprimeur, 
comme il le dit lui-même. 

7. 



118. MUSICUNA^ 

de Mireille. Il en a bien mis un pour la farandole 
que Ton danse au deuxième acte, mais la musique 
qu'il est censé jouer est tout bonnement exécutée 
par l'orchestre. Voilà la profanation, la pensée anti- 
provenQale qui fait mettre un joueur postiche à la 
place d'un véritable tambourinaire, s'accoridant si 
aisément avec les autres musiciens ! ! ! » 

Une des plus belles fôtes musicales (à la façon, 
provençale) eut lieu en 1852, à l'archevêché d'Âix, 
pourie passage du prince*président : « quarante. 
bâchas (gros tambours) et soixante tambourins y 
firent un tapage à mettre en danse tous les soldats 
de l'Empire ! » 

Pecoaïre ! 

Après avoir cité quelques vers célébrant les in- 
struments de la Provence, le flûtet, les palets, les 
timbalons, les timbales et cymbalettes, M. Vidal 
conclut : « On voit donc que nos ancêtres ne se 
privaient pas de musiquer sans l'aide des sax- 
horns^ saxophones (1) et sax-trombas ^ musique 
mécanique qui vient tout révolutionner, et sans la 
voix formidable des bourdons et des bombardons 
formant aujourd'hui l'artillerie musicale par les 
sons qu'ils vomissent de leur narines de cuivre. » 

Tout cela n'est pas très-français, mais on de- 
vine de reste ce que l'auteur veut dire. 

Le tambourin, non-seulement comme instru- 

(1) U ignorait sans doute que le saxophone est un instrument, 
d'une sonorité très-dpuce. 



INSTRUMENTS DE MUSIQUE. fl9 

ment, mais comme objet d'art, devrait se trouver 
dans tous les salons bien hantés : c Nous ne serions 
pas étonné, continue l'auteur, de le voir à Paris, 
la capitale universelle des beaux-arts, figurant 
parmi les autres appareils musicaux, soit au Con- 
servatoire des Ârts-et-Métiers dans la salle des 
instruments, soit au musée instrumental du Conser- 
vatoire de musique, où il devrait avoir une place 
honorable. » 

M. Vidal semble ignorer que le musée du 
Conservatoire possède depuis fort longtemps le tam- 
bourin de la reine Pomaré. 

Encore deux souhaits de M. Vidal : 

l'' Que la ville d'Aîx ait une rue du Tambourin ; 
f" Qu'au Conservatoire de la susdite ville il y ait 
une classe de galoubet et de tambourin. 

Enfin nous arrivons à la conclusion qu'on- croi- 
rait sortie de la plume de Castil-Blaze : « Des mu- 
siciens fanfarons, ayant plus de jactance que de 
savoir-faire, ont affiché un air de dégoût et de mé- 
pris, et ces petits messieurs-artistes croiraient 
s*humilier en jouant de notre instrument (ni plus 
facile ni moins agréable et important qu'un autre), 
et ce serait hors de saison, sans doute, pour ces 
hâbleurs, d'apprendre gentiment à en toucher. 

€ Pauvres freluquets ! qui ne savent que bavar- 
der à tort et à travers ; espèces de Francbimans 
bâtards, mauvaises greffes desséchées dans nos 
rameaux reverdis, fils ingrats qui renient leur vieille 
langue romane, ce parler sonore et harmonieux 



120 MUSICIANA. 

comme une musique, le doux langage du berceau. •• 
Mais, dans bien des siècles encore, le frémissement 
du tambourin sera de plus en plus agréable à 
Toreiliédetoutbon Provençal, avec sa compagne la 
poésie provençale, que nous conserverons comme 
un rayon d'amour reflété d'en haut par le ciel de 
notre chère Provence ! » 



¥ ¥ 



Les parties des instruments à cordes ne se 
jouaient autrefois pas rigoureusement comme elles 
étaient écrites, chaque musicien y ajoutait les (or- 
tuions que son mauvais goût lui inspirait. 

Qaantz, dans sa méthode de flûte, publiée en 
français à Berlin (1752), s'élève fortement contre cet 
abus : « Le joueur de violoncelle se gardera de broder 
la basse, comme quelques grands joueurs ont eu au- 
trefois cette mauvaise coutume : c'est faire montre 
de son habileté fort mal à propos. En voulant mettre 
dans la basse des broderies arbitraires, on fait en- 
core plus de mal qu'un joueur de violon n'en peut 
faire dans une partie d'accompagnement. Il est 
absurde do vouloir faire une partie supérieure de la 
basse, qui ne doit avoir pour seul et unique but que 
de soutenir et do rendre harmonieux les ornements 
de l'autre partie. » 

Une sortie humoristique sur le même sujet se 
trouve gravée à la fin d'un morceau de musique 
publié vers 1750, sous ce titre : Mêdêe travestie 



INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 121 

OU r Amour enragé y parodie de la cantate de Médée 
de Clérembault ; les paroles et le choix des airs 
sont de M. Çarolet. Sur la dernière page on lit : 
€ On reprend la simphonie (1) pour finir. Les vio- 
lons brodeurs pourront cette seconde fois Torner 
de tous les fredons dont ils se servent pour rendre 
à la musique la plus ancienne les grâces de la nou- 
veauté, et donner aux pièces les plus simples et les 
plus gracieuses un air diabolique* » 

Dans un Avertissement^ l'auteur nous prévient 
que cette cantate aurait été intitulée V Amour diable 
à quatre ; mais le sieur Corrette l'ayant fait graver 
sous ce titre, à Tinsu de l'auteur, celui-ci a jugé à 
propos, se voyant défiguré dans les paroles et dans 
la bienséance de ses expressions, de la donner sous 
un autre titre. 

Que devait être le texte publié par le sieur Coir- 
rette? L'exemplaire manque, mais quant aux paroles 
bienséantes de M. Garolet, en voici un échantillon : 

MÉDÉE. 

Que ce suborneur (il s'agit de Jason) 
Eprouve ma fureur; 
Fût-il dans le Tonquin, 
J'irai soudain 
De ce lâche coquin, 
Percer le sein, 
Fûl-il dans le Congo^ 
A mon gogo, 
.Je veux mettre en haricot 
Ce magot. 

(1) Ce sont vingt mesures d'un mouvement à-ppour les inslru- 
monts seuls. 



Itt fifUSIGlANA. 

Si J'attrape Jason 

Et sa guenon, 

Je ferai carillon 

Dans la maison. 

Je suis Médée, allons 

Vite attelons 

Mes deux gros dragons. 



ARRÊTE ADMINISTRATIF 

« Nous, maire de la commune de Mireval, 

t Vu les lois des, etc., etc. ; 

« Considérant que la musique instrumentale est 
une provocation permanente au désordre et une 
excitation à la haine des citoyens les uns contre 
les autres, et qu'il convient, dans l'intérêt de la 
sûreté publique, d'en arrêter les effets , 

« Avons arrêté ce qui suit : 

: « Art. 1*'. — Il est défendu de faire delà musi- 
que dans le village, cabarets, cafés, estaminets et 
autres lieux publics, sans notre permission. 

« Art. 2. — Il est également défendu de donner 
des bals, soirées, concerts dans les mêmes lieux, 
sans notre autorisation. 

« Fait à Mireval, le 26 septembre 1869. 

« Le maire. » 



CHAPITRE YI 



tJTlUTi PUISSANCE ET APPLICATIONS DIVERSES 

DE LA MUSIQUE 



' Thaïes tie Crète trouva dans la musique un puis- 
sant auxiliaire contre la peste. En Béotie, Isménias, 
par son jeu sur la flûte^ guérissait les maux de 
reins. Âsclépiade, au moyen de la trompette, rendit 
rouïe à un sourd ; ce traitement n'a rien d'étonnant, 
c'est l'homœopathie, puisqu'il y a des gens qui se 
trouvent assourdis par la trompette. 

Que de nos jours on se serve de la musique pour 
rendre aux fous la raison perdue, ce n'est encore 
iju'un vieux moyen, Martianus Capella de Carthage 
l'avait déjà employé avec succès au v* siècle (1). 
Théophraste affirme que les morsures des serpents 
venimeux ne sont guérissables que par la musique. 

(1) Musica curai corpus per animam. 

^mpédoclè s'est a\|ssi servi 4^ c^ moyen de ^uérison de la folie* 



124 MUSIGIA.NA.. 

Galion parle aussi de jouer ^de la flûte sur les parties 
souffrantes du corps ; ce 'même illustre médecin 
nous apprend qu'une joueuse de flûte, rencontrée 
par des jeunes gens ivres et furieux, les calma en 
leur jouant un air dans le mode Dorien. Alexandre le 
Grand avait deux musiciens, dont l'un; Antigénide, 
joua un jour devant son maître son Carmen bar- 
matium avec tant d'expression, que le prince devint 
furieux, saisit ses armes, et eût fait un mauvais parti 
aux personnes présentes, si Timothée n'avait en- 
tonné immédiatement son Carmen ortbïum^ avec 
non moins d'expression, ce qui calma heureusement 
le conquérant. C'est sur ce fait que Dryden a bâti 
son célèbre poëme la Puissance de Viiarmonie (ou 
la Fêle d'Alexandre) illustré en musique par Haan- 
del (1). 

Un jour, à Laoédémone, Terpandre, l'illustre 
Lesbien, apaisa un soulèvement populaire par lo 
jeu de sa flûte; pourquoi donc, en Franôe, où l'on 
possède tant d'excellents virtuoses, ne se sert- 
on pas de ce moyen contre les émeutes et autres 
désagréments qui se passent en temps de révolu- 
tion? Ne serait-il pas infiniment moins coûteux de 
faire jouer sur la flûte un air dans le mode Dorien 
devant des barricadeurs, que d'envoyer contre eux 
un bataillon d'infanterie? que de sang épargné des 

(1) Plutarque lui-même avoue qu'un jour la musique l'a telle- 
ment exaspéré qu'il a couru après ses armes : quel pouvait être 
eë diabU d'air? 



APPLICATIONS DIVERSES DE LA MUSIQUE. 125 

deux côtés ! Ah ! messieurs Tulou, Doras, Taffanel, 
Donjon, etc., etc., vous n'êtes pas de vrais citoyens, 
et vous ne comprenez qu'à demi les grandes desti- 
nées de la flûte ! Lisez les anciens. 

Cette pauvre musique ! à quoi n'a-t-elle pas servi ! 
Elle anime le courage des soldats dans la bataille... 
Elle aide à prier Dieu et à pardonner à nos en^ 
nemis... Elle inspire l'amour terrestre, et trouve 
ces phrases mystérieuses que les poètes n'ont 
jamais trouvé dans leurs vers... Elle sert au 
pauvre aveugle, aux pauvres en général, pour 
inspirer la pitié.... Elle sert à calmer les fous 
furieux... Elle sert... Mais à quoi ne sert-elle pas? 
Lisez plutôt une brochure qui a pour titre : Essai 
en plaitt'Chant musical sur rutilité de Tagricul- 
ture^ suivi d'une méthode par le même procédé 
pour apprendre la carte géographique de France^ 
par M. Fourtou, instituteur communal à Auterive 
(Haute-Garonne); Toulouse, 1845. 

Observation de l'auteui* : 

• 

fl On peut donner à un morceau de chant plus ou moins 
de lenteur; mais je dois faire observer que mes composi- 
tions doivent être exécutées avec un certain degré de vitesse 
et de légèreté, car le mouvement qui a un cei*t&in degré de 
vitesse ou de précipitation aide puissamment à la mémoire. » 

Au lieu de faire une analyse de ce traité d'agri- 
culture, nous croyons préférable de copier le cha- 
pitre des fumiers : 



126 



MUSICIANA. 



L«4l'gfl**tlU 



f '-..' '- -4 




Vou? re . oiar . qiiifj'es qu'iuiie char. 





que dViii mè.tre 



et), lit doit e • tre eliar . g-étf , 



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faut snis. si ré 



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fl|W le bœuf 



APPLICATIONS DIVERSES DE LA MUSIQUE. 1*7 




^ 



oe pii^.duit ja . mais de $i bon 



I ^ I 



fu . œier que le bau.det, 



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3 



le che.val el le mu.leti 

F ^ ' ' ' ' . ' ' ' ' 

mais ' la chèvre et le 




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3^ 



iDou.tr>ii sont es . ti * mes 



pour fai . re de meil . leur fu 



«jBÎer que le» troi» der . mers 

i fa y - I * »! , I ^ ^ "^ I 

I ■ I I ■ Il ., , II... ' ■ ■ ■ ■■! . I ■ I ■ > .. I 

meu • lion ^ ués* quf. lef trois 

der « oiers mf^n . tien * nés. 



1t8 MÙSIGIANA. 

L*auteur cgoule qu'il a obtenu des résultats satis- 
faisants, et que si cet Essai est favorablement 
accueilli, il livrera au public de nouveux opuscules, 
et fera connaître les méthodes qu'il emploie pour 
faire exécuter le chant en trois parties sans répé- 
tition préalable. 

Si mon livre tombe entre les mains de MM. les 
directeurs de l'Opéra, des Italiens et de TOpéra- 
Comique, j'ose espérer qu'ils me sauront gré de les 
avoir mis sur la voie d'un perfectionnement qui me 
parait de la plus haute importance pour leurs théâ- 
tres : je me suis toujours douté que la lumière nous 
viendrait tôt ou tard de la province. 

¥ ¥ 

Un Lyonnais, G.-R. Brijon, publia en 1782 un 
livre intitulé l'Apollon moderne, ou le développe- 
ment intellectuel par les sons de la musique. (Lyon.) 
On y trouve (page 35) un moyen simple et pratique 
pour capturer l'hyène. Cet animal féroce, d'après 
l'auteur, a un goût particulier pour la chair hu- 
maine; voici le procédé qu'il emploie pour s'en pro- 
curer : il retient un nom qu'il a entendu prononcer, 
puis, sur le tard, va gémir ce nom près d'un ha- 
meau ; le malheureux qui s'entend appeler croit 
qu'un de ses semblables implore son secours, il 
s'approche de la voix, et l'hyène le croque. Par 
contre, les hommes rende/it à l'hyène ruse contre 
ruse. L'hyène aime la musique à la folie, ce que 
beaucoup de personnes ignoraient peut-être, moi 



APPLICATIONS DIVERSES DE LA MUSIQUE. 129 

du moins je ne Iq, savais pas. Or, on va non loin de 
la tanière de l'animal lui jouer un petit air ; aussi- 
tôt Thyène se présente à Touverture. Alors les voix 
s'unissent aux instruments, l'hyène n'y résiste plus, 
s'approche des musiciens, les flatte, se laisse ca- 
resser ; on lui jette un licou, une muselière, et le 
tour est fait. ' 

M. Brijon, après avoir inventé plusieurs ma- 
nières d'enseigner la musique, a fini par s'arrêter 
à raurillette. C'est une simple serinette sur la- 
quelle on joue aux enfants en bas âge l'accord cf u/, 
en notes consécutives; puis l'accord de fa, puis 
ré mineur, etc. En pratiquant cela pendant trois 
ou quatre ans, Tauteur affirme que l'oreille des 
enfants se formera. 

M. Brijon a encore essayé d'écrire en notes le 
discours parlé, exercice utile à toute personne vou- 
lant se perfectionner dans la prosodie. 

« Dans rîmitation exacte sur les instrumens des voîx^ 
dQS chants, des cris de toutes personnes, même des sau- 
vages de tout âge, des ramages des oiseaux, les aboiemens, 
miaulemens, hurlemens, braiemens, bêlemens des quadru- 
pèdes vieux et jeunes, les fibres les plus rétifs dans tous 
ces différens sons suivant leur ordre, doivent y trouver des 
rapports ; et il n'y a que les violons, altos et basses qui 
puissent imiter ce qui vient d*être dit, et tout autre instru- 
ment ne peut y être propre. » 

V Ce n'est peut-être pas d^unè limpidité irréprocha- 
ble, mais en reproduisant l'un des exemples notés, 
nous avons pensé que nos lecteurs saisiront sans 
peine le procédé ; 



ÎSO 



MUSICIANA. 



(La fiD».). 



DIALOGDB 




■ > T T ii i 



Ma . oian» ma ch^re ma^man, 

rherr 




fOtt.drais*tu bien, fi^il te piait 



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(La mer») 



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iXb. 







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ma fille. 



mais U faut 





que vous me pro . met . tiei 

(la petite arec action) 




'L^ Il ^ iti^i^ 



iTe^tw» 
d*8-tr 



bieo ^ aa^ Hof ma • man» 




on o«* pHif pas pius. 
o* peut 



'^ A» mot aiv^ ^^^ apinle f« f sans faire scsiir b di»rnl*r» Wttm 



APPLICATIONS DIVERSES DE LA MUSIQUE. iSl 

Quoique dans le courant du livre il y ait beau- 
coup de choses raisonnables, étonnées sans doute 
de se trouver au milieu d*un fatras ridicule et 
indigeste. Fauteur, au point de vue du style, écrit 
le français d'une façon déplorable. 

Malgré cela, r Apollon moderne est un livre peu 
commun.... .... qualité qu'il doit à sa rareté. 



* 

¥ ¥ 



La musique curative a été le but des recherches 
de beaucoup de savants anciens et modernes ; aussi 
trouve-t-on un assez grand nombre de brochures 
ou de traités sur la puissance de la musique 
pour guérir les maladies du corps et de Tâme. 

Porta f dans sa Magia naturalisa prend la musique 
pour une panacée universelle, ou à peu près. Ainsi, 
il affirme que des instruments faits avec le bois des 
plantes médicinales produisent une musique em- 
preinte des propriétés relatives à ce bois ; de façon 
que , pour guérir de la fièvre, il ne s'agit qUe 
de jouer ou de faire jouer quelques airs sur une 
flûte construite avec une branche de quinquina, 
garnie de son écorce. 

En 1835 le docteur Schneider fit paraître à Bonn 
un Traité complet de musique médicale^ en 4 vo- 
lumes in-S"*. Ce précieux ouvrage ne se trouvant 
pas entre nos mains, nous allons parler de la Nou^ 
velle méthode facile et curieuse pour connaître le 
pouls par les notes de la musique, par F.-N. Mar- 
queta Paris, Didot, 1769 (2' édition). Dans la pré- 



132 MUSICIANA. 

face on lit : c Comme il y a des mouvements et des 
accords dans le sang et dans les autres humeurs, 
il ne faut pas s'étonner si la symphonie peut quel- 
que chose sur notre corps, pour la santé : le méde*> 
cin Hermophile rapportait le battement du pouls à 
de certaines mesures, comme les poètes rapportent 
leurs vers à certains pieds, et Ton peut dire que la 
connaissance du pouls et du battement des artères, 
qui est une des plus belles et des plus nécessaires 
parties, de la médecine, dépend en quelque façon 
des divers tons de musique. On a remarqué que 
ceux qui sont accoutumés à toucher le luth ou d'au- 
tres instruments, ayant le tact plus délicat et plus 
sûr^ jugent mieux du pouls des malades ou des per- 
sonnes passionnées que les autres qui n'ont pas 
cette habitude. » {Vigneul de Marville.) 

« Si en chantant ou jouant un menuet sur quelque 
instrument, l'on touche un pouls tempéré, il en bat- 
tra la mesure, comme il est marqué à la planche I. » 

L'auteur a en effet accompagné son ouvrage de 
planches de musique qui font voir clair comme le 
jour qu'un bon pouls a cinq battements durant une 
mesure de menuet (il y a même un assez joli me- 
nuet comme exemple). . 

N'allez pas croire que les pouls se ressemblent ; 
il y a : le pouls naturel, le pouls non naturel, le 
pouls grand ou plein, le pouls petit ou vide, le 
pouls profond, le pouls superficiel, le pouls diu*^ 
tendu ou élevée le pouls mou, le pouls à deux 
temps, celui à trois temps, à quatre temps (il y eu 



APPLICATIONS DIVERSES DE LA MUSIQUE. 1S3 

a même à un temps), le pouls lent, intermittent, 
éclipsé ou intercadant, intercurrent, caprisant, con- 
vulsif, tremblant, défaillant, vermiculaire , four- 
millant. D'aucuns prétendent qu'il y a aussi les 
pouls raboteux, ondes, raisonnants, arrondis, pétil- 
lants, enflés, évaporés, suffoqués, solides ou mas- 
sifs, dissipés, à queue de souris mais rassurez- 
vous, ce sont des pouls imaginaires, d'après ce 
que dit l'auteur. 

Par exemple, si vous vous sentez dix-huit mille 
battements par heure, faites votre testament, vous 
courez à la mort eu poste y toujours cpmme le dit 
l'auteur. 

Cet ouvrage eut ses adeptes et ses critiques ; le 
baron Duhaler le critiqua même en vers.,, assez 
incorrects, quoiqu'il remonte jusqu'à Adam : 

La fièvre qui le prit à Talerte qu'il eut, 
Dans ses veines nota mi fa sol la si ut. 
Et Dieu fit à Adam au sortir de la grotte, 
Danser sur le même ton la première gavotto. 

Conclusion. — c Personne n'a pu douter jusqu'à 
présent que la musique ne fût d'un grand secours, 
non-seulement pour conserver la santé, mais aussi 
pour guérir les infirmités ; elle convient à tous les 
âges, elle est de toutes les conditions : au milieu 
d'un tumulte, elle impose le silence ; elle égayé la 
solitude, elle réjouit les hommes, elle dissipe les 
nuages qui souvent éclipsent leurs esprits, elle 
éloigne les soins rongeurs ; c'est elle qui est l'âme 
de toutes les fêtes, elle en bannit la tristesse et les 

8 



1S4 MUSIGIÂNA* 

ennuis : c*est la raison pour laquelle les anciens 
révéraient Apollon, non-seulement comme le dieu 
de la musique, mais aussi comme celui de la méde- 
cine; elle métamorphose la tristesse en joie, la 
crainte en confiance, la férocité en clémence, elle 
seule désarme les plus intrépides et les plus or- 
gueilleux. Les animaux les plus féroces, lorsqu'ils 
ressentent quelque mouvement de . douceur et de 
plaisir, ont une. espèce de chant qui leur est propre : 
Ton ne connaît la barbarie d'un peuple que par le 
mépris qu'il fait de la musique. 

« Ce n'est que par la musique qu'on peut parvenir 
à la guérison du tarentisme. Les tarentules sont des 
espèces d'araignées, qui, semblables à des abeilles, 
piquent l'épiderme et y distillent un venin pestilen- 
tiel ; au même moment la peau se raidit, elle s'enfle, 
les membres s'engourdissent, les yeux s^ohscurcis- 
sent, l'esprit est plongé dans un état affreux de 
mélancolie et de tristesse. Nul autre antidote à cette 
maladie que la musique. Elle ne se fait pas plutôt 
entendre, qu'à l'instant le malade commence à 
s'agiter, ses membres se dégourdissent, il crie, il 
chante, il danse, il saute pendant deux ou trois 

heures, suivant le temps que dure la musique 

(mais si on lui jouait les Niebelangen qui durent 
trois jours ! ! !). Ensuite vous mettez le malade dans 
un lit où il transpire abondamment (il y a de quoi!), 
puis vous recourez de nouveau à la symphonie; 
pour lors le malade recommence ses chants, ses 
sauts et ses danses, et bientôt après il se trouve 



APPLICATIONS DIVERSES DE LA MUSIQUE. 185 

parfaitement guéri. Il faut cependant varier la mu- 
sique, suivant les différentes tarentules et les divers 
tempéraments. » 

Ancina^ dans ses thèses de philosophie et de 
médecine (1565), soutient que le pouls battant à trois 
temps annonce la mort, et à quatre la santé (1). 



¥ ¥ 



Sans doute que l'histoire de Stradella est émou- 
vante, on en a fait un opéra en France ; mais voici, 
une anecdote qui affirmera encore bien plus le pou- 
voir de la musique : Palma était un musicien napo- 
litain ; surpris un jour dans sa maison par un de 
ses créanciers, qui voulait à toute force le faire ar- 
rêter, il ne répond à ses injures et à ses menaces 
que par une ariette : on l'écoute; Palma chante, 
l'air : Sentocbe son yicino de son opéra la Pietra 
simpatica en s'accompagnanl; au clavecin. Le 

créancier s'attendrit Jusqu'à verser des larmes, 

il n'est plus question de payement; bien mieux, on 
prête encore au musicien une somme qu il demande 
pour se délivrer de qjaelque autre embarras. 

Ordinairement, quand on vend un secret, on y 
joint la manière de s'en servir; malheureusement je 
ne donne que la manière de s'en servir, car je ne 
possède pas Tair Sento che son vicinOy mais si ja- 
mais je mets la main sur cette panacée musicale, je 

(1) Adrien de La Page» Essais de dipbtbérograpbie musicale, 
Paris, 1864 (page 345). 



186 MUSICIANA. 

promets à mes lecteurs de la leur livrer sans frais 

et avec accompagnement de piano. 

M. Fétis, dans la Musique mise à la portée de 
tout le inonde^ cite quelques cas sur la puissance 
de la musique : « On connaît l'histoire de Farinelli, 
dont la voix et Texpression touchantes guérirent 
le roi d'Espagne Philippe V d'un accès de mélan- 
colie noire qui faisait craindre pour sa raison; 
Raff (1), sauvant la vie de la princesse Belmonte, 
mise en danger par les suites d'un chagrin violent, 
en lui faisant répandre un torrent de larmes; Séné- 
sino, chanteur d'un mérite extraordinaire, oubliant 
son rôle pour embrasser Farinelli qui venait de 
chanter un air avec une perfection miraculeuse ; la 
Gabrielli, touchée jusqu'à laisser paraître l'émotion 
la plus vive, après avoir entendu Marchesi chanter 
un cantabile, et Grescentini faisant verser des lar- 
mes à Napoléon P et à toute sa cour dans Roméo 
et Juliette y musique de Zingarelli. 

(1) Ne pas confondre avec le Raff, compositeur vivant actuelle- 
ment à Berlin, et dont la musique n'a pas encore produit de sem- 
blables miracles jusqu'à ce jour, à ce que nous sachions. 



J 



CHAPITRE VII 



ANECDOTES BI08RAPHIQUES (1) 



Anecdote ne s'emploie que fort rarement dans le 
cas suivant : 

Lettre à F empereur Napoléon III. 

« Sire, 

« J*ai contracté sous votre cher oncle deux blessu- 
res mortelles qui depuis 38 ans font Tornement de 
mon existence, Tune à la cuisse droite et Tautre à 
Wagram. Si ces deux anecdotes vous paraissent 

(1) Ménage ne cite pas ce mot , mais Furetière nous apprend 
qu^aaecdotes se dît des mémoires qui n'ont point paru au jour e 
qui n'y devraient point paraître. 

Proc ope. s'est. servi le premier de ce terme dans son livre contre 
Justinien et sa femme Tliéodora. D'après Rivarol, les anecdotes 
sont l'esprit des vieillards, le charme des enfants et des femmes. 

8. 



It8 MUèlGIANÂ. 

susceptibles de là Légion d'honneur, j*ai bien celui 
de vous en remercier à l'avance. 

« Madame Bonniot sera sensible à cette amabilité 
de votre part. 

€ Charles Bonniot, trompette-msgor. » 

CONFUCIUS. 

Koâng-fa-tzé^ que nous appelons Confucius et 
que M. Fétis a eu la distraction d'omettre dans sa 
Biographie des mi/sieieiis, était non-seulement un 
grand philosophe, mais un savant très-versé dans 
les connaissances musicales, si versé qu'il composa 
dès variations pour la guitare sur l'air célèbre de, 

Li-POj }Q dis célèbre de confiance, car je ne 

connais pas l'air de Li^Po. Ce qu'il y a de certain, 
c'est que les variations de Confucius, jouées d'un 
bout à Tautre du Céleste-Empire, ne contribuèrent 
pas peu à la moralisation de ses nombreux habi- 
tants, et c'est depuis ce temps-là que le peuple chi- 
nois est éminemment moral. 

Koang-fu-tzé ne se contenta pas de produire les 
célèbres variations en question, mais il composa en- 
core un grand nombre de cantates morales et des 
opéras : d'après . l'opinion de tous les savants et 
musiciens chinois, ce sont des chefs-d'œuvre de 
style simple et mélodique, où le sentiment de la 
tendresse et de l'expression est porté au plus haut 
degré. On raconte même qu'une femme chinoise. 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 1S9 

assistant à la représentation d'un de ces ouvrages, 
se mit à répandre d'abondantes larmes à une scène 
où Koang-fu-tzé avait dépeint avec un charme 
extraordinaire Tamour maternel. La dame chinoise, 
questionnée sur son attendrissement, répondit: ifH^ 
las ! j'ai donné iajour à neuf enfants, et je les ai tous 
noyés; maintenant je me repens de n*en avoir pas; 
gardé au moins un, je l'aimerais si tendrement! » 

Les législateurs chinois ont, avec grande raison, 
édicté des peines sévères contre les directeurs de 
théâtres qui laissaient niai exécuter ces belles œuvres 
lyriques de Koang-fu^tséy comme aussi bien contra 
les chanteurs et chanteuses qui, dans des concerts, 
ne diraient pas d'une façon convenable les fragments 
de ces pièces. 

Le mandarin directeur de la police surveille 
avec soin l'exécution de cet édit, et quand par hasard 
une chanteuse ne so tient pas à la hauteur de ces 
compositions remarquables, elle reçoit un avertis- 
sement. «... c'est-à-dire qu'on lui coupe l'oreille gau- 
che. Au renouvellement de ce méfait, c'est le tout 
de l'oreille droite. Le cas revient rarement pour la 
troisième fois, car alors c'est le nez qui disparaîtrait. 

La législation chinoise est par trop sévère, s'il 
m'était permis de dire mon avis : comment peut-on 
exiger une exécution sans faute de la part d'une 
chanteuse qui n'a plus d'oreilles? 



* 

¥ ¥ 



140 • MUSIGIANÂ. 



LOUIS XIIK 

« II composait en musique, et ne s*y connaissait 
pas mal. Il mit un air à ce rondeau sur la mort du 
cardinal : 

• * - 

Il a passé, il a plié bagage, eic, 

« Mison , maître des comptes » Tavait fait.. 
Louis XIII, rebuté des débauches de Moulinier et 
de Justice, deux musiciens de la chapelle, qui ne le 
servaient pas trop bien, leur fît retrancher la moitié 
de leurs appointements. Marais, le bouffon du roi, 
leur donna une invention pour les faire rétablir. Ils 
allèrent avec lui au petit coucher danser une mas- 
carade, demi-habillés : qui avait un pourpoint n'avait 
point de haut de chausses... « Que veut dire cela? 
dit le roi. — C'est, sire, répondirent-ils, que gens, 
qui n*ont que la moitié de leurs appointements ne^ 
s'habillent aussi qu*à moitié, i» Le roi en rit et le$; 
reprit en grâce. » 

- (Historiettes de Tallemant des Réaux. ) 



BOESSET. 



Bourdelot, dans son Histoire de la musique j parle 
de Boésset le père, qui était très-estimé de LuUy ; 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 14 i 

c Boésset, dont la mémoire sera immortelle chez les 
musiciens, par cet air fameux : 

Si c'est un crime de l'aimer, etc. 

que le cardinal de Retz fit un jour recommencer 
trois fois à Lambert qui le chantait devant lui, et 
qne nos connaisseurs en musique égalent encore 
à nos meilleurs airs. » 

Voici cet air, dont les paroles sont de Lingendes ; 
il trouvera sans doute peu d'enthousiastes de la 
force du cardinal de Retz. 




c^est un cri . me que d'nî. 




,iner. L'on n'en doit jus . lempnt blas. 



ij I I I i| I J'ir rr ' 



.mer Qut If h beau .tés qui Mint en d - 




.!♦*, 



La faute 



est aux 





dieux Qui la fi . rent si bel . le. 



i; r r I ! '■ I 



l|ais Qoo pas h tto» yeux. 



ÎMi MUSIGIANA. 

DE NIERT ET MICHEL LAMBERT. 

«Quand M. de CréquifutàRomepourrambas- 
sade d'obédience du feu roi, de Niert , qui rac- 
compagnait, prit ce que les Italiens avaient de boit 
dans leur manière de chanter, et le mêlant avec ce 
que notre manière avait aussi de bon, il fit cette 
nouvelle méthode de chanter, que Lambert pra- 
tique aujourd'hui, et à laquelle peut-être il a ajouté 
quelque chose. Avant eux on ne savait guère ce que 
c'était que de prononcer bien les paroles. Lambert 
est de Champigny ; il était enfant de chœur à Cham- 
pigny même, où il y a une saînte-chapelle, quand 
Moulinié, qui était maître de la musique de Mon- 
sieur, le prit et le fit page de la musique de la 
chambre de Monsieur. Lambert, ayant quitté les 
couleurs (1), se trouva un tel génie pour la belle 
manière de chanter, que de Niert, en peu de temps, 
n'eut plus rien à lui montrer. Ni l'un ni l'autre ne 
sont de ces belles voix, mais la méthode fait tout. 
Lambert étudia soigneusement et à composer et a 
exécuter, et encore présentement (1660) il chante 
tous les matins pour lui-même, afin de se perfec- 
tionner d'autant plus. Un de ses chagrins, â ce qu'il 
dit, c'est de ne pouvoir laisser par écrit sa science, 
car tout cela dépend de la manière qu'on ne saurait 
exprimer. > 

(1) Etant sorti de page, les pages de la chapelle portaient les 
couleurs ou la livrée du Roi. 



ANECDOTES BIOQRAPHIQUES. 148 

« Lambert commença à montrer et à chanter dans 
les compagnies : on l'appelait le petit Michel^ le 
petit maître^ Champignyei Lambert, i 

{Historiettes de Tallemant des Beaux,) 

A cette époque, le théorbe avait remplacé le luth 
comme instrument d'accompagnement. 



LÉOPOLD i*% 



L'empereur Léopold /", roi de Hongrie, roi de 
Bohême, élu empereur en 1658 et mort en 1705, 
aimait passionnément la musique et même en com- 
posait d'agréable, telle que le menuet parodié: Quel 
caprice j etc. Étant près de mourir (dit Duclos), après 
avoir fait ses dernières prières avec son confesseur, 
il fit venir sa musique et expira au milieu du con- 
cert. 

Cet empereur mélomane, qui ne fut pas précisé- 
ment Tami de Louis XIV, occupe une place assez 
importante dans l'histoire, quoique M. Fétis l'ait 
oublié dans sa Biographie des musiciens. Léopold P' 
ayant eu trois femmes, composa sans doute diverses 
pièces galantes pour accaparer tant de cœurs fémi- 
nins. 

Voici toujours le menuet impérial en question ; on 
en trouve l'air dans le Théâtre de la Foircy ainsi 
que dans le Recueil de chansons publié en 1732 à 
La Haye par Gosse et Jean Neaulme. 



144 



MUSICIANA. 



MBHUET de lEmptiteur LEOPOID 1 



I 



i 



QuA ca . prijcel Quelle fû.jus.b . ce. Quoi! 

> 'I f U J J IM ^11 l| j I 



ta Cb - ri .ce Tra . hi-rait Ips feun'i Quel ca. 



4^ Jj'i \f r'-' -I ^^'^'^ 




. prLce! Ou<«0<» m . jus -li . ce! Won, ta Cla .ri -ce Veut». 

-1 



if^yi'l I' 11'^ 




-te rendre hHf.reux Et de quoi pt*ux4u ro'acciisw? 




Ly.cas me dé^itib^» un baijter, CVst maLgré moi. 



i[i I r iii III" rii II nrr 



mon cher tyr - cis, rap» pel -le - toi Ce dm^t - reuibo. 

19- 



4' rrr i : 




.ca.ge,0i9^ pour le prix de ton tendre faomma.g«slb. 

4' I M I l| l | I l'I I II , | l 



— re.çut»ma foi: Mais que voi8.je«Ton dé.pit 

fi ' M l ' ' l HHIi' ' J | iM 

ces « se. De ta ten.dre8.se Mon ccmiy* va jou.n*; 



if^'r ni i Ji | I 1 1 I II 



A vafh tranf:pon.s tu t'a . ban . don . nés, Tù * 

S ' I 'M I f ll 'J' I I I !■ I 



me par . doa • oeii, Que^.. de plai « si ri 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. i45 

L'empereur Lépold I*' n'avait, au reste, pas in- 
venté la volupté de mourir en musique ; bien long- 
temps avant lui, M""* de Limeuil, fille d'honneur de 
la reine Catherine de Médicis, s'était fait donner un 
concert suprême de ce genre. Voici comment Sau- 
vai, dans ses Galanteries des rois de France, ra- 
conte le fait : 

M"® de Limeuil, quand l'heure de sa mort fut 
venue, fit venir son valet Julien: «Julien, lui dit- 
elle alors, prenez votre violon et sonnez-moi tou- 
jours, jusqu'à ce que vous me voyez morte, la Z)é- 
faite des Suisses. Et quand vous serez sur le mot ; 
Tout est perduy sonnez le pas quatre ou cinq fois le 
plus piteusement que vous pourrez. » Ce que fit 
Julien, et elle-même aidait de la voix; et quand ce 
vint : Tout est perdu^ elle réitéra par deux fois ; 
puis, se retournant de l'autre côté du chevet, elle 
dit à ses compagnes : « Tout est perdu à ce coup ! » 
Et à bon escient, car elle décéda à l'instant. » 

On sait que la Bataille de Marignan (1), aussi 
appelée la Défaite des Suisses^ ou la Guerre, est 
un célèbre chœur de Jannequin, que, dans ces der- 
nières années, on a entendu maintes fois aux con- 
certs du prince de la Moskowa. Dans la chanson de 
Jannequin, les Suisses, mis en scène, ne disent pas ; 
Tout est perdu^ maïs bien : Tout est verlore^ en y 
ajoutant Bigottl un gros juron. 

(i) Ce chœur, en style imitatif^ se trouve dans la collection du 
prince de la Moskowa ; il a été publié isolément par les éditeurs 
Durand et Schœnewerk. — Le mot frelores se trouve déjà dans 
la Farce de Patelin, qu'on fait remonter au xiii« siècle. 

9 



140 MUSIGIANA. 

La reine Elisabeth d'Angleterre, étant sûr le 
point de mourir, assembla près de son lit des musi- 
ciens, afin, disait-elle, de pouvoir mourir aussi 
gaiement qu'elle avait vécu, et c'est ainsi qu'elle ren- 
dit le dernier soupir. 

Mirabeau mourant, demanda également à s'en- 
tourer de musiciens, afin d'entrer agréablement 
dans ce sommeil dont on ne se réveille plus ici -bas. 



* 

¥ ¥ 



HiENDEL. 

Ce maître illustre, jeune encore, fit un voyage 
en Italie, à l'exemple de tous les grands artistes de 
ce temps-là. 

D'après rEncycIopédiana, HaDudel se trouvant à 
Venise, au moment du carnaval, joua de la harpe 
dans une mascarade. Domenico Scarlatti, le plus 
habile musicien sur cet instrument, l'entendit et 
s'écria : Il n'y a que le Saxon (surnom de Hsendel) (1) 
ou le diable qui puisse jouer ainsi. 

Haendel ne pouvait supporter le bruit d'un or- 
chestre qui s'accorde ; cette antipathie était si connue 
des musiciens, qu'ils prenaient leurs précautions, 
de façon que, quand le grand artiste paraissait, tout 
se trouvait en état, et Ton pouvait commencer. 

(1) Le surnom d'il Sassone (le Saxon) est bien plus généralement 
Appliqué ft Hasse» 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 147 

Un jour, c'était la première exécution d'un nou- 
vel oratorio, un page de la suite du prince se glissa 
dans l'orchestre et, tout en batifolant avec les mu- 
siciens, trouva moyen de tourner les chevilles de 
plusieurs violons. 

Le prince parut dans sa loge, Haeadel en. même 
temps s'assit à l'orgue et fit signe de commencer. 
On entendit un accord épouvantable ; Hsendel 
s'élance de son siège, et sans songer à la présence 
du prince, renverse une contre-basse, saisit une 
timbale et la jette à la tète d'un premier violon, 
tandis que sa perruque s'accroche à un pupitre. 

Le public se mit à rire à gorge déployée, et le 
calme ne fut rétabli qu'après que le prince, s'étant 
dérangé de sa place, eut fait accroire à Haendel que 
c'était lui-même qui lui avait joué ce mauvais tour. 



* 

¥ ¥ 



LE PEHE KmCHER. 

Ce savant rapporte, dans une relation de ses 
voyages, que revenant de Goa en Europe, et étant 
arrivé à l'embouchure du fleuve Indus, il entra dans 
un marécage rempli de roseaux, du milieu desquels 
sortit tout à coup un crocodile énorme, qui vint à 
lui pour le dévorer. En même temps il aperçut aussi 
un tigre qui s'apprêtait à faire de même. Le 
pauvre Père, placé entre deux périls inévitables, 
recommanda son- âme à Dieu, quand soudain le 



i\% MUSIGIANA. 

tigre, s'étant élancé avec furie, tomba danâ la gueule 
du crocodile, qui, occupé de sa nouvelle proie, 
donna au missionnaire le temps de s'échapper. 

Credat Judeas Apella. 

Quand Sébastien Bach essayait un orgue, il com- 
mençait par 1^ grand jeu, et se servait aussi puis- 
samment que possible des plus grandes sonorités. 
Il disait en plaisantant : « Il faut que je sache avant 
tout si rinstrument a de bons poumons. » 

Nicolas-Adam Strunck^ violon d'Ernest-Auguste, 
électeur de Hanovre, étant à Rome, alla voir Co^ 
relli. Celui-ci lui demanda de quel instrument il 
jouait. « Du clavecin, répondit l'Allemand.-, et un 
peu du violon; mais je serais ravi.de vous en- 
tendre. » 

Corelli le satisfit sur-le-champ, et joua un air que 
Strunck accompagna sur le clavecin. Ce dernier 
prit ensuite le violon ; et, s'amusant à le désaccor- 
der, il préluda avec tant de justesse, en parcourant 
les tons chromatiques, que Corelli lui dit en mau- 
vais allemand : c On m'appelle archange, mais on 
peut bien vous appeler arcbidiable (1). » 

¥ ¥ 

TARTINI. 

L'anecdote qui a donné lieu à la Sonate du. diable 
a été ainsi racontée par Tartini lui-même au célèbre 
astronome Lalande : 

(1) Le prénom de GoretU était Areangela. 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 149 

« Une nuit (en 1713), je rêvais que j'avais fait 
un pacte, et que le diable était à mon service. Tout 
me réussissait au gré de mes désirs, et mes vo- 
lontés étaient toujours prévenues par mon nouveau 
domestique. 

« J'imaginai de lui donner mon violon, pour voir 
s'il parviendrait à me jouer quelques beaux airs ; 
mais quel fut mon étonnement lorsque j'entendis 
une sonate si singulière et si belle, exécutée avec 
tant de supériorité et d'intelligence, que je n'avais 
même rien congu qui dût entrer en parallèle. 
J'éprouvai tant de surprise, de ravissement, de 
plaisir, que j'en perdais la respiration. Je fus ré- 
veillé par cette violente sensation. Je pris à l'instant 
mon violon, dans l'espoir de retrouver une partie 
de ce que je venais d'entendre ; ce fut en vain. La 
pièce que je composai alors est, à la vérité, la 
meilleure que j'aie jamais faite, et je l'appelle 
encore la Sonate du diable; mais elle est tellement 
au-dessous de celle qui m'avait si fortement ému, 
que j'eusse brisé mon violon, et abandonné pour 
toujours la musique, s'il m'eût été possible de me 
priver des jouissances qu'elle me procurait. » 



¥ ¥ 



GAVINIÊS. 



Gaviniès, un des bons violonistes de l'ancienne 
école française, naquit à Bordeaux en 1726. 



150 MUSIGIANA. 

Il vint jeune à Paris, à 14 ans il débuta avec 
succès au Concert spirituel. 

A vingt ans environ il eut une intrigue d'amour, 
aggravée d'un enlèvement, ce qui lui procura une 
année de prison. Il y travailla son violon et jeta les 
fondements de la réputation brillante qu'il sut acqué- 
rir depuis, comme il se plaisait lui-même à le répé- 
ter. C'est alors qu'il composa la fameuse Romance 
de Gaviniès, qui eut une vogue prodigieuse. Il la 
chantait sur son violon avec un charme inimitable, 
et en improvisant des variations qui ne l'étaient pas 
moins. Peu de temps avant sa mort, il l'exécuta 
dans un concert public, et tira des larmes de tous 
les auditeurs. Il était alors dans sa 73* année. 

F. Fayolle. 

¥ ¥ 

JOSEPH HAYDN. 

A l'âge de quinze ans Haydn était enfant de 
chœur à la cathédrale de Saint-Étienne à Vienne. 
Il avait une belle voix de contralto, et chantait si 
bien que les amateurs de Vienne s'empressaient 
d'accourir à l'église où il chantait. 

Haydn ne connaissait du monde que l'étroit sen- 
tier qui l'avait conduit à l'école des enfants de 
chœur : il n'aimait encore que la musique, et sa 
gloire lui semblait résider toute entière dans sa 
îelle voix de contralto. 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 151 

Avec cette persuasion, avec sa simplicité et ses 
mœurs pures, il était facile de le séduire. Le maître 
de chapelle de Saint-Étienne, Reuter, qui pré- 
voyait avec chagrin la perte prochaine du virtuose, 
approchant de sa mue, lui apprit qu'il existait un 
moyen de conserver toujours cette voix admirée, 
et, dissimulant les conséquences graves qu'un 
pareil moyen devait avoir , ne lui offrit à dé- 
libérer que sur un instant de douleur. Haydn y 
consentit aussitôt. Le jour et l'heure fixés, les pré- 
cautions prises, la victime impatiente d'être immolée, 
arrive le matin même le charron de Rohrau, c'est- 
à-dire le père de Haydn, qu'un hasard heureux 
amenait à Vienne. On croira sans peine qu'il ne 
partagea pas la sécurité, encore moins la joie de 
son fils, et que le sacrifice n'eut point lieu. 

Cette anecdote se trouve dans une Notice sur la 
vie et les ouvrages de Joseph Haydn, lue à Tln- 
stitut le 6 octobre 1810 par Joachim Lebreton. 

M. Fétis qui, dans une note de la Biographie des 
musiciens^ rapporte également ce fait, observe qu'il 
n'est pas vraisemblable que, dans un pays où la cas- 
tration n'a jamais été pratiquée, un maître de cha- 
pelle tel que Reuter ait voulu s'exposer aux consé- 
quences graves d'un tel fait, dans le seul intérêt 
de conserver au chœur une belle voix .. 

Quoi qu'il en soit, cette anecdote est citée par 
Lebreton et par Framery également, d'après les 
affirmations d'Ignace Pleyel, élève et ami de Haydn ; 
il la tenait de la bouche de son maître. 



152 MUSICIANA. 

Joseph Hadyn, à une époque de sa vie, ne pou- 
vant pas très-bien s'entendre avec sa chère moitié, 
en vivait séparé. Un jour Krantz, le maître de con- 
certs de Weimar, entra chez lui et vit tout un 
paquet de lettres non décachetées, adressées à 
Haydn. II en demanda la raison au maître. Celui-ci 
répliqua, en les ôtant : t Oh ! ce n'est rien, la corres- . 
pondance de ma femme, qui m'écrit régulièrement 
tous les mois; je n'ouvre pas ses lettres, mais je 
réponds régulièrement. Aussi je pense qu elle fait 
comme moi. > 

¥ ¥ 

LOUIS XIV. 

Un des musiciens du roi avait tenu quelques pro- 
pos contre un prélat qui était alors maître de la 
chapelle. Le prélat offensé, se trouvant un jour 
dans la tribune du roi, voulut, après que ce musi- 
cien eut chanté, faire observer à Sa Majesté qu'il 
perdait sa voix et ne chantait plus aussi bien qu'au- 
trefois. Le roi, prévenu des motifs qui indisposaient 
le prélat, répondit : « Dites qu'il chante bien, mais 
qu'il parle mal. » 

* 

¥ ¥ 

LE TESTAMENT DE MADEMOISELLE DUPUY. 

Mademoiselle Dupuy était une célèbre joueuse de 
harpe. Entre autres clauses originales de son testa- 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 158 

ment, il y a celle-ci : « Je demande qu*à mon enter- 
rement il n'y ait ni bossus, ni boiteux, ni borgnes. » 

Elle ordonne que sa maison ne soit louée, pen- 
dant vingt ans, qu'à des personnes qui feront preuve 
de noblesse ; elle donne une place pour faire un 
jardin, à condition qa'on n'y fera point planter 
d'arbre nain. 

Une rente est léguée à ses chats. Quant à sa 
harpe, qui lui avait fait gagner tant d'argent, elle la 
laissa à un aveugle des Quinze-Vingts, ayant en- 
tendu dire qu'il jouait admirablement de cet instru- 
ment. ^Mercure galant, 1677.) 



* 

* ¥ 



LULLY. 



Jean-Baptiste Lully avait douze ans quand il fut 
amené en France par le chevalier de Guise, qui le 
donna à mademoiselle de Montpensier. 

En quittant Tltalie, Lully n'avait probablement 
jamais été au théâtre. Sa naissance, à Florence ou 
aux environs, n'a jamais été bien éclaircie; mais il 
y a heu de présumer qu'elle n'était pas ïissez dis- 
tinguée pour nous faire supposer que les parents 
de ce musicien en herbe fussent des habitués du 
théâtre de Florence ; ils ne l'auraient pas donné 
au chevalier de Guise pour en faire un gâte-sauce 



9. 



154 MUSICIANA. 

en France, ce qui, surtout à cette époque, ne s'har- 
monise pas trop avec le titre de gentilhomme ou 
fils de bonne maison que M. Fétis accorde à LuUy. 
On peut conclure de là que ce musicien n*a pu en 
aucune façon, comme certains auteurs le préten- 
dent, nous apporter dans ses opéras le style italien ^ 
que lui-même ne connaissait pas. 

Les premiers opéras que Lully entendit furent 
les essais de Cambert à Paris (1). 

Quoi qu'il en soit, arrivé en France, et au service 
de mademoiselle de Montpensier, Lully fut d'abord 
relégué aux cuisines où il raclait tant bien que 

mal des carottes, et du violon dans ses moments 

perdus. Son violon le fit monter au grade de page. 
Il entendit un jour la princesse de Montpensier, se 
promenant dans le parc de Versailles, dire à sa 
compagnie : « Voilà un piédestal vide sur lequel on 
aurait dû mettre une statue. » 

La princesse ayant continué son chemin, Lully 
se déshabilla entièrement, monta sur le piédestal, 
et attendit le retour de'sa maîtresse. Surprise, n'en 
pouvant croire ses yeux, elle avança jusqu'au pied 
de la statue... et ce fui le commencement de la for- 
tune de Lully. 

Louis XIV^ comme témoignage de son contente- 
ment de Topera d'/sis, fit rendre un arrêt du Con- 
seil, par lequel il est permis à un homme de condi- 

(i) Il n'a certainement pas 'entendu la Finta Pazza en 1645, 
mais peut-être VOrfeo de Monteverde ou de Rossi, et à coup 
sûr le Xerxès de Cavalli en 1660^ puisqu'il y a mis des 9irs 49 
ballet. 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 156 

tien de chanter à l'Opéra sans déroger. Cet arrêt fut 
enregistré au Parlement de Paris (1). 

< Lalouette, compositeur de musique, avait été 
secrétaire de LuUy, et il l'avait été avec beaucoup 
de distinctions et d'agréments, que son intelligence 
et son habileté lui avaient attirés ; mais Lully crut 
s'apercevoir que son secrétaire faisait un peu trop 
du maître, et il était homme à ne pias s'accommoder 
de ces manières. Il revint à Lully que Lalouette 
s'était vanté d'avoir composé les meilleurs mor- 
ceaux d'/sis, et il le congédia. Il le remplaça par 
Colasse (autre compositeur), qu'il garda jusqu'à sa 
mort, et dont il était si coûtent qu'il lui laissa^ par 
son testament, un logement et cent pistoles de pen- 
sion. Mais Colasse ayant quitté les enfants de Lully, 
auxquels leur père avait prétendu l'attacher, ils 
plaidèrent ensemble, et Colasse perdit sa pension 
et son logement. 

« Cependant il ne perdit pas quantité d'airs de vio- 
lon de Lully, qu'il avait gardés, et dont il a su faire 
un bon usage dans les Quatre Saisons et ailleurs. 
Il ne l'a pas caché. Souvent Lully faisait un jour un 
air de violon; le lendemain il en faisait un second 



(1) Ce fait, avancé par divers auteurs, est à rectifler, car on lit 
dans le Privilège accordé en 1669 à Perrin, par Louis XIV : « VoU" 
Ions et nous plait, que tous gentilshommes, damoiselles et autres 
personnes puissent chanter audit opéra, sans que peur ce ils 
dérogent au titre de noblesse , ni à leurs privilèges, charges, 
droits et Immunités. » 

Dans le privilège accordé à Lully en 1672, cette clause se trouve 
reproduite mot à mot, mais elle n'est pas nouvelle, comme on voit. 



l&Q MUSIGIANA. 

sur fe môme .sujet; ce second lui revenait davan- 
tage. Il disait à Celasse : Brûlez Fautre^ et Celasse 
se dispensait quelquefois de lui obéir scrupuleuse- 
ment. 

c Lully faisait lui-môme toutes les parties de ses 
principaux chœurs, de ses duos, trios, quators im- 
portants. Hormis dans ces grands morceaux, dans 
ces pièces importantes, Lully ne faisait que le Des- 
sus et la Basse, et laissait faire par ses secrétaires 
la Haute- contre {\e contralto), la Taille (le ténor) et 
la Quinte (le baryton), c'est-à-dire les parties inter- 
médiaires. 

. « Ces parties intermédiaires s'appelaient des 
fiches. Cependant, lorsque c'étaient des chœurs par 
fugues, Lully en marquait toujours toutes les. en- 
trées. > (Bourdelot^ Histoire de la musique.) 

Ce musicien dressait lui-même les chanteurs et 
les chanteuses qui devaient se produire dans ses 
opéras. Il leur enseignait même à marcher sur le 
théâtre, à se donner la grâce du geste et de Fac- 
tion ; dans les répétitions il leur regardait sous le 
nez, la main haute sur les yeux, aQn d'aider sa vue 
courte, et d'examiner leur physionomie. 11 ne pas- 
sait aucune broderie ni aux chanteurs ni aux instru- 
mentistes de l'orchestre ; il a rompu plus d'un violon 
sur le dos de celui qui ne le conduisait pas à son 
gré. La répétition finie, Lully l'appelait, lui payait 
son violon au triple et l'emmenait diner avec lui. 

Avant de recevoir un violoniste nouveau à son 
orchestre, il lui faisait jouer la partie des Songes 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 157 

funestes (TA lys. En examinant cela de nos jours» 
on hausse les épaules, le dernier des violonistes 
jouerait cette partie à première vue sans hésiter. 

LuUy se mêlait de la danse presque autant que 
du reste. Il réformait les entrées, imaginait des pas 
d'expression et qui convinssent au sujet, et quand il 
en était besoin, il se mettait à danser devant ses 
danseurs, pour leur faire mieux comprendre ses 
idées. 

Lully aimait si passionnément sa propre musique, 
que, de son propre aveu, il aurait ttié un homme 
qui lui eût dit qu elle était mauvaise. II Fit jouer 
pour lui seul un de ses opéras que le public n'avait 
pas goûté. 

Cette singularité fut rapportée au roi, qui jugea 
que, puisque Lully trouvait son opéra bon, il devait 
Têtre. IL le fît exécuter. La cour et la ville chan* 
gèrent de sentiment : cet opéra était Armide. 

A la convalescence de Louis XIV en 1686, les 
Te Deum retentirent de toutes parts ; Lully flt aussi 
le sien, pour être exécuté aux Feuillants de la rue 
Saint-Honoré. 

Il dirigeait la répétition et y battait la mesure; 
mais ce qui nous prouve la singulière manière dont 
cette mesure se battait, c'est que Lully, dans la 
chaleur et Temportement, se donna sur le bout du 
pied un coup de canne (1). 

(1) L'origine du bâton de mesure doit être ancienne ; voici ce 
qu'on lit dans la Science et la pratique du p lain^cbanty de Dom 
Le Clerc, 1678: «Les plus illustres églises de l'Orient et de l'Oo* 



158 MUSICIANA. 

Cette blessure, légère d'abord, finit par s'enveni- 
mer et coûta la vie à LuUy. Gravement malade, son 
confesseur exigea qu'il jetât au feu son dernier 
opéra. Cet auio-dafé eut lieu. Quelques instants 
après, le chevalier de Lorraine, venant voir le mo- 
ribond, lui dit : c Comment ! tu as été assez fou pour 
brûler ton opér^ ? — Paix, monseigneur, » lui dit 
Lully, et il lui souffla à Toreille : « J'en ai une 
copie, et bien plus belle encore. » 

Lully laissa six cent trente mille livres en or à 
ses héritiers* 

l'abbé pellegrin. 

L'abbé Pellegrin était assez pauvre, sa messe 
ne pouvait guère suffire qu'à le faire dîner. Il s'oc- 
cupait le reste de la journée à composer des pièces 
de théâtre pour avoir de quoi souper. Un poète peu 
connu, nommé Rémi, fit sur lui ces deux vers sou- 
vent répétés : 

Le malin catholique et le soir idolâtre, 

Il dînait de l'autel et soupait du théâtre. « 

Des occupations si peu convenables à son carac- 

cident ont établi un chantre d'office, et lui ont mis un bâton en 
main, pour marquar qu'elles ne Tout pas estimé moins nécessaire 
à la conduite du chant, qu'est le doyen ou l'abbé au gouvernement 
du chapitre ou du monastère. » 

Berlioz et Richard Wagi^er ont écrit des opuscules sur la ma- 
nière de diriger, mais ni l'un n) l'autre ne parlent de l'origine du 
bâton de mesure. 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 159 

tère de prêtre le firent interdire par le cardinal de 
Noailles. 

L'abbé Pellegrin avait composé un opéra inti- 
tulé Loth^ commençant ainsi : 

L*amour a vaincu Lolh. . . 

Comme tout le monde connaissait la détresse de 
Fauteur, et que d'ailleurs sa toilette la trahissait de 
reste, surtout sa culotte, un mauvais plaisant dit 
qu'il devrait bien en emprunter une à l'Amour. 

Ajoutons à réloge de Pellegrin qu'une grande 
partie de ce qu'il retirait de ses travaux passait à sa 
famille, pour laquelle il se refusait quelquefois le 
nécessaire. 

¥ ¥ 

RAMEAU. 

{Mémoires de Bachaumont, 12 septembre 1764.) 

« Rameau^ sans contredit, un des plus célèbres 
musiciens de l'Europe, et le père de l'école française, 
est mort aujourd'hui d'une fièvre putride, accom- 
pagnée de scorbut. Il avait 83 ans. 

c Le roi lui avait accordé des lettres de noblesse 
pour le mettre en état d'être reçu chevalier de 
Saint-Michel; mais il était si avare, qu'il n'avait 
pas voulu les faire enregistrer, et se constituer en 
une dépense qui lui tenait plus à cœur que la no- 
blesse. 



160 MUSICIANA. 

e II est mort avec fermeté. Différents prêtres 
n'ayant rien pu en tirer, M . le curé de Saînt-Eus- 
tache s'y est présenté, a péroré longtemps, au point 
que le malade, ennuyé, s'est écrié avec fureur: Que 
diable venez-vous me chanter 7à, monsieur le curé? 
vous avez la voix fausse! » 

« Tous les amis de M. Rameau le sollicitaient 
depuis longtemps de travailler à un opéra, il s'en 
excusait sur le défaut de paroles. L'abbé Pellegrin 
lui fut indiqué ; il l'alla voir, lui déclarant le motif 
de sa visite. Mais l'abbé^ qui vivait de ses ouvrages, 
et qui ne connaissait pas M. Rameau, exigea une 
reconnaissance de cinq cents francs, pour prévenir 
le mauvais succès. Le marché conclu, l'abbé Pelle- 
grin donna les paroles d'HippoIyte et Aricie. 

« Quelque temps après, M. Rameau fit exécu- 
ter un acte chez M. de la Popelinière (un Mécène 
d'alors). 

c Au milieu de la répétition, le poète, qu'on y avait 
invité, se lève avec transport, court à M. Rameau 
et lui dit : Monsieur, quand on fait de la musique 
de cette beauté , on n'a pas besoin de caution. Aus- 
sitôt il prend le billet et le déchire devant tout le 
monde. » {Mercure de France.) 

¥ ¥ 

LE GRAND FRÉDÉRIC. 

Une chanteuse italienne que le roi de Prusse 
Frédéric II aimait beaucoup, mécontente de san 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 16t 

directeur, prit la fuite. Frédéric fit courir après 
elle; on la joignit sur les frontières du Tyrol; des 
hussards la ramenèrent à Potsdam. 

On la conduisit dans la chambre du roi, qui lui 
dit : « Madame, pourquoi vous êtes-vous enfuie ? » 

La pauvre femme, à demi-morte de frayeur, ne 
put trouver la parole pour répondre et se jeta aux 
pieds du roi. 

— Ne craignez rien, lui dit Frédéric, je vou- 
lais seulement vous dire adieu ; maintenant vous 
pouvez aller où bon vous semble. 

Il a peut-être dit : Vous pouvez aller au diable ! 






Le compositeur allemand Benda venait de ter- 
miner un air pour son Roméo et Juliette, il était 
deux heures du matin. Tout ravi de la réussite de 
son morceau, il prit son piano sous le bras (on avait 
alors des pianos portatifs) et courut chez Gotter, 
l'auteur des paroles, le réveilla en s'écriant : « Voici 
mon air, je vais vous le chanter. » Il posa- son 
piano sur la table, exécuta son morceau, puis ren- 
tra chez lui, avec son instrument sous le bras. 

Cette anecdote m'en rappelle une presque pareille 
d'Auber, je yourrais dire plusieurs pareilles, car 
madame Cinti-Damoreau m'a conté bien des fois 
qu'Auber, après un air terminé pour elle, accourait 
chez elle au milieu de la nuit, et la faisait réveiller 
pour le lui faire entendre. 



162 MUSICIANA. 






Le duc Guillaume-Maurice de Saxe-Merseboupg, 
qui vivait dans la première moitié du siècle dernier, 
avait une telle passion pour la contre-basse, que 
dans son château de Mersebourg une grande salle 
était entièrement garnie de ces instruments. Une 
contre-basse monstre trônait au milieu, et pour la 
jouer il fallait monter sur une échelle assez haute. 
Beaucoup d'étrangers visitaient ce duc, hospitalier 
et d'un commerce facile, mais chacun d'eux était 
obligé d'écouter un ou plusieurs morceaux de contre- 
basse, exécutés par le duc, et ne pouvait se dis- 
penser de lui témoigner son ravissement. A tous 
ses voyages, même à ses promenades, le duc était 
accompagné par une contre-basse, appelée la Favo- 
rite ; de temps en temps il s* arrêtait, en jouait un 
peu^ puis continuait son chemin. Il avait épousé une 
princesse aimable, charmante, mais il lui préféra 
sa contre-basse ! 






Lorsque Quantz (dont la méthode de flûte est 
encore consultée) mourut en 1777, il venait d'écrire 
le premier Allegro et l'Adagio de son 300* con- 
certo pour la flûte. 

Le roi Frédéric II se fit remettre le dernier ma- 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 168 

nuscrit de Quantz, remplit les quelques lacunes 
laissées dans Tadagio, et enfin y ajouta, de sa com- 
position, le dernier Allegro, écrit dans le style de 
Quantz. Le roi exécuta ce concerto avec sa musique 
de chambre ; TÂdagio de cette composition est sim- 
ple et très-touchant. A la fin de ce morceau, le 
royal virtuose dit à Benda, son maître de chapelle : 
€ On voit bien que Quantz a quitté ce monde dans 
d'excellents sentiments. » 






Le compositeur anglais Kelly, trouvant que son 
talent de musicien n'était pas récompensé au taux 
de son mérite, résolut de se faire marchand de 
vin. 

Ayant consulté là-dessus son ami Sheridan, ce- 
lui-ci lui répondit : « Je suis de votre avis, mais je 
vous conseille de mettre sur votre enseigne: Kelly ^ 
marchand de musique et compositeur de vins. » 






Que sont donc les petits prodiges artistiques 
d'aujourd'hui à côté de William Grotch, né à Nor- 
wich en 1775. 

Il avait deux ans, lorsqu'un soirune voisine delà 
famille vint leur jouer de l'orgue comme passe-temps. 



164 MUSIGIANA. 

L*«nfant, tenu dans le giron de sa mère, devint 
inquiet, et on ne sut comment le calmer. En vou- 
lant le porter dehors, et en passant devant Tinstru- 
ment, Tenfant étendit vers lui ses petits bras avec 
tant de véhémence, qu'on lui laissa toucher le cla- 
vier. Quel fut l'étonnement de l'assemblée quand 
on vit cet enfant jouer avec suite un grand frag- 
ment d'air que la voisine avait chanté en s'accom-» 
pagnant ! Ce prodige de deux ans fit accourir tous 
les curieux de Norwich ; car, non content de jouer 
les airs qu'il avait entendus, il y mêlait, aussi des 

choses de sa composition et le chroniqueur dit 

que c'était très-remarquable. 



A 
¥ 4 



MOZART. 

Comment Mozart composait-il ? 

Le mieux est de le laisser dire à Mozart lui- 
même. Voici comment il s'exprime dans une lettre : 

« Quand je me trouve bien disposé, de bonne 
humeur, comme en voyage dans une voiture, ou 
bien à la promenade après un bon repas, ou bien la 
nuit quand je ne puis dormir, c'est alors que les 
idées me viennent en foule et le mieux Celles qui 
me plaisent, je les retiens, et même je les fredonne, 
comme d'autres m'ont dit du moins. Quand je tiens 
cela, il me vient de ci de là des bribes dont on 
pourrait se servir et en faire un pâté, selon les exi- 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. <65 

gences du contre-point, de la sonorité des instru- 
ments, etc., etc. Cela m*échauffe l'âme et grandit 
toujours, quand aucun empêchement ne se met en 
travers; je développe la chose de plus en plus, et 
vraiment l'œuvre se termine complètement dans 
ma tète. 

< Quelque long que ce soit, d'un coup d'œil j'em- 
brasse le tout en esprit, comme on considère un 
beau tableau. C'est là un vrai régal. 

c Les combinaisons, la facture, tout cela passe 
comme un rêve bien senti, mais le meilleur est 
d'entendre 1& tout ensemble. Ce qui s'est fait de 
cette manière, je ne l'oublie pas aisément, et c'est 
peut-être le plus beau don que Dieu m'ait fait. 
' € Quand après cela je me mets à écrire, je n*ai 
qu'à prendre dans la poche du cerveau tout ce qui 
s'y est rassemblé, comme je viens de le dire. Par 
cela même aussi l'écriture s'accomplit vivement, et 
reproduit, sans changement aucun, ou au moins 
fort rare, tout ce qui s'était logé dans mon esprit. 
Voici pourquoi on peut me déranger tandis que 
j'écris, je puis même causer, surtout parler de 
jioules et d'oies, de Margierite, de Babette, et 
d'autres choses, j'écris toujours! » 

Les six quatuors dédiés à Haydn par Mozart en 
1785 furent d'abord méconnus, comme beaucoup 
d'autres de ses œuvres. D'Italie on les renvoya à 
l'éditeur allemand Artaria, en disant qu'il y avait 
tant de fautes de gravure qu'on n'y pouvait rien 
comprendre. On traitait de fautes de gravure les 



<66 MUSICIANA. 

nouvelles richesses d'harmonie et les hardiesses du 
compositeur. 

En Hongrie, le prince Grassalkowitch fit exé- 
cuter ces quatuors par sa chapelle et s'écria à tout 
instant : « Mais, messieurs, vous jouez faux ! » 

On lui soumit la musique, et le prince, tout hors 
de lui, en voyant que ce qu'il appelait des absur- 
dités existait réellement, déchira la musique en 
mille morceaux. 



L'ouverture de Don Juan. 

Deux jours avant la représentation, Mozart n'avait 
pas encore livré son ouverture ; la répétition géné- 
rale eut lieu, toujours sans ouverture. Enfin, on 
insista, et Mozart promit de la faire en rentrant. 
Les amis de Mozart furent désagréablement surpris^, 
croyant le maître à l'ouvrage, de le voir laprés- 
dînée se promener en voiture ; il avait Tair de s'amu- 
ser de leur inquiétude. 

Enfin, la veille de la représentation, il rentra av^c 
une forte dose de vin et de punch, pour se mettre 
au travail. Il était minuit. La fatigue Tempécha 
d'écrire, il dut se coucher, en recommandant à sa 
femme de réveiller une heure plus tard. Quand la 
pauvre veilleuse vint pour s'acquitter de la recom- 
mandation, elle trouva que son mari dormait si 
bien qu'elle hésita... tant et si longtemps qu'il était 
deux heures quand elle le tira de son sommeil. 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 167 

Mozart se mit à écrire, sa femme lui fit du punch, 
tout en lui narrant des contes de Barbe-Bleue et 
autres enfantillages ; le compositeur riait aux larmes, 
mais il écrivait toujours. De temps en temps pour- 
tant sa tète retombait sur le manuscrit et il se 
redressait en sursaut. 

En quelques heures il termina l'étonnant chef- 
d'œuvre. 

A sept heures du matin les copistes vinrent cher- 
cher l'ouverture, et copièrent jusqu'à l'heure de la 
représentation; les parties furent mises, encore 
humides, sur les pupitres.. On pouvait oser cela 
avec le vaillant orchestre de Prague : l'ouverture 
fut exécutée à première vue, et quelle exécution ! 
les applaudissements ne pouvaient tarir. 

Rochlitz raconte qu'un soir, se trouvant avec 
Mozart chez Doles, un musicien de l'église Saint- 
Thomas à Leipzig, très-aimé de Mozart, et le 
maître' devant partir le lendemain pour Dresde, 
Doles lui demanda quelques lignes de souvenir. 
Mozart se moqua d'abord de ce qu'il appelait de la 
sensiblerie^ puis demanda un chiffon de papier; 
on lui donna une feuille qu'il déchira en deux, écri- 
vit pendant cinq ou six minutes, puis remit un des 
manuscrits à Doles et l'autre à son fils. 

La première feuille contenait un canon à trois 
voix, avec ce texte : Adieu, nous nous reverrons. 
On déchiffra le morceau, qui fut trouvé admirable 
et plein de mélancolie. On lut après cela le second 
manuscrit, c'était également un canon à trois voix 



f6d MUSIGIANA. 

avec ce texte : Ne pleurnichez donc pas comme de 
vieilles femmes; on rit à se tordre, tellement il y 
avait de verve comique. On s'aperçut alors seule- 
ment que les deux canons pouvaient se chanter en 
même temps, et formaient un tout à six parties. On 
recommença, Teffet en fut inexprimable, et comme 
on ne tarissait pas en éloges, en étonnement sur 
cette prodigieuse facilité, Mozart prit son chapeau, 
se sauva en leur criant : Adieu, mes enfants ! 



LE REQUIEM. 

L'histoire du Requiem de Mozart^ sur lequel on 
a tant écrit, surtout dans le journal allemand La 
Cécili^ (Voy.^ vol. XXIII et les précédents), peut se 
résumer ainsi : Le comte Wallsegg avait fait deman- 
der ce Requiem à Mozart par son intendant Leutgeb 
de Schotwien, avec Tarrière-pensée de se l'attri- 
buer. Les choses se passèrent ainsi, et à l'enterre- 
ment de la femme du comte, le Requiem fut exécuté 
comme une composition de Wallsegg. Mozart, qui 
probablement se doutait de cela, s'était servi de 
quelques morceaux composés durant sa jeunesse 
et il n'écrivit comme œuvre nouvelle que l'introduc- 
tion. Le Requiem et le Kyrie sont du nombre des 
morceaux rhabillés à neuf, et faits en 1784. Le n** 2, 
Dies iraBy n'était qu'esquissé par Mozart et a été 
achevé par Sûssmayer. Il n'existait que les dix-huit 
premières mesures du n<> 3, Tuba mirum , Sûss- 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 469 

mayèr Ta complété. Ce dernier a écrit le Rex, — 
Recordare — Confutatis, 

Du Lacrymosa il n'existait de Mozart que huit 
mesures. A partir de là tout le reste de Touvrage 
est de Sùssmayer ; mais Toeuvre entière a été pu- 
bliée sous le nom de Mozart. 

Qu'est devenu l'exemplaire du comte de Wall- 
segg? On Ta bien cherché, mais sans le trouver. Si 
jamais on met la main dessus, ce qui n'est pas pro- 
bable, alors seulement on aura le véritable Re-- 
quiem de Mozart. 

La façon romanesque dont ce Requiem fut com- 
mandé est racontée par F. Rochlitz dans la Gazette 
musicale allemande (1798-1799) c'est-à-dire sept 
ans après la mort de Mozart. 

L'illustre maître répéta à différentes reprises que 
c'est pour lui qu'il écrivait cette œuvre funèbre; il 
était en effet déjà bien malade alors^ et ses forces le 
trahissaient parfois . 

Voici le tableau final, tracé par M. Fétis: « Sùss- 
mayer était debout près du lit de son maître; il 
soutenait de ses mains la partition du Requiem en- 
Ir'ouverle. Après en avoir regardé et feuilleté toutes 
les pages avec des yeux humides, Mozart donna à 
voix basse ses instructions à son élève pour termi- 
ner l'œuvre. » 

Un peintre devrait reproduire cela sur une toile, 
quoique les personnages ne semblent pas fidèle- 
ment indiqués par M. Fétis. Il se trouve, en effets 
dans Touvrage du chevalier de Nissen, une note 

10 



170 MUSICIANA. 

d'après laquelle le compositeur Bénédict Schack, lié 
intimement avec Mozart, raconte qu'à mesure que 
le maître avait achevé un morceau du Requiem, il 
en écrivait les parties de chant, puis on Texécutait 
au piano. Il en arriva ainsi la veille de la mort de 
Mozart; il se fit apporter sa partition. Schack chan- 
tait le soprano, Mozart Y alto ^ Hofer le ténor et 
Gerle la basse. Aux premières mesures du Lacry^ 
mosay Mozart se mit à verser d'abondantes larmes ; 
on ôta la partition : onze heures après il expirait. 
Nous allons donner un fragment de la lettre que 
M. Sûssmayer, maître de chapelle à Vienne, écrivit 
à MM. Breitkopf et Hàrtel, éditeurs à Leipzick : 

c 8 septembre 1800. 

« La veuve de Mozart pouvait bien prévoir que 
les ouvrages de son mari seraient recherchés. La 
mort rayant surpris au milieu de ce travail (le /îe- 
quiem)^ on s'adressa à différents compositeurs pour 
y mettre la dernière main. Les uns s'excusèrent, 
sous prétexte d'affaires, d'autres convenaient fran- 
chement qu'ils n'oseraient compromettre leur talent 
avec le génie de Mozart. 

« On s'adressa enfin à moi, parce qu'on savait que 
j'avais exécuté et chanté avec Mozart plusieurs 
morceaux de cette composition ; qu'il s'en était 
souvent entretenu avec moi, et m'avait communi- 
qué ses idées sur la partie de l'instrumentation qui 
était encore à faire. Je désire que les connaisseurs 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 171 

retrouvent dans mon travail les traces des pré- 
cieuses leçons de Mozart. 

« Les morceaux que Mozart avait à peu près ter- 
minés sont le Requiem seternam, le Kyrie y le Dies 
irœ et le Domine Jesu'^Christe, Les quatre parties 
chantantes et la basse fondamentale de ces quatre 
morceaux sont entièrement de la main de Mozart ; 
mais la partie de Tinstrumentation n'était qu'indi- 
quée par-ci par-là. Le dernier vers du Dies irœ 
qu'il a composé est : Quâ resurget ex favilla. A 
partir de la strophe Judicandus homo reus, etc., le 
reste du Dies irse^ le SanctuSy le Benedictus et 
VAffnus Dei sont entièrement de ma composition ; 
pour donner plus d'uniformité à l'ouvrage, je me 
suis seulement permis de répéter la fugue du Kyrie 
à la strophe Cum sanctiSy etc. {Gazette de Leipzig , 
4* année, 1*' numéro.) 

On a reproché à Mozart de s'être trop bien sou- 
venu d'un thème de fugue de Hsendel, dans le Kyrie 
de son Requiem ; peut-être l'a-t-il fait avec inten- 
tion. Il faut plutôt regarder cela comme une ren- 
contre; d'ailleurs chez Mozart le thème est en 
mineur y tandis qu'il est en majeur chez Haendel. 
Les développements s'écartent complètement l'un 
de l'autre, comme on doit s'y attendre. Nous allons 
transcrire, au reste, le début de cette fugue, tel que 
ces deux maîtres l'ont écrit : 



172 



MUSIGIANA. 



JOSEPH. Oratorio de BAENDEl 





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Wewill re- joice— 



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ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 



178 



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10. 



174 



MUSIGIANA. 



Quant au second rapprochement, celui du pas- 
sage de basson avec une antienne de Haendel, cela 
n*est pas bien frappant ; puis Haendel à son tour a pu 
connaître la Pavane dont nous reproduisons le 
commencement (page 175). 



ANTIEM 

Por the fbiMral of qaen 



BàBMEL; 



émOROSAU. 



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The wajS of Zioti do 





ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 



175 



INTRODUCTION du REQUIEM tfe MOZART. 

Baesofl. ^--^ " *Vi 

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PAVANS publiée «ol695 dans l'ORCHÉSOGlAAPBiB. 



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Bel . le qui tiens ind vi. 



On lit dans une des lettres de Mozart : 



« On a publié des quatuors d'un certain PleyeL, 
qui est un élève de Joseph Haydn. Si vous ne les 
avez pas encore, tâchez de vous les procurer, cela 
en vaut la peine. Ils sont Irès-bien écrits et très- 
agréables; vous reconnaîtrez aussitôt son maître. 
Quel bonheur pour la musique, si Pleyel pouvait 
nous renxplacep Haydn! » 

L'album de Thalberg renfermait l'autographe 
suivant : 



176 



MUSICIANA. 



ALLEGRO de MOZART.(è fV de 5 aos.) 



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ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 177 

GLUCK. 

« C'est le bailli du Rollet, qui a amené de 
Vienne en France le chevalier Gluck, et qui a fait la 
coupe de la tragédie de Racine d'une manière propre 
à être mise en musique. On commence à suivre les 
répétitions de cet opéra à'Iphigénie avec une fureur, 
présage de celle qu'on aura à courir aux représen- 
tations. Cet étranger, au surplus, est enchanté de 
nos acteurs, et surtout de notre orchestre, qui exé- 
cute son ouvrage avec la plus grande précision. 

« Le sieur Gluck est un Allemand, élève de Técole 
de Naples, d'où sont sortis les grands musiciens de 
l'Italie, les Pergolèse, les Orlandini. Il débuta à 
Rome, il y a environ dix-huit ans, par deux opéras 
Irès-accueillis du peuple de cette ville, dont Toreille 
superbe est réputée la plus délicate, la plus fine de 
ces contrées. On adopte sans examen sur les autres 
théâtres toute musique honorée des suffrages de 
cette nation. 

. « Le sieur Gluck a passé depuis à Vienne, d'où il 
a arrive. (Mémoires de Bachaumont,2i mars 1774.) 

¥ ¥ 

VIOTTI. 

Marie-Antoinette, l'élève de Gluck, fit inviter le 
célèbre Viotti à se faire entendre à Versailles. Le 
jour convenu arrivé, toute la cour^st présente, ou 
à peu près. Viotti commence, on l'écoute avec un 



178 MUSIGIANA. 

silence religieux quand tout à coup la voix 

glapissante d'un huissier se met à crier : « Place 
pour M. le comte d'Artois ! » A cette interruption on 
se lève, on se dérange, on salue, on se donne 
même des poignées de mains. Enfin, après dix 
minutes d'interruption, le calme se rétablit, M. le 
comte d'Artois est arrivé à sa place et s'apprête à 
écouter comme un simple mortel Malheureuse- 
ment, Viotti, outré de cette scène blessante pour lui, 
avait mis son violon sous son bras durant le tinta- 
marre, et avait disparu. C'est à partir de cette épo- 
que qu'il résolut de ne plus jouer en public. 

Les choses se sont encore passées de même, 
absolument de même, il y a quelques années. 
C'était aux Tuileries, dans la salle des Maréchaux. 
L'empereur Napoléon III donnait une fête à l'occa- 
sion du Congrès de la Paix. Entre autres morceaux 
du programme, il y avait : Tout est bien qui unit 
bien, petit opéra de salon, qui était joué se soir-là 
par madame Gaveaux-Sabatier et M. Jules Lefort. 

On en était à peu près au milieu de la pièce, 
l'impératrice présente, et une salle brillamment 
garnie ; je dirigeais mon petit ouvrage. En ce mo- 
ment pathétique où Jules Lefort, je le vois encore, 
était à genoux à côté de son panier renfermant un 
lapin, et lui adressant un monologue des plus tou- 
chants en langage normand, on annonce : L'Empe- 
reur ! Tout le monde se lève, et durant un bon 
quart d'heure, ^nême scène que celle du comte 
d'Artois. Je ne pouvais pas faire comme Viotti et 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 179 

m'en aller, quoique j'en eusse bien envie. Durant ce 
temps le lapin, beaucoup moins patient que le com- 
positeur, s'était livré à des incongruités qui ont pro- 
duit une telle hilarité que tout le reste de la pièce 
fut à peine écoulé. 






L'anecdote suivante est-elle vraie? est-elle fausse? 
J'ai lu quelque part qu'un mardi gras, sous 
Louis XVIII, les bouchers et le bœuf gras venant sa- 
luer Leurs Majestés aux Tuileries, selon une antique 
coutume, le roi les complimenta avec beaucoup de 
grâce, du haut de son balcon. Les braves bouchers en 
étaient touchés jusqu'aux larmes ; le boeuf gras lui- 
même, comme aussi bien les sauvages, avaient les 
yeux humides. Les musiciens, tenant à ne pas rester 
les derniers dans cet attendrissement où le vin bleu 
jouait son rôle, se mirent à entonner : Où peut-on 
être mieux qu'au sein de sa famille ? Le chœur des 
bouchers, des sauvages, y mit les paroles, et la fête 
fut complète (1). 

¥ ¥ 
GRÉTRY, 

Le docteur Tronchin dit un jour à Grétry, qui le 
consultait sur sa santé : 

(1) Il y a dans les mémoires de Grétry une anecdote du même 
genre. Dans une ville de province des magistrats du Parlement 
Maupeou assistaient, en loge, à une pièce burlesque où on voyait 
un dindon poursuivant Arlequin. Arlequin se sauve dans la loge 
des magistrats ; le dindon l'y suit, et le parterre entonne : « Où 
peut-oh être mieux, etc. » 



180 MUSICIANA. 

— Comment faites- vous quand vous composez de 
la musique? 

— Mais, comme on fait des vers, un tableau ; je 
lis, je relis vingt fois les paroles que je veux pein- 
dre avec des sons; il me faut plusieurs jours pour 
échauffer ma tête; enfin, je perds Tappétit; mes 
yeux s'enflamment, l'imagination se monte : alors 
je fais un opéra en trois semaines ou en un mois. 

— E'.h bien ! laissez-là votre musique, ou vous ne 
guérirez jamais. 

— Je le sens; mais aimez-vous mieux que je 
meure d'ennui que de chagrin? 

GARAT. 

{Mémoires de Bacbaumont^ 31 octobre 1782.) 

« Un jeune Bordelais, nommé Garât, fils d'un 
avocjtt et neveu de Garât, homme de lettres (1), qui 
s'est établi à Paris, y est venu trouver son oncle. Il 
est doué de lorgane le plus beau et le plus merveil- 
leux, et s'est flatté en conséquence avec raison de 
se produire ici avec succès. 

« Sans savoir une note de musique (2), il contre- 
fait, à s'y tromper, toutes les voix des acteurs et des 

(1) L'oncle Garât était littéraleur, puis fut ministre de la justice 
aous la Convention et chargé, en cette qualité, de signifier à 
Louis XVI son arrêt de mort; membre de l'Inslitut et sénateur 
sous l'Empire. Garât le chanteur était ardent royaliste. 

(2) Garât n'a jamais été ce qu'on appelle un musicien, un /ec- 
teur. 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 181 

actrices, tous les instruments d'un orchestre, et â 
lui seul il exécute successivement un opéra entier. ' 
■ « Les premiers compositeurs de cette capitale, 
MM. Piccini:, Sacchini, Grétry, Philidor, ne pou- 
vaient croirie à ce prodige, et s'en sont convaincus 
par leurs propres oreilles. 

- « Ce talent unique l'a bientôt faufilé parmi les ac^ 
trices célèbres, les filles du grand ton de cette capi- 
tale, et c'est à qui l'aura. Il n'a que dix-huit ans; 
il n'est pas tnal de figure, et en outre, passe pour être 
doué d'une vigueur à toute épreuve auprès du sexe. 

« C'est atijourd'hui madame Dugazon qui s'en est 
emparée. Ceux qui s'intéressent à lui sont fâchés 
qu'il s'énerve de la sorte. Quoi qu'il en soit, avant 
Cpi'il ait perdu sa voix et son talent, ce qui ne man- 
quera pas de lui arriver bientôt, on voudrait le faire 
paraître à la cour, et il est grandement question 
•d'engager la reine à l'entendre. » 

Garât fut envoyé par son père à Paris, pour y 
faire son droit, afin d'embrasser la carrière pater- 
nelle. Sa mère, qui chantait bien, lui avait dès son 
enfance inculqué un certain goût pour le chant; 
puis le directeur du théâtre de Bordeaux, François 
Beck, s'en était également occupé à ce point de vue. 
O^ qui avait surtout enflammé le jeune Garât pour 
la musique était une représentation à Bordeaux de 
y Orphée de Gluck (1) ; il se plaisait à raconter sou- 

(1) Garat a toujours chanté avec une prédilection marquée la 
musique de Gluck. . . ^ 

11 



y^t MUSIGIÂNA. 

vent rimpression qae cette musicjue noble et pleine 
de génie avait produite sur lui. 

Mais, revenons aux Mémoires de Bachaumont; 
à la date du 13 janvier 1783, on y lit : 

« Ce qu'on avait prévu est arrivé : la reine a 
voulu entendre M. Garât. Hier, un carrosse à six 
chevaux est venu le prendre chez lui^ d'après l'in- 
vitation qu'il en avait reçue ; et après s'être relayé 
à Sèvres, il est arrivé à Versailles, et est descendu 
chez madame la duchesse de Polignac. Il a trouvé 
dans l'antichambre toute la musique prête à rece- 
voir les ordres de Sa Majesté. M. Garât, au con- 
traire, a été introduit sur-le-champ. 

« La reine était déjà arrivée, et l'attendait avec le 
comte d*Ârtois et une foule de seigneurs et de dames . 
Il ne prévoyait pas ce spectacle, et la pompe de 
la majesté Ta frappé au point de l'interdire et de 
suspendre ses facultés. La reine et M. le comte. 
d'Artois, qui se sont aperçus de son embarras, l'ont ' 
rassuré par un accueil rempli de bonté; ils l'ont 
encouragé. Il s'est remis; il a eu l'honneur d'ac- 
compagner la reine et son auguste frère ; il a chanté 
seul, il a contrefait les différentes voix de l'Opéra, 
surtout de Le Gros, et il a eu le bonheur de plaire 
et de ne point tromper la haute idée qu'on avait 
donnée à Sa Majesté de son talent naturel. 

« Durant la séance, M. Garât, ou enthousiasmé, ou 
tremblant du rôle qu'il jouait, et surtout de la bouf- 
fonnerie à laquelle il venait de se livrer, s'est écrié 
comme involontairement : Ah! si mon père me 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 483 

voysiit ici^ qu'est-ce qu'il dirait ? Le maréchal de 
Duras lui a répondu : Monsieur, on fera en sorte 
qu'il n'ait pas lieu de s'en repentir. 

« Du reste, M. de Vaudreuil avait apporté toute 
sorte de délicatesses dans son invitation, jusqu^à lui 
écrire que la reine l'autorisait à choisir le jour et 
l'heure qui lui convenaient ! » 

Le père de Garât n'ambitionnait pas ce genre de 
succès pour son fils ; quand il apprit que le droit 
avait été mis de côté par le futur avocat, il lui sup- 
prima sa pension. 

La réception flatteuse que le Jeune chanteur avait 
eue à la cour ne changea en aucune fagon Tavis du 
père, qui répondit à cette nouvelle par la lettre sui- 
vante : Je n'ignorais pas, mon Sis, que dans Rome 
dégénérée, des baladins et des histrions avaient 
été les favoris des empereurs. 

Garât le fils était fort embarrassé, quand le comte 
de Vaudreuil le fît heureusement nommer secré- 
taire du comte d'Artois ; Tannée suivante il obtint 
de la reine uïle pension de six mille livres. 

Lors de la fondation du Conservatoire de musique, 
Garât y fut attaché comme professeur de chant. Il 
est assez curieux de voir comment il enseignait à sa 
classe ; nous emprunterons ce détail à M. Miel, qui 
a écrit une notice sur ce chanteur : 

« Lorsque Garât voulait régler un air pour un 
élève, il ne jetait jamais les yeux sur la musique, 
ne la lisant que difficilement. Il faisait chanter le 
morceau par son disciple, qu'il écoutait avec une 



Î84 MUSIGIANA. 

attention profonde ; il le faisait redire une secondé 
fois, sans y placer la moindre observation, mais en 
redoublant, pour ainsi dire, de surveillance ; puis, 
imposant silence du geste, il parlait tout à coup, la 
figure animée, Tœil étincelant, et chantait le mor- 
ceau à sa manière avec la verve la plus véhémente 
et la chaleur la plus expansive, en corrigeant les 
fautes de prosodie, en accentuant le style, en im- 
provisant les traits les plus convenables, les points 
d'orgue les plus hardis et les plus élégants, enfin 
en donnant la vie à cet air dont on venait de lui 
faire entendre la lettre morte. » 

Parmi les élèves de Garât il faut citer Nourrit^ 
Dérivis, Ponchard, Levasseur, mesdames Branchu, 
Saint- Aubin, Boulanger, etc. 

BEETHOVEN. 

Seyfried était très- lié avec Beethoven, surtout à 
l'époque où le maître produisit pour la première fois 
ses symphonies et Fidelio, dans ces concerts à bé^ 
néfice dont Seyfried dirigea les répétitions et les 
exécutions, d'après les indications de Beethoven. 
Ce qui préoccupait le plus Seyfried, comme il le 
raconte, c'était d'être invité par Beethoven à lui 
tourner les pages quand il jouait un concerto avec 
orchestre. « Tourner où et quand? Dieu du ciel! 
s'écrie^Seyfried. C'étaient des pages blanches ; par- 
ci par-là quelques indications illisibles, que Beet- 
hoven seul comprenait, car il jouait par cœur ; je 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. *8& 

ne pouvais tourner que sur un clignement d'œil du 
maître, que ma préoccupation amusait beaucoup. » 

On ne s'étonnera pas qu'un génie de cette taille 
connût peu les choses de la vie, et encore moins 
les nouveautés de la mode. 

Il ignorait par exemple celle des jabots, très en 
usage alors. 

Une amie lui fit faire des devants de chemises à 
jabots, afin qu'il parût convenablement mis devant 
ses élèves. En apercevant cet ornement, il dit : 
« A quoi bon cela ?... Ah ! oui, je devine, c'est pour 
tenir chaud; » et il renfonça les jabots sous sa 
veste. 

Zelter, dans sa correspondance avec Gœthe, ra- 
conte le trait suivant de Beethoven, qui se trouvait 
alors à Vienne : le grand artiste entre un jour dans 
un restaurant, s*attable, et finit bientôt par s'oublier 
dans ses rêveries. Une heure se passe ainsi, puis 
tout à coup, Beethoven appelle le garçon : « Que 
dois-je ? — Mais. . . monsieur, vous n'avez encore rien 
mangé, que dois-je vous servir? — Apporte -moi ce 
que tu voudras, et qu'on me tonde le moins pos- 
sible. » 



LA MAISON DE BEETHOVEN A BONN. 

. Bonn est une jolie ville sur les bords du Rhin. 
Ce fleuve offre un tableau splendide au spectateur 
placé sur l'esplanade {Zollhœhë), à l'une des extré- 



186 MUSIGIANA. 

miles du Hofgarten^ le parc du château. L'œil s'étend 
à perte de vue sur les Siebengebirgey immense 
paysage dont le premier plan est le Rhin ; puis des 
coteaux, des vallons^ des montagnes, un ensemble 
merveilleux, enfin ! 

Peut-être est-ce là que Beethoven (né à Bonn) a 
rêvé ses plus belles symphonies, ses œuvres les plus 
grandioses ; car on sait qu'entre la conception et 
Téclosion des créations de Tintelligence il se passe 
souvent des années. 

Beethoven a habité Bonn jusqu'à l'âge de vingt- 
trois ans, c'est-à-dire qu'il y a vécu ces heureuses 
années où l'imagination, dans toute sa vivacité, 
dans toute sa naïveté, nous montre à travers ce 
prisme magique, qui est la poésie elle-même, les 
objets dont les formes ne seront nettement tracées 
dans notre esprit que beaucoup plus tard, mais dont 
Tèmpreinte, prise dès lors, reste ineffaçable. 

A Bonn (et il en est de même dans beaucoup 
d'autres villes de l'Allemagne) le numérotage des 
maisons ne recommence pas à chaque rue. Les nu- 
méros partent d'un point convenu et continuent jus- 
qu'à épuisement. Ainsi la Rheingasse (rue du Rhin), 
où se trouve la maison natale de Beethoven, offre 
d'abord à Tune de ses extrémités le numéro 883 ; 
de l'autre côté, elle commence par une maison 
d'assez belle apparence sans numéro, mais la mai- 
son suivante porte le numéro 943. La Rheingasse 
est étroite et tortueuse : sa quatrième maison, avant 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. Ifl? 

d'arriver au Rhin (numéro 984), a une façade en 
briques ; elle est à Irois étages. 



W^iion *v ^eeVtjovtt^tSt n^ 



188 MUSIGIANA. 

. Sur un long tableau, accroché à la hauteur du 
premier élage, on lit.: Gewirthschaft von J<)b. Jos. 
Stepbani,.. C'est, en effet, une auberge ou restau- 
rant de troisième ordre. On a quelque peine à dé- 
couvrir, auprès de cette enseigne, une pelite plaque 
en marbre sur laquelle sont gravés ces mots : Ici 
EST NÉ Beethoven. 

Il n'y a de cela qu'un siècle, Beethoven étant 
venu au monde le 17 décembre 1770, et pourtant 
ce n'est déjà plus la maison d'alors. La façade a été 
entièrement reconstruite depuis peu d'années ; mais 
l'arrière-maison, et son aménagement intérieur ont 
été respectés, y compris l'escalier de bois condui- 
sant au premier étage où se trouve la chambre dans 
laquelle est réellement né Beethoven. Cette petite 
pièce est aujourd'hui en assez mauvais état : blan- 
chie à la chaux, elle reçoit le jour par une fenêtre 
carrée, sorte de châssis à petits vitraux, dont la 
partie inférieure ne peut être ouverte ; la moitié su- 
périeure s'enlève tout d'une pièce à Taide de deux 
loquets. Cette fenêtre est du temps ; elle a, dans le 
coin de droite (en haut), un petit carreau grand 
comme la main, qui s'ouvre à charnière et sert à 
donner de l'air: il n'en fournit guère, hélas ! 

La chambre vénérable est actuellement habitée 
par la servante de la maison. Comme meubles, elle 
renferme un grabat et une espèce de caisse où la 
servante peut serrer ses bardes : à cela se borne la 
description mobilière. Une autre pièce, encore plus 
petite et lambrissée, communique avec la première 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 189 

OU la continue ; il n'y a jamais eu de porte entre leis 
deux. Cette arrière-pièce est un débarras : fouillis 
de paniers, de boîtes, de chiffons, etc. 
. La pauvreté de cette chambre, où règne le sou- 
venir d'une si grande gloire, jette dans Tâme une im- 
pression de trisiesse ; le besoin d'ak qu'on éprouve 
en la visitant y contribue pour une boîine part. On 
sait, d'ailleurs, que les parents de Beethoven 
étaient pauvres : son père faisait partie de la cha- 
pelle de l'électeur de Cologne en qualité de ténor (1)., 
Sur le même carré, et contiguë aux deux petites 
pièces dont on vient de parter, se trouve une cham- 
bre plus convenable, tapissée en vert : c'est là qu& 
Beethoven travaillait dans sa première jeunesse. 
Cette chambre, modestement, mais proprement 
meublée, est pour le moment habitée par un étu- 
diant ; elle forme donc un petit logement qui se loue, 
et, par suite de sa destination, change souvent d'oc- 
cupant. 

Les parents de Beethoven n'étaient eux-mêmes 
que les locataires de cette maison. Depuis lors, elle 
a été revendue plusieurs fois ; son propriétaire ac- 
tuel ne la possède que depuis quatre ans. 

Il né reste plus aucun meuble, aucun objet qui 
mi appartenu à la famille Beethoven ; c'est là un 
fait regrettable, car de ces objets on aurait pu créer 
un petit musée, ou plutôt un petit sanctuaire, que 

(1) Voir le» Notices biographiques sur Beethoven ^ par Wege- 
1er et RieSy truduclion par A. Lcgenîil, 1862. 

11. 



190 MUSICIANA. 

bien des admirateurs du grand homme seraient al- 
lés visiter. En l'absence de ces souvenirs intimes, 
on saura gré certainement à l'un de nos amis de 
nous avoir rapporté de Bonn le croquis du modeste 
toit sous lequel naquit et grandit ce puissant génie. 

Bien que contesté, ce fait est de tradition popu- 
laire à Bonn, et confirmé d'ailleurs par la plaque de 
marbre, sur laquelle la municipalité de cette ville a 
fait graver Tinscription : Ici est né Beethoven, Il 
est hors de doute que c'est bien là l'heureuse et 
modeste maison qui vit naître les premiers chefs- 
d'œuvre de ce génie grandiose, sublime. (Ecrit en 
1865.) ^ . 

CHARLES-MARIE DE WEBER. 

Après rimmense succès du Freyschatz^ le direc- 
teur du théâtre de Covent-Garden à Londres, com- 
manda à Weber un opéra. L'illustre compositeur 
écrivit à cette intention sa partition d'Obéron, à 
laquelle il travailla dix-huit mois. 

Il arriva à Londres le 6 mars 1826 ; son ouvrage 
fut représenté le 12 avril. 

Weber était déjà souffrant d'une affection de la 
poitrine, en quittant Dresde pour se rendre en An- 
gleterre. Sa santé s'altéra de jour en jour. Voici 
la lettre qu'il écrivit de Londres à sa femme, le 
30 mai, quelques jours avant sa mort : 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUKS. ^ I9i 

« Chère Lina, 

« Il faut que je m'excuse encore une fois sur ma 
brièveté et le décousu de ma lettre : j'ai tant à faire! 
Il m'en coûte aussi d'écrire, parce que ma main 
tremble... Et puis aussi, l'impatience de partir s'em- 
pare de moi. Tu ne recevras plus guère de lettres 
de moi, car apprends mon ordre cruel : Ne me ré-» 
ponds plus à Londres, mais bien à Francfort, poste 
pestante. Tu t'étonnes? Oui, oui, je ne passerai 
point par Paris ; que dois-je y faire? je ne puis ni, 
marcher, ni parler. Je bannirai le travail pendant 
une année entière. Ainsi, le chemin, le plus court 
vers mon chez moi : de Calais par Bruxelles, Co- 
logne, Coblentz, puis le Rhin, jusqu'à Francfort; 
quelle délicieuse navigation ! 

« Quoique obligé de voyager un peu lentement, et 
de me reposer de temps en temps une demi-journée, 
nous gagnerons toutefois au moins quinze jours, et 
j'espère me trouver dans tes bras à la fin de juin. 

« Si Dieu le permet, je partirai d'ici le 12 juin ; 
si seulement Dieu voulait me donner un peu plus 
de force... Enfin ! je suis sûr qu'une fois en voyage, 
tout ira. pour le mieux ; mais que je quitte ce climat ! 
Je vous.embrasse tendrement, mes bien-aimés ! 

« Votre père Charles, qui ne vit que pour vous. » 

Weber mourut trois jours après cette lettre, le 
5 juin 1826, sans avoir pu quitter Londres. 



192 ^ MUSIGIÂNA. 

Tout le monde sait que la Dernière pensée de 
Weber est une composition de Reissiger,; c'est le 
n° 5 d'un recueil de douze valses pour le piano, m- 
tiiulées : Danses brillantes , op^ 26. Reissiger était 
jeune alors, et ses valses probablement peu con- 
nues. C'est un éditeur de Londres, Wessel (d'ori^ 
gine allemande), demeurant alors à Hano ver-Square, 
qui eut l'idée de faire paraître la valse de Reissiger 
sous le nom de Weber, qui venait de mourir* Dans 
ces dernières années, Reissiger se plaignit encore 
à mon ami Barthe de cette substitution de nom d'au-, 
teur. 

Le journal le Gaulois a publié une anecdote sur: 
Weber, durant son séjour à Londres, anecdote peu 
probable, surtout avec la date de 1811, qui est à 
rectifier. Quoi qu'il en soit, la voici: 

Un jour que Weber se promenait en nombreuse 
compagnie sur les bords de la Tamise, la fantaisie 
lui prit de jouer un air de flûte. 

Survient un groupe déjeunes officiers qui sor- 
taient probablement de fort bien déjeuner. 

Weber s'arrête et, sans ostentation, remet l'ins- 
tï*ument dans sa poche. 

— Pourquoi ne jouez-vous pas ? lui demanda un 
des officiers, 

— Par la même raison qui m'a fait jouer, 

— Et laquelle ? 

— C'est que cela me plaît. 

— Eh bien ! si vous ne vous remettez à jouer, 
nous allons vous jeter à l'eau. 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 193; 

Les officiers étaient animés et faisaient sonner 

• ■■■(■■■ • , 

leur ferraille d'un air menaçant^ Il y avait des 
dames. W^ber crut sage de s'exçcuter de bonne 
grâce. Seulement, quand il eut fini, il glissa dans 
Toreille de son provocateur qu'il serait heureux de 
le rencontrer le lendemain dans Hyde-P^rk. 

L'officier fut exact au rendez- vous. Weber, qui 
l'y attendait, s'approcha de lui et, l'ajustant avec 
un pistolet : 

— Vous m'avez fait jouer de la flûte, hier ; eh 
bien ! dansez, maintenant. 

L'officier se fit un peu tirer Toreille ; mais, devant 
L'attitude résolue de son adversaire, il se mit à exé- 
cuter, de l'air le plus grave,, une gigue nationale . 

— Maintenant, monsieur, dit Weber, nous som- 
mes quittes, et je suis prêt à vous donner telle sa- 
tisfaction qu'il vous plaira. 

. — Ma foi non, répliqua le jeuiiè homme , vous 
êtes un garçon d'esprit, et j'aurais tort de vous en 
vouloir,.. Touchez là, je vous en prie. 

Depuis ce jour, Weber n'eut pas de plus fervent 
ami que son adversaire. 

(Gaulois.) 

RÉBEL ET FRANCŒUR. 

Ces deux compositeurs de musique, liés dès 
leur jeunesse, ont toujours travaillé en commun ; 
ils ont eu ensemble la direction de l'Opéra et la 
surintendance de la musique du roi. 



194 MUSIGIANÂ. 

Quels que fussent leurs siiccés au théâtre, on 
n'a jamais pu savoir, ni de l'un ni de l'autre, au- 
quel appartenait tel ou tel morceau dont le public 
faisait un cas particulier. 

En vain la marquise de Pompadour, leur protec- 
trice commune , les interrogea -t- elle chacun en 
particulier, et en leur promettant le secret, jamais 
elle ne put obtenir d'autre réponse que : iTest PoU'- 
vrage de tous les deux. 

Rébel, mort depuis dix ans, et Francœur ayant 
alors 87 ans, les amis de ce dernier, lorsqu'ils l'in- 
terrogeaient sur cet article, n'obtinrent jamais d'au- 
tre réponse que celle qui avait été faite à la mar- 
quise de Pompadour. 

DAQUIN. 

M. Fétis semble écrire à regret les quelques li- 
gnes flatteuses accordées à l'organiste Daquin , 
mort en 1772. Que n'a-t -il consulté Mercier dans 
son Tableau de Paris ! 

« Tout a changé au jour que j'écris (1781). On 
joue durant l'élévation des Ariettes et des Sara- 
bandes ; au Te Deum et aujc Vêpres y des Chasses, 
des Menuets y des Romances ^ des Rigaudons. Où 
est donc cet admirable. Daquin qui m'a ravi tant de 
fois! 

€ Il est mort en 1772, et l'orgue avec lui. 

« Son ombre semble pourtant voltiger quelque- 
f(>iç,sur la tête de Gouperin. 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 195 

c Daquin composa à l'âge de huit ans un motet 
à grand chœur et symphonie. On fut obligé de le 
mettre sur une table pour en battre ^a- mesure. 

« Organiste des chanoines réguliers de Saint- 
Antoine, Daquin, à une messe de minuit de Ncél, 
imita si parfaitement sur Torgue le chant du rossi- 
gnol, sans que le couplet dans lequel il le faisait 
entrer parût gène en rien de cette addition, que 
la surprise fut universelle. Le trésorier de la pa- 
roisse envoya le suisse et les bedeaux à la décou- 
verte dans les voûtes et sur le faîte de l'église : 
point de rossignol, c'était Daquin. 

« Quand Torgue de Saint-Antoine fut réparé et 
augmenté de Bombardes, on annonça dans les pa- 
piers publics la fête de Saint-Paul, nous y étions ; 
prodigieuse aflluence ! Tout était plein à ne pou- 
voir se ramuer, chœur, nef, bas-côtés, chapelles la- 
térales, chapelles éloignées, les deux sacristies, les 
galeries d'en haut, l'escalier de l'orgue, les pas- 
sages, le devant du portail. Les caresses tenaient 
toute la rue Saint- Antoine jusqu'aux Gélestins. Ce 
fut ce jour-là que Daquin, plus sublime que jamais, 
tonna dans le Judex creéefris, qui porta dans les 
cœurs des impressions si vives et si profondes, que 
tout le monde pâlit et frissonna. 

t M. Dauvergne, actuellement à la tête de l'opéra, 
fut si vivement frappé, qu'il sortit des premiers et 
courut vite confier au papier les traits sublimes 
qu'il venait d'entendre. Il les a tous placés dans son 
beau Te Deum à grand chœur. 



tas . MUSICIANA. 

« Il y a eu des organistes, mais Daquin est Da- 
qùin. 

GHÉRUBINI. 

. Un phfénolôgue, Ch. Place, a publié en 1842 une 
brochure biographique, accompagnée d'une analyse 
phrénologique de Ghérubioi. A la ConstructivUé 
nous lisons : « Cet instinct, dont le développement 
m'avait frappé à la première vue, a joué ua rôle 
très-grand dans la parfaite exécution des œuvres 
de ce maître ; mais il était si irrésistible qu'il se 
trahissait incessamment. Chérubini passait un temps 
infini à élever de petites constructions à Taide dé- 
partes à jouer ; il faisait aussi, avec des cartes dé- 
coupées, de petits dessins fort bizarres : c'étaient 
des parades italiennes, des charlatans sur leurs 
tréteaux vendant leur orviétan, ou d'autres scènes 
burlesques. Les personnages, la maison, le paysage 
étaient pris dans la figure ou même les signes du 
jeu : cœur, carreau, trèfle, pique, habilement taillés 
et façonnés, puis complétés avec l'encre de Chine 
pour l'exigence de certains détails. Ces petites fan- 
taisies se rapprochaient de la mosaïque : œuvres 4d 
patience et de fermeté, elles démontraient le déve- 
loppement instinctif du coloris et de la forme, 
dirigés par V imitation et souvent par la gaieté, mais 
pointpar l'idéalité, qui résume toutes les perceptions 
e^t crée avec elle des êtres nouveaux, gracieux et 
intelligents. La veille de sa mort, il se livrait une 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 197 

dernière fois à ce travail avec une adresse et une 
sûreté d'exépution remarquables. 

« En résumant ces diverses combinaisons , on 
peut juger des différences dans les formes et le 
coloris dans ces petits travaux, entre lui et son 
élève Boïeldieu ; celui-ci dessinait aussi, mais avec 
cette grâce et cette vivacité que Tesprit et Timagi- 
nation façonnent. Boïeldieu^ en effet, mêlait à ses 
lettres, à ses compositions, de petits dessins qui en 
étaient les commentaires, ou pour mieux dire, en 
me servant d'une expression à la mode, il illustrait 
les pages que sa plume parcourait- » 

BBRTON. * 

Sous, le titre : Histoire d'un chef-d'œuvre >. 
M. Edouard Monnais (sous le pseudonyme de- 
P. Smith), a publié en 1841 , dans la Gazette musicale^ 
une suite d'articles fort intéressants sur Berton et 
sur son opéra de Montano et Stéphanie. Le poème, 
reçu à T Opéra-Comique, fut d*abord offert par son. 
auteur, Dejaure., à Grétry. Celui-ci, s'excusant: 
sur son âge, proposa au parolier dé le faire mettre 
en musique par Berton, qui n'avait pas alors: 
trente ans. Après quelques hésitations, Dejaure.y 
consentit et le porta au jeune compositeur,; qui 
fut enchanté et touché jusqu'aux larmes du procédé 
de Grétry. C'était à la fin de 1798, Berton, marié 
et père de deux enfants, avait bien de la peine à 
vivre : il vendit jusqu'à, son piano pour que le pain 



Id8 MUSIGIÂNA. 

ne manquât pas chez lui. Dans ces circonstances 
pénibles, Montano et Stéphanie fut composé en 
moins de six semaines.... Laissons la parole à Ber- 
ton lui-même : « Je dis moins de si^ semaines, car 
je fus contraint de rester inoccupé pendant une 
semaine entière, faute de papier réglé à vingt-hi it 
portées, papier qui, selon le dire du marchand, 
n'existait ni chez lui ni chez ses confrères, et qu'il 
faudrait régler pour moi, moyennant payement en 
argent (1) et d'avance, au prix de 3 francs le 
cahier. Comme il m'en fallait trois cahiers pour 
écrire le grand crescendo du final de mon second 
acte, cela portait à 9 francs le prix de l'acquisi- 
tion, et n'ayant plus rien à vendre, il m'était im- 
possible de réaliser pour le moment la somme néces- 
saire. Ma philosophie allait me faire défaut, lorsque 
par bonheur les frères Ga veaux, marchands et édi- 
teurs de musique, se présentèrent chez moi pour 
me prier de leur arranger tout de suite l'ouverture 
de Démophon de Vogel, pour deux flageolets!!! 
J'hésitai un moment à prendre rengagement de 
commettre ce crime de lèse-musique^ mais la voix 
de Montano eut plus de force sur moi que celle de 
ma conscience artistique, et j'acceptai. En deux 
heures, le chef-d'œuvre de Vogel fut travesti par 
moi ; j'en remis le manuscrit aux frères Gaveaux, 
à Texpresse condition de faire graver §ur le litre : 
Arrangé pour deux flageolets, par J.-B. Figeac^ 

(1) On ne voulait pas d'assignats. 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 199 

citoyen de Pézénas. Comme mes chers éditeurs 
étaient tous deux des bords de la Garonne, je crois 
que rheureuse idée d'avoir fait de l'arrangeur un 
citoyen de Pézénas produisit un effet magique sur 
les cordons de leur bourse, car au lieu des deux 
écus de 6 francs, dont nous étions convenus pour 
le prix de mon bel arrangement, ils s'empressèrent 
de m'en offrir quatre. Possesseur de mon petit 
trésor, je pris promptement congé d'eux pour aller 
retrouver mon marchand de papier. puissance 
de ce vil métal ! En entrant dans le magasin, la main 
dans le gousset, j'avais eu soin de faire entendre 
le son argentin de mes quatre écus. Le marchand, 
qui n'était pas sourd, se hâta de me dire : < Citoyen, 
par un heureux hasard, et dans le but de vous être 
agréable, après de grandes recherches, nous avons 
enfin trouvé dans notre arrière- magasin douze 
cahiers réglés à vingt-huit. — Bien obligé, citoyen, 
je ne vous en ai demandé que trois: voici 12 francs, 
rendez-m'en 3, et faites-moi livrer le papier. » 

Et voilà comment ce beau final put voir le jour. 
Ce que nous venons de citer n'est qu'un petit frag- 
ment de V Histoire d'un chef-d'œuvre, une des plus 
charmantes productions de M. Edouard Monnais, 
qui en a fait bien d'autres. 

PAGANINI. 

En 1817, Paganini se trouvait à Vérone ; ses con- 
certs avaient un succès prodigieux. On lui dit un 



200 MUSICIANA. 

jour que le chef d'orchestre de cette ville, Valda- 
brini, un excellent violoniste, se vantait d'avoir 
composé un concerto que Paganini ne serait jamais 
en étal de jouer. Paganini se pique au jeu : il fait 
prévenir Valdabrini que non-seulement il jouerait 
son concerto, mais que ce serait devant le public, à 
gon dernier concert. 

La répétition eut lieu. Paganini laissa aller Tor- 
eheslre, préludant là-dessus des bribes de phrases 
qui n'étaient pas de Valdabrini, mais qui, à la ri* 
gueur, s'ajustaient assez bien sur l'accompagnement. 

Les artistes, et surtout Valdabrini, étaient fort 
ijatrigués. Le jour du concert (ce morceau était le_ 
dernier du programme), Paganini pour le jouer, 
parut avec un roseau à la main, et ce fut avec ce 
roseau, en guise d'archet, qu'il joua tout le con- 
certo de Valdabrini, en y ajoutant même des dif- 
ficultés de son invention. 

Guhr, dans sa préface sur l'école du violon de 
Paganini, raconte.que l'idée déjouer des morceaux 
entiers sur la quatrième corde n'est pas due à Paga- 
nini seul, mais qu elle appartient, en partie, à la 
sœ\iT de Napoléon, la princesse Élise, duchesse de 
Toscane.. 

Paganini s'éprit fort d'une dame de la coUr de 
Toscane, et, pour exprimer sa passion, il composa 
un morceau pour la corde de sol et la chanterelle^ 
en supprimant les autres cordes. C'était une con - 
versation entre deux amoureux. Le morceau eut le 
{dus grs^nd suQcès, et c'est alors que la princesse 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. SOI 

Élise demanda à Paganini unmorceau dans lequel 
rhomme parlât tout seul. Le grand virtuose saisit 
cette idée et composa plusieurs morceaux qui élon-^ 
nèrent au plus haut point, tant par leur originalité 
que par leur belle exécution. 

OLE BULL. 

Le virtuose norwégien était fort jeune quand il 
vint à Paris, avec l'espoir de s'y faire un avenir. 
Malheureusement c'était au moment où le choléra 
décimait la population. Il n'y avait rien de mieux à 
faire que de s'en aller au plus vite chercher son 
bonheur ailleurs. C'est aussi le parti que prit Ole 
Bull, après avoir discuté avec lui-même sur ce qu'il 
allait faire, pendant un long après-dîner, en errant 
dans les rues à moitié désertes de la grande ville* 

Il rentra pour faire son modeste paquet. Mais 
quelle ne fut pas sa surprise, son désespoir, en se 
voyant complètement dévalisé ! Ses habits, son peu 
d'argent, son violon, tout avait été emporté parles 
voleurs. 

c 

Se voyant sans ressources, ne connaissant d'ailr 
leurs pas une âme à Paris, il résolut d'en finir avec 
la vie, et se jeta dans la Seine. Un batelier l'en 
retira à moitié asphyxié. Près de là se trouvait une 
mère qui avait récemmeùt perdu son fils, ravi par 
la maladie contagieuse. La vue de ce jeune homme, 
<iui lui rappelle son enfant, l'attendrit, et Ole Bull 
dut à cette circonstance de retrouver une secondé 



102 MUSIGUNA. 

mère qui s'occupa de lui avec affection, et par ses 
relations, parvint à lui monter un concert qui rap- 
porta 1,200 francs. Avec cette somme il fît un voyage 
artistique en Italie, où son talent fut goûté, puis 
il revint à Paris, où le succès ne lui fit point défaut. 



ME I ERBEER • 

J*aurais désiré donner les notes de Meyerbeer 
sur les élèves du Conservatoire, mais des amis, qui 
ont tous les droits possibles pour me donner de bons 
conseils, m'en ont dissuadé. Il est certain qu'à côté 
des éloges il y a aussi le revers de la médaille pour 
beaucoup d'artistes, dont le nom est d'ailleurs bien 
connu au théâtre. Je puis dire toutefois que Meyer- 
beer a, dès leur entrée au Conservatoire, mis avan- 
tageusement en relief les noms de mademoiselle La- 
voye, de madame Ivsreins d'Hennin, de Jourdan, de 
Baltaille, de madame Lefébure-Wély, de mademoi- 
selle Boulard et de madame Carvalho. Cette der- 
nière, dès le second examen, a pour note : c de 
l'élégance et de la grâce : ce sera une excellente 
acquisition pour TOpéra-Comique. » 

Ce pauvre Ketterer n'est plus, je puis donc dire 
que le 9 octobre 1843 (Ketterer avait alors douze ans), 
il y a : « médiocre, il ne lit pas du tout. > 

Comme note à mademoiselle***, Meyerbeer met : 
c elle a un r extrêmement disgracieux. » Il en faisait 
donc aussi... des calembours ! 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 208 

M. HAUssMANN, ancien préfet de la Seine. 

On connaît le goût musical de M. Haussmann, 
mais peu de personnes savent que dans son jeune 
temps il cultivait le violoncelle. 

D'après les registres du Conservatoire, le 22 dé- 
cembre 1825 M. Haussmann y était élève dans la 
classe de violoncelle de M. Baudiot; le jeune artiste 
avait alors 17 ans et 6 mois. 

Il fréquentait en même temps la classe de contre- 
point et fugue, dont les professeurs étaient Seuriot 
et Jehlensperger. En 1826, M. Haussmann est en- 
core inscrit comme élève dans cette dernière classe. 

La femme d'un de nos acteurs célèbres, voyant 
sa fin approcher, recommanda à son mari de ne pas 
mettre son âge sur les lettres de faire-part. 

, M. Farrenc, je le nomme en toutes lettres, car je 
serais capable d'en faire autant, donc M. Farrenc 
le bibliophile, se sentant bien malade, appela ma- 
dame Farrenc, et, lui désignant un livre rare de sa 
bibliothèque, la conjura de ne pas le laisser vendre 
à moins de 500 francs. 

ROSSINI. 

Dans la Bibliographie musicale^ 1822, volume 



^04 MUSIGIANA. 

attribué à Gardeton, on lit à la page 466 : « Un grand 
scandale arrive dans l'empire musical. Depuis ce 
matin, 20 octobre 1821, on voit aux vitraux des 
marchands d'estampes une lithographie dont le dessin 
hardi et léger attire tous les regards ; elle porte 
pour titré : Il signor Tambourossîni, ou la Nouvelle 
Mélodie (chez Villain, rue de Sèvres, n*» 9). 

« Le centre est occupé par un personnage en 
costume mauresque, , dont le bras vigoureux bat 
une grosse caisse, tandis que sa bouche fait résonner 
une trompette attachée par un fil à son turban. Sur 
cette trompette est perchée une pie, tenant dans son 
bec une cuillère et une fourchette. L'un des pied3 
du terrible Maure vient de briser une basse et un 
hautbois ; de l'autre, il écrase un violon. 

« A sa gauche est Midas, qui, à ce bruit formi- 
dable, dresse ses longues oreilles; sa large facQ 
s'épanouit de plaisir, ses pieds épais foulent des 
partitions. Sur Tune se lit le nom de Mozart; sur 
l'autre, celui de Cimarosa. D'une main ce Midas 
tient un miroir. 

« Dans le lointain, Apollon traverse les airs en se 
bouchant les oreilles : il s'efforce de regagner lé 
sommet du Parnasse. Pégase, effrayé, se cabre et 
veut s'envoler. 

« Est ce bien un musicien qui lance parmi les 
(fi7ef/ai2^i cette pomme de discorde? Non, nous ne 
le croyons pas, pour l'honneur du corps. Certes, il 
n'est pas un homme de goût qui ait dissimulé son 
opinion sur la grosse caisse et les deux tambours 



, ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 205 

de la Gazza ladra; pas un connaisseur qui rfait 
regardé comme un trait d'ignorance insigne d'oser 
prétendre que Rossini est plus dramatique que 
Mozart ; mais nous aurions plus de peine encore à 
penser que ce soit un ami de Fart qui ait eu Tidée 
de verser le ridicule sur un artiste auquel nous avons 
dû et nous devons encore tant de soirées agréables, 
en un mot, sur l'auteur du Barbiere, du Turco et 
d'Otello. 

c Et, pour comble d'injustice^ ou plutôt de mala* 
dresse, c'est sous le costume du héros de ce dernier 
ouvrage, que le dessinateur a représenté son Tam^ 
bouros^ini ! Est-ce afin de mieux nous rappeler tous 
ses droits à l'estime pour de grandes beautés, tous 
ses titres à l'indulgence pour quelques folies ? » 

N'en a-t-on pas fait de même pour Torchestration 
d'Halévy, depuis ce temps-là, pour celle de Mejer- 
beer,et de tant d'autres compositeurs illustres? Si 
Richard Wagner avait paru alors, on aurait sans 
doute cru a la fin du monde ! 

Or, après Richard Wagner, il y aura d'autres 
étonnements, d'autres ébahissements, et il en sera 
de même jusqu'à la fin des siècles. 

Les contradicteurs et les faiseurs de charges ne 
firent pas grand tort à Rossini, dont la réputation 
était alors déjà solidement fondée. La lettre suivante 
prouve d'ailleurs que ce n est pas un jeune homme 
inconnu qui écrit cela (1). 

(i) CoUe pièce est tirée de la collection de M. Tiioinan. 

12 



206 MUSICIANA. 

c Bases de rengagement que M. Rossini pense 
pouvoir proposer au gouvernement français : 

c 1"* Il se chargera de composer un grand opéra 
pour l'Académie royale de musique, se réservant 
de choisir le poème et de jouir des droits d'auteur. 

« 2* Il composerait aussi un opéra semi-seria ou 
bouffon pour le Théâtre-Royal-Italien, et mettrait en 
scène à ce théâtre un opéra de lui déjà donné ailleurs, 
tel que la Semiramide, la Zelmira^ ou tout autre 
qu'il arrangerait pour la troupe de Paris. 

c 3"" Pour le bénéfice qui serait accordé à M. Ros- 
sini, libre de tous frais, et qui aurait lieu à l'Aca* 
demie royale de musique, il montera un opéra 
italien de lui qui n'aura jamais été donné à Paris. 
Cet opéra restera au répertoire du Théâtre Italien. 

< On permettra à M. Rossini de choisir, dans le 
répertoire du Grand-Opéra, le ballet qui sera donné 
le jour de son bénéfice. 

« 4» Il s'engagera à remplir telles fonctions dont Sa 
Majesté voudrait bien l'honorer, en l'attachant à son 
service. 

< En raison des engagements que M. Rossini se 
propose de prendre avec le gouvernement, il pense 
qu'il pourrait lui être alloué une somme de qua- 
rante mille francs, qui serait répartie suivant le 
bon plaisir de Son Excellence, soit comme prix de 
ses ouvrages, soit comme appointements attachés 
aux fonctions dont il serait chargé. 

c* Gioacchino Rossini. 

« Paris, le !•' décembre 1823. 9 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 207 

Souvenirs personnels. 

Rossini n'aimait pas les traductions; selon lui 
les opéras italiens devaient être chantés en italien 
et les ouvrages français' en français. Le génie de 
ces deux langues est si différent que les traduc- 
tions réciproques ne rendent plus la pensée du 
compositeur. 

Méry voulait faire voir à Rossini sa traduction 
de Sémiramis. 

Le maître lui dit : c Je vous regarde comme mon 
ami, vous m'avez assuré que vous teniez à mon 

amitié Eh bien ! si vous y tenez réellement, ne 

me montrez rien . » 

Un jour je rencontrai mademoiselle Plessy chez 
Rossini ; elle s'y présentait, je crois, pour la pre- 
mière fois. A un moment, mademoiselle Plessy lui 
dit : « Comment faut-il donc que je vous appelle? 
monsieur est bien froid, et maître me parait bien 
sévère. » Rossini, lui frappant amicalement sur 
1 épaule : « Eh bien ! ma chère, appelez-moi mon 
petit lapin, » 

Madame Rossini m'a dit elle-même que son 
mari, malade en Italie, s'était si bien trouvé de ses 
soins, que, lui demandant un jour ce qui lui ferait le 
plus de plaisir, elle demanda les manuscrits de ce 
qu'il composerait à l'avenir. Rossini y accéda sans 
peine. 

D'après le conseil des médecins, et comme chan- 



208 MUSIGIANA. 

gement d*air, Rossini arriva à Paris, Il était alors 
assez morose ; je lui avais été présenté par ma- 
dame Cinti-Damoreau, et je le voyais assez fré- 
quemment. Rossini ne me parlait que de sa mala- 
die, de ses insomnies, c'étaient des gémissements 
continuels. 

Ici, à Paris, on lui conseilla la distraction mo- 
rale ; par exemple de composer quelque chose 

tous les jours. Le maître exécuta le remède, ma- 
chinalement d'abord, puis, peu à peu il prit goût 
au remède lui-même. 

La vérité est que dans peu de temps Tétat moral 
du maitre changea totalement ; il redevint gai, cau- 
seur, et tout en simulant un air assez indifférent, 
tandis qU'on exécutait ses compositions de piano 
aux soirées du samedi, pour un observateur il s'y 
intéressait vivement et n'en perdait pas une note. 
Durant ces réunions il se tenait toujours dans la 
salle à manger attenante au salon, vêtu d^une ja- 
quette qui tranchait étrangement sur les habits 
noirs. Au commencement des Téceptions de Ros- 
sini, c'était un péle-méle incroyable ; tous les chan- 
teurs de chansonnettes y passèrent, devant un pu- 
blic des plus hétéroclites. Peu à peu on fît un triage, 
mais il n'y avait toujours qu'une lampe pour tout 
éclairage ; quant à des rafraîchissements, jamais il 
n'en paraissait. 

Rossini, sans vouloir en avoir l'air, prenait donc 
grand plaisir à entendre exécuter à ses samedis, 
par nos meilleurs virtuoses, les nombreux mor- 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 20^ 

ceaux de piano qu'il composait et qui sont encorB) 
inédits. 

Meyerbeep avait dîné un jour chez Rossini et 
assistait à Tune de ces réunions, où trois morceaux 
nouvellement éclos venaient d'être exécutés. C'était 
le lendemain d'une nuit d'insomnie ^t, Rossini s'en- 
plaignant à Meyerbeer, celui-ci répliqua finement: 
« Ah ! voyez-vous, cher maître, vous vous écoutez 
trop. » Ce mot charmant avait d'autant mieux son 
à-propos que Rossini n'avait pas soufflé une syllabe 
sur le Prophète, qu'on répétait en ce temps-là. 

Le prince Belgiojoso venait de déchiffrer admi- 
rablement l'air des Titans, que Rossini avait achevé 
la veille. Comme on le remarquait, le mailre ré- 
pliqua : € Les Belgiojoso sont tous ainsi faits, ce 
sont des fausses couches de Beethoven. » (Passy,) 
19 juillet 1859.) 

La première fois qu'on alluma le lustre et qu'on 
loua des banquettes ce fut le 18 décembre 1858. 

On y joua la Laitière de Trianon, opéra de salon 
en un acte et à deux personnages de Galoppe d'On- 
quaire. J'en avais composé la musique, et à la fin 
nous introduisîmes, la veille même de l'exécution, 
des couplets en l'honneur de Rossini, au retour des- 
quels entrait la prière de Moïse en double thème ; 
cela fut très-goûté. Ce petit opéra fut joué par 
mademoiselle Mira et M. Biéval, et suivi d'un frag- 
ment de ballet de Guillaume Tell (Toi que P oiseau) 
dansé par madame Taglioni et Petitpas. Inutile de 

12. 



210 MUSIGIANA. 

dire la grande sensation produite par la réappari- 
tion de madame Taglioni. 

Un mot à propos de ce chœur de ballet de Guil- 
laume Tell: Toi que F oiseau, etc., M. H^ Bis, 
Tun des collaborateurs du poème, apporta un jour 
à Rossini les paroles de cette tyrolienne : 

Toi que l'oiseau ne suivrait pas, etc. 

Mais alors ces vers étaient ainsi : 

Toi que l'aiglon 
Ne suivrait pas. 

Le mot aiglon plut médiocrement au compositeur, 
et ce fut Nourrit qui le remplaça par Poiseau^ mot 
plus sonore et par suite plus chantant. Il parait, au 
reste, d'après ce que m'a dit Rossinî, que plus 
d'un vers de Nourrit s'est glissé dans Guillaume 
Tell. (Raconté par Rossini en juillet 1860, à Passy.) 

Voici une pièce de vers inédite de Nourrit, si- 
gnée, donnée à madame Cinti-Damoreau, de qui je 
la tiens en autographe : 

Pourquoi donc aujourd'hui m'en vais-je avee tristesse? 
D'où vient que mes enfants voulaient me retenir,^ 
Et qu'ils me caressaient avec plus de tendresse, 
Et que j'étais ému quand il fallut partir ? 

Au loin le vent s'élève, 

Et ma mère, tantôt. 

M'a montré sur la grève 

Les débris d'un canot. 

Puis au ciel, en silence, 

Elle a levé les yeux... 

Et malgré moi je pense 

A nos tristes adieux. 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 2H 

Cependant, bien des fois j'ai bravé la tempêle. 
Et les vents déchaînés^ et la mer en fureur. 
Et bien souvent la foudre a passé sur ma tête 
Sans voir pâlir mon front, sans émouvàir mon cœur. 

Toujours le vent s'élève, 

Et ma mère tantôt, 

M'a montré sur la grève 

Les débris d'un canot. 

Puis au ciel, en silence, 

Elle a levé les yeux... 

Et malgré moi je pense 

A nos tristes adieux. 

Il partit inquiet, et pendant le voyage. 
Avec crainte il luttait contre les éléments. 
Pourtant, après six mois, il touche le rivage, 
Et rit au souvenir de ses pressentiments. 

Mais là-bas, sur la grève. 

Que Voit-il, au retour? 

Une croix qui s'élève 

Et des enfants autour... 

Hélas! sa pauvre mère, 

Dont l'âme était aux cieux. 

Reposait sous la pierre 

Témoin de leurs adieux ! 

Ad olphe Nourrit. 



TESTAMENT DE ROSSINI. 

Paris, 5 juillet 1858. 

t Ceci est mon testament. Au nom du Père, du 
Fils, du Saint-Esprit. Ainsi soit-il ! 

< Dans la certitude de devoir laisser cette vie 
mortelle, je me suis déterminé à faire mes der- 
nières dispositions. 



212 MUSICIANA. 

c A ma mort, il sera employé une somme de deux 
mille francs au plus pour mes funérailles ; mon 
corps sera déposé où ma femme jugera convenable. 

< A titre de legs, et pour une fois seule, je laisse 
à mon oncle maternel François-Marie Guidanni, 
demeurant à Pesaro, six mille francs ; à Maria Ma- 
zolti, ma tante maternelle, demeurant à Bologne, 
cinq mille francs, et à mes deux cousins demeurant 
à Pesaro, Antoine et Joseph Gorini, deux mille 
francs à chacun ; ces legs sont ma seule et unique 
volonté ; ils seront payés aussitôt ma mort , si 
j'aurai Targent opportun ; en supposition contraire, 
mes exécuteurs testamentaires prendront le temps 
nécessaire en payant le cinq pour cent d'intérêt. Si 
lesdits légataires fussent morts avant moi, les som- 
mes seraient l'héritage des fils masculins et fémi- 
nins en partie égale. 

€ A ma bien-aimée femme Olympe Descuilliers, 
qui a été une affectueuse et fidèle compagne, et de 
laquelle tout aulre éloge serait inférieur à son mé- 
rite, je lui lègue en toute propriété tous les meubles 
meublant, lingerie, tapisserie, draps, porcelaine, 
vases, mes autographes de musique, voitures, che- 
vaux, tous les objets d'écurie et de sellerie, de 
caves, cuivre, bronze, tableaux et autres; enfin, 
tout ce qui se trouvera dans ma maison, , soit de 
ville et de campagne, en exceptant les objets que je 
vais dire ci-dessous. 

. € Je déclare, en outre, être d'exdusive et absolue 
propriété de ma femme, toutes les argenteries, 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 248 

comme je veux qu'on reconnaisse pour sa propriété, 
quel que soit Tobjet qu'elle affirmera être à elle 
appartenant, bien que ces objets se trouvent dans 
ma chambre ou dans mes effets, les boîtes, les ba-* 
gués, les chaînes, les épingles, les armes, cannes, 
pipes, médailles, les montres (exclue pourtant une 
petite montre de la fabrique de Bréguet, qui appar- 
tient à ma femme), une petite bataille en argent de 
Benvenuto Cellini, cadre or et ivoire; autre objet 
en argent, bas-relief; mes violons, alto, flûte, haut- 
bois, seringue en ivoire, nécessaires de toilette, 
dessins et albums, seront vendus en prisée ou par 
le moyen de vente publique, de la manière que mes 
exécuteurs trouveront convenable et plus profitable. 
Cet argent qu'on tirera de cette vente sera placé au 
profit de l'héritage. Je donne entière et pleine fa- 
culté à ma femme de choisir et d'opter entre mes 
propriétés foncières ou mes mobilières, valeurs^^ 
celles ou ceux qui seront le plus à sa convenancet 
en restitution de la dot qui m'a été constituée à 
l'époque de notre mariage ; tous mes autres biens, 
effets et substances, j'institue et nomme comme hèr 
ritière usufruitière, ma bien ' chère et bien-aimée 
femme, à vie naturelle durant. Je nomme pour mon 
héritier de la nue propriété la communauté de Pe-^ 
saro, ma patrie, pour nommer et doter un lycée 
musical dans cette ville, après la mort de ma femme 
seulement. 

« Je défends à la magistrature, ou à. ses repré-; 
sentants, communale de ladite ville, toute espèce de^ 



214 MUSIGIANA. 

contrôle et d'intervention dans mon héritage, exi- 
geant que ma femme jouisse, en toute liberté abso- 
lue, ne voulant même pas qu'elle donne une caution 
ou soit obligée de faire un emploi à raison des biens 
que je laisserai après moi et dont je lui lègue l'usu- 
fruit. 

c Je nomme pour mes exécuteurs testamentaires, 
en Italie, le marquis Carlo Bevilaqua et le cheva- 
lier Marco Minghetti, de Bologne, où ils habitent, 
leur donnant la plus grande faculté, en les priant 
d'accepter les charges que mon choix leur impose, 
çn me donnant cette preuve ultérieure de bienveil- 
lance et d'amitié. 

t Je nomme de plus, pour mes exécuteurs testa- 
mentaires en France, M. Vincenso Buffarini, de- 
meurant ruo Basse-du-Rempart, 30, et M. Aubry, 
boulevard des Italiens, 27, les priant de vouloir 
bien agréer, à titre de souvenir, onze cents francs 
d'argent pour chacun d'eux, dans. Tespace d'une 
année, à compter du jour de mon décès. 

« Je veux qu'après mon décès et celui de mon 
épouse, il soit fondé à Paris et exclusivement pour 
les Français, deux prix de chacun 3,000 fr., pour 
être distribués annuellement, un à Fauteur d'une 
composition de musique religieuse ou lyrique, le- 
quel devra s'attacher principalement à la mélodie, 
si négligée aujourd'hui ; l'autre à l'auteur des paro- 
les (prose ou vers) sur lesquelles devra s'appliquer 
la musique et y être parfaitement appropriée, en 
observant les lois de la morale dont les écrivains ne 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. S15 

tiennent pas toujours assez de compte; ces produc- 
tions seront soumises à Fexamen d'une commission 
spéciale prise dans TAcadémie des Beaux-Arts de 
l'Institut qui jugera celui des concurrents qui aura 
mérité le prix dit Rossini, qui sera décerné en 
séance publique, après l'exécution du morceau, soit 
dans le local de Tlnstitut, ou au Conservatoire. 
Mes exécuteurs testamentaires devront obtenir du 
ministre^r autorisation d'immobiliser en 3 0/0 un 
capital nécessaire pour former une rente annuelle 
de 6,000 francs. 

« J'ai désiré laisser à la France, dont j'ai reçu un 
si bienveillant accueil, ce témoignage de ma grati- 
tude et de mon désir de voir perfectionner un art 
auquel j'ai consacré ma vie. 



c Je laisse à mon valet de chambre Antoine Sca- 
navini, qui m'a servi avec exactitude et fidélité, la 
somme mensuelle de cinquante francs sa vie durant 
et tout mon vieux vestiaire, à partir du jour de mon 
décès. Je me réserve le droit de faire des additions 
ou modifications au présent testament ; j'entends 
et je veux qu'elles soient exécutées littéralement, 
comme si elles étaient écrites dans le présent acte. 

c J'annule tout autre testament. 

« Fait, écrit et signé de ma main aujourd'hui, 
€ Paris, 5 juillet 1858. 

« Signé : Gioacchino- Antonio Rossini.» 



Î16 MUSIGIANA. 

c Ceci est mon codicille : 

c J'ajoute ce qui suit aux dispositions que j*ai 
déjà faites en faveur de ma chère femme par mon 
testament. 

c Je lui transmets et lègue tous mes droits et ac- 
tions sur la propriété de Passy et résultant de notre 
contrat avec la ville de Paris ; en conséquence, 
tout ce qui peut ou pourrait revenir à moi ou â mes 
ayants droit à quelque titre que ce soit, par suite 
des acquisitions d'usufruit, constructions, travaux, 
on pom* telle cause ou à tel titre que ce puisse être, 
appartiendra à ma femme en toute propriété, et si 
même, de notre vivant, nous avions fait à la ville 
de Paris rétrocession de notre usufruit en vertu des 
dispositions de notre contrat, ma femme prélève- 
rait sur ma succession le prix que j'en aurais reçu. 

« J'annule les dispositions que j'ai faites au proflt 
de Antoine Scanavini, mon valet de chambre, les- 
quelles seront sans effet. 

« Paris, ce 4 février 1860. 

« Siffné : Gioacchino-Anlonio Rossini. » 

AUBER. 

Après les premières représentations de 7a Muette 
de Portici d'Auber, le roi Charles X, pour té- 
moigner aux auteurs sa satisfaction, envoya a 
MM, Scribe et Delavigne un exemplaire de l'édî- 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 2)7 

tion de luxe de Tacite, et à M. Âuber une statuette 
en bronze de Henri IV. 

Les derniers moments d' Auber. 

(Notes écrites en 1871 .) 

Les compositeurs octogénaires apparaissent en 
très-petit nombre dans les fastes de Thistoire musi- 
cale, surtout ceux qui à cet âge possédaient, 
comme Âuber, Tentière jouissance de leurs facul- 
tés. 

Bach y mort à 66 ans. 

Hœndel 74 

Haydn 77 

Beethoven.,. 57 

Mozart 35 

Weber 40 

Rossini 76 

Âuber atteignit 89 ans et 3 mois. Il a composé 
jusqu'au moment où la plume lui tomba des mains, 
c'est-à-dire cinq ou six jours avant sa mort. 

En 1869 il ressentit une légère atteinte de la ma- 
ladie (1) qui devait le faire succomber deux ans 
plus tard. 

D'après le dire du médecin, le siège de Paris, 
durant lequel M. Âuber dut renoncer à ses habitu- 
des de locomotion et de distractions journalières, a 
pu contribuer à ramener le mal et à l'aggraver. 

(1) M. Auber est mort d'un catarrhe à la vessie. 

18 



8i8 MUSICIANA. 

L'illustre malade ne garda réellement le lit que les ^ 
cinq derniers jours. 

Dès le commencement de la Commune, il défen- 
dit au cocher de sortir son cheval Figaro : c'était le 
seul qui lui restait, Âlmaviva ayant été mangé du- 
rant le siège. 

Un matin il me dit : c Mon ami, rapportez-moi 
de la bibliothèque du Conservatoire quelques qua- 
tuors de maîtres. » 

J'étais assez intrigué par cette demande. Le len- 
demain je fis un choix dans les œuvres de Haydn, 
de Mozart et de Beethoven, et je revenais avec 
cinq partitions sous le bras (c'était le jour de la 
démonstration de la paix) . Au coin dû faubourg 
Montmartre et du boulevard Lafayetteje me trouvai 
arrêté par cette nombreuse procession, dont le si- 
gne de ralliement était un ruban bleu à la bouton- 
nière. A peine quatre ou cinq rangs avaient-ils dé- 
filé, que je m'entendis appeler par mon nom : c'é- 
taient M. Perrin, alors directeurde l'Opéra, et M. de 
Beauplan, commissaire du gouvernement auprès des 
théâtres. Sur leur demande, je me joignis à eux. 

Mes partitions me gênaient beaucoup, si bien 
qu'arrivés à la rue Saint- Georges (où habitait 
M. Auher) (1), M. Perrin me conseilla d'aller porter 
mes volumes et de venir rejoindre le cortège qui se 
rendait rue de la Paix. Je me rendis à cet avis. 

(1) Je demeurais moi-même chez lui depuis douze ans... et j'y 
suis encore. 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 219 

En entrant chez M. Auber, je voulus lui narrer 
ma rencontre, mais sans me prêter la moindre at- 
tention, il s'assit au piano, en disant : « Commenl 
trouvez-vous cela ?» Il se mit à jouer les Quatuors 
pour instrumenta à cordes qu'il avait composés 
durant le siège. 

Je tournais les pages d'une main frémissante, et 
j'avoue que la démonstration paciûque (qui se ter- 
mina par des coups de fusil, comme on sait) me 
sortit complètement de la mémoire • 

Ces quatuors n'ont ni la forme, ni, la coupe des 
quatuors classiques : c'est, par exemple, un andante 
suivi d'une barcaroUe^ et voilà tout pour l'un deux. 
Ce sont en réalité des espèces de fantaisies instru- 
mentales pour deux violons, alto et basse> ne res- 
semblant nullement aux quatuors des maîtres qui 
ont illustré ce genre de compositions : c'est de la 
musique gracieuse, fraîche et mélodique. M. Auber 
voulait continuer ce travail, qui a été son dernier ; 
quatre jours avant sa mort, il me dit qu'il s'en- 
nuyait beaucoup de ne pouvoir travailler, que dès 
qu'il avait écrit cinq ou six mesures, la plume lui 
tombait des mains. Une amie dévouée, et qui l'a été 
jusqu'à la fin, ne le quittait pas de toute la journée; 
elle a rempli ses fonctions de garde-malade avec 
une abnégation et une énergie qu'on ne trouve que 
chez une femme. 

Aujourd'hui, 6 mai, le malade ne parle plus que 
par saccades, la voix est très-altérée, la respiration 
difficile : il s'est affaibli d'une manière effrayante 



820 MUSIGUNA. 

depuis trois jours. Jusqu'ici M. Àuber ne se préoc- * 
cupait guère des coups de canon, retentissant nuit 
et jour, mais maintenant (9 mai) chaque détonation 
le fait tressaillir. Il ne se plaint pas pourtant. 

M. Ambroise Thomas, que j'ai averti de l'état du 
malade, a quitté Argenteuil et est revenu à Paris 
habiter la rue Saint-Georges, en voisin affectueux 
et dévoué. 

Il y a trois jours, M. Auber, recevant la visite de 
mademoiselle Marie Roze, qui lui racontait que les 
communeux étaient venus lui demander de chanter 
pour leurs bleôsés, lui avait répliqué : c Ma petite. •• 

il ne faut pas chanter pour la Commune je ne 

l'aime pas ! » 

Une après-dinée, mademoiselle Marie Roze avait 
en effet été surprise par la visite de trois généraux 
ou commandants de la Commune, leur état-major 
s'était arrêté dans la cour. Il s'agissait de chanter 
pour des blessés, mais l'artiste était enrhumée ; au 
milieu de son refus, elle se ravisa et dit à ces 
messieurs : « Au fait, j'ai remarqué que le matin, 
j'avais un peu de voix ; si donc, au lieu d'un con- 
cert, vous organisiez une messe^ je pourrais peut- 
être y chanter. » Le plus jeune des chefs s'écria : 
c Tiens, c'est une idée ! » Mais un vieux brûlé, un 
Razoua quelconque, dit nettement : « Non, non, 
une messe, ce n'est pas notre affaire. » Et l'on par la 
d'autre chose ; les trois citoyens de haut grade se 
mirent à faire gorge chaude de la Commune. 

9 mai, au soir. — Voyant que la tête du malade 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 22! 

était prise et qu'il n*y avait plus aucune volonté 
chez lui, j'ai dit au cocher de mener le lendemain 
do bonne heure le cheval Figaro à la maison Pleyel, 
d'où, par les soins de M. Wolff, on l'a attelé à une 
voiture de planches, et de cette façon il a pu arri- 
ver sain et sauf à Saint-Denis. Il n'était que temps, 
on est venu le réquisitionner le soir même. 

10 mai. — Dans son délire, j'entends M. Auber 
demander le copiste... c Gourez vite... » Puis un 
instant après: « Mettez la pédale douce... Ah! 
mon Dieu! que je souffre! je ne puis donc pas 
mourir! » 

C'est le commencement de l'agonie, qui est lon- 
gue, effrayante, avec des crispations nerveuses 
durant lesquelles quatre personnes sont obligées de 
le tenir, pour l'empêcher de s'élancer hors du lit. 

Jeudi, 11 mai. — Terrible journée, mêmes con- 
vulsions que la veille, le malade n'a plus dit un 
mot et a gardé les yeux fermés ; il est minuit passé 
de quarante minutes, le mourant se dresse sur son 
séant, ouvre les yeux tout grands, puis retombe... 
tout est fini. J'ai passé cette nuit-là à son chevet, 
assis sur le tabouret du piano. M. Ambroise Tho- 
mas voulait rester également, mais comme il avait 
une violente migraine, j'ai insisté pour qu'il allât 
so reposer. 

Le lendemain, le valet de chambre, âans pré- 
venir personne, en allant porter à la mairie la con- 
statation de décès du médecin, avait signé la décla- 
Fation concurremment avec le concierge de l'Opéra. 



221 MUSIGIÂNA. 

Quand nous vînmes à la mairie, M. Yver père et 
moi, pour faire cette déclaration, on nous apprit la 
maladresse du valet de chambre. Or, comme sous 
la Commune toutes choses se passaient d'une façon 
particulière, sur nos instances on biffa la décla- 
ration, et on en fit une autre que nous avons si- 
gnée. Ce registre a été refait depuis et on nous a fait 
signer de nouveau, M. Yver et moi. 

13 mai. — Le corps, non embaumé, a été mis 
dans un cercueil de plomb soudé : j'ai assisté à cette 
opération* A quatre heures, une voiture est venue 
prendre le cercueil pour le transporter dans le ca- 
veau de l'église de la Trinité, jusqu'à ce qu'on 
puisse faire des funérailles convenables. Dans le 
coupé de cette voiture se trouvaient M. Ambroise 
Thomas, M. Yver et moi. C'était là tout le convoi, 
et cela se comprend du reste : durant ce temps on 
arrêtait dans la rue tous les hommes, jeunes et vieux, 
pour les faire marcher. Une dizaine de personnes 
se trouvaient à l'église de la Trinité, entre autres 
MM. Bazin et Marmontel. 

Dans un premier testament, fait il y a une quin- 
zaine d'années, M. Auber léguait les partitions 
manuscrites de ses opéras à la bibliothèque du Con- 
servatoire ; il s'en était ouvert à différentes per- 
sonnes. Malheureusement M. Auber avait refait son 
testament le 6 avrils c'est-à-dire cinq ou six semaines 
avant sa mort, et cette clause fut oubliée. 

Ayant doniié le testament de Rossini, je devrais 
donner celui-ci, mais il n'a vraiment rien d'artis- 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES. 223 

tique : quelques legs à ses anciens domestiques, 
voilà tout ; les légataires universels sont deux nièces 
de M. Auber. 

Mon ami Ed. Fournier, dans ses Légendes des 
rues de Paris, entretient ses lecteurs des cèdres du 
Liban : qu'on me permette de dire un mot du 
platane que M. Auber a planté il y a 40 ans dans la 
cour de son hôtel, 24, rue Saint-Georges. Ce platane 
avait tout au plus deux pieds quand l'illustre com- 
positeur le porta chez lui ; il venait de le déraciner 
lui-même dans le jardin de madame Ginti-Damo- 
reau, qui s'était bien amusée de sa plantation, la 
seule qu'il ait jamais faite. L'arbuste prospéra et 
devint un arbre aussi ha«t que l'hôtel ; il se trouvait 
devant les fenêtres de mon pavillon, et en été les 
pierrots y chantaient avec une gaieté folle. Maintes 
fois M. Auber m'a dit avec satisfaction : «G*est pour- 
tant moi qui l'ai planté !... ^ Je ne manquais pas d'a- 
jouter: « Et vu naître. » Eh bien! ce souvenir du 
grand artiste a été impitoyablement détruit par un ar- 
chitecte barbarci et cela sans aucune nécessité ; je 
ne le nommerai pas, car je lui ferais honte. J'étais 
alors en Normandie, au mois d'août après la mort 
de M. Auber, A mon retour j'ai été désolé de ce 
vandalisme. 

VERDI. 

Un original de Reggio, qui s'en était allé voir à 
Parme une représentation d'Aïda et qui ne s'y était 



884 MUSIGIANA, 

pas plu» écrivit à Verdi pour lui réclamer ses frais 
de déplacement, de billet et même de nourriture 
pendant cette petite excursion. Le maestro a poussé 
la bonté d'âme jusqu'à lui faire remettre la somme 
qu'il demandait, en le priant toutefois de ne plus 
assister à Favenir à la représentation de ses ou- 
vrages nouveaux. L'habitant de Reggio envoya un 
reçu en règle, s'engageant à ne plus aller entendre 
les opéras de Verdi qu'à ses risques et périls. {Uart 
musical.) 



IIANIES DE QUELQUES COMPOSITEURS < 

Gluck, pour échauffer son imagination et se 
transporter en Tauride, à Sparte ou dans l'Erèbe, 
avait besoin de se placer au milieu d!un pré. Là, 
au grand air, exposé à Tardeur du soleil, ayant son 
piano devant lui, et deux bouteilles de Champagne 
à côté, il écrivait les deux Ipbigénie^ les plaintes 
à' Orphée et l'amour téméraire de Paris. 

Sarti, au contraire, préférait une chambre vide, 
vaste, obscure, éclairée d'une façon lugubre par 
une seule lampe suspendue au plafond ; il ne 
trouvait de pensées musicales qu'au milieu de la 
nuit et dans le plus profond silence. Il écrivit de 
cette manière le Medonte^ le rondo Mia speranza^ 
et le bel air : Dolce campagna. 

Saubri, le musicien de la raison, était obligé, 



ANECDOTES BIOGRAPHIQUES* 225 

pour féconder son imagination, de sortir de chez 
lui, de parcourir les rues les plus fréquentées de 
la ville, en mangeant des bonbons, et d'avoir tou- 
jours à la main ses tablettes et son crayon pour 
noter sur-le-champ et saisir au vol les heureuses 
idées qui lui passaient par la tète. 

Paer, en plaisantant avec ses amis, en parlant de 
mille choses diverses, en grondant ses enfants, en 
commandant ses domestiques, en se disputant avec 
sa femme et sa cuisinière, en caressant son chien et 
son copiste, écrivit Camille, Sargines et Achille. 

t 

CiMAROSA aimait aussi le bruit et voulait, lorsqu'il 
composait, être entouré de ses amis. Il fit ainsi les 
Hqraces et les Curiaces et le Mariage secret^ célè- 
bres tous les deux, mais surtout le dernier, dans les 
annales du théâtre italien. 

Sacchini ne pouvait trouver un chant s'il n'était 
auprès de sa Dulcinée, et si ses petits chats ne 
folâtraient pas autour de lui. Sa musique, gra- 
cieuse et séduisante, se ressent de cette tendre et 
joyeuse société. 

Paisiello ne pouvait s'arracher de son lit quand 
il composait. Là naquirent entre deux draps Nina, 
la Barbier de Séville, la Molinara et tant d'autres 
charmants ouvrages. 

La lecture d'un passage des saints pères ou de 
c(uelc[ue classique latin était nécessaire à Zingarelli 

13. 



tt6 MUSIGIANA. 

pour improviser et développer ensuite, en moins de 
(juatre heures, un acte entier de Pyrrhus on de 
Julietta e Romeo. 

Anfossi avait un frère qui promettait beaucoup, 
mais qui mourut très-jeune. Ce compositeur ne 
pouvait écrire une note qu'entouré de chapons rôtis, 
de saucisses fumantes, de jambons d'étuvées. 

Haydn, comme Newton, solitaire et recueilli, 
voyageait dans les cieux, sans abandonner sa chaise, 
avec Tanneau de Frédéric au doigt, comme si c'eût 
été celui d'Angélique qui, en laissant tout voir, 
rendait invisible celui qui le portait. Haydn, dans 
ces moments, était toujours habillé de son costume 
de cérémonie. 

Sans avoir besoin d'autre excitation, son imagi- 
nation le transportait au milieu des anges et lui 
faisait découvrir les sources de la divine harmonie. 

Quand il revenait dans le monde réel, le temps 
qu'il dérobait à l'étude était partagé entre la chasse» 
la Bosselli, sa maîtresse, et ses amis. Cette vie mo* 
notone, mais douce, dura pendant trente ans ; c'est- 
à-dire jusqu'à la mort du prince Nicolas Esterhazy, 
son vieux maître. 

(Album alsacien^ 1838.) 



■HMta 



CHAPITRE YIII 



VARIA TIONS MUSICALES 



PARIS MUSICAL EN 1770 
D'après le livre de voyage de Burney 

C'est Fauteur qui parle : 

• Le beau monde se donne ici rendez-vous au 
Vauxhallj où l'on danse des menuets, des alle- 
mandes, des cotillons et des contredanses. 

c Dans les cafés des boulevards, qui sont une pro- 
menade en dehors de la ville, on entend des chan- 
teuses ambulantes, qui passent l'assiette après avoir 
chanté des airs à r italienne; leur exécution ne vaut 
pas mieux que celle des chanteuses anglaises. 

« Au Théâtre-Italien, on vient de jouer -47var et 
Mincia, musique de Saint-Amans, opéra en 3 actes, 
qui a été sifflé ; pourtant Touverture était bien, et lo 
chanteur Caillot y jouait un rôle. 

€ Au concert spirituel du Louvre, le programme 



228 MUSIGIANA.. 

était composé ainsi : Dominas regnavit^ motet de 
LalandOy très-applaudi. — Un concerto pour haut- 
bois, deBesozziy succès médiocre. — Exaudi Deus^ 
crié par mademoiselle /)e7caiMj&re , très-admirée 
néanmoins. — Concerto pour violon, exécuté par 
Traversa, premier violon solo du duc de Carignan, 
peu goûté. — Motet de Pbilidor^ chanté par ma^ 
dame Pbilidor^ succès calme. — Le dernier mor- 
ceau fut un Beatus vir^ motet avec solos, duos 
et chœur, grand succès, quoique médiocrement 
exécuté. 

« L'Opéra finit toujours entre sept et huit heures 
du soir (1). En sortant de là, en été, le beau monde 
va se promener au jardin des Tuileries, et forme 
dans la grande allée une assemblée comme on n*en 
voit pas dans l'univers entier. 

« Il y a quatre organistes à Notre-Dame, leur ser- 
vice respectif est de trois mois ; ce sont MM. Cou- 
per in^ Balbastre, D'Aquin et Foucquet. 

€ L'organiste Balbastre m'a mené dans sa mai- 
son, pour me montrer son beau clavecin de Rûckert ; 
il y a fait mettre des peintures admirables. Â l'exté- 
rieur on voit la naissance de Vénus^ et sur la partie 
intérieure du couvercle se trouvent les principales 
scènes de Castor et Pollux, le chef-d'œuvre de 
Rameau : la terre, l'enfer, les Champs-Elysées y 
sont représentés; on voit le célèbre compositeur 
lui-même, assis sur un banc de gazon dans les 

(1) A celte époque, l'Opéra était au Palais- Royal. Les représen- 
tations commençaient à cinq heures. 



VARIA... 2W 

Champs-Elysées, il tient une lyfê à lamâiA; ce 
portrait est frappant de ressemblance, car je vis 
Rameau en 1764. 

c Les sons de ce clavecin ont plus de douceur que 
de force. Le toucher est facile, et c'est le cas gêné* 
rai des clavecins français, où les plumets sont fort 
légers (1). 

« Je viens de faire la connaissance de Grétry, 
jeune compositeur lyrique de beaucoup d'avenir; il a 
déjà fait représenter plusieurs opéras-comiques. Il 
est tout à fait de mon avis relativement aux paroles 
destinées à être mises en musique, et il m'a répété 
que les bons poètes jie manquaient ni en France ni 
à l'étranger, faisant de beaux vers, pleins d'esprit, 
mais destinés plutôt à être lus qu'à être chantés : 
le seul poète lyrique de nos jours est probablement 
Métastase. » 



¥ ¥ 



Burney, à propos de l'Italie, s'exprime ainsi : 
« A Venise, quand la loge d'une famille noble 
reste vide, les directeurs y font entrer des gon- 
doliers, pour remplir la salle. » Burney attribue 
à cette circonstance la bonté du chant des gon* 
doliers, qui font leur éducation musicale de cette 
façon. 

(1) Dans les clavecins, la corde n'était point frappée par un 
marteau, mais le son se produisait par un plumet qui frisait la 
corde. 



liO MUSIGIANA. 

< Â Bologne il y a tous les ans une espèce de 
concours entre les compositeurs italiens; ces séances , 
fondées en 1666 par la société philharmonique de 
Bologne^ ont lieu à Téglise de San Giovanni in 
monte (1). A la réunion de cette année, j'ai aperçu 
le jeune Mozart avec son père ; nous l'avons entendu 
il y a quelques années à Londres comme enfant 
prodige. Il a été très-admiré depuis ce temps à 
Rome let à Naples ; le pape lui a donné Y Éperon 
(Tor. 

c A la chapelle Sixtine à RomO; on ne se sert ni 
de l'orgue ni d'aucun autre instrument pour accom- 
pagner les voix. Celles-ci sont au nombre de 32, 
savoir 8 soprani, 8 contralti, 8 ténors et 8 basses. 
Aux grandes fêtes, ce nombre de voix est presque 
doublé, tant par les aspirants ou voix supplémen- 
taires que par les grands artistes qui sont dans les 
théâtres d'Italie et qu'on utilise ici durant la semaine 
sainte. 

« A Naples, au Conservatoire ou collège de Saint- 
Onofrio il y a 16 jeunes castrats ; leur dortoir est 
séparé de celui des autres jeunes garçons : il est 
tenu plus chaud, de crainte de refroidissements qui, 
non-seulement pourraient nuire à leurs exercices 
de la voix, mais leur faire perdre entièrement leur 
voix. 

« A Florence, la musique est établie et appréciée 
depuis un temps immémorial : le Dante, né dans 

(1) Cette église renferme la Sainte^ Cécile de Raphaël et la Ma- 
done du Dominicain. 



VARIA... 8S1 



cette ville en 1265, parle de Forgue et du luth comme 
instruments déjà bien connus de son temps. Il loue 
particulièrement un musicien de ses amis, Casella, 
dans le deuxième chant de son Purgatoire. » 



¥ ^ 



LA MARSEILLAISE 



D'après le livre dd Wilhelm Tappert : Musikaliscbe Studien 
(Études musicales). Berlin, 1868. 

L'auteur commence par affirmer, du ton d*un 
homme qui est sûr de son affaire, que la MarseiU 
laise n'est autre chose qu'un thème pillé à la Prusse, 
comme (d'après lui] à peu près tout ce que nous 
possédons en musique. 

Naturellement une pareille affirmation deman- 
dait quelque petite preuve, l'auteur n'hésite pas à 
vous la donner de la façon la plus péremptoire : 
€ J'ai entendu rapporter par un de mes amis qu'un 
de ses oncles avait entendu raconter à un de ses 
parents, qui le tenait de seconde main, que cette 
dernière personne avait entendu affirmer que ce 
thème {la Marseillaise) se trouvait dans l'une des 
vingt et une messes inconnues et non gravées d'un 
auteur tout aussi inconnu, nommé Holzbauer. » L'au- 
teur part de là pour raconter tout ce qu'il sait sur 
la naissance et sur la mort de Holzbauer, à peu près 
autant que vous et moi, peu de chose, bien entendu ; 
quant à h Marseillaise, pas un mot. Il nous apprend 



281 MUSIGIANA. 

par contre que ce sieur Holzbauer a fait une immense 
quantité d'opéras aussi inconnus et aussi injoués 
que ses messes. Puis M. Tappert igoute c qu^il ne 
doute pas qu'à une époque plus ou moins reculée 
on ne découvre dans quelque coin cette messe in- 
connue et inédite qui renferme la Marseillaise. > 
Cherchez donc encore un peu, chers petits agneaux, 
cela doit se trouver dans VAgnus Dei, car le style 
de la Marseillaise indique clairement que ce chant 
patriotique a été fait sur les paroles : «Seigneur, 
ayez pitié de nous, miserere nobis. » S'il y avait 
encore après cela des personnes assez rétives pour 
ne pas être suffisamment convaincues, ce qui nous 
paraît difficile, l'auteur Tappert leur réserve cette 
dernière preuve sans réplique, c'est « qu'il a en- 
tendu chanter dans un village un Gloria sur l'air 
de la Marche du Couronnement^ de Meyerbeer. » 
Donc la Marseillaise est de Holzbauer. 
: On doit chanter de jolies messes dans ce pays-là ! 
N'y aurait-il pas un Kyrie sur Vlnvitation à la 
valse, de Weber ? 



¥ ¥ 



LE CHANT DU ROSSIGNOL. 



Ge virtuose champêtre a dû naturellement occu- 
per sa place dans un livre d'esthétique musicale 



VARIA... 2S8 

transcendante comme celui-ci, dans ce Musiciàna, 
où Ton parle de toutes les écoles, même de celle du 
rossignol. 

Ce n'est pas uniquement pour son talent de vir- 
tuose que nous citons ce gentil petit animal, c'est 
surtout pour mieux faire connaître son école aux 
compositeurs de musique, qui lui empruntent vo- 
lontiers quelqueô bribes de vocalises pour les insi- 
nuer dans leurs opéras-comiques. 

Que de ritournelles d'airs de soprano où la flûte 
s*évertue à reproduire le chant du rossignol plus ou 
moins exactement, depuis Rameau jusqu'à Victor 
Masses depuis Haydn jusqu'à Beethoven : cette pré- 
férenee a dû faire mourir de jalousie bien des fau- 
vettes et des chardonnerets (1). 

Le texte du chant rossignolien a été maintes fois 
déjà l'objet des recherches des savants ; nous pou 
vous citer : Marco Bettini, Dupont de Nemours^ 
Bechstein, Ch. Nodier^ Peignot, etc., etc. 

René François, dans ses Merveilles de nature^ 
ouvrage déjà cité, après avoir énuméré les quinze 
modes grecs^ continue ainsi : « Le petit rossigno- 
let, choriste de nature, sgait tout cela par nature, 

(1) C'était à une soirée parisienne où Geraldy, alors au milieu de ses 
succès, se trouvait du nombre des exécutants. Louis Muller, le grand 
peintre qui porte ce nom, mais alors jeune et inconnu, demanda 
à Geraldy : « Aimez- vous le chant du rossignol? — Géraldy : Gom- 
ment, si je l'aime ? Mais je l'admire cette finesse de vocalisations, ces 
trilles inimitables, ces... — M. Muller, interrompant : Comme cela 
doit vous eontrarier de voir une si petite béte en savoilr plus que 
vous !» 



2S4 MUSICrANA. 

esclattant d'une voix qui gringotte en haute et basse 
note tout ce qu'il veut, et d'un sifïlettis trenchant, 
hachant, coupant, entrerompant ses chansons, dé- 
goise cent f redons, et en chantant il charme ses 
soucys, et addoucit ses aigreurs et ses cuisans 
regrets qui autrement le liment. » 

Les rossignols reparaissent encore un peu plus 
loin, quand Fauteur parle du chant à plusieurs par- 
ties : « Tantost deux petits rossignols s'envoyent le 
cartel de deffl, pour se battre en duel, l'un pré- 
sente la première estocade de sa langue, l'autre la 
renvoyé et redouble, coup sur coup, fredon sur fre- 
don, passe sur passe; l'un se feint, l'autre sous- 
pire, qui crie, qui se tait, puis se dardent tout à 
coup, puis se retirent, tantost ils se flattent par mi- 
gnardises, tantost se menacent rudement ; souvent 
vous diriez que le cœur faut à l'un, et que l'autre 
vueille rendre son ame : souvent vous cuydez qu'ils 
soient d'accord, aussitost ils se faschent, mesmes 
qu'ils contrefont rescho,.un dit, l'autre redit sans 
y faillir d'un seul poinctj l'un se plaint, l'autre 
pleure; l'un rit et l'autre esclatte; je pense qu'ils 
mourraient en duel^ n'estoit que par compassion 
quelque farouche basse-contre avec le tonnerre 
de sa voi;x les espouvante et les sépare l'un de 
l'autre ou plustost que chaque chœur, espousant le 
party de son superius^ ne se mit en bataille rangée, 
teste à teste, dix contré dix, entrechoquant voix 
contre voix, haut contre bas, taille contre taille^ à 
son de trompettes et de fiffres, flustes, cornets et 



VARIA... 285 

tabourins, avec les coups de canon des orgues, les 
mousquets des saquebutes, qui bat, qui crie, qui 
sue, qui souspire et rend Tame, qui se cache en 
embuscade, et ayant demeuré coy longtemps, en un 
clin d'oeil fend la presse au moindre signe qu'on 
luy donne, et se jette dans la meslée à corps perdu ; 
enfin trestous sont si bien acharnés et enveloppez 
si avant au chamaillis, qu'ils y lairraient tous, ou 
la vie, ou au moins la voix, n'estoit qu'on sonne la 
retraite, avec une douzaine d'allelnya^ et lors les 
ralliant et faisant paix, s'en vont boire un coup 
de compagnie, et sont plus grands cousins que ja- 
mais, lorsqu'essuyant leurs visages, arrousant leurs 
flustes, ils racontent leurs tirades^ leur prouesse, 
et leurs ruses miraculeusement harmonieuses. > 

Je suis bien convaincu d'avoir vu le chant du 
rossignol noté en musique quelque part, mais où? 
En attendant que je retrouve cette notation musi- 
cale, voici toujours le texte imitatif donné par 
M. Bechstein : 



Tiou, tiou, tiou, tiou, 

Shpe, tiou tokoua, 

Tio, tio, lio, tîo, 

Koutio, koutiou, koutiou, koutiou, 

Tskouo, tskouo, iskouo, tskouo, 

Tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsil, 

Kouorror, tiou, tskoua pipitskouisi, 

Tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tsirrhadinng, 

Tsi, si si tosi si si si si si si, 

Tsopre, tsorre, tsorre, tsorrehi ; 

TsatD, tsatn, tsatn, tsatn, tsato, tsatn, tsatn tsi, 

Dlo dlo dlp dla, dlo dio dio dlodlo; 



IS6 MUSIGIANA. 

Kouioo trrrrirritzt, 

Lu lu lu lu, ly ly ly, li lî lî li, 

Kouîo didl li loulyli, 

Ha gouor, gouor, koui, kouio! 

Koui, koui, koui, koui, koui, koui, koui, koui^ ghi, ghî, ghi; 

GhoU, gholl, gholl, ghoU, ghia, hududoï, 

Koui, koui, horr ha, dîa, dia, dîUhi! 

Hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets. 

Touarrho hotstehoï; 

Kouia, kouia, kouia, kouia, kouia, kouiati; 

Koui, koui, koui, io io io io io io io koui. 

Lu lyle lolo didi io kouia. 

Higuai, guai guai guai guai guai kouior, tsis tsiopi. 



Bien entendu que ce texte doit être lu avec volu- 
bilité, et de préférence par une voix de femme : les 
incrédules pourront d'ailleurs vérifier eux-mêmes, 
un beau soir de mai, dans quelque bois silencieux, 
par une nuit profonde et le texte en main. 

Quant aux personnes que ce sujet pourrait inté- 
resser plus particulièrement, celles-là pourront lire 
avec profit le Nouveau traité des serins de Cana- 
rie, contenant la manière de les élever et les 
appareiller pour en avoir de belles races; avec des 
remarques sur les signes et causes de leurs, mala- 
dies, et plusieurs secrets pour les guérir^ dédié à 
S. A. S. madame la Princesse^ par M. J.-C. Her- 
viEux DE Chanteloup, doycu et premier des an- 
ciens syndics de messieurs les commissaires des 
bois à bâtir. Paris, J. Saugrain, 1745. (Le prix 
est de quarante sols.) 

L'auteur parle de 29 espèces de serins, puis 
viennent les accouplements avec les linotes, les 



VARIA... «87 

chardonnerets, etc. Il penche à préférer le serin au 
rossignol ; cela nous paraît un pur amour-propre 
d'auteur. Quoi qu'il en soit, l'éducation musicale du 
serin doit commencer quinze jours après son se- 
vrage, c'est-à-dire quand il commence à gazouiller, 
ce qui prouve que c'est un mâle et qu'il est en 
bonne santé. 

Alors on lui joue un air de flageolet, dont les 
tons ne seront pas trop élevés (absolument comme 
pour les chanteurs), car si votre flageolet est trop 
haut, votre serin se desséchera si fort les poumons 
que, maigrissant peu à peu, il mourra (toujours 
comme les chanteurs). 

« Cinq ou six leçons par jour suffisent pour iû-^ 
struire un serin ; » il n'est donc pas étonnant de 
Voir des chanteurs, qui ne prennent que deux ou 
trois legons par semaine, rester des serins toute 
leur vie. 

« On peut jouer aux serins un petit prélude en 
u/, ton que tout le monde sait être fait pour les 
oiseaux, avec une marche, comme celle des Zur- 
laubes, ou des Gardes du corps, qui est du môme 
ton que le prélude. » 

Comme tout^le monde, je veux dire tous les ama- 
teurs de serins, ne connaissent pas la marche des 
ZurlaubeSy et que je ne la connaissais pas moi- 
même, je vais en donner la copie : 



288 



MUSIGIANA. 




f^f r CJ | rr f f r- f g 



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n existe encore bien d'autres ouvrages de haute 
volée sur le chant des oiseaux, comme le Manuel 
sur Fart de prendre vivants et d'élever les rossi- 
gnols^ par GoNORT, pâtissier à Saint-Denis; puis 
le Traité des oiseaux de chant, etc.; mais, pour ne 
pas abuser de la patience du lecteur bénévole, 
nous remettrons l'analyse de ces ouvrages sur le 
chant des bêtes à une autre édition du Musiciana. 



¥ ¥ 



FRAGMENTS D UNE LETTRE DE GANTEZ A UN MUSICIEN 

QUI VOULAIT VOYAGER. 

« Lorsque vous serez en condition dans quelque 
chappitre, soyez courtois à tous et familier à peu ; 
boire parfois avec les camarades, car comme Ton 
ne prend le poisson qu'avec Tameçon, on ne sçau- 






. VARIA. •• 289 

roit gaigner l'amitié des musiciens qu'avec le verre ; 
aussi la table fait les amis, dit Plutarque ; toutes 
fois prenez garde que cène soit pas trop souvent, car 
outre que vous feriez éclipse en votre bourse, ceste 
grande familiarité engendrerait quelque mespris,.et 
puisque les choses rares sont estimées précieuses, 
vous le ferez le moins souvent que vous pourrez, 
mais vous vous y gouvernerez si sagement que vous 
ferez la guerre à Tœil comme ceux qui mangent 
une teste de veau. Et tachez de ne pas acquérir la 
réputation que beaucoup de chantres ont d'estre 
sujets au vin, car encores qu'on die que tous les 
musiciens sont des yvrongnes, sachez aussi que 
tous les yvrongnes ne sont pas musiciens. » 



« -J'ay conneu un chantre si peu retenu, que fai- 
sant la leçon de musique à une damoyselle de bonne 
condition, en lui tenant la main pour lui apprendre 
la mesure, la luy grattoit dedans la paume, ce qui 
fut cause qu'il eut un grand soufflet, lequel fut si 
bien mesuré qu'elle ne le manqua pas, et fit sentir 
à son maistre que, s'il savoit plus de musique qu'elle, 
en revenche elle savoit mieux tenir la mesure que 
luy, et en cela semblable à beaucoup des compositeurs 
de nostre temps, lesquels feront une bonne pièce et 
ne la sçauroient faire chanter. » 

{Gantez y Entretiens des musiciens.) 



140 MUSIGIANA. 

DE l'enseignement MUSICAL DANS LA MAISON ROYALE 

DE SAINT-CYR 

(XVII* et XVIII* SIÈCLES.) 

Ces jours derniers, décembre 1868, avait lieu, à 
Versailles^ la vente des partitions de musique se 
trouvant en double dans la bibliothèque de la ville. 

Cette vente, annoncée à grands coups de tam- 
tam dans les journaux, a renouvelé l'histoire de la 
montagne qui accouche dune souris. Je suis 
convaincu que les trois marchands de Paris qui se 
sont dérangés de leurs affaires pour aller à Versailles, 
seraient restés chez eux s'ils avaient connu d'avance 
le peu de valeur des livres mis à l'encan avec tant 
de bruit. 

Le public acheteur se composait donc de trois mar- 
chands ci-dessus mentionnés, plus quatre amateurs 
fourvoyés, dont moi, le tout gelant et battant discrè- 
tement la semelle sous la table, vu le froid sibérien 
qui régnait dans cette grande salle non chauffée. 

Le catalogue de la vente portait 125 numéros. 
Ce qui avait alléché les quatre amateurs, c'étaient 
ces petites indications perfides : Aux armes de Mes* 
dames de France^ aux armes de la maison de Saint" 
Cyr^ aux armes... aux arnies! Voilà ce qu'on 
lisait à peu près à chaque numéro du catalogue. Il 
est vrai que quelques-unes de ces partitions avaient 
eu autrefois des armes gravées sur les plats, mais 



VARIA... 241 

on les avait soigneusement grattées à la Révolution. 
Pour être complètement dans la vérité, il aurait 
donc fallu mettre : Aux armes grattées de Mes^ 
dames de France, aux armes grattées de la maison 
de Saint'Cyr. Nous ne parlerons pas des quelques 
partitions peu rares et généralement en mauvais état 
de Gampra, Golasse, Dalayrac, Desmarets, Des- 
touches, Duny, Grétry, des quelques LuUy et des 
quatre Rameau. 

Le numéro 95 du catalogue, c'est-à-dire les Inter- 
mèdes en musique de la tragédie d'Estber^ composés 
par Moreau, était bien certainement l'article le plus 
recherché de toute la vente. Moreau, Angevin, 
maître de musique de la chambre du roi, fît ces 
intermèdes à la demande de Racine. Ce petit in-4^ 
est assez rare, et chacun des huit exemplaires pro- 
venant de Saint-Gyr s'est vendu quarante à cin- 
quante francs, quoique ce ne fût qu'une seconde 
édition. 

La communauté de Saint-Gyr, fondée, comme on 
sait, par Louis XIV en 1686, se composait de 
50 dames, de 36 sœurs converses et de 250 demoi- 
selles. Les sœurs converses faisaient les trois vœux 
de religion, les dames en faisaient un quatrième, 
celui de consacrer leur vie à Tinstruction des demoi- 
selles de leur communauté. 

Les demoiselles de Saint-Gyr étaient nommées 
par le roi ; elles devaient avoir sept ans accomplis 
à leur entrée et de plus faire preuve de quatre rfe- 
grés de noblesse du côté paternel. Au-dessus de 

14 



241 MU8IGIANA. 

13 ans, on n'était plus admis ; Téducation se ter- 
minait à 20 ans. Lorsque ces jeunes personnes 
avaient Tâge susmentionné (20 ans), on les renvoyait 
à leurs parents, ou bien on les mariait à quelque 
noble époux, agréable au roi (c'est ainsi que s'ex- 
prime Piganiol de la Force). Quant à celles que le 
roi ne trouvait pas à marier (devaient-elles être 
laides !), elles entraient en religion. Cqs dernières 
étaient choisies^ à la pluralité des suffrages, pour 
remplir le nombre des 50 dames professes, lorsqu'il 
y avait des places vacantes ; il fallait qu'elles eussent 
18 ans accomplis. 

Une curiosité (bien naturelle à un bibliomane) 
nous a fait acquérir tous les traités qui servaient à 
l'enseignement musical, les cantiques, recueils 
divers, etc., en usage dans l'établissement de Saint- 
Gyr. 

On y trouve : la Nouvelle méthode pour appren- 
dre en peu de temps la musique et Part de chanter^ 
par M. DeniSf dédiée aux dames de Saint-Cyr. Ce 
volume renferme d'excellentes choses, entre autres 
des solfèges en clés d'ut qui ne sont pas à dédai- 
gner, même aujourd'hui. L'introduction contient 
quelques notes curieuses ; citons : « On n'ignore pas 
que la chaconne, la villanelle, les airs vifs en général 
sont marqués par un 3 simple (indication de me- 
sure) ; la passacaille, la sarabande par le 3/4. » 
Puis, plus loin : « L'abus dans lequel je crois qu'on 
est tombé consiste en ce qu'on a choisi le 2 pour le 
rigaudon, la gavotte, la bourrée et plusieurs autres 



VARIA... 243 

pièces de ce genre, au lieu qu'il aurait été plus à 
propos de se servir du 2/4. • 

Nous pensons que ce traité est l'un des premiers 
qui aient donné au bécarre la signification qu'il a 
aujourd'hui : « Le bécarre supprime le bémol et le 
dièze, en faisant revenir la note qui la suit à son 
ton naturel. » Encore faut-il ajouter que la force de 
l'habitude fait oublier à M. Denis son propre prin- 
cipe : dans les exemples en sol ou en ré majeur, on 
trouve, comme cela se pratiquait anciennement, les 
fa et les do dièzes précédés d'un bémol au lieu d'un 
bécarre pour les rendre naturels. 

Voici la manière de battre la mesure à quatre 
temps : c Le premier baissé se fait en battant ; le 
premier levé, qui suit immédiatement après, s'exé- 
cute en portant la main vers l'épaule gauche, c'est 
le second temps ; le second baissé, qui fait le troi- 
sième temps, doit être jeté à Topposite vers le genou 
droit ; le quatrième temps, qui forme le second levé 
et finit la mesure, s'élance en haut vers Toreille. » 

Cela devait être une véritable leçon de gymnas- 
tique pour ces jeunes demoiselles, nobles à 
quatre degrés ! 

On se servait encore d'un autre traité intitulé : 
la Musique théorique et pratique dans son ordre 
naturely^diV M. Borin, auteur de TArt de la ianse^ 
imprimé par J.-B.-G. Ballard, 1746. Ce sont prin- 
cipalement des règles pour la transposition ; on y 
parle également de la manière de noter la mu- 
sique de mémoire, ce que l'auteur appelle 120/er 



«44 MUSIGIANA. 

d'oreille (1). Ce volume contient beaucoup d'exem- 
ples de musique : payanea^ passepieds, bourrées, 
gayotteSy musettes, gigues , passacailles ^ sara-^ 
bandes, courantes, chaconnes, menuets, etc. 

Nous avons trouvé une troisième méthode, ma- 
nuscrite, sans nom d'auteur, servant aux demoi- 
selles de Saint-Gyr ; notre exemplaire était celui de 
la classe verte, dixième rang. Il y a dans ce petit 
volume des notes assez intéressantes sur la signi- 
fication de r accent, du port de voix^ du balance- 
ment, du tremblement, de la feinte, du pincé^ etc. 

Le service religieux de Saint-Cyr se trouve réunf 
dans deux gros in-8®, gravés, ayant pour titre : 
Chants et motets à Pusage de Véglise et commu- 
nauté des dames de la Royale Maison de Saint- 
Louis, à Saint-Cyr, contenant les messes, vespres, 
cérémonies, avec les litanies ; le tout composé par 
feu M, Nivers, organiste du Roi, etc. Mis en ordre 
et augmenté de quelques motets par M. Cléram- 
bault, organiste de ladite maison Royale ; 1733. 
Ces deux volumes renferment le service religieux 
complet, avec les fêtes de l'année, etc., le tout en 
latin; les plain-chants conservés y sont reproduits 
en nolatioii rhythmée. 

On sait que la composition du God save tbe King 
a été attribuée à maint compositeur, à Hsendel, à 
LuUy , etc. Voici d'où provient l'erreur, quant à Lully : 

(1) Cette vieille nouveauté a été introduite dans les classes de 
solfège du Conservatoire, en 1872. 



VARIA... 245 

* 

lorsque le roi d'Angleterre Jacques II visita Saint- 
Cyr, en 1690, on voulut lui faire la gracieuseté de 
chanter le God save the King avec des paroles 
françaises ; ce cantique fut inséré à partir de cette 
époque dans le répertoire religieux de Saint-Cyr, 
ce qui amena plus tard la confusion sur sa véri- 
table provenance. Les religieuses de Saint-Cyr 
ayant toujours prétendu, de bonne foi d'ailleurs, que 
ce cantique était né à Saint-Cyr, bien des historiens 
ont adopté cette version (4). 

Il est à remarquer qu'aucun des .cinq ou six 
Domine salvum fac regem que renferment ces deux 
volumes ne mentionne le nom du roi. Nous igno- 
rons à quelle époque ou à quelle occasion le nom 
du roi de France fut introduit dans le Domine sal- 
vum^ mais il est constant qu'alors cet usage n'exis- 
tait pas ; tous les textes disent simplement : Domine 
salvum fac regem y et exaudi nos in die quainvoca- 
yerimus te (2). 

Une exception cependant : nous trouvons le nom 
de Louis XIV dans le seul morceau ayant pour 
titre : Motet pour le roi en temps de guerre : « Ecce 
reges terrsa commoti sunty conturbati sunty salvum 
fac regem nostrum Ludovicum, Deus meus. » 

Outre le service pour les fêtes régulières de l'an- 
née, il y a quelques annexes dans ces deux volumes, 

(1) On trouvera des renseignements très-développés sur le God 
save dans ; Popular muaic ot tbe olden time by, U^. Chappell. 
Londres, 1859, 2 vol. gr. in-8«. Le God save est de Carrey. 

(2) Le nom du roi n'a été vraisemblablement joint au Domine 
salvum qu'à partir de 1830. 

14. 



t46 MUSICIANA. 

comme la cérémonie pour là prise d'habits des 
novices f et celle pour la profession. Tous les faits 
et gestes des postulantes y sont minutieusement 
décrits : la bénédiction des habits, la prise dlceux, 
quand on donne le voile (les postulantes étant de 
retour auprès de la grille), le baiser de paix à la 
profession y les demandes et réponses des novices, 
les vœux, la remise des croix aux professes, quand 
on met les sœurs professes sous le drap mortuaire. 

Il y a également des motets pour les temps de 
guerre, pour les nécessités publiques, pour la paix; 
puis ceux en Thonneur d'une bienfaitrice quelcon- 
que. Vu le grand nombre des voix, on les divisait 
parfois en deux chœurs, le grand et le petit chœur. 

Nous terminerons cette revue des livres de mu- 
sique de Saint-Gyr en parlant d'un recueil de can- 
tiques intitulé : les Charmes de la musique sacrée. 
Alors, comme aujourd'hui,. existait ce mauvais goût 
de chanter des paroles sacrées sur des airs d*opéras 
ou de ballets ; le siècle de Louis XIV n'avait pas 
inventé cet usage, et le nôtre n'en verra pas la fin. 

Nous trouvons, par exemple, dans ce volume, 
un six'huit, véritable air de contredanse, intitulé 
air italien léger, avec les paroles suivantes : 

Le rossignol ne chante 
Qu'au large et dans les bois, 
Esclave on se lamente, 
On est comme aux abois. 
liberté charmante, 
Sans toi l'âme est dolente, 
Sans forces et sans voix. 



VARU... t47 

Parfois aussi, la mythologie se glisse dans les 
cantiques de Saint-Cyr : 

Mais dans le Tsrtare 
Quel sort se prépare? 
Hélas ! que de peines, 
D'accablantes chaînes, 
De cruelles gênes 1 

Ces -derniers versicules se trouvent dans un me- 
nuet de Lully, que les dames professes avaient sans 
doute dansé à la cour, au temps heureux de leur 
jeunesse. 

Sous le titre la Précaution^ dont l'air porte l'in- 
dication léger et gratieux^ cette jeupe noblesse 
chantait à Dieu : 

Le carpillon toujours alerte, 
Tire, nage vers l'autre bord ; 
Quand il voit qu'on pense à sa perte, 
n s'enfuit et penae à son sort. 

Nul doute qu'une fois lancées dans le monde, 
mesdemoiselles de Saint- Cyr ne se rappelassent 
avec profit le cantique du Carpillon. 

On sait que le règne de Louis XIV nous a doté 
d'un bagage de chansons très-tendres assez consi- 
dérable. Aussi avait-on soin de prémunir ces jeunes 
filles contre de telles légèretés poético-musicales, 
qui jettent les esprits à la renverse ^ comme il est 
dit dans les Caquets de F accouchée. 



848 MUSIGIANA. 

Contre la licence des chansons : 



discours imprudents I non jamais Babilone 
A l'excès du chrétien ne porta ses fUreurs, 
Et quand le ciel souffre encor ces horreurs, 
Que sa douceur m'étonne 1 
Grand Dieu! tu vois ton saint nom profané. 
Un rimeur insolent dans ses vers le chansonne. 

Arme-toi contre un forcené. 
Et pour le réprimer, au moins menace, tonne. 



Décidément, ces vers ne sont pas de Racine ; il 
faut ajouter que sur le mot tonne^ il y a des voca- 
lises en doubles croches pendant une douzaine de 
mesures : c'était pour imiter le tonnerre, musique 
descriptive. On n'a garde d'omettre le joli air de 
Rameau, dans HippoIyti&; et Aricie : 

Rossignols amoureux ! 

. (. 

Seulement, on a mis rossignols enchanteurs; 
le reste des paroles est à peu près le mot à mot de 
celles de F air profane. 

Ces airs profanes devaient causer quelques lé- 
gères distractions à mesdemoiselles de Saint-Cyr, 
et comme l'a dit un poète, qui n'était pas Racine 
non plus : 

Au chœur mainte pensionnaire 
Disant le chant de Débora, 
Avait les yeux au sanctuaire 
Et la pensée à l'opéra. • 



VARIA... . 249 



¥ ¥ 



LA CENSURE THEATRALE A ROME. 

En Italie il y a toujours eu deux espèces de cen- 
seurs : les politiques et les ecclésiastiques, c'est-à- 
dire le point de vue de TAutriche et le point de vue 
du Vatican. Tous deux ont offert jusqu'à ces der- 
niers temps de nombreux et curieux matériaux 
pour celui qui en écrira un jour Thistoire. 

Non-seulement aucun manuscrit ne s'imprimait 
s'il n'était revêtu de trois autorisations : celle du 
Saint-Office, celle de l'évéché et celle de l'autorité 
politique ; mais il arrivait même souvent qu'un livre 
déjà paru avec cette triple consécration était saisi 
plus tard et détruit par ordre supérieur. 

Quant à la censure des pièces de théâtre, les 
anecdotes divertissantes abondent tant à Milan qu'à 
Rome, àNaples et même à Paris. Nombre de libretti 
ont dû être changés pour faire passer la partition : 
Guillaume Tell^ par exemple, s'appela Wàllace à Mi- 
lan; Lucrèce Borgia devint la Rinnegata à Rome (1); 
la Battaglia di Legnano fut VAssedio di Leida à 
Venise. La censure, à Rome, ne souffrit même pas 
le titre de Norma, parce que ce mot qui, dans le 
langage usuel, signifie gruicfe ou régleuse trouve 
imprimé sur des brochures de sacristie, telles que 
Norma per vivere devotamente ; Norma délia 
prima communione, etc. 

(1) On Vîntîtula anssi Elîaa da Foaeo. 



250 MUSICIANA. 

Le chef-d'œuvre de Bellini fut donc baptisé h 
Foresta d'Irminsul. 

Si le libre tto était inoffensif quant au sujet, on 
épluchait les mots. Dans la strette du fameux duo 
des deux basses des Puritains : Suoni la tromba 
intrepido^ le quatrième vers : Gridando liberta^ fut 
changé par la censure autrichienne en Gridando 
lealtâ, en 1837. Ronconi chantait ce duo à la Scala 
et dut se soumettre à la règle. Quelques jours après 
le spirituel artiste, ayant à chanter YEIisire da- 
more (rôle de Dulcamara), au lieu de dire à Nemo- 
rino : Vende la liber ta si fè soldato, fit ce raison- 
nement : Puisque la censure veut qu'on dise loyauté 
au lieu de liberté dans les Puritains^ elle ne peut 
vouloir autre chose dans YEIisire^ et il chanta bra- 
vement : Vende la lealtà si fè soldato et le pu- 
blic d'applaudir à outrance. Seulement, en rentrant 
dans la coulisse, le facétieux chanteur trouva le 
commissaire de police qui l'admonesta vertement 
avec menace de le faire coucher au violon en cas 
de récidive. 

Quelquefois l'autorité politique mettait le veto 
non sur l'œuvre, mais sur l'artiste. 

Pendant plusieurs années le grand tragédien 
Gustave Modena ne put paraître sur aucun théâtre 
de l'Italie, hors le Piémont, 

En 1857, à San Carlo de Naples, on avait engagé 
madame Sanchioli, et l'impressario comptait beau- 
coup sur cette éminente prima donna ; mais la po* 
lice, ayant eu vent que madame Sanchioli était une 



VARIA... 



t51 



patriote, donna l'ordre à la frontière de lui faire 
rebrousser chemin. 

Il nous a semblé curieux de reproduire quelques 
déclarations d'auteurs^ copiées dans des pièces ita- 
liennes du siècle dernier et même de celui-ci, où 
le poète, selon les usages de la censure romaine, 
affirme sa foi catholique ; nous aurions pu faire des 
citations par centaines. 



Le parole Fato, CîelOt Des- 
tina, Stelle, Deitk o altre simili 
sono frasi poetiche^ non senti- 
ment! dell' autore, che pregian- 
dosi d*esser buon catholico, se- 
risse conforme ail' uso, ma 
crede conforme deve. 



¥*¥ 



Protesta. 

L'autore si dichiara, che le 
parole Fato^ Deitày Idolo, adO' 
rare ed altre simili, intanto lejha 
inscrite nel présente Drama, in 
quanto poeticamente le consi- 
déra in bocca dl personaggi 
gentili, sapendo ben egli, che 
si devono per altro detestare 
corne le dedesta, professando la 
vera Religîone Catholica Ro- 
mana, in difesa délia quella è 
sempre pronto a spargere il 
sangue. 



Les mots Destin, CieL Desti- 
née. Etoiles, Divinités et autres 
semblables, sont des expressions 
poétiques, étrangères aux sen- 
timents de l'auteur, lequel s'es- 
timant bon catholique, écrit selon 
l'usage, mais croit selon le de- 
voir. 



¥*¥ 



Déclaration, 

L'auteur déclare que les mots 
Destint Divinité, Idole ^ adorer 
et autres semblables, n'ont été 
employés par lui dans le pré- 
sent Drame que parce qu'il 
les a considérés poétiquement, 
comme sortant de la bouche de 
personnages païens, Fauteur sa- 
chant très-bien d'ailleurs que 
l'on doit les détester ainsi qu'il 
les déteste, attendu qu'il pro- 
fesse la vraie religion catholi- 
que romaine, pour la défense de 
laquelle il est toujours prêt à 
répandre son sang. 



252 



MUSIGIANA. 



¥*¥ 



Protesta. 



Le parole Fato^ adorare e si- 
mili son expression! délia penna, 
non sentimenti delF autore, il 
quale si gloria di esser vero ca- 
tolico. 



¥*¥ 



Protesta delV autore. 

Le parole Fato, Destina^ Na- 
me, adorarct Idoli ed altre si- 
mili piacciati considerarle come 
sfoghi di penna poetica, non 
come sensi di un core che nac- 
que, vive, e vuol morire buon 
caitollco. 



¥*¥ 



Protesta al lettore. 

Incontrerai nella letlura di 
queslo Drarama le solite voci 
IdoJo, Numiy FatOf adorare e 
simili, usurpate da nostri Tealri 
par disprezzo' sempre maggiore 
dcgl' Elnici, e alcune Massime 
contrarie non meno alla le^ge 
Naturale che alla Divina, adat- 
tate a persone immerse negli 
érrori délia cieca geniilità^ con- 



¥*¥ 



Déclaration. 

Les mois Destin, adorer et 
autres semblables sont des 
expressions de la plume, non 
des sentiments de l'auteur, le- 
quel se fait gloire d'être un vrai 
catholique. 



¥*¥ 



Déclaration de Fàutear, 

Les mots Destin^ Destinée, 
Divinitéf adorer. Idoles et au- 
tres semblables, tu voudras bien, 
lecteur, les considérer comme 
des élans de la plume poétique 
et non comme les sentiments 
d'un cœur qui est né, qui vit et 
qui veut mourir bon catholique. 



¥*¥ 



Protestation au lecteur. 

Tu rencontreras dans la lec- 
ture de ce Drame les mots usités 
d'Idole f Divinité, Destin, ado- 
rer et autres semblables, usur- 
pés par nos théâtres pour mé- 
priser de plus en plus les païens, 
ainsi que quelques maximes con- 
traires à la loi naturelle, non 
moins qu'à la loi divine, mais 
convenant à des personnages 



.^^^ 



VARIA... 



S5S 



daniia le sudette voci e i con* 
cetti espressi cou quelle, corne 
menzogne, è détesta le sudette 
massime corne inganni di coloro, 
che non erano illuminati délia 
vera e santa Fede cattolica. 



plongés dans les erreurs de 
l'aveugle idolâtrie; condamne 
ces dits mots et les pensées 
qu'ils expriment comme des 
mensonges et déteste lesdltes 
maximes comme des tromperies 
de ceux qui n'étaient pas éclai- 
rés par là vraie et sainte foi ca- 
tholique. 



LA SICILIENNE DE PERGOLESE. 



Mademoiselle Pauline Garcia, nouvellement ma- 
riée à M. Viardot, se trouvait à Rome en 1840. 

Accompagnée de son époux, elle alla voirTabbé 
Santini etsa bibliothèque, qui renfermait des trésors. 

L'abbé avait fait passer sous les yeux de ses 
visiteurs plusieurs curiosités et raretés musicales, 
quand madame Viardot avisa au bout de la table 
un volume manuscrit dePergolése. Elle le feuilleta, 
et tomba sur la ravissante Sicilienne, maintenant 
célèbre, alors tout aussi inconnue des Italiens que 
des Français. Madame Viardot demanda à l'abbé 
Santini la permission de copier ce morceau, qui 
l'avait frappée ; Tabbé y consentit de la meilleure 
grâce du monde, et voilà comment la Sicilienne de 
Pergolèse vit réellement le jour, car jusque-là il 
n'existait que l'autographe possédé par l'abbé 
Santini, et personne ne Tavait jamais examiné. 

Cette bibliothèque, précieuse à plus d'un titre, 
devait revenir à la France après la mort de Santini, 



254 MU&ICIANA. 

auquel le gouvernement français aurait payé jusque- 
là une pension de 1,200 francs par an. Gomme ga- 
rantie, cette bibliothèque devait être transportée à 
rÉcole française de Rome,rabbé Santini en gardait 
la clé. 

Toutes ces convenlions, arrêtées par l'entremise 
de M. Viardôt, attendaient les formalités réglemen- 
taires, quand le ministère changea. 

Le nouveau ne s'en occupa plus : trois ans après 
l'abbé Santini mourut, et sa bibliothèque ? ? ? 

Fétis dit qu'après la mort de Santini sa biblio- 
thèque* fut acquise par un amateur qu'il ne nomme 
point, mais il convient que, d'après un catalogué 
manuscrit et in extenso de cette bibliothèque, ce 
devait être une des plus belles qui fût au monde. 

En 1854 M. Wladimir Strassoff publia à Florence 
une brochure : F Abbé Santini et sa collection musi- 
cale à Rome, Il s'y trouve un catalogue de cinq ou 
six pages, ne donnant nullement l'idée d'une grande 
bibliothèque musicale. 



ORIGINE DE l'abonnement DE MUSIQUE. 



Cette origine ne remonte pas bien loin; elle date 
de cent ans. Les extraits qui suivent sont tirés 
d'une pièce assez rare^ intitulée : Mémoire signi-- 
lié pour le sieur Péter s et le sieur Miroglio^ dé- 
Tendeur et demandeur, contre Christophe Lemenu 
et CIiarleS'NicoIas Lechrc, marchands merciers; 



VARIA... 255 

L.'B. de La Chevardière et T. Bordety marchands 
papetiers; Pierre Gavinicr (1), Michel Corrette^ 
Antoine Bailleux et J.-B. Vcnier, musiciens ^ op- 
posants à la continuation du bureau et défen- 
deurs (2). 

« Pour faciliter l'agrément de la musique, la 
multiplicité des personnes qui cherchent à l'ap- 
prendre ou à s'en occuper, il est nécessaire de pro- 
curer le moyen de la lire et de l'exécuter, aux uns 
par le prêt, aux autres par l'achat des livres mu- 
sicaux. 

« tiO sieur Péters a imaginé deux établissements 
qui procureront ce double avantage, et même beau- 
coup d'autres, par exemple aux musiciens d'être 
connus, l'occasion de publier leurs ouvrages et de 
les faire prendre, conséquemment aux ouvriers 
Toccasion de travailler, et aux marchands celle de 
vendre de la musique. » 

Le premier de ces établissements parut le 
4 juin 1765; il fut annoncé par un prospectus et un 
catalogue de livres de musique approuvés par le 
sieur Marin, censeur royal, et imprimés par Delor- 
mel, avec la permission de M. le lieutenant de po- 
lice. 



(1) C'est OavÎDÎès qu'il faut lire, c'est-à-dire le célèbre violo- 
niste que Viotti appela le Tartini français. Il dirigea, avec Gossec, 
le Concert spirituel , et fut le premier professeur de violon lors 
de la fondation du Conservatoire de musique, on 17^4. 

(2) Ce factum se trouve dans la collection de mon ami E. Tfaoi* 
nan» qui me Ta communiqué. 



256 MUSICIANA. 

Cet établissement consiste à prêter ^ moyennant 
vingt-quatre livres par an pour chaque abonné^ la 
musique vocale et instrumentale qu'il voudra. 

Chaque abonné pourra changer d* œuvre aussi 
souvent qu'il le désirera; mais^ s'il le déchire ou 
perd une partie de l'exemplaire prêté, ou qu'il le 
garde plus de huit jours, il payera le prix de 
Vexemplaire. 

Cette invention trouva des opposants en la per- 
sonne de deux merciers (1), deux papetiers et 
quelques musiciens, qui implorèrent, pour se liguer 
avec eux, quelques potier^ détain (2) et quelques 
chaudronniers; finalement, cette armée d^oppo- 
sants parvint au chiffre vingt. 

Le sieur de Péters avait encore inventé un se- 
cond établissement qui consistait : à livrer chaque 
mois, moyennant la somme de quarante-huit livres 
par an, à chaque abonné, un exemplaire d'un nou-* 
vel œuvre de musique. 

L*un des plus ardents opposants fut le sieur Cor* 
rette, organiste du collège des Jésuites de la rue 
Saint-Antoine. Ce Corrette avait ouvert une école 
de musique, mais sans produire d'élèves bien dis- 
tingués, de sorte que les musiciens les appelaient 
les anachorètes (les ânes à Corrette). A. Toccasion 
du débat contre le bureau d'abonnement, Corrette 

(1) Les merciers vendaient de la musique à cette époque. 

(2) Les potiers d'étain et les chaudronniers étaient les fournis- 
seurs des planches qui servaient à la gravure de la musique; 11 n'y 
en avait alors que trois à Paris, voy, p. 3, Mémoire cité* 



VARIA... 257 

écrivit la lettre suivante à son éditeur : c Je vous 
prie de ne point compter sur l'impression de mes 
deux nouveaux livres ; ainsi renvoyez tous les com- 
pagnons que vous auriez retenus pour ces ouvrages. 
Comme un nommé Mirogîio vient d'avoir la per- 
mission de louer les livres de musique, vous com- 
prenez bien qu^avec quatre ou cinq exemplaires 
qu'il fera acheter, il contentera la curiosité des 
amateurs, et que moi j'en serais pour mes frais. 
Je suis seulement fâché d'avoir dépensé si gros. 
N'achetez point non plus de papier : Fart de la 
musique est à T agonie; à moins qu'il ne nous 
vienne une main secourable, tout est perdu. » 

Le sieur Péters cite contre le sieur La Ghevar- 
dière cette petite anecdote : « En 1754, le sieur Mi- 
rogîio a composé une ariette française et italienne ; 
la demoiselle Piccinelli devait la chanter, au mois 
de novembre de la même année, au théâtre Italien. 
Le sieur Mirogîio a vendu cet ouvrage au sieur -de 
Péters ; celui-ci l'a fait graver avec renonciation 
que la demoiselle Piccinelli F avait chantée, afin de 
faire paraître cette pièce dans le moment même où 
elle l'aurait chantée effectivement. La demoiselle 
Piccinelli étant tombée malade, la publication de 
l'ariette a été retardée pour l'année suivante ; mais 
le sieur La Chevardière l'en a dispensé ; voici com- 
ment : 

« Un exemplaire donné en présent tomba entre 
les mains du sieur La Chevardière ; ce marchand 
de papier, qui est en même temps éditeur d'un jour- 



258 MUSICIANA. 

nal hebdomadaire de musique, Ta fait graver pour 
sa vingt -quatrième feuille de Tannée 1765, même 
sans y mettre le nom de Fauteur, n 

Il paraît qu'à cette époque la législation n'avait 
pas encore établi d'une façon bien nette les droits 
du simple débitant ou vendeur de musique y car, à 
la page 12 de ce curieux mémoire on lit : « Le mer- 
cier comme le papetier, le luthier comme le bour- 
geoiSy peuvent vendre de la musique, tout le monde 
enfla, qui en a, peut ouvrir une boutique, tenir un 
magasin et inscrire sur sa porte : Magasin de mu- 
sique, sans que qui que ce soit puisse s'en plaindre, 
parce que, qui ce soit n'a le droit exclusif de vendre 
ou de faire vendre la musique qui lui appartient ou 
lès exemplaires qui lui sont confiés pour le débit, 
ou enfin les exemplaires qu'il a achetés. Le petit 
nombre de marchands qui vendent de la musique 
fournit la preuve de cette vérité. » 

« Le seul droit que Ton connaisse, mais que l'on 
ne saurait appeler qu'improprement un privilège, 
est celui de ï auteur ou de V éditeur àe yenàve par 
lui-même les exemplaires de ses ouvrages, ou de 
choisir qui il veut pour le premier débitant; alors 
tous les aulres ne les revendent qu'en regrat ; mais 
dès que Taùteur ou l'éditeur ou le premier débi- 
teur a vendu des exemplaires d'un ouvrage de 
musique, chaque exemplaire vendu est entré dans 
le commerce ; les nouvaux propriétair-es peuvent le 
revendre ou le faire revendre par qui ils jugent à 
propos. » 



VARIA., i 259 



V. 



« Le premier vendeur n'a qii'un parti à prendre, 
s'il est curieux d'être le seul débitant : qu'il no 
fasse aucune remise aux autres marchands; il sera 
certain que qui que ce soit ne voudra acheter un 
exemplaire la somme de 3 livres ou de 6 livres pour 
le revendre au même prix. » Celte logique de l'épo- 
que est confirmée par ce qui suit : « Les associés 
n'ont dans leur bureau que deux sortes' de musi- 
ques : Pune qui leur appartient, parce qu'ils l'ont 
achetée de Tauteur ; l'autre est composée des exem- 
plaires achetés par les associés ; personne ne peut 
les empêcher de les revendre, parce qu'ils leur ap^ 
partiennent. Cependant les associés ont annoncé 
dans leur prospectus qu'ils ne feront que les 
prêter. »* 

Considéré sous ce dernier point de vue, c'est un 
commerce qui n'existe pas encore sur la plaça de 
Paris, du moins en grand, car cela devrait s'appeler 
Cabinet de lecture pour la musique, en un mot, 
une immense bibliothèque musicale où l'on prêterait 
les exemplaires au public pour de l'argent, sans 
y joindre le commerce et l'édition de la musique. 

Ce mémoire nous apprend aussi qu'alors la Biblio- 
thèque royale fournissait aux lecteurs papier , plu- 
mes^ encre, des savants pour accueillir le public. 
De nos jours on a rogné les plumes et le papier : 
heureusement que Vencre et les savants sont restés. 

En 1765, le dépôt des ouvrages de musique se 
faisait ainsi : la remise du manuscrit et un exem- 
plaire au chancelier du bureau de la librairie, deux 



260 MUSIGIANÂ. 

eiçemplaires à la bibliothèque du Roi, et un exem- 
plaire à la bibliothèque du Louvre. Aujourd'hui, 
le dépôt consiste en trois exemplaires. 

La musique ne portait alors que le prix net^ et, 
de marchand à marchand, on faisait la remise du 
quart : un ouvrage de 36 sols se vendait 27 sols. 
Très-souvent, les auteurs éditaient eux-mêmes 
leurs œuvres. Quand un amateur voulait exécuter 
un morceau de musique, les trois pu quatre éditeurs 
existant alors le lui prêtaient moyennant la somme 
de 3 livres, quelquefois davantage, pour une après- 
midi. 

Maître Oudet, auteur du factura dont nous ex- 
trayons ces notes, nous apprend qu'alors on fraudait 
déjà souvent le dépôt, en n'y mettant paà certains 
ouvrages, pour en empêcher la copie à la biblio- 
thèque du Roi ; cela s'est reproduit de nos jours, 
pour certaines partitions à orchestre, qui n'ont 
été déposées qu'avec l'accompagnement du piano. 

Voici un petit trafic 'qui se faisait en 1765 : Le 
marchand mettait d'abord sur le titre du morceau 
nouveau le nom d'un auteur accrédité dans le pu- 
blicj dont il donnait quelques mesures pour com- 
mencer, quelquefois même la première page en 
entier ; ensuite, il faisait remplir tout le surplus du 
livre de la mauvaise musique qu'il avait achetée. 

Et l'auteur du factum s'écrie : t Y a-t-il quelques 
musiciens qui aient eu le bonheur de ne pas éprou- 
ver cet abus ? » 

Plus loin : t Les concerts sont rares ; la difficulté 



VARIA... 261 

d'y exécuter la musique, la dépense de Tachât sont 
l'unique cause de cette rareté. » 

Heureux aïeux qui vous plaignez de la rareté 
des concerts ! 

c Un père de famille désire toujours donner à ses 
enfants- une éducation relative à ses mœurs ; la 
musique en fait partie. Ce père a son plan d'éduca- 
tion, et, quoi qu'on dise, le diatonique, le chroma- 
tique, l'enharmonique sont des genres qui appro- 
chent plus ou moins du goût de l'instituteur ; tel 
aimera la marche simple, mais majestueuse du ton 
diatonique ; tel autre aimera l'harmonie et craindra 
que des sons mélodieux ne découvrent ou ne nour- 
rissent dans ses élèves la volupté, que le composi- 
teur exprime quelquefois plus ou moins dans ses 
sons, suivant qu'il en est plus ou moins affecté, et 
que les paroles sous la musique semblent l'indi- 
quer. » 

On se croirait presque au temps d'Apollon, élevant 
des villes au son de sa lyre ! 

« Grâce à ce bureau d'abonnement et à la faciUté 
de se procurer de la musique, les ouvriers se réuni- 
ront pour faire des petits concerts les jours de repos, 
et on verra successivement en France l'agrément 
dont la Hollande, et surtout Amsterdam, l'Italie et 
l'Allemagne jouissent depuis longtemps. Le peuple 
s'y occupera plutôt du chant et des instruments que 
de se livrer à la mélancolie ou à l'oisiveté. » 

Pour bien établir ce fait, l'auteur met en note : 
€ A Amsterdam, les bourgeois et les ouvriers s'as- 

15. 



2G5 MUSICIANA. 

semblent ordinairement, même chez les marchands 
de bière, pour y faire des concerts. » 

Une réclame bien gentille et bien naïve se trouve 
à la page 20 du factura : « On a vu des maîtres gé- 
néreux (entre autres le sieur Simon, maître de 
clavecin, porte Montmartre) donner à des élèves 
malaisés beaucoup d'exemplaires de leurs œuvres, 
pour faire briller un jour des talents que la misère 
eût étouffé. » 

On connaissait et Ton pratiquait déjà, entre au- 
teurs et éditeurs, ce qu'on appelle compte à demi. 

Pour éditer un ouvrage nouveau, les fondateurs 
du bureau d'abonnement proposent l'audition de 
l'œuvre devant une censure de deux musiciens , 
choisis par le compositeur parmi les plus remar- 
quables d'alors ; et, à ce propos, on met en avant les 
noms de Duni, Philidor, Schobert, Mondonville, 
Hochbruker, Grosset, Schmith,qui tenaient alors le 
haut du pavé. 

Malgré tant de discussions et de procès, il parait 
que cet établissement ne fit pas fortune, car nous 
lisons dans les annonces de la Bibliographie mu- 
sicale de la France et de l'étranger en 4822: 

« Depuis longtemps les élèves et les amateurs de 
musique désiraient qu'il se formât un abonnement 
complet de lecture musicale pour le piano, où se 
trouverait aussi tout ce qui existe pour cet instru- 
ment, tels qu'ouvrages élémentaires, symphonies, 
concertos, septuors, etc. 

« M. Meysenberg, éditeur et marchand de musique, 



.VARIA... 263 

rue Richelieu n** 23, vient de former cet abonne- 
ment, composé des compositions musicales des 
grands maîtres, tels que démenti, Cramer, Dus- 
seck^ Haydn, Mozart, Hummel, Beethoven, etc. » 

Les droits de propriété sur les ouvrages de mu- 
sique n'ont été bien établis que depuis 1800, nous 
pourrions même ajouter que depuis quelques an- 
nées. 

Dans un recueil d'ariettes publié en 1749 sous le 
titre : 1'* Suite des fragments lyriques ^ on trouvé 
la note suivante : 

« Le sieur Daumont, demeurant à Paris, rue de 
la Féronnerie, à l'Aigle d or, fera la recherche de 
tout ce qui paraîtra nouveau en musique et qui ne 
sera point imprimé, pour en faire un Recueil tous 
les mois, qui seront cotés (les morceaux) à la suite 
l'un de l'autre, ce qui fera un volume à la fin de 
Tannée. 

m 

€ Il prie les auteurs qui auront des paroles nou- 
velles et qui voudront bien les faire insérer dans 
cette Suite, de les lui envoyer ; il se charge de la 
musique, pourvu que lesdites paroles soient présen- 
tables à d'honnêtes gens. 

« Il prie les maîtres de musique qui auront du 
nouveau de lui en faire part ; il mettra leur nom à 
la tête de leur ouvrage et les reconnaîtra chaque 
fois par deux exemplaires du Recueil dans lequel 
ils auront mis du leur. > 

On voit par laque les mélodies, romances, chan- 
sons, ariettes etc., ne se payaient pas fort cher 



264 MUSIGIÂNA» 

en 1749 : deux exemplaires , de plus rhonneur 
d'avoir son nom en tête de son œuvre, ce qui ne se 
faisait pas toujours, à ce qu'il paraît. 

Tallemant des Réaux nous raconte dans ses His- 
toriettes que € La Serre fît plusieurs pièces en prose, 
et que, quand on les représentait à l'hôtel de Bour- 
gogne, il y donnait les violons ; c'est-à-dire qu'il y 
avait dix à douze violons dans les loges du bout, qui 
jouaient devant, après, et entre les actes. » 

Cette nouveauté pourrait bien être l'origine des 
entr'acteSy si l'on ne préfère remonter au temps 
des Mystères. 

APPLAUDISSEMENTS. 

Les applaudissements, chez les Romains, accom- 
pagnaient les acclamations, et se faisaient en ca- 
dence. On applaudissait aussi en se levant, en por- 
tant les deux mains à la bouche, et en les avançant 
vers ceux qu'on voulait applaudir. Quelquefois on 
croisait les pouces enjoignant et élevant les mains. 
Tantôt on faisait voltiger un pan de sa toge; mais 
comme cela était embarrassant, l'empereur Auré- 
lien s'avisa de faire distribuer au peuple des bandes 
d'étoffes destinées à cet usage. 



L'Am DU CARNAVAL DE VENJSE. 



«Là Ci7b7e775, contredanse de Gif olelli, gravée en 
Italie vers 1745, prit le nom de Carnaval de Fe- 



VARIA... 265 

mse, lorsque R. Kreutzer la fit entendre en 1816, 
dans le ballet, qu'il donna, sous le même titre à 
Paris. Ornée de variations d'une merveilleuse au- 
dace, la Cifolella avait fait le tour de l'Europe 
avec Paganini; mais sa joyeuse et simple mélodie 
était restée dans l'oreille et le cœur des Vénitiens, 
qui la chérissaient. Rossini s'en empara, la fit mur- 
murer a mezzo tuonoy ' con dolcezza^ et, par une 
adroite galanterie, éveilla des souvenirs charmants, 
caressa l'amour-propre des Vénitiens, et sut exci- 
ter, conquérir toutes leurs sympathies. 

c Un tonnerre d'applaudissements éclata, lorsque 
le public reconnut, sous le masque, l'espiègle Cifo- 
lella ^ se glissant au milieu d'une scène d*horreur, 
de larmes et de désespoir. Tant la musique se mon- 
tre complaisante et prête à dire, sempre bene^ tout 
ce qu'on veut lui faire dire ! Voyez Semiramide : 
Giorno d'orror e di contento^ dans le duo : Ebben l 
a me ferisce. 

(Castil-Blaze , Revue de musique ancienne et 
moderne, 1856, page 31.) 

M. Vallier, dans le Nain Jaune^ indique l'origine 
de la marche militaire intercalée dans F Étoile du 
Nord et connue sous le nom de Marche du Czar : 

« La mélodie est d'origine italienne, et fut impor* 
tée en Allemagne par les troupes prussiennes qui 
combattaient, en 1706, en Italie, sous les ordres du 
duc Léopold de Dessau, le fameux général de Fré- 
déric P'. Bientôt, du régiment elle passa dans le 
peuple et, après avoir fait le tour de tous les régi- 



2i^G MUSIGIÂNA. 

ments, de tous les ateliers et de toutes les univer- 
sités, la fanfare joyeuse du vieux Dessau alla se 
loger dans une partition de Meyerbeer, où elle fut 
baptisée solennellement : la Marche sacrée du 
Czar. » 



QUELQUES ANNONCES DE 1761. 



Tirées du journal V Avant- Coureur, 



I 



« Le sieur Gerson, luthier, vient d'ajouter une 
cinquième corde aux violons qu'il fabrique. » (On 
ne dit pas si^c'est au grave ou* à l'aigu.) 



II 



« Le 15 juin, jour du landi, jour de vacances 
pour les écoliers. Un grand nombre se trouvaient 
dans le parc de Saint-Gloud à s'amuser, quand le 
duc de Chartres et la comtesse de la Marche paru- 
rent dans le parc, pour voir jouer les grandes eaux. 
Les écoliers leur chantèrent des couplets, et obtin- 
rent deux jours de congé de Leurs Altesses. > 



VARIA... 267 



III 



Novembre. — « Clavessin électrique^ avec une 
nouvelle théorie du mécanisme et des principes dé 
l'électricité, par le père de La Borde. » 

On y dit explicitement que c'est un clavecin que 
l'électricité fait jouer 

MM. les inventeurs du télégraphe électrique au- 
raient bien dû se donner la peine de fire ce livre, 
et nous doter de leur invention quelques soixante 
ans plus tôt. 



IV 



Avril. — « Pianos du sieur Silbermann, de Stras- 
bourg; entre autres avantages et de Doavelle inven- 
tion, les cordes sont frappées par de petits mar- 
teaux garnis de peau. — Des sauteraux étouffent à 
volonté le son de la corde frappée. — Le son est 
nuancé selon qu'on appuie le doigt sur la touche. 
— Ce piano est transpositeur, par suite de son cla- 
vier mobile. » 

^ Voilà une date pour le piano. On sait que dans 
le clavecin la corde était pincée ou frôlée par un 
bec de plume de corbeau. Dans les premières édi- 
tions allemandes des œuvres de Beethoven on trouve 
^'indication : pour le piano-forté à marteaux. 



r 



268 MUSICIANA. 



Novembre. — c Depuis que la mode a banni 
l'usage de porter le chapeau sur la tête, le parasol 
est devenu un meuble indispensable, et nos artistes 
eherchent tous les jours à les rendre plus légers et 
plus portatifs, etc. » 

Plus loin. « Un perruquier vient d'inventer des 
calottes de plomb (dégagé de ses parties arsenica- 
les) presque aussi légères qu'un bonnet piqué. » Le 
journaliste ajoute : « Ce sera un remède contre les 
rhumes. Les auteurs des pièces nouvelles surtout, 
pour qui la toux du parterre est d'un si funeste 
augure, devront une reconnaissance éternelle à 
l'auteur de ces calottes. On les trouve place du 
Vieux-Louvre, près la rue du Chantre. > (Ce der- 
nier voisinage parait aussi de bon augure.) 

En 1761, on jouait encore de la vielle, car le 
9 février on annonce une Nouvelle méthode de 
Vielle j sous le titre : la Vielleuse /2aJbi7e,par M. Bo- 
nin, maître de vielle. 

Les annonces de cantatilles fourmillent dans ce 
volume ; c'était le moment florissant des ariettes et 
des cantatilles; leur règne commence à LuUy et 
s'éteint à la Révolution, où la romance vient les 
remplacer. Les dédicaces paraissent en beaucoup 
plus grande estime en l'an de grâce 1761 que de 
nos jours; même un sieur Simon, ayant dédié des 



VARIA..» 269 

pièces de clavessin à son élève M"*' la marquise de la 
Mézangère, le journal, en annonçant cette impor- 
tante nouvelle aux dilettantes, ajoute que cette 
œuvre se trouve chez l'auteur, à rentrée du fau- 
bourg Montmartre, 'chez M"* la marquise de la 
Mézangèrey et aux adresses ordinaires. 

Allez donc, ô artistes do 4877, dédier des mor- 
ceaux de piano à des marquises, en les chargeant 
de les vendre ! même à quinze- douze l 






QUELQUES NOTES GLANEES . DANS LES TABLETTES 

DE RENOMMÉE DES MUSICIENS (1785). 

* - • 

Dalayrac (le chevalier), amateur, garde de mon- 
seigneur le comte d'Artois. 

Haydn (Joseph) a fait exécuter au Concert spi- 
rituel un superbe Stabat mater ^ dont la réussite la 
plus éclatante et le succès le plus déterminé Font 
fait juger digne d'être mis en parallèle avec celui 
de Pergolèse qui", jusqu'alors, avait été regardé 
comme un chef-d'œuvre inimitable. 

Monsigny, maître d'hôtel de S. A. S. monsei- 
gneur le duc d'Orléans, amateur et célèbre compo- 
siteur. 

Pratiy maître de vocale (chant) pour le goût ita- 



270 MUSICIANA. 

lien, a fait plusieurs sonates pour le clavecin, dm- 
baies et cor de chasse. 

Saint-Georges (le chevalier), amateur, écuyer et 
directeur de la musique de M"® la comtesse de Mon- 
tesson, excellent violon et compositeur agréable- 
Ce célèbre virtuose est d'autant plus étonnant 
qu'il réunit presque tous les talents et les exer- 
cices de corps au même degré de perfection. Il joue 
supérieurement du violon, danse avec grâce, monte 
à cheval avec légèreté, chasse avec adresse, et s'est 
toujours mesuré avec avantage contre les plus ha- 
biles maîtres d'armes de l'Europe ; il est d'autant 
plus estimable que sa modestie et son affabilité 
égalent sa bravoure. 

Vogler (l'abbé). Cet habile compositeur est par- 
ticulièrement renommé par la facilité et la rapidité 
avec laquelle il enseigne la composition et l'accom- 
pagnement à ses élèves, par une méthode de son 
invention qui lui est particulière. 

Bailleul, maître de vocale, tient une collection 
complète d'opéras-comiques, avec les partitions, et 
se charge de conduire l'orchestre et les acteurs dans 
les' fêtes parliculières où il est mandé. 

Barbella, a fait plusieurs duos et sonates ; il de- 
meure rue du Bout-du-mondey au coin de la rue 
Montmartre, chez Fhorloger. 

UAudimont (fabbé), maître de vocale des Saints- 
Innocents, est connu avantageusement par ses 
superbes motets et généralement estimé par ses 
qualités morales. . . 



VARIA... 271 

Gozargue (l'abbé), ancien maître de musique de 
la Chapelle du roi, est regardé comme'un des plus 
savants compositeurs du siècle pour les motets. 

Larrivéy première basse- taille à l'Opéra, met 
dans son jeu tant d'intelligence, de noblesse, de 
force et de sentiment, que le public, quoique accou- 
tumé à l'entendre, ne peut souvent s'empêcher de 
suspendre la scène par des transports d'applaudis- 
sements. 

Legros, pensionnaire du roi et de l'Académie 
royale de musique, entrepreneur et directeur gé- 
néral du Concert spirituel, ci-devant première 
haute-contre à l'Opéra, réunit au mérite de la com- 
position et aux qualités physiques du personnel, 
une des plus belles voix qui se soient jamais fait en- 
tendre sur la scène lyrique de cette capitale. 

Martin, haute-contre à l'Opéra, et digne élève de 
M. Parent. Sa manière de chanter toujours simple, 
mais prononcée avec un art fini et un goût enchan- 
teur, fait concevoir à son égard les plus flatteuses 
espérances. 

Roze (l'abbé), ancien maître de musique des 
Saints-Innocents, est singulièrement renommé pour 
le goût du chant. (U fut bibliothécaire au Conser- 
vatoire de 1807 à 1820.) 

Torlez, a fait des Principes pour la voix, la vielle 
et l'instruction des serins. (Ce système uniforme 
d'enseignement devait être bien flatteur pour ses 
élèves de chant.) 

M"' Duplantj célèbre cantatrice, pensionnée de 



f7l MUSIGIANÂ. 

r Académie royale de musique, a rendu tous les rôles 
majestueux ou à baguette dont elle était chargée 
avec ce degré d'expression et de sensibilité qu'exige 
la musique théâtrale et imitative. 

Lebrun (M"**), ci- devant connue sous le nom de 
M"* Dantzi. Cette célèbre cantatrice, une des plus 
parfaites qui se soient jamais fait entendre au Con- 
cert spirituel^ a osé y défier un hautbois dans un 
concerto dialogué. 

Sa voix, non moins rapide que l'instrument, aussi 
juste dans ses intonations, aussi hardie dans ses 
écarts, s'est élancée à la même hauteur, et y a battu 
la même cadence. Cet effort surnaturel de la voix 
lui a mérité du public les applaudissements les plus 
vifs et les plus bruyants. (Elle montait au coi2- 
tre-fa.) 

Saint-Huberti (M"*). Première cantatrice de 
rOpéra. Cette actrice, sublime dans tous les rôles 
qu'elle rend sur la scène, s'est surpassée elle-même 
dans celui de Didon, où elle peint tour à tour, par 
l'expression la plus vraie et la plus touchante, le 
délire et l'accablement du cœur. 

Toc/i (M"'). Une des plus célèbres cantatrices de 
l'Europe, s'est fait entendre plusieurs années avec 
un égal succès au Concert spirituel. Cette virtuose 
joint au plus bel organe une âme sensible et un 
goût exquis. Sa voix tendre et plaintive fait retentir 
au fond du cœur le cri de la nature et met en ac* 
tion tous les ressorts de l'âme. 



VARIA... 278 



Mozart^ compositeur du Concert spirituel^ a fait 
une méthode pour le violon et plusieurs sonates et 
concertos de clavecin. (G*est tout l'article sur Mo- 
zart, et encore le compilateur se trompe : la mé- 
thode de violon est du père de Mozart.) 



¥ ¥ 



Il existe un rarissime tout petit livret intitulé : 
Le chant desseraines^ avec plusieurs compositions 
nouvelles, à Paris^ par Gilles Corrozet^ en la 
grandsalle du Palays^ 1548. 

Ce petit volume est suivi d'une espèce d'appen- 
dice : Extrait d'un petit traicté^ contenant soixante 
et troys articles^ sur le faict de la reformationr de 
la superûuité des habitz des dames de Paris, et 
comment elles se doivent honnestement gouverner , 
composé par Alphonce de Beser, j^dis abbé de 
Livry, à la requeste de sœur Alix, lors recluse aux 
Sainctz Innocentz , ledict traité trouvé en la librai- 
rie de Vauluysant, entre plusieurs cayers de par- 
chemin attachez ensemble. 

Pour un joli titre, c'est un joli titre ! Après avoir 
longuement parlé de Thabillement d'une femme 
honnête, de sa chaussure, lui avoir conseillé d'évi- 
ter le hantement des prothenotaireSy etc., l'auteur 
continue ainsi : 

Ta quenoille et rouet auras 
Pour singulier esbatement, 
Et dans ton moil]oir tremperas 
Tes doigtz pour filer proprement. 



STli MUSICIANA. 

Je té permectz, quand fileras. 
Chanter, non pas follastrement, 
Ces quatrinSf mais dégoiseras : 
La Péronnelle (1) pleinement; 
Et aussi : Ne reprouvons pas, 
Allons, allons gay, gayemeni. 
Sus, BastiennCy pas à pas, 
Dis-'nïoi More, aussi la Norm&nU 
Les festes le temps passeras. 
Non pas à jeux musiciens;' 
Ne ÏEcatomphile (2) liras, 
Mais les saincts livres anciens. 



Si danses, tu ne crouleras 
Le cropion aucunement: . 
Et Gaillardes ne danseras, 
Mais la Vergaye seulement. 
Toutesfois ne refuseras 
Au cbappellet (3) le baisement, 
Pourveu que ne Tendureras 
Fors qu'en la joue honteusement. 

Puis, quand à tes fermes iras, 
Le limonnior tant seulement 



1 



(1) J*ai vainement cherché ces anciens timbres de chansons. 
Sous le règne de Louis XII, une chanson commençait par : A-vous 
point vu la péronnelle? 

(2) Il suffira de citer le titre de ce livre rare et singulier pour 
donner une idée du contenu : 

rh'Hecatompbile (1536). « Hecatompie, ce sont deux dictions 
a grecques signifiant centiesme amour, sciemment appropriées à. 
K la dame, ayant en elle autant d'amour que cent autres damos en 
oc pourraient comprendre, dont à présent est fait mention. » 

(3) On lit dans la 3» journée du Printemps cTYver: 

« Puis cstans lassez de dancer en cbappellet, commencèrent la 
gaillarde, » — La daiise en cbappellet était ce que nous appelons 
que Ronde. ...... ... - 



.VAttCA./. ' ÉTR 

Avec le chârtier manderas, 
Pour, te conduire seurement; 
Sur lequel en croupe sera 
Ta chambrière au sein branlant : 
Mais sur le chârtier veilleras 
Qu'il ne s'amourache en allant. 

Le Printemps d* Fver, cité dans la note précé- 
dente, est un petit livre curieux et ennuyeux à la 
fois, je voulais dire alternativement. Il contient 
cinq histoires discouraes en cinq journéeSypar une 
noble compagnie^ au château du Printemps^ par 
Jacques Fver, seigneur de Plaisance et de la Bi- 
gottrie, homme Poictevin; Lyon, 1572. 

En ce temps-là on ronsardinisait, tant en vers 
qu'en prose. 

Il est question de deux jeunes filles : « Adonc, 
se remplissant le sein de diverses fleurettes, ravies 
impétueusement à leur douce mère (la terre), s'al- 
laient écarter parmi Tépaisseur d'un bois, où en 
plein midi l'on pensait être au crépuscule du soleil 
couché, et sous la fraîcheur de cette feuillade ttiille: 
oisillons babillaient de leurs amourettes, accordant 
leurs mignardes plaintes au gazouillis enroué des 
ruisselets voisins, ou se réjouissaient de voir saute- 
ler lés agnelets sur la verdure, » etc. 

Cet ouvrage est divisé par journées, comme l'in- 
dique le titre. A la seconde journée, le sieur de Bel 
accueil vdLOonie que Dieu envoya deux de ses anges, 
liour venir voir ici-bas comment fout se portait. Il 
faut vous dire qu'il s'agit dû paradis dés Tûrds, par 
suite c'est le dieu Maihomet qui, d'après le Coran, 



176 MUSIGIANA. 

possède aussi des anges, ce qui contredirait cer- 
tains auteurs excluant les femmes du paradis des 
Turcs. 

Quoi qu'il en soit, voilà nos deux anges battant 
r estrade au pays cT Egypte, où ils rencontrent une 
femme d'une merveilleuse beauté. Tous deux en 
sont ravis, au point d'oublier complètement le ciel 
d'où ils viennent, et, devenant de plus en plus ter- 
restres à la vue de cet objet charmant, ils la prièrent 
d'amour^ ne lui celant nullement qui ils étaient. 

La beauté égyptienne, flattée de cette attention 
angélique, promet de^se rendre, à la condition toute- 
fois qu'on lui accordât le vœu ou le souhait qu'elle 
formerait, ce qui fut concédé sans peine. Lors donc 
elle leur fît cette requête : « Apprenez-moi l'oraison 
que vous dites pour monter au ciel. » Les anges 
la lui récitèrent, et elle, la répétant mot à mot, se 
sentit peu à peu enlevée de terre par une force 
inconnue : ce que les anges voyant, reconnurent 
trop tard leur faute. 

Ce petit conte, moitié païen, moitié chrétien, 
pouvait s'arrêter là. L'auteur ne Ta pas jugé à pro- 
pos. Cette jeune femme, poursuivie, mais non atteinte 
par les anges trompés dans leur attente, arrive à 
la région des étoiles, où on ne veut pas la laisser 
passer. Le conseil assemblé, craignant de semer la 
division dans son sein, en laissant entrer une femme, 
l'envoie dans la lune. Or, c'est depuis ce temps-là 
(d'après le sieur de Bel accueil) que cette pauvre 
lune est tellement tourmentée par sa charmante 



VARIA. . . 877 



compagne, qu'elle ne montre sa figure que par quart, 
moitié, ou pas du tout, honteuse de se faire voir 
tout entière. De là aussi vient le mot lunatique^ 
plus spécialement appliqué aux femmes. 






Il est un petit volume fort recherché par les bi- 
bliophiles, et que bien peu d^entre eux ont sans 
doute eu le courage de lire jusqu'au bout. Il n'a 
pas moins de 428 pages ; son titre, le voici : Remar-^ 
ques curieuses sur Fart de bien chanter^ et parti- 
culièrement pour ce qui regarde le chant Iran- 
çaiSy etc., par B. D. B. (lisez Bénigne de Bacilly). 
iPariSy chez Pautheur, rue des Petits Champs^ vis 
à vis la croix, chez un chandelier^ 1668. 

Son plus grand mérite, à nos yeux, est de donner 
une idée assez exacte de Técole du chant en 1668. 
Nous laissons dire Fauteur : « Je parle de Tart de 
bien chanter, comme practique, et je dis qu'il con- 
siste à bien entonner les tbns dans leur justesse, à 
bien soutenir la voix, à la bien porter ; à bien faire 
les cadences et tremblemens ; à bien marquer du 
gosier quand il le faut ; à ne pas tant marquer quand 
il ne le faut pas, mais glisser certains tons à propos ; 
à bien faire les accens, que Ton appelle vulgairement 
plaintes ; à bien former les passages et les diminu- 
tions ; et comme le chant ne se pratique guêres sans 
paroles, à les bien prononcer, à les bien exprimer 

16 



2*8 MUSICIANA. 

OU passionner à propos ; et surtout à bien observer 
la quantité des syllabes longues ou brèves, qui est 
la principale fin de cet ouvrage. 

« De tous les instrumens, ceux qui sont à présent 
le plus en usage pour soutenir la voix, c*est le cla- 
vessin, la viole et le théorbe, car pour la lyre on ne 
s'en sert plus. La viole mesme et le clavessin n'ont 
point la grâce, ny la commodité qui se rencontre 
dans le théorbe (1), qui est propre pour accompagner 
toutes sortes de voix, quand ce ne serait que pour 
la seule raison de sa douceur, qui s'accommode aux 
voix foibles et délicates, ati lieu que les autres in- 
strumens les offusquent. » 

L'auteur n'aime pas les leçons données avec un 
instrument, mais avec la voix seule, car il dit : 
« L'accompagnement d'une voix juste, et qui chante 
à lunisson ou à l'octave d'une autre voix, est bien 
plus propre à inspirer la justesse que l'instrument, 
qui n'en est que le singe, et qui d'ailleurs ne produit 
pour l'ordinaire que des quartes, des quintes, des 
sixtes et autres accords, qui ne se discernent que 
par des personnes sçavantes en composition de mu- 
sique!! 

« Les belles voix sont plus communes parmy les 
femmes, à cause de la pituite qui domine en elles. 



(1) La ibêorbe ou taorbet comme dit le père Mersenne {iGsU&j 
avait 10 cordes doubles et une simple, la chautcrelle. Cet instru'* 
ment à cordes pincées différait par son double manche du luth 
qui n*eQ avait qo'un simple, xlont le haut était renversé en arrière. 



VARIA... 279 

et qui cause cette lenteur et cette douceur inani- 
mée ! . . . 

« II faut remarquer qu'il y a plusieurs espèces 
d'oreilles dans le chant, et qui ne se rencontrent 
pas toutes à la fois dans une mesme personne ; d'où 
vient que souvent on se pique mal à propos d'avoir 
bien de l'oreille pour le chant, à cause que l'on 
danse fort bien suivant la cadence du violon. 

« Il est très-dangereux, de se servir d'un mais- 
tre qui chante du nez et exécute de la langue, 
d'autant que ces défauts se communiquent facile- 
ment. 

€ La musique est encore nécessaire à un mais- 
Ire, c'est-à-dire la connaissance des notes et des 
mesures, non pas dans une perfection si grande 
qu'il faille qu'il chante à l'improviste, mais il suffit 
qu'il sache déchiffrer un air, soit à loisir soit tout 
d'un coup. 

« Un air ne doit pas estre censuré pour estre de 
pièces rapportées, ou si vous voulez, emprunté 
des autres airs; car, outre qu'on ne peut rien dire 
qui n'ait été dit, et que toute la musique ne roule 
que sur six ou sept notes, on croit souvent un 
chant emprunté, qui ne Test point dans l'intention 
de l'autheur, qui, bien qu'il ait tombé dans la même 
pensée qu'un autre, ça esté sans le sçavoir, et sans 
avoir jamais ouy parler de l'ouvrage dans lequel 
on l'accuse d'avoir puisé. 

« Le mouvement donne Tàme au chant ; il ins- 
pire dans les cœurs telle passion que le chantre 



280 MUSICIANA. 

voudra faire naistre, principalement celle de là 
tendresse; d'où vient que lapluspart des femmes 
ne parviennent jamais à acquérir cette manière 
d'expression, qu'elles s'imaginent estre contre la 
modestie du sexe, et tenir du théâtre, et rendent 
par ce moyen leur chant tout à fait inanimé, faute 
de vouloir un peu feindre. 

« Le* plus grand ornement du chant et le plus 
usité, principalement dans les seconds couplets 
des airs, est C3 qu'on appelle vulgairement dimi^ 
nation, lequel nom luy a esté donné, à cause que 
l'on diminue la longueur d'une note en plusieurs 
brefves ; ainsi Ton pourroit en quelque façon par un 
nom contraire l'appeller augmentation, puisqu'elle 
augmente le nombre des notes (1). 

« Dans le chant on conserve encore une estime 
si grande pour un certain nombre d'ouvrages an- 
ciens de la manière de M. Le Bailly, à qui Ton doit 
la première invention des passages et diminutions, 
que Ton n'a osé y changer quoy que ce soit, si ce 



(1) Los ornements des seconds couplets, ou diminution, n'étaient 
pas du goût de LuIIy. Quand les pages du roi, dont il était sur- 
intendant, venaient chanter devant lui, il aimait qu'ils lui chao- 
tassent des airs de Lambert (son beau-père) et les écoutait avec 
application. Mais lorsqu'ils voulaient ajouter le double au simple, 
suivant l'usage de ce temps, de quoi le bonhomme Bacilly, qui 
appelle le double la diminution de l'air, est si entêté, Lully ar- 
rêtait d'un signe de main et de tête les pages de la musique. C'est 
bien, leur disait-il, c'est bien, garder le double pour mon beëu- 
père, (Le Cerf de la Vieville, Comparaison de la musique ita- 
lienne, etc.) 



' VARIA... 281 

n'est pour l'exécution, qui est présentement un peu 
plus polie ; et quoy qu'il y ait bien des fautes con- 
tre la quantité des syllabes, on ne laisse pas de les 
chanter tels qu'il les a composés, comme des ori- 
ginaux et des diamans de la vieille roche. » 

A propos des défauts de prononciation, l'auteur 
critique vertement un professeur de chant ignare, 
qui, au lieu de dire : 

Et rembarras nous semble doux, 
Quand il est causé par la presse 
De ceux qui soupirent pour nous. 

Chantait effrontément : 

Et les barons nous semblent doux, etc. 

« Dans le vers : 

Ha 1 qu'il est doux d'aimer ! 

il faut ouvrir la bouche en souriant, et plus en 
large qu'en long, je veux dire sur la de Ha ! 
« Dans : 

Je veux briser mes fers i 

il faut faire entendre Ts (ferse) de même que 
dans Fleurs (jHeurses) qui naissez^ etc. 

La mort à fini son martyre. 

« Prononcez : la morA-a uni son martyre. » 

16. 



282 MUSIGIANA. 

D'après les nombreuses citations que nous avons 
faites de ce célèbre traité de chant, on s'aperçoit 
sans peine de la grossièreté où en était encore 
Tart vocal. Voyez pourtant nos pauvres illusions! 
M. de Bacilly dit, page 250 : 

« Mais à présent qu'il semble que le chant est venu 
au plus haut degré de perfection qu'il puisse jamais 
estre, il ne suffit pas de prononcer simplement, 
mais il le faut faire avec la force nécessaire, » etc. 

Bourdelot, dans son Histoire de la musique, re- 
vient à plusieurs reprises sur les doubles ou les 
diminutions. 

« Quelques années avant que Lully vinten France, 
Bacilly, ce maître de musique qui a travaillé un des 
premiers à la propreté et à la netteté de notre chant, 
avait mis les doubles à la mode, non pas en faisant 
les airs qui ea fussent pleins, maison brodant, en 
doublant les airs du vieux Guédron, de Boesset et 
de quelques autres. Lambert, dès son entrée dans 
le monde, composa des airs et en fit les doubles. Il 
donna une vogue si grande à ces pelits agréments, 
que Lully n'osa pas lai-méme s'en priver complè- 
tement pour ses premiers opéras. De Bacilly ad- 
met très-bien que le chanteur se produise sans ac- 
compagnement aucun, car il dit que c'est Taire le 
précieux ou la précieuse de se piquer de ne point 
chanter sans théorhe.i^ 

Ne croirait-on pas, en lisant ces principes, as- 
sister a un diner de g^la de nos aïeux, ou chaque 



VARIA . 283 



convive disait son couplet. .. mais sans se passer 
le myrle ? 



* 



L*ART MUSICAL RELATIF A l' ACCORD DU PIANO. 



Suivi de deux sonnels, de trois stances et de Tart de faire la 
conquête des belles, por M. Tournatoris, facteur d'instruments. 



Nota. — On ne trouvera ce petit ouvrage que 
chez l'auteur, rue de TEperon-Saint-André-des- 
Arls, n** H, ou dans la même maison, chez le fabri- 
cant de bas. 

Je veux épargner la peine aux nombreuses per- 
sonnes qui se décideront sans doute à courir rue do 
l'Eperon, pour chercher cet ouvrage publié en 1810, 
en apprenant à ces zélés amateurs que M. Tour- 
natoris est mort en 1813, d'après M. Fétis; quant 
au marchand de bas, il a dû suivre son exemple. 
Au reste il n'y a de curieux que le titre dans ce chef- 
d'œuvre de poésie, car le tout est en vers, et quels 
vers ! voici le début de FArl musical relatif à l ac- 
cord du piano : 



C'est en vain qu'à Paris un novice accordeur 
Pense être demandé chez un ambassadeur, 
S'il n'a reçu du ciel une oreille divine ; 



284 MUSIGIANA. 

S'il croit faire un accord, comme on fait la cuisine, 
Dans les moyens qu'il prend il est toujours captif, 
Pour lui tout obéit comme un cheval rétif. 



En voilà assez, je pense. 



¥ ¥ 



On a observé maintes fois que les animaux, ou 
du moins certains animaux, aimaient non-seulement 
la musique, mais qu'ils avaient un certain senti- 
ment ou instinct durhythme. Suétone rapporte que 
l'empereur Galba, après son retour d'Espagne, 
donna dans Rome un spectacle où il fit voir des élé- 
phants qui marchaient en cadence sur la corde au 
son des instruments. L'empereur Domitien fit aussi 
dresser une troupe d'éléphants pour danser un bal- 
let avec des figures assez difficiles à retenir. Un de 
ces animaux ayant été battu pour n'avoir pas bien 
retenu sa leçon, on remarqua que la nuit suivante 
il la répéta de son propre mouvement au clair de la 
lune, pour éviter un nouveau châtiment. Bourde- 
lot, dans son Histoire de la musique^ nous apprend 
qu'il a vu des rossignols tomber pâmés aux pieds 
d'une personne douée d'une belle voix, et qu'il al- 
lait souvent prendre ce divertissement avec elle 
dans un bois à sa maison de campagne. 

Ce même auteur ajoute encore une phrase qui 
donnera bien à réfléchir aux virtuoses sur la flûte : 



VARIA. •• 285 



« M. de la Mothe le Vayer rapporte qu'en Guinée 
il y a des singes qui jouent de la flûte et de la gui- 
tare dans la dernière perfection. » 



* 

¥ ¥ 



Le Chroniqueur de Francfort nous donne sur 
la musique japonaise des détails dont nous lui lais- 
sons naturellement la responsabilité. 

Au Japon^ les musiciens se divisent en quatre 
classes : la première est formée de musiciens ne 
jouant que de la musique religieuse^ la seconde de 
musiciens se contentant de la musique profane , la 
troisième de musiciens aveugles, et la quatrième 
enfin se compose de femmes faisant de la musi- 
que. 

Les musiciens religieux et les musiciens pro- 
fanes forment certaines tribus, se réunissant à des 
époques déterminées dans le but d'exécuter de la 
musique religieuse et de la musique profane. 

Autrefois, les princes se donnaient le luxe de cha- 
pelles privées ; inutile de dire qu'il existe nombre de 
musiciens jouant, pour de l'argent» chez les particu- 
liers. 

Dans les tribus, il .y a différents grades, de- 
grés et distinctions. Outre les tambours, etc., il y a 
des instruments à cordes et des instruments à vent ; 



tH\i MUâlGlANA. 

parmi ces derniers il n en existe pas en cuivre ni des 
instruments compliqués, à clés, à coulisses et au- 
tres accessoires; il n'y a que des instruments purs 
pour la musique religieuse, et des instruments im- 
purs pour la musique profane. 

On distingue douze espèces de modes, un pour 
chaque mois ; chacun a cinq tons. 

Les instruments servant à donner l'accord sont de 
formes diverses ; il en existe un dans le genre de la 
flûte de Pan. Les cordes sont faites de soie enduite 
de cire. Les notes indiquent simplement le numéro 
delà corde qu'il faut loucher ou, pour les flûtes, le 
trou qu'il faut bouclier. Le nom ou le numéro du 
ton peuvent également se désigner. Pour les tons 
intermédiaires, il y a à côté du signe indiquant le 
ton un second signe qui dit s'il faut appuyer ou 
céder. Il y a,'en outre, des désignations particulières 
pour la valeur des notes. 

La mesure et le rhytme ne sont pas indiqués ; mais 
il paraît que la mesure à deux temps et la mesure 
à quatre temps sont de beaucoup les plus fréquentes. 

Les notes s'écrivent de haut en bas ; le texte 
se met sur le côté gauche. Le chant est toujours à 
l'unisson avec l'instrument principal. 

La musique japonaise a, en général, beaucoup 
d'analogie avec la musique chinoise, qui déchire les 
oreilles^- comme on sait; les Japonais trouvent la 
musique européenne encore plus affreuse que nous 
ne trouvons la leur détestable. 



VARIA... • 287 

Dans les théâtres japonais il n'y a pas de contre-» 
marques, mais quand un spectateur sort avant la 
fin, on lui imprime le timbre bleu dans le creux 
de la main, pour qu'il puisse rentrer sans payer dé 
nouveau. 

LA QUINTE SUPERFLUE. 

Un amateur qui devait faire la parlie d'alto dans 
un concert, étant arrivé un peu tard, et voyant son 
pupitre occupé par deux autres personnes, s'en al- 
lait. Eu sortant il réittontre un premier violon qui 
lui demande pourquoi il ne se met pas avec ces 
Messieurs. — Je m'en vais , répondit-il, ne pouvant 
être d'aucune-utilité, nous serions trois au même pu- 
pitre, et vous savez aussi bien que moi que trois 
quintes de suite ne sont pas supportables. 

•k 
¥ ¥ 

Une dame, s'excusant d'être en relard pour son 
abonnement, commence sa lettre ainsi : 

« La maladie qui m'a enlevée subitement de 
Paris, m'a empêchée de rapporter la musi [ue, etc, » 

¥ ¥ 

Un monsieur de Sauvât (Arîège), adressant à 
M. Auber une méthode de musique de son inven- 
tion, s'exprime ainsi : 



288 MUSICIANA. 

c Monsieur, 

« Si vous n'aimez pas le progrès, jetez au feu 
sans la feuilleter, la méthode qu'accompagne ma 
lettre ; si, au contraire, une dynamique accélérée, 
surtout dans votre art, vous met en extase, daignez 
la parcourir, cette méthode, etc. » 



LISTE DES CHEFS d'oRGHESTRE A l'opÉRA DE PARIS. 



4671, Gambert; 1672, Lalôuette; 1677, Celasse; 
1687, Marais; 1703, Rebel; 1710, Lacoste; 1714, 
Mouret; 1733, Rebel et Francœur, en partage; 
1744, Niel; 1749, Ghéron; 1750, La Garde; 1751, 
Dauvergne; 1755, Aubeft; 1759, Berton; 1767, 
Louis Francœur; 1776, Rey ; 1810, Persuis; 1815, 
Kreutzer; 1824, Habeneck et Valentino, en par- 
tage; 1831, Habeneck seul; 1847, Girard; 1860, 
Dietsch; 1863, Georges Hainl, 1873, Deldevez. 

Ainsi, en 202 ans, 25 chefs d'orchestre se sont 
succédé à T Académie de musique. 



CHAPITRE IX 



LETTRES (1) 



Chargé, il y a quelques années, de mettre en 
ordre la correspondance du compositeur et éditeur 
Ignace Pleyely j'ai trouvé quelques lettres de com- 
positeurs célèbres, lettres inédites et méritant d'être 
connues, soit comme compléments biographiques, 
soit comme simples notices sur les relations des 
compositeurs et des éditeurs au commencement de 
ce siècle. 

Le classement n'a pu être fait rigoureusement 
selon les dates, beaucoup de ces lettres ne portant 
pas de millésime, à commencer par celles de Mé^ 
huL J'omets une demi-douzaine de billets par les- 

(1) L'usage d'écrire des lettres doit être aussi ancien que l'écri- 
ture ; quant à celle-ci, les plus savants archéologues n'ont pas 
encore pu nous fournir une date exacte pour son invention. 

Les Grecs et les Romains mettaient leur nom au haut de la 
lettre, puis celui de la personne à laquelle ils écrivaient; après 
cela on se souhaitait joie^ prospérité^ santé: oublier cette for- 
n)ule était une insulte. Ces lettres se terminaient par vale (portez- 
vous bien), sans autre compliment. 

17 



890 MUSIGIANA. 

quels cet illustre maître recommande à Ignace 
Pleyel de jeunes compositeurs à l'entrée de leur 
carrière, et, chose plus rare encore de nos jours, 
nous voyons Méhul s'employer comme intermé- 
diaire pour arranger les affaires de ses confrères et 
rivaux. 

« Mon cher Pleyel, 

A G*e8t aujourd'hui la fête de Martin ^ et je veux lui faire 
le cadeau de VIrato et de la Folie. Fais-moi le plaisir de 
remettre ces deux ouvrages à mon commissionnaire et d'en 
choisir deux beaux exemplaires. 

« MÉHUL.» 

Au citoyen Pleyel. 

« J'ai parlé à Boïeldieu ; il m'a paru fort content de tes 
offres. Ainsi, après le succès de son ouvrage, tu pourras le 
voir. 

« Voici le deuxième acte d'Adrien, Partout où le mot bon 
se trouve sur des choses rayées, elle doivent être regar- 
dées comme bonnes. 

« Adieu, je faime de tout mon cœur, et je suis pour la 
vie ton ami. 

C MÉHUL. » ' . 

AUTRE. 

«c Ce mercredi 42 août. 

« Mon cher Pleyel, tu me ferais un grand plaisir si» dans 
les premiers jours du mois prochain, tu pouvais me don- 
ner les deux cents francs que tu me dois sur les intérêts 
de l'année dernière et de celle-ci. Je serais aussi fort ai^e 
que nous puissions, terminer un vieux compte de dix ans, 



LETTRES. 291 

qui 68t relatif à un ouvrage que j'ai mis en dépôt chez toi, 

et un autre compte relatif aux airs de chani et aux airs de 

danse de mon opéra à^ Adrien. Je n'ai rien reçu de ces deux 

objets, parce que tu sais bien que je m'occupe peu de mes 

intérêts, et que tu as dû oublier une chose que j'oublierais 

moi-même ; mais, en ce moment, je suis obligé de ramasser 

tout ce qu'on peut me devoir pour faire face à quelques 

dépenses que j'ai été contraint de faire pour agrandir mon 

jardin et réparer ma petite maison de Pantin. Invite ton 

fils, mon «her Pleyel, à songer à mes demandes et à se 

rendre compte des deux vieilles affaires que j'ai besoin de 

terminer d'ici à la fin d'octobre. 

« Tout à toi, 

« MÉHUL.» 

Un petit billet du même : 

« Mon cher Pleyel, fais-moi le plaisir de ne point oublier 
que tu m'as promis de chercher dans tes papiers des airs 
écossais dont j'ai grand besoin. 

« Ton ami, 

« MÉHUL. » 

L'opéra d'Adrien a été donné en 1799. Ce n'est 
donc pas s'écarter beaucoup de l'ordre chronolo- 
gique, que placer, ici une lettre de Joseph Haydn^ 
datée de Vienne, 4 mai 1801. L'adresse est ainsi 
conçue : 

Monsieur Pleyel, compositeur très-célèbre y 

à Paris. 

« Très-cher Pleyel, 

« Je voudrais bien savoir quand paraîtra ta belle édition 
de mes quatuors, cl si tu as, oui on non, reçu par Artaria 



298 UUSIGUNA. 

l*exemplaire de ma Créatioù, ainsi que mon portrait ; si l'oo 
peut vraiment avoir chez vous là Création^ aussi bien- la 
partition que rédition pour piano. Dis-moi en môme temps' 
si on Ta bien . accueillie, et s'il est digne de foi que. les 
membres de Torchestre réuni ont exprimé le désir de m.'of- 
frir une médaille d'or. Sur tout cela, je te prie de me ren- 
seigner le plus vite possible» parce qu'ici, à Vienne, on le 
tient pour une fanfaronnade. 

< La semaine passée, on a joué trois fois mon nouvel 
ouvrage les Quatre Saisons devant notre haute noblesse, 
avec un succès sans partage ; dans quelques jours on le 
donnera, soit au théâtre, soit dans la grande salle de la 
Redoute, à mon profit. Pour changer un peu, nous aimons 
mieux exécuter les Saisons que la Création» Gela a déjà été 
traduit en français et çn anglais, d'après Tompson {sic), par 
notre grand baron de Swieten. Tout réclame une prochaine 
publication ; mais cela paraîtra un peu plus lard, parce que 
je. veux faire imprimer a parte les paroles anglaises et 
françaises, afin qu'on puisse l'exécuter plus aisément. 

c Je te rei^ouyelle mes souhaits, et je me rappelle au 
souvenir de ta femme, très-cher Pleyel. 

« Ton bien sincère ami, 

. « Joseph Haydn.' * 

< P.-5. -^ Il y a déjà un an que j'ai perdu ma pauvre 
femme. » 

¥ ¥ 

Voici maintenant démenti, dont les compositions 
sont si estimées encore dans Técole du piano, dé- 
menti fut un des plus remarquables exécutants de 
son temps, et, selon M. Fétis, le chef de la meil- 
leure école de doigter et de mécanisme. Clemcnii 



LETTRES. 293 

,était alors éditeur de musique à Londres ; sa cor- 
respondance avec Ignace Pleyel est presque toute 
en anglais, langue que Clementi possédait parfaite- 
ment, quoique né à Rome. La lettre suivante est en 
français et entièrement de là main de Clementi. 

A Monsieur PlcyeL 

« Londres, le 29 juin 1802. 

« Mon cher ami, 

« Mes affaires dans ce pays me retiennent encore quel- 
que temps, et, pour dire la vérité, je nesais^«a/2c/ je pour- 
rai partir pour la France. Je suis très-sensible à votre poli- 
tesse et honnêteté en m'offrant un lit dans votre maison ; 
mais je vous prie de ne plus le garder pour moi, n*étant pas 
sûr du tout de mon voyage. Cependant; recevez-en tous 
mes rem€u*ciements. Mon intention, en venant à Paris, était 
de traiter pour les manuscrits de votre composition; mais, 
comme je ne puis (à présent) faire ce voyage, je vous prie 
de m' écrire le plus tôt possible vos conditions, pour pou- 
voir faire mes arrangements en conséquence. 

« Je voudrais posséder un livre de trois sonates pour le 
piano, et si vous vouliez composer six sonates pour le 
piano avec des airs écossais pour adagios, andantes ou 
rondeaux, Vous me feriez grand plaisir, en vous priant de 
me dire le irrix, soit en argent, soit en instruments. Enfin, 
j'espère que vous me donnerez la préférence pour Londres, 
pour tout ce que vous composerez. Je vous prie instamment 
de me donner réponse le plus tôt possible, et je serai tou- 
jours 

« Votre grand admirateur et ami et serviteur, 

a Muzio Clementi. » 



ÈH MUSICIANA,. 






La coutume de fdire sigaer par les auteurs les 
exemplaires de leurs oeuvres mises en vente est an- 
cienne; nous la trouvons dôs le commencement du 
xvm* siècle; les partitions de Monteclêdr, Des- 
touches^ Blamonty etc., portent la signature de ces 
auteurs. Cela pouvait se faire à une époque où la 
vente des partitions était assez limitée. Nous re- 
trouvons encore cette coutume en 1808, et pour des 
romances! Voyez plutôt : 

« Vous m* aviez promis, Pleyel, qu'il ne se vendrait pas 
d'exemplaires de ma musique sans ma signature; je vois 
avec beaucoup de peine que vous n'avez pas tenu votre pro- 
messe. Donnez-moi donc un jour, une heure, pour que 
nous terminions nos arrangements. 

« Je vous salue. 

ce Fabry Garât. 

« Paris, le 47 mai 1808. » 

Ce Fabry Garât, compositeur et professeur de 
chant, était frère du célèbre chanteur qui eut pour 
élèves M""* Branchu, MM. Nourrit, Ponchard et Le- 
vasseur. 

La lettre suivante est de Dalayrac : 

« Mon cher Pleyel, vous m^avez écrit ce matin que votre 
intention était de ne pas passer le prix de deux mille francs 
pour la partition de Lina et que vous me laissiez la liberté 
d-en disposer si je ne vous la laissais pas K ce prix-là. 



LETTRES. 205 

« Mon désir de traiter avec vous et de vous donner la 
préférence m'a engagé à vous récnlre et à suspendre ma 
décision jusqu'à une nouvelle réponse de vous. 

5 Maintenant que votre silence semble me dire que vous 

vous en tenez aux termes de votre lettre, et que je reçois 

des propositions de beaucoup au-dessus de celles que je 

vous avais faites, c'est-à-dire de ht somme de cent louJs, 

j'userai de la liberté que vous m'avez donnée, et je vous 

prie de croire que mes sentiments d'estime et d'amitié pour 

vous seront toujours les mêmes. 

« Je vous salue. 

« Dalayrac. 
« Le 8, au matin. 

« P.-S. — Voilà deux heures que j'attends; je renvoie 
chez vous, et si vous y êtes et que je reçoive par le por- 
teur une autre réponse, je m'en tiendrai toujours au prix 
que je vous ai proposé ce matin. » 

Je joins à cela une lettre de M"" Dalayrac; Tor- 
thographe en était un tant soit peu fantastique , je 
me suis permis de la rectifier sans toucher au style. 
Cette lettre est adressée à M™' Ignace Pleyel. 

« Madame, 

« Je vous envoie le billet que vous avez demandé hier ; 
je l'ai mis de première galerie^ pour que vous puissiez vous 
placer plus facilement. A la fin de la répétition d'hier, 
Dalayrac s'est mis en colère avec justice. Les auteurs de 
Talicien Feydeau ont trouvé à propos de ne pas donner de 
billets, c'est-à-dire au lieu de deux cents qu'ils donnent 
aux autres auteurs, ils en ont offert vingt à -Dalayrac. 
Dans tous les siècles, les hommes modestes ont toujours 
été victimes des autres. 

v J'ai l'honneur d'être, madame, votre très-humble ser- 
vante, 

€ Dalayrac. » 



896 MUSIGIANA. 



* 



Parmi les nombreuses lettres adressées à Pleyel 
par Steibelt, il n'en est guère où le compositeur ne 
demande de l'argent. Ces lettres sont de véritables 
parterres de ronces, semés de pâtés et de fautes 
d'orthographe, le tout agréablement ciçaenté par un 
style à l'avenant. Steibelt avait traduit la Création 
de Haydn, traduction qui fut mise en vers par 
M. de Ségur. L'exécution de cette œuvre eut lieu à 
l'Opéra le 3 nivôse an ix, et c'est en s y rendant 
que Napoléon I"* faillit être victime de la machine 
infernale. 

Les œuvres de Steibelt dénotent certainement du 
talent, quoique le désordre de sa vie s'y fasse sen- 
tir sous forme d'inégalités, de diffusion, de manque 
de suite. Steibelt avait surtout la mauvaise habitude 
de revendre à différents éditeurs, quelquefois aux 
mêmes, des ouvrages qu'ils lui avaient déjà achetés 
et payés, mais qu'il travestissait un peu par quel- 
ques changements. Voici donc une de ses lettres, 
à laquelle ressemblent à peu de chose près toutjes 
les autres : 

A Monsieur PleyeL 

« Mon ami, je te demande pardon de tHncommoder si 
souvent, tnais cet la dernière foix et je te demanderai plus 
j*usque je me suis acquitter. — Il me manque encor 2 louis 
pour acheté du vin. — Gomme j'ai une bonne occasion 
d'en acheté chez M. Herold qui est a Sevré chez M. Erard, 



LETTRES. 297 

je lie vouderavpas manquer *^ je compte touché de Targent 
hier chez un de mes Ecolié me& elle ne m*a pas payé. — 
Je te demandere bien 3 louis, mais je crains d'être indis- 
cret. — Mais comme je te portere la sonate sûrement sa- 
medi, cela fera que tu me devera que 36 livres. — Je pars 
pour Sève et reviens samedi. — Aiye l'autre sonate prêt. 

c Tout à toi, 

« Steibelt. 

(f N» B, — Envoie moi l'argent comme hier. » 

A, - • ■ 

¥ ¥ 

« Hambourg, le 2 février 1802. 

« Mon cher Pleyel, 

« Madame de Lannoy, dont tu avais fait connaissance pen- 
dant tpn. séjour à Hambourg, voudrait faire imprimer un 
concerto de sa composition. Lorsque tu auras regardé la 
partition, tu verras qu'il est fort brillant et pas difficile, de 
sorte qu'il pourra avoir un assez joli débit ; de sorte que 
tu ne risques rien à le faire graver chez toi» et, outre cela, 
tu m'obligeras infiniment. 

« Gomment es-tu content de Himmel ? Je vois par la Ga- 
zette qu'il fait très-bien ses affaires à Paris. Je pars pour 
Londres sous peu de temps, pour y faire entendre un nou- 
veau concerto, et vers la fin de juin je viendrai certaine- 
ment à Paris ; ainsi prépare une bonne provision de vin 
de Bourgogne, que tu me dois encore, et qu'enfin je boirai 
chez toi. 

« Mille amitiés à ta femme et ta petite famille, 

<' Ton ami, 

« DUSSEK. » 

> 

17, 



296 MUSIGUNA. 

« 

Les billets de Dussek sont très-humôristiques, 
généralement bien écrits et amusants. En voici 
deux : 

a Vendredi, ce 12 août 1808. 

< Cher Camille, je ii*ai le temps que de vous dire un mot, 
c'est de vous prier de m'eavoyer sur-le-champ uae livre de 
tabac (du même que le précédent) et un exemplaire de mon 
Élégie. Mettez tous les deux dans le môme paquet, à mon 
adresse» et envoyez-le à la grande poste pour être remis 
au grand courrier de Blois. f 

« Votre sincère ami, 

« DussEK. » 

AUTRE. 

A Monsieur Camille Pleyel{l). 

« Mon cher, je vous envoie ci-inclus 15 louis; c'est tout, 
ce que je possède dans ce moment. Tâchez d'arranger cela 
tout de suite, car cette femme est une diablesse incarnée. 

. « Votre ami, 

f Dussek. » 

A Monsieur Pleyel. 

« Leipzig-, 4 juin 1806. 

« P. -S. Je viens d'acheter une toute charmante œuvre de 
J. Haydn, qu'il a composée à sa plus brillante' époque (y 
compris les symphonies composées pour Salomon). 

(1) Fils du compositeur Ignace Pleyel, et chef de rimportanf^ 
fabrique do pianos qui porte encore son nom; mort on 185y, 



LETTRES. 299 

< Ce sont des pièces de chant italiennes^ ce qa'il à écrit de 
mieux pour le chant : des airs, des duos, des trios, eta., 
ensemble 11 pièces. Elles font partie d'un opéra, mais que 
Haydn, pour des raisons particulières, n'a jamais fait pa- 
raître; il tenait à ce qu'elles le fussent après sa mort, car 
il les estimait tout particulièrement. Vous devez connaître 
des morceaux, de ses opéras antérieurs, mais on ne peut 
les comparer à ceux-ci. 

c Voulez- vous la copropriété de cela pour la France (je 
suis convaincu que ce sont des choses à succès)? et je vous 
laisserai cela contré 8 exemplaires de la collection des 
quatuors d'Haydn ; je l'ai payé fort cher. 

« Hartel. » 
(Maison Breitkopf et Hartel.) 

AU temps OÙ Ignace Pleyel faisait le commerce 
de la musique, on ne se contentait pas, comme au- 
jourd'hui, d'envoyer aux correspondants de la pro- 
vince le titre des nouveautés ou ces nouveautés 
elles-mêmes, consistant en mélodies et en morceaux 
de piano ; les éditeurs faisaient parfois des voyages 
dans rintérét de leurs éditions, surtout quand il 
s'agissait de partitions d'opéras, de conceVtos, de 
sonates ou de quatuors. Nous plaçons ici un bout de 
lettre de Charles Mansui. C'était au moment où 
Ignace Pleyel fondait sa fabrique de pianos, et 
Mansui recommande aune dame Petitot de Nantes: 

< M. Camille Pleyel, fils du célèbre auteur de ce nom, 
jeune homme de mes amis, parfaitement élevé, possédant 
un très-beau talent sur le piano. Il ne professe d^aucune 
façon la musique", le but de son voyage est d'étendre les 
relations commerciales de M. Pleyel, son père, qui est mainr 



SOO MUSIGIANA. 

tenani à la tète de la première fabrique dé France pour les 
pianos, > etc. 

Il signe alusi i 

« G. Mansui, • 

u Empereur des pianistes, roi des organistes, protecteur 
des guiiarristes et médiateur des harpistes. » 

Les deux lettres de Beethoven que je vais citer 
sont écrites en allemand ; la première traite unique- 
ment d'affaires et n*est que signée de Beethoven ; 
la seconde est entièrement de sa main. En lisant 
ces deux pages d'un homme illustre, on se convainc 
sans peine que le génie n'est pas aussi au- 
dessus des choses terrestres qu'on veut bien le dire, 
et que Beethoven savait traiter les affaires avec une 
clarté, une précision dignes d'un commerçant con- 
sommé. La seconde lettre est remarquable par une 
petite boutade contre les Français, et quoique Beet- 
hoven aît fait sa Symphonie héroïque à l'inteiition 
de Napoléon I**" (avant qu'il fût empereur), ses sen- 
timents patriotiques se sont fait jour aussi bien 
dans sa Symphonie militaire de la victoire de 
Wellington ( Victoria) que dans cette lettre intime : 

« Vienne, le 26 octobre 1807. 

« J'ai l'inteiition de confier à la fois le dépôt des six œu- 
vres ci-dessous à une maison dé Paris, à une maison de 
Londres et à une maison de Vienne, à ia condition -que 



LETTRES. 901 

dans'chacuiio de ces trois villes elles parMtront ensemble 
à un jour déterminé. De cette façon je crois satisfaire mon 
intérêt en faisant connaître rapidement mes ouvrages, et, 
sous le rapport de^ Fargent, je crois concilier mon propre 
intérêt et celui des différentes maisons de dépôt. 



c Les œuvres sont : 

!• Une symphonie. 

2» Une ouverturCf écrite pour 
la tragédie de Coriolan de Col- 
in, 

3" Un concerto de violon. 



4* Trois quatuors. 

5* Un concerto pour piano, 

6* Le concerto pour violon, 

arrangé pour le piano avec des 

notes additionnelles. 



t Je vous propose le dépôt de ces œuvres à Paris ; et, 
pour éviter de traîner la chose en longueur par des cor- 
respondances, je vous Toffre tout de suite au prix modéré 
de 1,200 florins d^Augsbourg contre la réception des six 
œuvres, et votre correspondant aurait à s'occuper de l'ex- 
pédition. — Je vous prie donc de me donner une prompte 
réponse, afin que, ces œuvres étant toutes prétes; on puisse 
les remettre sans retard à votre correspondant. 

« Quant au jour où vous devrez les faire paraître, je crois 
pouvoir vous fixer, pour les trois ouvrages de la première 
colonne, le 1^' septembre, et pour ceux de la seconde co- 
lonne, le i** octobre de la présente année. 

a Signé : Lu'lwig Van Beethoven. » 



- SECONDE LETTRE. 



Mon cher et honoré Pleyel, 



« Que devenez- vous, vous et votre famille ? J'ai souvent 
eu déjà le désir d'aller vous voir; jusqu'ici cela n'a pas été 
possible : la guerre en a été cause en partie. S'il faut que 



802 MUSIGIANA. 

cela continue à être un obstacle, oi^ si cela doit durer loag-^ 

temps on pourra bien ne jamais voir Paris mon cher 

Gamillus; c'était le nom, si je ne me trompe, de ce Romain 
qui a chassé de Rome les barbares gaulois; à ce prix, je 
voudrais bien m'appeler ainsi pour les chasser de partout 
où ils ne sont pas à leur place. — Que faites-vous de votre 
talent, cher Camille ? J'espère que vous ne le gardez pas 
pour vous seul ; je pense que vous en faites quelque chose 
de plus. Je vous embrasse de cœur tous les deux, le père et 
le filSj et j*espère qu'en plus des choses commerciales que 
vous avez à m'écrire, vous me direz beaucoup de choses 
sur vous et votre famille. 

« Âdicu, et n'oubliez pas votre véritable ami. 

« Beethoven. )> 

Ces deux lettres sont de la même date : l'une 
occupant le prenner feuillet, l'autre le second. 

En 1808, Maelzl était venu à Paris soumettre à la 
curiosité publique son automate le Joueur de trom- 
pette, La lettre qui suit, adressée à Ignace Pleyel , 
est écrite en allemand : 

« Strasbourg, 27 décembre, 1808. 

« Mon cher ami, 

« Je me hâte de vous envoyer d'ici mes excuses sur mon 
départ précipité de Paris, sans avoir pu vous faire mes 
adieux, comme je le souhaitais, à cause de mes occupa- 
tions. 

« Je viens donc votts remercier^ par écrit, pour le bien- 
veillant accueil que vous m'avez accordé et, une fois à 



LETTRES. SOS 

Vienne, j'espère avoir l'occasion de vous prouver combien 
votre amitié est vivante dans mon souvenir. 

c Mon Joueur de trompette a causé ici un plaisir univer- 
sel ; ce succès m'a flatté, je vous en dois une partie, d'après 
l'affection qu'on a ici pour vos œuvres : car à peine €ivait-on 
annoncé une Marche de vous, que déjà les applaudisse- 
ments partaient avant que mon joueur de trompette eût 
embouché spn instrument. Votre musique a fait passer mon 
automate pour un artiste, et c'est à elle qu'il doit ses pro- 
grès. Je dois sans doute encore à votre fils le transport du 
piano, si on ne le lui a pas payé, comme j'en avais donné 
Tordre. 

a Dites-moi ce que je vous dois quand vous m'enverrez 
la lettre pour le prince Esterhazy, et adressez-moi-la chez 
MM. Bethmann frères, à Francfort-sur^le-Mein, où je me 
rendrai dès demain. 

« Mes compliments respectueux à votre chère femme. 

« Dès mon arrivée à Vienne, je vous expédierai les cap- 
sules et le cuir. 

« Votre reconnaissant ami, 

< Jean Maelzl. » 

Je passe à un compositeur dont la gloire a sou- 
levé des contestations jusque dans ces derniers 
temps : il n'y a que des Français moitié Prussiens 
capables de vouloir enlever à Rouget de Lisle sa 
Marseillaise. Heureusement que cette paternité est 
établie sans réplique et recevra une nouvelle et 
intéressante confirmation par le travail que Georges 
Kastner avait terminé quand la mort interrompu 
sa studieuse carrière, mais qui sera mis au jour par 
les soins de madame Kastner. 



96A MUSIGIANA , 

Rouget de Lisle a publié en 1796 un volume inti- 
tulé : Essais en vers et en prose. Ce petit in-8* est 
devenu une rareté bibliographique. Peu de temps 
après la prise de la Bastille, il écrivit à Besançon 
un chant patriotique sur un air connu. Cette poésie, 
augmentée de deux strophes, fut chantée par les 
Strasbourgeois sur une nouvelle mélodie composée 
et orchestrée par Ignace Pleyel le jour de l'accep- 
tation de la Constitution, le 25 septembre 1791, 
avec le titre Hymne à la liberté. 

Rouget de Lisle a enôore écrit trois livrets d'opé- 
ras : Almanzor et Féline^ en 3 actes ; F Aurore d'un 
beau Jour, ou Henri de Navarre, en 2 actes; enfin 
Bayard en Bresse, comédie en 4 actes, musique 
de Cbampein. Celte pièce, jouée une seule fois le 
21 février 1791, renferme quelques airs de Rouget 
de Lislé. Les deux précédentes n'ont pas été repré- 
sentées, et se trouvent dans la collection d'auto- 
graphes de M. Pochet-Deroche. 

. La publication musicale la plus importante de 
Rouget de Lisle est un recueil in-folio de 48 chants 
français, paroles de différents auteurs, musique de 
Rouget de Lisle. (Paris, Maurice Schlesinger.) Ce 
volume, qui n'est pas facile à rencontrer, renferme 
de bonnes choses ; les morceaux patriotiques, sur- 
tout, me paraissent les mieux réussis. A côté de 
la Marseillaise, le Chant chevaleresque d*Emma et 
Eginard, ainsi que le Vengeur, ne font pas dispa- 
rate. C'est dans le Vengeur que se trouve le refrain ; 



. . liSTTRËB. 505 

Mourons pour la patrie, 
i^ C'est le sort le plus beau, le plus digne d'envie! 

refrain pillé pour le chant des Girondins en 1848; 
avec cette différence que la musique de Rouget de 
Lisle sur ces deux vers est une phrase noble et 
inspirée. 

Je ne crois pas que Fauteur de ces 48 chants 
français (1) en ait fait les accompagnements. Rouget 
de Lisle jouait du violon, bien ou mal, je l'ignore : 
ses relations assez intimes avec plusieurs composi- 
teurs célèbres de son temps devaient au reste lui 
faciliter les moyens d'avoir des accompagnements 
de piano pour les chants qu'il composait. Vous verrez 
par le billet suivant qu'Ignace Pleyel était très-lié 
avec l'auteur de la Marseillaise, 

Voici ce billet : . 

« Vendredi, 6 mai. 

« Depuis que tu m'as promis un autre violon, mon cher 
amî, je ne rêve plus que duos : on devient bête à la cam- 
pagne, et j'y aurai moins de peine qu'un autre. 

« Si tu ne m'as pas oublié, fais-moi le plaisir de remettre 
au porteur l'instrument que tu me destines. S'il n'est pas 
prêt, dis à mon Homme quand il pourra Palier prendre. 
Sois sûr que j'en aurai le plus grand soin. 

« Adieu. J^ai quelque espérance de te placer un piano è 

tambourin. 

f J.-R. DE Lisle. 

« Aux Thermes, bappière du Roule, n® 233. » 

(i) Il y a même une autre édition qui renferme 50 chants ftan- 
çàis. ■ 



aee musigiana. 

Il y a en note : Remis un archet et un violon . 

Pour compléter ce petit entrefilet sur Rouget de 
Lisle, j'ajouterai cette lettre de Béranger, également 
trouvée en autographe dans les papiers d'Ignace 
Pleyel : 

Monsieur, Monsieur Rouget de Lisle, 
rue Sâint^Honoré. 

« J'ai rhonneur de présenter mes salulations respec- 
tueuses à monsieur Delille, et m'empresse de répondre à 
sa lettre obligeante. 

« Le titre de ma chanson est : la Sainte-Alliance» Si 
monsieur Delille a pris cette chanson dans le Journal gé- 
néral, il lui manque un couplet, sans lequel il ne me serait 
pas agréable de la voir reproduire ; le voici : 

« Après : « Aucun épi n'est pur de sang humain. » 

4« COUPLET. 

« Des potentats, dans vos cités en flammes, 
a Osent, du bout de leur sceptre insolent, 
« Marquer, compter et recompter les âmes 
« Que leur adjuge un triomphe sanglant. 
« Faibles troupeaux, vous passez sans défense 
« D'un joug pesant, sous un joug inhumain. 
« Peuples, clc » 

tt Ce couplet se trouve dans l'imprimé que M. le duc de 
La Rochefoucauld a fait faire et distribuer, et la chanson 
paraîtra ainsi dans la Minerve, sous les auspices de ce duc. 
Par conséquent, aucune considération de crainte ne peut 
en empêcher la publication en musique. 

c Je remercie monsieur Delille de la bonté qu'il a eue de 
m'envoyer la jolie idylle, et je l'en aurais remercié plus tôt 



LETTRES. 307 

si je n'avais eu Tespoir de le rencontrer pour lui témoi- 
g ler tout le plaisir qu'elle m'a fait. 

« Son très -dévoué serviteur, 

a Brranger. » 

Rouget de Lisle n'a eu garde d'oublier le couplet 
en question ; il se trouve dans le recueil cité plus 
haut. Du reste, sept ou huit poésies de Béranger y 
sont mises en musique. 



* 

¥ ¥ 



Sans aucune modulation intermédiaire, nous pas- 
sons de Bérangor à Reiclia. 

a Paris, le 24 juin 1813. 
fc Mon cher Pleyel, 

« Vous rendrez un double service, et à moi et à la mu- 
sique, en cherchant des souscripteurs pour mon Traité de 
Mélodie, lequel je me verrais forcé de garder dans mon 
portefeuille sans cela. Le texte de cet ouvrage contiendra à 
peu près 300 pages in-4<' et 80 planches de musique. 

« J'ose avancer que c'est peut-être Touvrage le plus in- 
structif qui ait paru en musique ; il a encore cet avantage 
que tout le monde est en état de le comprendre, pourvu 
qu'on sache ce que c'est que les gammes musicales. 

« 3 francs par exemplaire et le treizième gratis, c'est ce 
que je puis accorder à ceux qui veulent bien me chercher 
des souscripteurs. Si par hasard vous n'avez pas le temps 
suffisant dans votre tournée pour cela, ayez l'amitié d'en 
faire la proposition aux différents libraires et marchands 
de musique des villes par lesquelles vous passerez ; ce ne 
sera pas seulement pour mol un service, mais c'est en 
môme temps encourager une branche do notre art [et la 



909 MUSIGIAiNA. 

plus importante] qui, jusqu'à nos jours, a demeuré si né- 
gligée. Je vous embrasse de cœur et reste à toute épreayo 

votre véritable ami. 

c Reicha. » 

« P.'S. — La liste des souscripteurs sera fermée vers la 
fîn du mois de septembre. Si vous jugez à propos d'avoir 
beaucoup d'exemplaires du prospectus, il vaudrait peut^tre 
mieux d'en faire imprimer à Bordeaux que de les envoyer 
de Paris? 

« J'attends une réponse de votre part à cet égard. » 

Reicha a-t-il fait des coupures dans son Traité 
de mélodie ? Je ne sais ; toujours est-il qu'au lieu 
de 300 pages de texte projetées, il n'y en a que 116, 
avec 75 planches. 

Cette lettre confirme ce que j'ai avancé plus haut 
sur les voyages en province des éditeurs dans l'in- 
térêt de leurs publications. Aujourd'hui, la musique 
■mêmesefait, comme tout le reste, àla vapeur, je veux 
dire d'une manière fiévreuse et souvent trop précipi- 
tée; l'auteur d'un opéra n'a plus le temps d'en faire la 
réduction au piano pour l'éditeur : c'est l'accom- 
.pagnateur du théâtre qui est généralement chargé 
de ce soin. La lettre suivante nous montre l'illustre 
maître Chérubini ne dédaignant pas de faire lui- 
même son arrangement de piano : 

« Voici, mon cher Pleyel,.rouverture d'Épicure arrangée. 
J'ai fait de mon mieux, surtout au commencement» où elle 
n'était pas facile à arranger. J'ai tâché qu'elle soit facile 
d'exécution, afin qu'elle puisse être jouée par tous les pia- 
nistes, .de quelque force qu'ils soient. * 

i* Si le duo était gravé, je désirerais en avoir quelques 



LETTRES. 809 

eocemplaires ; je te prie de me faire cadeau d'une ou deux 
romances. 

a Fais-moi, je te prie, donner des nouvelles de ta santé ; 
la mienne est encore faible. Cela a été cause que je ne t'ai 
envoyé Fouverture plus tôt, attendu que ces jours passés 
je n'ai pas pu travailler,' ayant élé souffrant. 

« Adieu ; mes civilités respectueuses à madame Pleyel. 

« Tout à toi, avec l'estime et la considération qui te sont 

dues. 

« Chérubini (1). » 

m 

* 
¥ ¥ 

La lettre qui suit est de Berlioz, qui avait alors 
seize ou dix-sept ans : 

u La Côte-Saint-André (Isère), 6 avril 1819. 

« Monsieur, 

c Ayant le projet de. faire graver plusieurs œuvres de 
musique de ma composition, je me suis adressé à vous, 
espérant que vous pourriez remplir mon but. Je désirerais 
que vous prissiez à votre compté l'édition d'un pot-pourri 
concertant, composé de morceaux choisis, et concertant 
pour flûte,: cor, deux violons,, alto et basse. Voyez si vous 
pouvez le faire, et combien d'exemplaires vous me donne- 
rez. Répondez-moi au plus tôt, je vous prie, si cela peut 
vous convenir, combien de temps il vous faudra pour le 
graver, et s'il est nécessaire d'affranchir le paquet. , 

« J'ai l'honneur d'être, avec la plus parfaite considéra- 
tion, votre obéissant serviteur. 

« Berlioz. » 

Entre deux lettres de Berlioz, il est tout naturel 
de placer une lettre de Spontini au roi Louis XViil; 

(1) Qnolque Italien, Chérubini met un accent sur Te' dans sa 
signature. 



s 10 HUSIGIANA. 

Berlioz a eu toute sa vie une haute estime pour 
Spontini ; elle n'était certes pas mal placée. 

c Sire, 

« Un étranger (qui ne Test plus) et qui a tâché par ses 
travaux, que la France Tadoptât, consacrant à ce pays, 
depuis quinze ans, le tribut de ses faibles talents, établi et 
lié par les noeuds du mariage avec une famille française, 
dépose aux piqds de Votre majesté le plus ardent et le 
plus cher de ses vœux. 

a Jeune encore, j'ai composé, non sans quelque gloire» 
vingt-quatre opéras, dont quinze exécutés sur tous les 
premiers théâtres d'Italie et neuf sur ceux de France. 

» L'Institut de France a déclaré, par trois décisions con- 
sécutives, que mon opéra de la Vestale était digue du 
grand prix décennal que le gouvernement avait promis à 
la meilleure des compositions dramatiques musicales, 
jouées dans l'espace de dix années, sur le théâtre de TAca- 
démie royale. 

« J'ai dirigé pendant deux ans, à Paris, l'opéra bouffon 
italien, et j'y ai fondé Vopéra séria. 

c La France, sous le règne de Votre Majesté, va voir 
tous les arts refleurir, avec la félicité publique; que je se- 
rais heureux, Sire, si Votre Majesté daignait m'accorder 
la place de directeur de sa musique particulière {poar.ies 
concerts) et de l'opéra séria buffa italien. 

« Cette place a toujours été remplie par un compositeur 
italien, et sous les règnes de Louis ^V et de Louis XVl^ 
vos augustes prédécesseurs , cinq maîtres de chapelle 
étaient employés pour le service de la chapelle et de la 
chambre. 

« Si Vopéra séria et buffa italien étaient supprimé en 
France, j'oserais mettre à vos pieds. Sire, mes humbles 
supplications pour obtenir de Votre Majesté la surinten- 
dance de la musique de l'Académie royale, me trouvant le 



LETTRES. 311 

seul compositeur à Paris privé d'une place et d'.une exis- 
tence assurée. 

c Je passerai le reste de ma vie, Sire, à bénir votre heu- 
reux retour et vos bienfaits, à m'efforcer de m'en rendre 
digne, et je crois sentir s'élever et s'accroître mon faible 
génie, par la seule pensée de pouvoir en consacrer les 
efforts, avec mon étemelle reconnaissance, au chef tant 
chéri et si longtemps désiré de Tauguste maison des 
Bourbon. 
' '< Je suis avec un profond respect, 

€ Sire, 

f De Votre Majesté, 

« Le tout dévoué sujet, 

« Spontini, 

V Rue du Mail,no 13. » 

Cette lettre, quoique non datée, est de 1814. La 
Vestale avait été représentée pour la première fois 
en 1807, et malgré le succès de cet opéra, la lettre 
qu'on vient de lire ne fit obtenir à son auteur aucune 
des places qu'il demandait à Louis XVIII. Lesueur, 
directeur de la chapelle impériale, dirigea la cha- 
pelle rojaley conjointement avec Martini, 

Paër également passa de la direction des spec- 
tacles et des concerts de la cour impériale à celle 
du roi. 

Le roi de Prusse s'attacha Spontini en 1819 
comme directeur général de la musique à la cour. 

Lettre de Berlioz à son fils. 

a Mon cher Louis, 
4 Ta mère va un peu mieux, mais elle est toujours obli- 
gée de garder le lit et de ne pas parler. La moindre émo-* 



312 MUSIGIANA. 

lion, en outre, lui serait fatale. Ainsi, ne lui écris pas âe 
lettre comme la dernière que tu m'as adressée . Rien n'est 
plus désolant que de te voir toi-même à Tinaction et à la 
tristesse ; tu arriveras à dix-huit ans sans pouvoir entrer 
dans une carrière quelconque ; je n*ai point de fortune, lu 
n'auras point d'état, de quoi vivrons-nous ? 

Tu me parles toujours d'être marin (1) ; tu as donc bien 
envie de me quitter !... car une fois sur mer, Dieu sait quand 
je te reverrais. Si j'étais libre et entièrement indépendant, 
je partirais avec toi et nous irions tenter la fortune aux 
Indes ou ailleurs ; mais pour voyager il faut déjà une 
certaine aisance, et le peu que j'ai m'oblige à rester en 
France . D'ailleurs ma carrière de compositeur me fixe en 
Europe, et il faudrait y renoncer entièrement si je quittais 
l'ancien monde pour le nouveau. Je te parle là comme à un 
grand garçon. Tu réfléchiras et tu comprendras. En somme 
quoiqu'il arrive, je serai toujours ton meilleur ami et le 
seul entièrement dévoué et plein d'une affection inaltérable 
pour toi. Je sais que tu m'aimes et cela me consolern de 
tout. Cependant ce sera bien triste si tu restes à vingi «as 
un garçon inutile à toi-même et à la société. 

« Je t'envoie des enveloppes pour écrire à tes tantes. Ma 
sœur Nanci me parle de toi, je t'envoie sa lettre. Il n'y a 
pas besoin de cire noire ; comment veux-tu que je l'envoie? 
On ne met pas des bâtons de cire à la poste. 

a Parle-moi encore de tes dents, les a-t-on soigneusement 
nettoyées?.. . 

(( Adieu, cher enfant, je t'embrasse de toute mon ftme. 

« H. Berlioz. 
« Samedi 25. » 

Point de date. Le fils de Berlioz était alors au 
lycée national de Rouen. 

(1) Le fils de Berlioz a embrassé en effet la carrière de la ma- 
rine; il est mort avant son père. 



LETTRES. 8fS 

Voici maintenant l'élève de Beethoven, Ferdinand 
Ries, âgé de vingt-cinq ans, et qui débute par rien 
moins qu'un sextuor. 

c Londres, 28 décembre 1819. 
a Messieurs Pleyel et fils aîné, 

« Comme je désire faire graver bientôt : 1<> un NoUurno 
pour le piano-forte et flûte accompagnant; 2<> un grand 
Sextuor pour le piano-forte principal, avec accompagne- 
ment de violons, alto, violoncelle et contrebasse, arrangé 
pour qu'on puisse le jouer aussi sans accompagnement ; 
2i° une Introduction et Rondo pour le piano-forte, sur un air 
favori de Rossini; je vous les offre, si vous voulez en avoir 
les droits de propriété pour la France, en les faisant pa- 
raître le même jour qu*ici. L'honoraire sera de 30 napoléons 
ou pour 1,500 francs de musique (prix marqué) de votre 
catalogue, pour les trois. 

« Vous m'obligerez. Messieurs, infiniment en me répon- 
dant le plus tôt possible, comme les compositions sont 
toutes prêtes. Et si la sonate en sol, avec flûte obligée, a 
rendu à Paris comme ici, je n'ai pas de doute, la réponse 
sera comme je désire. 

« J'ai l'honneur de rester, Messieurs, 

a Votre obéissant serviteur. 

c Ferd. Ries. » 

J'ajoute un petit billet non daté, quant à l'année : 

« Nicole souhaite le boi^our à M. Camille, et lui envoie 
trois partitions, le priant de lui en renvoyer trois autres. 

a Nicole a le plus grand soin de ces chefs-d'œuvre, il 
prie M. Camille d'observer qu'il les lui prôte avec des taches 
et qu'il ne peut les rendre autrement. 

18 



314 MUSIGiANA. 

« MM. Pleyel père et ûls sont priés d'agréer l'assurance 
des sentiments les plus distingués de la part de l'écri- 
vant. 

« Ce 29 octobre. » 

* 

Il est assez étonnant que M. Fétis, qui se con- 
sacre à lui-même vingt-cinq colonnes in-8** dans sa 
dernière édition de la Biographie des musiciens, 
n*ait pas fait celle de son père, qui était pourtant 
organiste à Mons, professeur de musique et direc- 
teur des concerts en cette ville. 

M. Fétis dit qu'il acheva son Traité d'harmonie 
en 1816, et le présenta à l'Académie, qui n'en fit 
point de rapport. Plus loin il dit encore qu'il fit 
commencer l'impression de ce Traité par M. Eber- 
hardt, en 1819, mais que, par égard pour son pro- 
fesseur Catel, il en arrêta l'impression, déjà avancée 
de cinq feuillets, qu'il retira, et ne publia son ou- 
vrage qu'en 1844, chez Schlesinger. A quelle épo- 
que faudrait-il donc mettre la lettre suivante, que 
M. Fétis semble avoir oubliée? Elle ne peut être 
placée qu'entre 1816 et 1819, M. Fétis n'ayant dû 
se mettre à faire imprimer son Traité à ses propres 
frais qu'après avoir vainement frappé à la porte des 
éditeurs. 

« Paris, ce 28 novembre. 

« Monsieur, 

« Je VOUS prie de me pardonner mes importunités relatives 
à mon Traité d* harmonie ; mais, ayant formé un noavel 



LETTRES. 31» 

établissement, chose fort dispendieuse, étant peu connu 
comme professeur, et n'ayant encore en quelque sorte que 
des espérances, je suis dans la nécessité de tirer parti de 
mes ouvrages le plus promptement possible, surtout depuis 
que j'ai toute ma famille près de moi. Tous ces motifs 
pourront, je Tespère, me servir d'excuses auprès de vous. 

«Toutefois, comme il s'agit ici d'un ouvrage important, je 
sens que vous ne pouvez vous décider légèrement et qu'il 
vous faut examiner avant de conclure.] Ne pourrais-je pas, 
Monsieur, vous sauver l'ennui d'un long examen ? Il me 
semble que dans une séance de deux heures au plus je 
pourrais vous exposer Tensemble de mon système, qui n'est 
autre chose que la réduction en un corps de doctrine de la 
pratique des grands maîtres, et voue développer les nom- 
breuses améliorations que je crois avoir introduites dans 
le système général. En faisant l'exposé de toutes les parties 
de mon Traité, il me semble que vous le connaîtriez aussi 
parfaitement que si vous l'eussiez lu plusieurs fois. 

< Si vous adoptiez mon idée et que vous pussiez dispo-r 
ser de deux heures dans la matinée de demain dimanche, 
j'aurais l'honneur de vous attendre chez moi, où j'ai une 
planche noire préparée pour les démonstrations musicales. 
J'aurais l'honneur de vous attendre à l'heure qui vous con- 
viendrait le mieux. 

a Gomme il serait possible, Monsieur, que le mauvais 
état des affaires commerciales fût un obstacle à ce que nous 
pussions terminer ensemble pour cet objet, j'ai l'honneur 
de vous prévenir qu'il me suffirait de votre bon à trois ou 
quatre mois, si nous tombons d'accord sur le prix de l'ou- 
vrage. Je saurais où le placer. 

« Je ne sais si l'amour-propre m'aveugle, mais il me 
semble que la publication de mon livre ne serait pas une 
mauvaise opération pour vous ; je crois que cet ouvrage 
est destiné à tenir un jour un rang distingué parmi les di- 
dactiques. 



SI 6 MUSIGIANA. 

« Voudriez*vdù8 avoir la complaisance de me donner un 
mot de réponse sur ma proposition ? 

c Agréez, Monsieur, l'assurance de ma parfaite considé- 
ration. 

« FÉTIS. 

« Rue de Buffaalt, no 12.» 

« - 

En tête de cette lettre, Ignace Pleyel a écrit ces 
mots : c Répondu le 29 novembre, et annoncé que 
nous ne pouvions pas nous charger du Traité. » 

* ■ 

Je terminerai ces correspondances par une lettre 
de Fabre d'Olivet, littérateur et musicien, mort en 
1825. L'ouvrage dont il est question dans cette 
lettre n'a pas été publié à ce que je sache, et comme 
l'auteur en donne un aperçu assez complet, j'ai 
pensé qu'il ne serait pas sans intérêt de citer 
cette lettre, assez étendue d'ailleurs, pour figurer 
comme un renseignement complet, 

A Messieurs Pleyel et ûls aîné. 

«Paris, le 13 août 1822. 
«c Messieurs, 

. tt Quoiqu'il soit très-possible que la lettre que vous m*a> 
vez écrite le 11 de ce mois ne soit qu'une honnête défaite, 
ou que vous ayez d'autres raisons que j'ignore pour n'en- 
treprendre aucune spéculation, je ne laisserai pas que de 
vous donner quelques nouveaux détails au sujet de l'offre 
que je vous ai faite, afin de ne conserver aucun regret en 
supposant que vous n'ayez énoncé qu'un simple prétexte • 
« ^L'ouvrage que j'ai à vous proposer, Messieurs, sort 
'entièrement de l'ordre vulgaire des publications musicales; 
ce n'est point une œuvre de musique proprement dite, c'est 



LETTRES. 817 

un ouvrage- considérable, littéraire et musical, plein d'éru- 
dition et de recherches savantes, .dans lequel la musique 
est considérée en théorie et en pratique, comme science et 
comme art. On y remonte jusqu'à ses principes constitutifs 
ignorés: jusqu'ici, et on les démontre avec évidence et ri- 
gueur. On examine les systèmes musicaux de tous les peu- 
ples de la terre ; on les compare, on en dévoile l'origine 
commune ; on recherche pourquoi la musique, qui a exercé 
une si grande influence sur les nations antiques, a perdu 
cette influence sur les nations modernes. On dit à cet égard 
des choses aussi extraordinaires qu'intéressantes. 

« Après avoir vu ce que la musique a été, on voit ee 
qu'elle est et ce qu'elle pourrait être. On s'arrête sur les 
principes de Part que l'on suit pas à pas depuis la simple 
existence de la gamme, dont on dévoile pour la* première 
fois la cause cachée et nécessaire,. jusqu'aux combinaisons 
les plus compliquées de l'harmonie, qu'on explique et dont 
on montre les raisons. Enfin on donne un échantillon de la 
musique originelle de tous les' peuples, tant anciens que 
modernes, en les soumettant' aux régies mélodiques et 
harmoniques ci-devant posées. Ainsi se termine cet im- 
mense travail. L'ouvrage entier se compose de deux vo- 
lumes in-4^. Il doit être publié conjointement par un 
libraire réuni à un éditeur, afin d'en assurer le succès. Je 
croyais que vous pourriez être cet éditeur, et j'aurais été 
flatté de voir une seconde fois le nom de Pleyel figurer à 
côté du mien L'époque de la publication n'importe pas. 
J'attendrai volontiers au mois de janvier et même plus tard 
si vous me donnez votre parole. Il faut d'ailleurs émettre 
un prospectus, à l'effet d'dblenir des souscripteurs, tant* 
dans la ligne littéraire que musicale. 

* Voilà, Messieurs, ce que j'ai cru devoir vous dire ; je 
ne ferai aucune démarche nouvelle d'ici à huit jours. 

et J'ai l'honneur d'être avec une sincère considération, 

« Votre dévoué serviteur," 

« Kabrb d'Olivet, » 

18. 



918 MUSIGIANA. 



V ¥ 



M. Auber, durant une séance du comité des 
études, au Conservatoire, reçut la lettre suivante : 

< M. Brette, receveur de renregistrement à Falaise, offre 
une caisse de Champagne à Tartiste qui viendra lui don net* 
une leçon de guitare pour Fexécution de quelques airs va- 
riés de GaruUi, Sor et Garcassi, désireux, dans Tintérèt de 
l'art musical, de faire revivre un instrument dont les res- 
sources sont restées ignorées, pour n'avoir pas été suffî- 
samment pratiqué 1 » 

Quelque artiste de Paris a-t-il gagné la caisse de 
Champagne? Le bruit n'en est pas venu jusqu'à 
nous ; en tout cas le cachet était tentant pour un 
musicien, car de date ancienne on leur a fait la 
réputation d'aimer la dîve bouteille. 

En m'oyant chanter quelque fois 
Tu te plains qu'estre je ne daigne 
Musicien, et que ma voix 
Mérite bien que l'on m'enseigne, 
Voire que la peigne je preigne 
D'apprendre uty re, mif fa, sol^ la 
> Que diable veux-tu que j'appreigne 
Je ne bpis que trop sans cela. 

(67. Marot à Maurice Sève.) 



CHAPITRE X 



MÉMOIRES irOUTIiE-TOMBE DE H. BERLIOZ 



En 1865, M. Berlioz fit déposer dans son cabinet 
de bibliothécaire au Conservatoire de musique, 
mille à quinze cents exemplaires d'un livre intitulé : 
Mémoires d'Hector Berlioz^ Paris, chez tous les 
libraires, 1865. 

Un nombre très-restreint d'exemplaires fut dis- 
tribué en ce moment-là à quelques amis intimes 
qui gardèrent le secret jusqu'à la mort de Fauteur. 
L'ouvrage, acquis par là librairie Michel Lévy, 
parut en 1870. 

Le commencement^ ou plutôt les premières pages 
de ces Mémoires, furent écrites en 1848 à Londres, 
où Berlioz avait été tenter la fortune. Le 12 juillet, 
même année, il met : c Je repars pour le malheu- 



S80 MUSIGIANA. 

peux pays qu'on appelle encore la France, et qui 
est le mien, après tout. Je vais voir de quelle façon 
un artiste peut y vivre, ou combien de temps il lui 
faut pour y mourir^ au milieu des ruines sous les- 
quelles la fleur de l'art est écrasée et ensevelie. » 

Quel sentiment a pu inspirer la déclaration sui- 
vante ? c Je n'ai pas besoin de dire que je fus élevé 
dans la foi catholique, apostolique et romaine. Cette 
religion charmante, depuis qu'elle ne brûle plus 
personne, a fait mon bonheur pendant sept années 
entières ; et, bien que nous soyons brouillés ensem- 
ble depuis fort tongtemps, j'en ai toujours conser\'é 
un souvenir fort tendre. » 

Après cet aveu, vient celui du premier amour ; 
le jeune Berlioz était très-précoce : à treize ans, il 
tomba amoureux d'une belle jeune fille de dix-huit 
ans, aux yeux armés en guerre, et chaussée de bro- 
dequins roses qui se gravèrent éternellement dans 
le cœur du jeune Hector. 

Un flageolet et l'air de Malborough démontrèrent 
jusqu'à l'évidence les prédispositions musicales du 
futur compositeur. 

Les maîtres de musique de Berlioz furent un 
certain Imbert^ de Lyon, auquel succéda un nommé 
Durant, Alsacien de Colmar; il eût été bien plus 
étonnant que ce fût un Alsacien de Lyon ou de Paris. 
Quoi qu'il en soit, cet Alsacien de Colmar lui apprit 
la flûte et la guitare, même le tambour et l'au- 
teur avoue « qu'il n'£^ jamais possédé d'autres 
talents d'exécution. » 



MEMOIRES d'outre-tombe. Hi 

' Il y a là une petite phrase peu élogîeuse pour les 
pianistes et les compositeurs qui ont le malheur de 
savoir jouer du piano : c Je ne puis m'empêcher de 
rendre grâce au hasard qui m*a miç dans la néces- 
sité de parvenir à composer silencieusement et libre- 
ment, en me garantissant ainsi de la tyrannie des 
habitudes des doigts, si dangereuse pour la pensée, 
et de la séduction qu'exerce toujours plus ou moins 
«sur le compositeur , la sonorité des . choses vul- 
gaires* » 

Un curieux chapitre est celui où Fauteur parle 
de sa première entrée à l'amphithéâtre de Paris; 
Berlioz était venu à Paris pour étudier la médecine^ 
conformément à la volonté de son père, médecin 
lui-même. Cette étude ne fut pas de longue durée; 
elle inspirait une répulsion profonde au jeune étu- 
diant, qui finit par entrer à la classe de compo- 
jsition de Lesueur (1823). 

Une scène comique, presque grotesque, est celle 
qui se passa entre Berlioz et Chérubini à la biblio- 
thèque du Conservatoire. Chérubini voulait que les 
élèves, hommes et femmes, entrassent à Técole .par 
*des portes différentes; Berlioz avait enfreint cet 
ordre ^ et fut mis à la porte, il ne dit point laquelle 
des deux, mais on ne pourra lire ce chapitre sans 
rire : un vrai tour de gamin. 

A la fin de ce même chapitre, Berlioz pousse un 
soupir mal déguisé de n'avoir pas été nommé le suc- 
cesseur de Chérubini comme directeur du Conser- 
vatoire, car c'était l'avis de son garçon d'orchestre 



92i MUSIGIANA. 

et sans doute lésion aussi. Cela se termine ainsi: 
« J'aurai d'autres anecdotes à raconter sur Ghéru- 
binî, où Ton verra que s'il m'a fait avaler bien des 
couleuvres, je lui ai lancé en retour quelques ser- 
pents à sonnettes dont les morsures lui ont oui ! ! > 

Bon cœur, va ! 

Le directeur des Nouveautés reçoit M. Berlioz 
comme choriste à son théâtre ; cette scène de récep- 
tion est assez comiquement racontée, et à ce mo- 
ment l'auteur se paye un piano, quoique n*en sa-i 
chant pas jouer, mais c'est pour lui tenir société. Il 
avoue que, s'il était riche, il aurait toujours autour 
de lui un grand piano à queue, deux ou trois harpes 
d'Erard (aurait-il pincé des trois à la fois ?), des 
trompettes de Sax et une collection de basses et de 
violons de Stradivarius. 

Le chapitre xiv ne se termine pas d'une façon 
très-élogieuse pour Rossini, mais on sait la pas- 
sion... presque malheureuse de Berlioz pour les 
œuvres de Gluck. 

L'arrangeur Gastil-Blaze est bien arrangé à son 
tour*. ..à une sauce des plus piquantes, mais il n'est 
plus, qu'il repose en paix ; d'ailleurs, Berlioz ne dit* 
que des choses parfaitement fondées sur les tra- 
ducteurs et arrangeurs, et l'on sait, en fait d'arran- 
gements, jusqu'où allait Gastil-Blaze : il délayait 
Weber et Mozart avec du Gastil-Blaze, et, sous ce 
rapport, il faut se méfier de tout ce qu'il a publié, 
y compris l'in-folio : Théâtres lyriques, de 1100 
i 1855, où Lully, Rameau et tutti quanti sont à la 



MËMOIHES D OUTBë-TOMBE. 329 

sauce Castil-Blaze ; le baron Brisse n*a pas parlé de 
oelle-là. 

En..., des acteurs anglais vinrent à Paris, et 
firent entendre aux Français les pièces de Shakes- 
peare, dans la langue originale. L'amour de Berlioz 
pour les œuvres du grand Shakespeare, mélangé à 
celui qu'il voua à Tune des interprètes anglaises, 
Henriette Smithson, opérèrent si bien, que cinq ans 
plus tard Berlioz épousa cette dernière. Il déclare 
que ces représentations shakespeariennes le révo- 
lutionnèrent de fond en comble, quoique ne sachant 
pas un mot d'anglais. Croira qui voudra. 

Le premier serpent à sonnettes que Berlioz lit 
avaler à Ghérubini fut qu'il obtint, contre sa volonté, 
la salle du Conservatoire pour y donner un concert, 
grâce à la protection de M. de Larochefôucauld, 
alors surintendant des beaux-arts \ ce chapitre, où 
Tauteur rapporte sa conversation avec Chérubini, 
est des plus amusants. Ce concert eut lieu le 
26 mai 1828. 

Avant d*aborder le chapitre xx, Berlioz dit : 
« Quant à Haendel et à Rossini, leur éloignement 
pour Gluck et pour Weber est, je crois, dansTim- 
possibilité où ces deux hommes de ventre se sont 
trouvés de comprendre les deux hommes de cœur. » 
'■ En ce qui touche Haendel, mort en 1759, il n'est 
pas très-étonnant qu'il ait peu apprécié Weber, né 
en 1786. 

A la page 79, Berlioz parle du Prix de Rome, qui 
est une pension annuelle de 3,000 francs pendant 



324 MUSIGIANA. 

cinq ans : ce n'était donc pas le vrai moment de dire 
que le jeune lauréat, revenu à Paris (où il jouit 
encore de ses 3,000 francs pendant trois ans, fait 
ce qu'il peut pour ne pas mourir de faim... 

Plus loin, continuant à parler des prix de Rome 
et des jugements des membres de l'Institut : c Je 
sens en mon âme et conscience que, si j'avais l'hon- 
neur d'appartenir à ce docte corps (1), il me serait 
bien difficile de motiver mon vote en donnant le prix 
à un graveur ou à un architecte, et que je ne pour- 
rais guère faire preuve d'impartialité qu'en tirant le 
plus méritant à la courte paille. M. Berlioz, une fois 
membre de l'Institut, a-t-il voté ainsi? M. Pingard 
doit savoir combien de bottes de paille y ont passé. 

Au chapitre XXIII, Berlioz, lié avec le concierge 
de l'Institut, dévoile, par le moyen de cet afiidé, les 
conversations des juges qui ne lui adjugèrent qu'un 
second prix. On lira cela, certes, avec empresse- 
ment ; il est impossible d'ailleurs d*en faire un ré- 
sumé, et nous nous garderons bien d'y toucher. 

L'année suivante, le premier prix de l'Institut fut 
encore manqué. Suit une conversation avec Boiêl- 
dieu sur ce sujet, et l'auteur termine ainsi son cha- 
pitre : < Où diable le bon Dieu avait-il la tète quand 
il m'a fait naître en ce plaisant pays de France ? et 
pourtant je Taime, ce drôle de pays, dès que je 
parviens à oublier l'art et à ne plus songer à nos 

(1) Berlioz fût nommé membre de l'Institut en 1856; on ne peut 
donc savoir à quelle époque il a écrit ces lignes; il est toutefois 
assea bizarre que Berlioz les ait imprimées en 1865. 



MÉMOIRES d'outre-tombe. S25 

sottes agitations politiques. Gomme on s'y amuse 
parfois ! comme on y rit ! quelles dépenses d'idées 
on y fait (en paroles du moins) ! Gomme on y dé- 
chire l'univers et son maître avec de jolies dents 
bien blanches, avec de beaux ongles d'acier poJi ! 
comme l'esprit y pétille! comme on y danse sur la 
phrase ! comme on y blague royalement et républi- 
cainement !... Gette dernière manière est la moins 
divertissante !... » 

On dirait que les pages de ces Mémoires ont été 
livrées, à l'imprimeur à mesure qu'elles furent écri- 
tes ; le volume, comme nous l'avons déjà remarqué, 
porte la date de 1865, et page 130 on lit cette note 
(il s'agit de l'empereur Napoléon III) : II est aujour^ 
d'hui Président de la République française^ et il 
fait son triste métier avec autant de dévouement 
que de bon sens et d'énergie. 

Puisque nous citons, allons à une note qui se 
trouve quelques pages plus loin, où il s'agit delà mu- 
sique de la chapelle Sixtine : « Barbare ! barbare ! 
Le pape est un barbare comme presque tous les 
autres souverains. Le peuple romain est barbare 
comme tous les autres peuples. » 

Puis vient le carnaval romain décrit avec cet es- 
prit hypocondriaque, spleenique, hargneux et mor- 
dant si connu de l'auteur. 11 y a surtout une petite 
nofe en parlant des personnages qui paraissent à la 
place Navone : M. Belle ou Bayle ou Baile^ qui a 
écrit une vie do Rossini, sous le pseudonyme de 



8:*6 • MUSICIANA. 

Slendahl^ cl les plus irritantes stapidités sur la 
musique; dont il croyait avoir le sentiment. 

Pour en revenir à la chapelle Sixtine, M. Berlioz 
refuse complètement le génie à Palestrina ; il admet 
que € le goût et une certaine science aient guidé le 
musicien ; mais du génie ! allons donc, c'est une 
plaisanterie. » Pauvre Palestrina ! être ainsi bafoué! 

L'auteur des Mémoires joua un fameux tour aux 
membres de l'Académie de Paris, en leur envoyant 
(selon le règlement) un morceau,. c'était un Resur- 
r.exit, avecchœur et orchestre: on trouva un pràffrès 
sensible. . 

. C'était un fragment de sa messe, exécutée à Saint- 
Roch bien longtemps avant qu'il eût le prix de 
Rome. Aussi, Tauteur, tout glorieux, de sa gami- 
nerie, s'écrie.: t Fiez- vous donc au jugement des 
immortels ! » Plus loin, en parlant du théâtre en 
Italie, il dit que les musiciens y sont routiniers 
comme on ne f est même pas à F Académie. Evi- 
demment, l'auteur ne comptait pas être un jour 
membre de l'Institut, sans, quoi il en aurait parlé 
avec, plus de respect. Ces choses lui échappaient 
peut-être aussi durant ses ciùses, dont voici le dia- 
gnostic donné par lui-même : « C'est une aptitude 
prodigieuse au bonheur, qui s'exaspère de rester 
sans application, et qui ne peut se satisfaire qu'au 
moyen de jouissances immenses, dévorantes, fa- 
rieuses, en rapport avec l'incalculable surabondance 
de sensibilité dont on est pourvu ; c'est TébuUition, 
Tévaporalion du cœur, des sens, du cerveau, du 



MEMOIRES d'oUTRK-TOMBE. 827 

lluide nerveux, etc. » Si un médecin ne reconnaît 
pas la folie à ce diagnostic, à quelle maladie fauMl 
rappliquer ? 

Un bon petit chapitre est celui qui renferme la 
description du concert que Berlioz donna à son re- 
tour de Rome, et oùmissSmithson; Tactrice anglaise, 
s'éprit de Tauteur en entendant le solo de grosse 
caisse qui se trouve à la trois cent quarante^deux- 
millième mesure de Lélio on le Retour à la vie, 
monodrame. Dans le m0me chapitre, l'auteur des 
Mémoires entreprend M . Féti», qui avait voulu 
corriger les œuvres de Beethoven. Furieux de cela, 
M. Berlioz lui lâcha dans son monodrame de Lélio 
(c'était un passe-partout) quatorze lignes de prose 
bien senties sur un incisif trémolo de violon. Quelle 
œuvre multiforme que cet heureux drame de Lélio ! 
n'y àvait-il pas aussi l'adresse du bottier de M. Ber- 
lioz, toujouns avec grosse caisse et cymbales, entre- 
lardée de quelques déclarations à miss Smithson ? 
Quoi qu'il en soit, l'auteur épousa miss Smithson^ 
qui était ruinée et avait une jambe cassée ; l'apport 
du fiancé consistait dans la somme de 300 francs 
que lui avait prêtés son ami Gounet. 

Au chapitre xlv sont décrits les heurs et mal- 
heurs du Requiem de Berlioz, au détriment des 
petits compositeurs qui s'appelaient Chérubinî et 
Halévy : « Ainsi le bon Ghérùbini, qui avait déjà 
vdiflii me faire avaler t&iit de couleuvres, dut se ré- 
signer à recevoir dé ma main un boa eùnsitictor 
qu'il ne digéra jamais. •» 



8t8 MUSIGIÂNA. 

Et Habeneck donc ! onKra ce qu'il en dit. 

On lira beaucoup de choses que nous n'osond re- 
produire ici : les jeunes compositeurs y trouveront 
surtout un moyen simple, facile^ et doux d'obtenir 
quelque faveur au ministère des beaux-arts. 

M. Berlioz, on le sait, était un écrivain de grand 
talent ; ses articles de critique au Journal des Débats 
ont été fort appréciés... non pas préciséoient parles 
compositeurs, dont il n'a jamais dit grand bien ; et 
pourtant il y mettait de Tindulgence, de la béâi- 
gnité, de la longanimité, lisez plutôt : < Et l'on me 
trouve emporté, méchant, méprisant ! Eh ! malotrus 
qui me traitez ainsi, si je disais le fond de ma pri- 
sée, voiis verriez que le lit d'orties sur lequel vous 
prétendez être étendus par moi n*est qu'un lit de 
roses, en comparaison du gril où je vous rôtirais !!! » 

Quelle bonté ! Il est mort trop tôt, et les compo- 
siteurs n'étaient pas cuits à point ; il a dû le re- 
gretter, lui ! mais eux ? 

Les gens qui donnaient le plus sur les nerfs de 
M. Berlioz étaient ceux qui prétendaient qu'il ne 
comprenait pas Shakespeare ... 

Il aurait eu le droit de se fâcher, mais il leur dit 
tranquillement : « Crapauds gonflés de sottises \ 
quand vous me prouverez cela ! ! ! * 

À la page 231, commence une nouvelle division 
de ces curieux mémoires : ce sont les voyages de 
Tauteur en Allemagne. En revenant à Paris, il 
trouve que la ville a un air triste et découragé : 



MÉMOIRES P'OUTRË-TOMBE. 329 

Berlioz Tavail abandonné à son malheureux sort,. 
ce vortex parisien. • 

Vortex : conchyliologie, division générale établie pour 
quelqi^es espèces d'hélices, dont Pouverture est circonscrite 
par un bord tranchant*. 

Est-ce à dire que tous les Parisiens sont des 
huîtres quand M. Berlioz n'est pas avec eux? .0 
pontife ! pourquoi aussi abandonnas-tu ce Paris, qui 
aspirait ta musique par tous ses pores, et qui, sans 
elle, ne faisait que vivoter? 

Les lettres d'Allemagne sont très-belles, et excès- 
sivément flatteuses pour la plupart des orchestres 
qui ont exécuté la musique de M. Berlioz. A propos 
de Berlin (7* lettre à mademoiselle Bertin), on ne 
sait trop si l'auteur parle sérieusement ou non quand 
i! dit : c Mozart, dont les opéras se ressemblent 
tous, et dont le beau sang-froid fatigue et impa- 
tiente!... Quant à Gimarosa, j'enverrais au diable 
son éternel et unique Mariage secret^ presque aussi 
ennuyeux que le Mariage de Figaro^ sans être à 
beaucoup près aussi musical; je vous prouverais 
que le comique de cet ouvrage réside seulement dans 
les pasquinades des acteurs ; que l'invention mélo- 
dique en est assez bornée ; que la cadence parfaite, 
revenant à chaque instant, forme à elle seule près 
des deux tiers de la partition ; enfin, que c'est un 
opéra bon pour le carnaval et les jours de foire. Si, 
choisissant un exemple du style opposé, vous aviez 
recours à quelque œuvre de Sébastien Bach, je 



340' MU81GiAiNA. 

serais capable de prendre la fuite devant ses fugues 
et de vous laisser seule avec sa Passion. > 

Le trait final pourrait être comique, assurément, 
s*il n'était préparé si péniblement et de si loin. 

L'auteur des Mémoires répète a satiété combien 
il lui était antipathique d'écrire des articles de cri- 
tique musicale. Chapitre ui : « Je restai à Paris, 
occupé presque uniquement de mon métier, Je ne 
dirai pas de critique^ mais de feuilletoniste, ce. 
qui est bien différent. Le critique (je le suppose 
honnête et intelligent) n'écrit que s'il a une idée, 
s'il veut éclairer une question, combattre unsys-^ 
tème, s'il veut louer ou blâmer. Alors il a des motifs 
qu'il croit réels pour exprimer son opinion, pour 
distribuer le blâme ou l'éloge. Le malheureux feuil- 
letoniste, obligé d'écrire sur tout ce qui est du do- 
maine de son feuilleton (triste domaine^ marécage 
rempli de sauterelles et de crapauds !) ne veut rien 
que l'accomplissement de la tâche qui lui est impo- 
sée ; il n'a bien souvent aucune opinion au sujet des 
choses sur lesquelles il est forcé décrire; ces 
choses-là. n'excitent ni sa colère ni son admiration, 
elles ne sont pas. Et pourtant il faut qu'il ait Tàir 
de croire à leur existence, etc. » 

Les cantatrices deviennent rares : « Nous trou- 
vons un assez bon nombre de cantatrices aimées du 
public, parce qu'elles chantent d'une façon brillante 
de brillantes niaiseries. Elles ont la voix^ le savoir 
musical, un larynx agile; il leur manque Tàme, le 



MÉMOIRES d'oCJTRE-TOMBE. 331 

cerveau et le cœur : de telles femmes sont de véri- 
tables monstres. » 

,.. Mais il est mort, avant de s*ètre fait arracher 
les yeux... parles cantatrices ! ! ! 

Et cette pauvre Académie française, à chaque 
instant elle reçoit un coup de griffe ou un croc-en- 
jambe de son futur associé. Berlioz vient de parler 
de l'incapacité de la plupart des directeurs de théâ- 
tre, puis arrive la question des Conservatoires 
(5* lettre à M. H. Ferranid). L'auteur nous dit que 
l'Académie des beaux-arts de l'Institut pense que la 
musique, en général, n'est bien connue, bien sen- 
tie, bien comprise, et, parlant, bien jugée que par 
les peintres, les sculpteurs, les architectes et les gra- 
veurs ! Hâtons-nous de dire qu'après cette facétie 
Fauteur fait des observations précieuses sur les Con-'' 
servatoireà de musique. Quelques-unes des lacunes 
mentionnées sont comblées depuis longtemps au 
Conservatoire de Paris, mais ce qu'il dit sur les 
classes de chant, de rhythme, sur la classe d'ins- 
trumentation et sur les instruments a percussion 
nous parait plein de bonnes choses , et mérité 
certainement grande attention. 

Le voyage de Russie est des plus intéressants à 
lire dans ces Mémoires ; des détails originaux sur 
des mœurs bizarres et originales accaparent l'atten- 
tion d'ua bout à l'autre. 

Le tout semé par ci *par là de choses incom- 
préhensibles, comme cette visite à une institution de 
demoiselles à Moscou : « Trois des meilleures pia- 



982 MUSIOIANA. 

nistes m'y firent entendre un vieux triple concerto 
en ré mineur pour le clavecin, de **\ ce qui est fort 
grave, on en conviendra. Je suis même persuadé 
que M. Reinhart, en faisant exécuter ce moroeau 
par ses élèves, n'avait pas l'intention de m'étre dé- 
sagréable, i 

Parbleu! que fallait-il donc à M. 'Berlioz? Bien 
d'autres que nous se feront cette question, quand 
ils sauront que le vieux tripleConcerto en ré mineur 
de *** est tout simplement du grand Sebastien Bach ! 
M. Berlioz Tignorait-il ? 

A mesure qu'on approche de la fin de ces Mé- 
moires, le cœur se serre : ce sont des souvenirs et 
des tableaux funèbres, au milieu desquels rayonne 
comme un diamant cette admirable description de 
Meylan^ où l'auteur éprouva son premier amour (à 
douze ans); si ce n'était touchant, cela ferait rire. 

JPuis reviennent Iqs tableaux sombres, des ana- 
thèmes, des blasphèmes... des folies... 

« Destruction, feux et tonnerres, sang et larmes! ! ! » 
(comme dans les mélodrames). 

« Shakespeare ! Shakespeare ! où est-il? où est- 
tu? tu dois avoir été humain ; si tu existes encore, 
tu dois accueillir les misérables! C'est toi qui es 
notre père, toi qui es aux cieux, s'il y a des cieûx. 
Dieu est stupide et atroce dans son indifférence in- 
finie ; toi seul es le Dieu bon pour les âmes d'ar- 
tistes ; reçois-nous sur ton sein, père, embrasse- 
nous ! De Profundis adte clamo. La mort, le néant, 



MÉMOIRES d'outre-tombe. 3S3 

qu'est-ce que cela ? L'immortalité du génie ! . . . 
Wbat?... fool... fool... fooL.. » 

r 

Si tout cela n'est de la folie, qu'est-ce donc ? 

Le droit des pauvres reçoit plus d'un coup de 
patte dans ces Mémoires, et ceci i^est certes pas de 
la folie^ puisque ces richards d'artistes musiciens 
sont obligés de soutenir les pauvres de Paris et de 
la province, tandis qu'on empêche les peintres, les 
sculpteurs, qui se croient artistes aussi, pourtant , 
qu'on les empêche, disons-nous^ de faire œuvre pie 
en payant le droit des pauvres, droit inique s'il en 
fut jamais, parce que ce sont les plus pauvres qui le 
payent. 

Chapitre lix : « J'ai hâte d'en finir avec ces 
Mémoires ; leur rédaction m'ennuie et me fatigue 
presque autant que celle d'un feuilleton ; d'ailleurs, 
quand j'aurai écrit les quelques pages que je veux 
écrire encore, j'en aurai dit assez, je pense, pour 
donner une idée à peu près complète des principaux 
événements de ma vie et du cercle de sentiments, 
de travaux et de chagrins dans lequel je suis des- 
tiné à tourner,., jusqu'à ce que je ne tourne plus. » 

Les théâtres de musique ne sont pas oubliés, t Je 
sens bien ce que je pourrais produire en musique 
dramatique, mais il est aussi inutile que dangereux 
de le tenter. D'abord, la plupart de nos théâtres 
lyriques sont d'assez mauvais lieux, musicalement 
parlant; l'Opéra surtout, à cette heure, est ignoble! » 

Rien que cela ! 

Puis reviennent les ennemis, qui se cachent dans 

19. 



S94 MUSICIANA. 

f ombre, etc. Au reste ils reviennent souvent ces. 
ennemis, tant Allemands, Anglais que Français : 
il y en a même quelques-uns nommés par leur nom.. 
Item, les ennemis du feuilletoniste, comme par 
exemple ceux qui ne goûtèrent pas cette innocente 
plaisanterie: « J'eus ^^nprudenoe, il y a dix:-huit 
ou vingt ans, de faire la suivante à propos d*un trèsr 
plat petit ouvrage de Rossini. Ce sont trois cantiques 
intitulés : La Foi, l'Espérance et la Charité. Après 
les avoir entendus, j'écrivis je ne sais où, en parlant 
de Fauteur : Son Espérance a déçu la nôtre ^ sa 
Foi ne transportera pas des montagnes ^ et quant à 
la Charité qu 'il nous a faite , elle ne le ruinera pas . » 

Rossini avait eu toute sa vie la prétention de 
faire de la mélodie, même dans ces trois cantiques ; 
prétention exagérée, car l'auteur des Mémoires dit : 
« Je n*ai jamais songé, ainsi qu'on Ta si follement 
prétendu en France, à faire de la musique sans 
mélodie. Cette école existe maintenant en Alle- 
magne, et je l'ai en horreur. Il est aisé de se con- 
-vaincre que, sans même me borner à prendre uae 
mélodie très-courte pour thème d'un morceau,: 
comme Tout fait souvent les plus grands maîtres, 
j'ai toujours soin de mettre un vrai luxe mélodique 
dans mes compositions... Il est vrai que ces mélo- 
dies sont si dissemblables des petites drôleries ap- 
pelées mélodies par le bas peuple musical, qu'il ne 
peut se résoudre à donner le même nom aux unes 
et aux autres. » 

Il est vraiment dommage que le pauvre petit mu- 



MEMOIRES D OUTRE-TOMBE. 386 

sicien qui s'appelait Rossini soit mort si jeune, il 
aurait pu aller à l'école chez M. Berlioz, pour ap- 
prendre un peu ce que c'est qoie la mélodie. 

L'épilogue de ces Mémoires est un retour aux. 
premières amours, une correspondance entre ma- 
dame Estelle F... et l'auteur. L'amoureux a soixante 
et un ans ; la jeune fille, qui est une femme sensée 
et qui écrit fort bien, touche les soixante-cinq ou 
soixante- sept ans. On lira les deux grandes lettres 
de cette dame inconnue ; ce sont deux chefs-d'œuvre , 
de style, de sentiment, de raison et de convenance. 

Voici la conclusion de l'auteur : « Il faut me con- 
soler d'avoir été connu d'elle trop tard, comme je 
me console de n'avoir pas connu Virgile, que j'eusse 
tant aimé, ou Gluck, ou Beethoven... ou Shakes- 
peare..... qui m'eût aimé peut-être. (Il est vrai que 
je ne m'en console pas. ) 

« Laquelle des deux puissances peut élever 
l'homme aux plus sublimes hauteurs, l'amour ou la 
musique?. .. C'est un grand problème. Pourtant il me 
semble qu'on devrait dire ceci : L'amour ne peut pas 
donner une idée de la musique, la musique peut 
en donner une de l'amour... Pourquoi les séparer 
l'un de l'autre^? Ce sont les deux ailes.de l'âme. » 

Ces Mémoires, comme on Ta déjà observé, ont 
été écrits à différentes époques delà vie de Berlioz. 
Le projet de les publier date de loin, car la préface 
est de 1848 : « On a imprimé et on imprime encore 
de temps en temps à mon sujet des notions biblio- 



336 MUSICIANA. 

graphiques sî pleines d'inexactitudes et d'erreurs, 
que ridée m'est enfin venue d'écrire moi-môme ce 
qui, dans ma vie laborieuse et agitée, me paraît sus- 
ceptible de quelque intérêt pour les amis de l'art. » 
Berlioz n'éprouvait pour la République qu'une 
affection contenue, il en parle dans cette même pré- 
face : « La République passe en ce moment son 
rouleau de bronze sur toute l'Europe; l'art musical, 
qui depuis si longtemps partout se traînait mou- 
rant, est bien mort à cette heure ; on va l'ensevelir, 
ou plutôt le jeter à la voirie. » 



CHAPITRE XI 



MÉLANGES 



LES SALONS ORFILA. 

On sait que dans un temps, les salons de M. et 
de madame Orfila eurent un certain lustre artistique. 
Bien des personnes ont cherché en vain la cause de 
cet empressement désintéressé des virtuoses à assis- 
ter aux réunions de la rue Saint- André-des-Àrts. 

L'origine de cette réputation^ la voici : M. Orfila, 
médecin célèbre, professeur à l'Académie, avait une 
jolie voix, il chantait agréablement, ainsi que sa pre- 
mière femme : c'étaient d'ailleurs des personnes ai- 
mables, ayant des relations nombreuses et donnant 
de bons dîners ; voilà donc des éléments pour des 
réceptions charmantes dans un hôtel merveilleu- 
sement bien disposé pour cela. 

Madame Orfila profita de la clientèle existante, 
c'est-à-dire de la réputation établie. 

Les conditions étaient bien changées pourtant. 



S38 MUSICIANA. 

M. Oriila vint à mourir, et, voyez la ténacité des 
choses établies, des vieilles habitudes, les réunions 
du dimanche ne moururent pas pour cela. 

Il est vrai qu'on avait soin de nommer d'avance 
les critiques influents qui assisteraient à ces fêtes 
musicales, poétiques, dramatiques, dansantes* 1. il 
y avait de tout. Certain journal de musique consa- 
crait régulièrement tous les dimanches un alinéa 
bien senti en l'honneur du salon Orfila et réchauffait 
d'avance l'ardeur des exécutants. 

Une avant-veille de dimanche- gras mademoi- 
selle X... vint me demander quelque chose de bien 
gai, de bien bouffon : on voulait rire à se tordre ce 
jour-là. 

— Mais, mademoiselle, permettez-moi de vous 
observer qu'en si peu de temps je ne vois pas trop... 

— Allons donc, avec votre facilité bien connue, 
vous trouverez bien quelque chose. 

-^ C'est bien vague... mais encore, auriez-vous 

• • • > .• • • 

quelque idée ? 

— Attendez donc... comme nous aurons à notre 
disposition un chœur nombreux, tous les artistes 
d'un peu de nom qui hantent Paris. ; . 

— Ce sont les moyens, mais le sujet ? 

— Vous ne me laissez pas finir r si vous preniez 
donc, par exemple, un morceau de Gluck bien as^ 
sommant, bien lent, qu'on chanterait ^n allegro^ 
et... en finissant par félicita, félicita, félicita. 

(Je regardai le plafond comme font les gens dont 
la compréhension est en défaut.) 



MELANGES. Sd9 

— Gela ne me parait pas d'une gaieté fdle... 

Mademoiselle X... prenant son manchon et s*en 
allant : . 

— Vous trouverez, vous trouverez... réfléchissez 
un peu. ,. avec votre facilité. . . 

— Bien connue. . . 

-^ Arrangez cela, nous répéterons demain soir ; 
je vais convoquer les artistes; à demain soir ! 

Et la voilà partie. 

Je sortis pour vaquer à mes occupations, et ne 
rentrai qu'à l'heure du dîner. Ce soir-là il y avait à 
rOpéra-Gomique la première représentation de 
Manon Lescaut d'Auber, si je me souviens bien : 
j*y assistai. 

Le lendemain, en me levant, la visite de la veille 
me revint à l'esprit : « Ah ! mais, sapristi ! c'est ce 
soir la répétition... la répétition de quoi ? » 

En ce moment j'aperçus, traînant sur mon cla- 
vecin de travail, un des volumes des Chansons po^ 
pul aires publiées par Du Marsan. 

J'ouvris le volume à la chanson de Malbrough et, 
discontinuant ma toilette, j'entrepris cette chanson, 
en caractérisant chacun des personnages, tout en 
conservant l'air, mais le modulant, l'harmonisant, 
le travestissant, le développant avec de folles va- 
riantes, fioritures et vocalises. 

Le soir on répétait Marlbovough, qui eut un vrai 
succès, grâce aux exécutants : 



840 MUSIGIANA . 

M"^ Marlborough . . . M"* Ugalde. 

La suivante M"' Charles Ponchard. 

Le page M, Charles Ponchard. 

Uécuyer M. Battaille. 

Goria, habillé en bébé, tenaille piano, et le chœur 
était chanté par tout ce qui avait un nom à Paris. 

Et voilà rhistoire de la scène de Marlborough^ pu- 
bUée depuis dans les Soirées parisiennes. 



* 



LE DEY d' ALGER A L^OPERA. 



Meyfred, professeur de cor au Conservatoire pen- 
dant de longues années, était poète à ses moments. 
 un banquet donné à Habeneck (qui avait été 
malade) par les artistes de l'orchestre de TOpéra, 
Meyfred lut une grande pièce de vers intitulée : 
Voyage et Retour ^ dont nous extrayons l'anecdo te 
suivante, parfaitement historique : 



Ecoutez : un coup d'éventail 
Fut un signal de guerre, et Ton nous vit descendre 
Sur des bords africains qu'un dey ne sut défendre. 
Obligé de quitter les douceurs du sérail. 
Ce prince infortuné (comme sont tous les princes) 
Voulut un jour visiter nos provinces, 
Juger nos mœurs, nos arts, et cœtera... 
On le conduit à l'Opéra. 



9 



MELANGES. 341 

L'adroit Véron (1) veut qu'il crie au miracle; 

Riche alors en talents, il ouvre son trésor, 

Et lui compose un magique spectacle... 

Kn ce temps-là c'était possible encor... 

« S*il n*est pas soprd, dit-il, s'il n'a pas la berlue. 

Il doit être ravi!!...» Mais l'impassible dey, 

Sur son balcon, mollement accoudé. 

Ne quitte point notre orchestre de vue. 

Le rideau tombe enfin, le médecin Véron,' 

Comme un triomphateur se présente à la loge; 

Du geste, du regard, de la voix interroge. 

Et l'interprète lui répond : 
a Ce spectacle, monsieur, vivement intéresse ; 

Voici les mots qu'à Son Altesse 

Je viens d'entendre prononcer : 
Allah me donnerait encore cent ans à vivre. 
J'y songerai toujours... Je n'ai pu me lasser 
De voir ces trois messieurs avaler tant de cuivre 
Sans se blesser!!!...» 



On comprend que ces trois messieurs étaient les 
trois joueurs de trombone. 



* 



SALVADOR DANIEL 
Directeur du Conservatoire de musique sous la Commune. 

Salvador Daniel était fils d'un émigré espagnol, 
bon musicien également, qui a publié uae Gram- 
maire philharmonique en 2 volumes. 

(1) Alors directeur de l'Opéra. 



34i? MUSICIANA. 

Quant au lils, il a été pendant plusieurs années 
attaché à Torchestre du Théâtre-Lyrique comme 
alto. Après la faillite dé ce théâtre, il émigra en 
Algérie, où il devint professeur du musique à l'école 
arabe d*Âlger et directeur de l'orphéon dé cette 
même ville. Il y resta trois ou quatre années, puis, 
â la suite de la mort d'une jeune personne qu'il 
devait épouser, il revint à Paris, cherchant des 
élèves et, je crois, n'en trouvant guère. 

A cette époque, et sur ma demande, Salvador 
Daniel fit deux conférences à la Société des corn- 
positeurs de musique^ l'une sur la Facture des in^ 
struments primitifs pendant les premiers âges du 
monde^ Tautre intitulée : Les chants de la race 
cabirique ou gallique ; cette dernière conférence a 
été reproduite dans les bulletins de la Société. C'est 
entre ces deux séances qu'il faut placer la lettre 
suivante, que je viens de retrouver : 



« Mou cher maître, 

f Depuis votre charmant concert, j^ai été pris par des 
douleurs névralgiques si violentes, provoquées par le froid, 
qu'il m*a été impossible d'allervous remercier. C'est à peine 
si depuis quelques jours je sors vers midi pour prendre ua 
rayon du pauvre soleil parisien; aussi n^ai- je pu aller non plus 
à la réunion du 29 janviejr. J'espère bien cependant ({ue, le 
froid cessant, je reprendrai mon état normal, et alors je me 
et vous demande si je dois me tenir prêt pour la séance de 
ce mois-ci. ... 

Pardonnez-moi de ne pas aWev peciibnn vum jmnbis ^^qn'ii 



MELANGES. 348 

la rue'St-Georges,' mais je trouve que c'est déjà bien beau 
d'ailef jusqu'au Palais-Royal quand il fait du soleil. 

• Ua petit mot^ s'il vous platt, à un pauvre frileux qui 
^^relotte au coin de son feu, et croyez-moi, malgré cela, 
votre bien chaleureux admirateur et ami. 

( Salvador Danibl, 

« tl, rue Villcdo. 

<( Je rêve de la mélodie sur une note, 
« Jeudi, 7 février 1867. « 



Nous nous perdîmes de vue jusqu'à Tépoque de 
la Commune. J'ai su depuis que Salvador Daniel 
s'était trouvé, durant le siège, parmi les agresseurs 
de l'Hôlel-de-Ville, le 31 octobre, et qu'il y avait été 
blessé au bras. 

Durant la Commune, il se fit nommer directeur 
ou délégué des beaux-arts, et c'est en cette qua- 
lité qu'il convoqua les professeurs du Conservatoire 
par la fettre suivante : 

Le délégué de la Commune à renseignement invite les 
professeurs à se réunir au Conservatoire, le samedi, 13. du 
courant, à 2 heures, à l'effet de les consulter et de leur de- 
mander de formuler leurs vœux (mai 1811). « 

Cette convocation n'ayant réuni que quatre per- 
sonnes, dont deux dames, on la renouvela, abso- 
lument dans les mêmes termes, pour le samedi 
suivant* 



844 MU8IGIANA. 

Cejonr-là, Salvador Daniel vînt me trouver-à^la 
bibliothèque, où j'étais à mes fonctions. II était ae- 
compagne de deux autres délégués : Tun, nommé 
Chollet, élevé au Conservatoire et neveu d*ûn aii-' 
cien surveillant des classes ; l'autre, dont j'ignore le 
nom. Les trois délégués me demandèrent poliment 
de les suivre à la petite salle des réunions, où je 
trouvai deux professeurs, les seuls qui eussent ré- 
pondu à l'appel. Ce n'était sans doute pas bien mo^ 
deste, mais je parlai le premier, pour demander 
qu'on élaguât de la cour du Conservatoire les réu- 
nions qui s'y tenaient, depuis trois jours, par Un 
ramassis de toute sorte, sous le nom de Fédération 
artistique ; ils étaient trois à quatre cents, et quel- 
ques-uns avaient déjà demandé à coucher dans les 
classes. J'ajoutai que le Conservatoire était un éta- 
blissement purement artistique, complètement en 
dehors de la politique, qu'il fallait garantir et sàu-' 
vegarder les instruments de musique et la belle 
bibliothèque, sa plus grande richesse. 

Je pensais bien que parmi les trois délégués, le 
bibliophile ne resterait pas sourd à cette invocation. 
Salvador Daniel, en effet, très-calme jusque-là, s'a- 
nima et fit appeler le capitaine commandant la Fé- 
dération artistique. Ce capitaine était un jeune 
homme d'assez bonne mine ; il exhiba tout d'abord 
une autorisation de la mairie du IX* arrondisse- 
ment. 

Salvador : « Je m'en f . . . , je suis maître ici. » 



MÉLANGES.' S45 

_ Le capitaine : c Je reçois des ordres, et je m'en 
veL.. à mon tour, * 

- Ljà-rdessus, les deux interlocuteurs eurent, pen- 
dant dix minutes environ, ce qu'on appelle une 
conversation de crocheteurs, montée au dernier dia-' 
pason. 

Voyant qu'aucun des deux n'était disposé à céder, 
je ils observer que, la réunion de cette Fédération 
ayant lieu précisément en ce moment (il y avait déjà. 
deux cents personnes dans la cour), il serait diffi- 
cile défaire sortir tout ce monde, mais qu'à l'avenir 
on pourrait leur indiquer un autre lieu de réunion. 

Salvador : « Voyons, capitaine, si je vous don- 
nais le palais du Luxembourg ?» 

Le capitaine: € Le Luxembourg... attendez donc,. 
eli bien, oui, ça peut m' aller. » 

On se calma ; les deux personnages prirent ren- 
dez-vous à cinq heures, et le capitaine redescendit 
dans la cour. Les deux autres délégués ne dirent * 
pas grand'chose ; mais Salvador Daniel, s' expri- 
mant facilement, usa largement de cette facilité. Il 
fit un tableau de l'aurore nouvelle qui allait se le- 
ver sur les beaux-arts, il parla de la régénération 
du Conservatoire, et son discours aboutit à cette 
idée lumineuse, éblouissante : « Citoyens, il faut 
que sous la Commune le soleil luise pour tout le 
inonde ! Plus de privilèges, plus de professeurs qui, 
en petit nombre, absorbent à eux seuls ce litre de 
professeur du Conservatoire, s'en prévalant, et écra- 
sant par là le reste des talents de la France. Chaque 



S4G MUSIGIANA. 

classe, au lieu d'avoir un seul professeur, en auria 
dix, vingt, qui, à lourde rôle, exposeront leurs prin- 
cipes et inculqueront leur talent, leur science aux 
élèves. » 

L'un des professeurs présents prit la peine de dis- 
cuter sérieusement celte théorie, en affirmant que les 
élèves ne gagneraient rien à une telle diffusion d'en- 
seignement, qu'il fallait pour chaque instrument 
un professeur toujours le même pour les mêmes 
élèves, etc. • 

Cela durait depuis assez longtemps quand je tirai 
ma montre et, la tournant du côté de Salvador Da- 
niel, vis-à-vis de moi : « Vous voyez, i\ est quatre 
heures et demi, vous ne serez jamais à cinq heures 
au Luxembourg, y^ 

On se sépara, et sur le trottoir, devant la porte du 
Conservatoire, me trouvant seul avec Salvador Da- 
^niel, je lui observai qu'il jouait uhjèù dangereux. 
Il répliqua : « Oh ! je sais bien que je risque d'être 
fusillé, mais j'agis selon mes convictions.; » Sur ces 
mots, nous noiis séparâmes ; c'était le samedi 
20 mai. Le mardi, 23, il fut passé par les armes. 

Ici, j'invoque le témoignê^e de M. Parfait, pro- 
fesseur de droit, qui, demeurant vis-à-vis de Sal- 
vador Daniel (celui-ci habitait le n*» 13 de la rue 
Jacôb), a jpn raconter de visu les dernieirs moments 
dfe l'artiste dont nous parlons. 

Quand la troupe arriva dans ce quartier, un sous- 
lieutenant, avec dix honunes, entra dans la maison 
du 13. Salvador Daniel finissait de s'habiller,. et il 



MELANGES. 317 

i'aiit croire que l'idée de se sauver n'entrait pas 
dans son plan. Le sous-lieutenaht constata son 
identité, que Daniel ne nia nullement. On lé con- 
duisit dans la rue, où Salvador Daniel, défaisant 
sa cravate et montrant le, cou, dit : « Visez là. » 
Deux hommes seulement eurent ordre de tirer, et 
le malheureux tomba mort. Trois ou quatre heures 
après, le corps fut porté à l'amphithéâtre de rhôpi- 
talde la Charité, dirigé par le docteur Bourdon (4). 
En retrouvant la lettre de Salvador Daniel rejïro- 
duite plus haut, j'ai mis également la main sur celle- 
ci, qui a rapport à PascHal Grousset ; je la joins 
comme appendice: 

« Paris, le 8 janvier 1868. 
a Mon cher Weckerlin, - 

t Voici M. Paschal Grousset qui a quelque chose d'assez sérieux 
à vous demander. Il s'agirait de faire quelques conférences sur 
V Histoire de la musique. Ma besogne à TOpéra ne me permet- 
tant en aucune façon de faire quelque chose de semblable, je 
vous l'adresse, espérant que vous n'aurez pas les mêmes empê- 
chements que moi. Si vous pouvez acquiescer à sa demande, j'en 
serais personnellement enchanté et je vous en saurai gré. 

a Merci d'avance él tout à vous. 

« y. A. Gevaert. » 

A cette époque, Paschal Grousset vint me voir 
plusieurs fois, il m'a même écrit deux ou trois let- 
tres que je n'ai pu retrouver. J'étais alors trop 

(1) s. Daniel a publié, en 1863, une intéressante brochure : Ja 
Musique arabe. Cet opuscule est devenu rare. 



S48 MUSIGIANA. 

occupé pour faire les conférences dont il était ques- 
tion, et c'est M. Delsarte qui s'en chargea, sur 
ma demande. 



* 

¥ ¥ 



MUSIQUE DIABOLIQUE. 

Quand le roi d'Espagne, Philippe II, vint à 
Br;Hiell(^s ^n 4549, poi;r.yisUer .sf)n .péirA l'ôiBp^ 
reur Gharleô-Quiril, on yit entrè-aiiittès ic^oUisfis^ 
ces, une procession dès plusiingUlièreSi\Eni.tê 
marchait, un énorme taureau qui lançait du.feti phv 
ses cornes, entre lesquelles était assis un: petit 
diable. Devant le taureau caracolait un jeune gar- 
çon cousu dans une peau d'ours et ihonté sur un 
chevd auquel on avait coupé la queue et lesoreilles. 
Puis venait rarchahge saii^t Michel dans de. bril- 
lants atours, et tenant une balance à la main. 

Le plu« curieux était un chariot qui renf^errnait/ 
la plus singulière musique qu'on puisse iinaginer.; 
Il y avait là mn ours qui jouait de l'orgue ; en* 
guise de luyfCux, ,une vingtaine de boîtes^assez 
étroites renfermaient chacune un chat ; les queues 
sortaient et étaient , repliées aux touches - du , cla* 
vier par; une jfiçelle, .si, bi^n :qvie,ïq^and • qiî .pres- 
sait l'iine de oejs>touçhe§, la quQue correspondante 
se trouvait .fortement tirée, et produisait chaque 
fois uii miaulement lamentable. Lé chrohiqueilr 



MiLANOBS. 94B 

Juan Christoval Calvète, ^oule que les chats 
étaient rangés de façon à produire la succession 
des notes de la gamme... (chromatique, j'aime à. 
croire). 

Cet orchestre abominable était suivi d'un théâ- 
tre sur lequel dansaient au son de cette musique 
infernale des singes, des loups, des cerfs et d'au- 
tres animaux. 

On peut lire la relation de cette procession dans 



950 MUSIGIANA. 

le livre sur les Représentations en musique du 
Père Ménestrier (1681), et dans les Denkwûrdig- 
keiten de Samuel Baur (1830, tome XI). 

On a vu page précédente la réduction d'une gra- 
vure par de La Vigne (attribuée à Callot), que 
G. Kastner analyse longuement dans sa Parémiolo- 
gie, page 23. 

Ce n'est pas Forgue aux chats de- la procession 
de Bruxelles en 1549, puisque l'ours est remplace 
par un Iruand, et que le reste de l'entourage eut un 
peu changé; mais cette musique harmonieuse eut un 
succès si prodigieux qu'on en renouvela l'audition 
dans la suite, par exemple à Saint-Germain en 1753, 
à Prague en 1773. 

L'artiste a sans doute reproduit la scène musico- 
féline, décrite par Krunitz dans son Encyclopédie, 
cet orchestre de chats si merveilleusement disposé 
selon le .diapason des voix et qui fonctionnait d*une 
manière très-agréable. 

■ 

* 

¥ ¥ 

Une dame qui, dans une compagniet faisait la 
belle chanteuse, et qui ne pouvait pas achever son 
air, dit à un homme d'esprit/ assis à côté d'elle: « Je 
vais le prendre en si. — Non, piadame, restez en 7d. » 

L'auteur de ce livre va en faire autant. 

Va le te ^ 



FIN 



> X 



TABLE DES NOMS ET DES CHOSES 



Abonnement de musique (1*) 254 
Adresses de compositeurs 

et de chanteurs en 1822. 66 
Adresses de musiciens en 

.1785,, , 269 

ATranio 91 

Alexandre le Grand 124 

Amphion 5 

Ancina . 135 

Aufossi... 226 

Annonces de 1761 266 

Apollon moderne (L') 128 

Applaudissements 264 

Arnoulx •.... 14 

Auber..... ... . 21 é, 287 321 

Audimont(D') 270 

A'urillette (L*) ...,...'.. 129 

B 

Bach (S.) 148. 333 336 

Bachaumont. — Ses Mémoi- 
res 155, 177 180 

Bacilly 277 

Baïf. — Son académie dé 

musique. 46 

Balbastre 228 

Barres démesure 22 

Barthe : 192 

Basson (Le) 91 

Bâton de mesure 158 

Bazin (M.) 222 

Bechstein 235 

Beethoven 184 301 

Boraetzrieder. — Son en- 
seignement ... 68 

Benda 161 



Berlioz f\\\^ tiU 323 

Berton (H.) 197 

Bérrnger '. . . . 308 

Beser (Alphonse dc^' £71 

Biéval (xM.) 209 

Binet (Etienne) 9 

Uoësset 140 282 

Bœuf-Gras aux Tuileries. . 179 

Boïeldieu 290 

Bonîn • 268 

Borin. 243 

Bottée de Toulmon 85 

Bourdelot. . . . 140, 156. 282 284 

Brette (M.).... 321 

Brijon .....' 128 

Burney 227 



Caquets de roccoirchée,-. . . 247 

Carbasus' • . . 99 

Caresana 85 

Carnaval de Veiiide (air du). 264 

Carolet 121 

Castil-Blaze 265 

Castrats à Naples 230 

Caus ($alomon de). Instiiu-. 

tion .l^arm.onique 40 

Censure théâtrale à Rome. 249 

Cérémonial des joueurs de - 

trompettes et de timbales 110 

Chanson sur les ménétriers 96 

Chant (L'art du) eu 1668. . . 277 

Chapelle Sixtine 230 330 

Charlemagne 115 

Charmes de la nmsique 

sacrée •••••. ^46 

ChédeviUe 117 



352 



MUSICIANA. 



Chérabini. 196,311, 825,327 

Christoval 

Cicôron 

Cifolelli 

Cimarosa 225 

Circolo 

Clarinette (La) 

Clavocin (Le) . . . . 88, 228, 

Clavecin électrique 

Clément! 

Ciérembault 

Clés 

Colasse.. 

Concert spirituel 

Confrérie de Saint- Julien.. 

Confucius 

Conort ... : 

Consonnance ^ . . 

Contre-marques japonaises. 

Cor de chasse (Le) 

Corelli 

Corrette.. 103, 121 

Corrozet (Gilles) 

Crescentini. . • . • • 

Crotch 



Dalayrac 

Daquin... 

Delair, Traité de théorbe. 

Delsarte 

Denis 

Denner.^ , 

Dépôt delà musique (Le).. 
Description des sept arts 

libéraux 

Dessau 

Devismes, pasilogie 

Dey d'Alger à rOpéra (Le). 
Diapason ...%.... 



331 
353 

114 
264 
333 

80 

91 
267 
267 
293 
244 

20 
155 
227 

94 

138 

238 

9 

287 

91 
148 
256 
273 
136 
163 

295 
194 

27 
352 
242 

91 
259 

6 
265 

33 
344 

20 



Diderot 68 

Diminutions 281 

Do et ut...." 22 

Doles 167 

Donjon... 125 

Dorus 125 

Dryden 124 

Duhaler 133 

Duplant (Mlle) 271 

Dupuy(Mlle) 152 

Dussek 298 

E 

Elégie 24 

Eléphants musiciens .* 284 

Elisabeth d'Angleterre.... 146 

Engramelle.-La tonotechnie 92 

Entr'actes 264 

Epithètes Arançoises de 

Daire 23 

Erard (S.). 91 

Essay des merveilles de 

nature 9 233 

i 

F 

Fabre d'Olivet 319 

Farinelli 136 

Farrenc (A.) 208 

Félis, Musique mise à la 

portée de tout le monde. 18 

— Biographie des musiciens 50 

— Programmes de ses con- 

certs historiques 56 

Fétis... 136,151, 194, 317 831 

Flûte 91 

Folengius 102 

Foulques II 47 

Fournier (Ed.) 223 

Fourtou (M.) 125 

Frédéric le Grand.... 160 162 

Fumier en plain-cbant (Le) 126 



TABLE. 



S5a 



G 

Gabrîelli (La), 13G 

Galien 124 

Galpubet (Le). H6 

Gamme 9 19 

Ganlez 15, 238 322 

Garât, 180 

— (Fabry) ^95 

Gardeton 204 

Gaveaux-Sabatier(Mme)... 178 

Gavinîès. 149 

Gevaept 351 

Gluck 177 224 

Gode save (Le) 244 

Gozargue (L'abbé) ,..,.... 271 

Grassalkowitsch 166 

Grétpy.... 179 229 

Guédron 282 

Guhp 200 

Guimbarde (La) 107 

H 

Habeneck 344 

Haendel 164 

Happe (La).... 87 90 

Hâptel 300 

Haussmami (M.) 203 

Hautbois (Le) 91 

Haydn ( J.) 150, 226, 269, 292 . 300 

Hepmophile 132 

Hépodote 114 

Hcpvieux de Chanteloup.. 236 

Hochbpuckep ' 90 

Holzbauep 231 

Homèpe 114 

Hyène (L'j 128 

I 

Instpumeiïts de musique 

en 1636 89 



Instpumcnls des Hébpeux. 86 

Intermèdes d'Esther 241 

Isocrate ....*..... 112 

J 

Jannequin.^La Bataille de 

Marignan 145 

Jubal. 3 15 



Kastner (G.) 305 354 

Kelly 163 

Kipchep 147 

Krantz 152 

Kreutzer (R) 265 

L 

La Borde..... 267 

La Ghevardière.' 257 

Laitièpe de Trianon (La). . . 209 

Lalouette 155 

Lambept 141,142 282 

Lappivé 271 

La Seppe 264 

LeBailly 280 

Leblanc. — La basse de 

viole 104 

Lebretou 151 

Lebpun (Mme) 272 

Le Cepf de la Vieville 280 

Legentil (A.) •.... 189 

Legpos 271 

Léopold I«' 143 

Levasseup 184 

Limeuil (Mlle de) 145 

Lîmma 19 

Louis XIII 140 

Louis XIV.... .... 152 

Lully. — Ses dédicaces au 

roi 29 

— Anecdotes sur sa vie. 153 



354 



MUSieiANA. 



Luth (Le) ^7, 94, 97 230 

Luther 16 

Lycurgnc. .* 4 

Lyre 19 90 

M 

Maelzl 304 

Maison de Beelhpyen (La). 185 
Manies de quelques compo- 
siteurs 225 

Mansui 301 

Marais 141 

Marche du czar 265 

Marchesi 136 

Mariage du Figaro, de Mo- 
zart 333 

Marmontel (M.) 222 

Marquet 131 

Marseillaise (La> 231 

Martin 271 290 

Mattheson. — Défense de 

l'orchestre 26 

Maurice de Saxe-Merse- 

bourg 162 

Médée travestie 120 

Méhul 290 

Ménesirandie 94 

Menuet du roi de Prusse 93 
Menuet de l'empercur Léo- 

poldl*'.... 144 

Merveilles de nature, pnr 
René François, V, Essay . 

Métastase 229 

Meyerbeer 202 232 

Meyfred 344 

Meysenberg 262 

Michon 98 

Mira (Mlle) .209 

Mirabeau 146 

Mirliton * 88 



Miroglio. 257 

Modes grecs il 

Monteclair. — Méthode de 

musique 28 

Monnais (Ed.^ 197 

Moreau 241 

Moulinié 142 

Mozart 164 - 

— composition faite à l'âge 

de 5 ans. 176 230,273 333 

Musette (La) .99 

Musique (son origine.* ..... 3 

— Définition........ 7 49 

— céleste 13 

— descriptive 24 

— (Arrêté contre la).... 122 

— curâtive 133 131 

~ agricole Iîi5 

— diabolique 352 

— japonaise 285 

— théorique et pratique 

dans son ordre na- 
turel 243 

Nicolo 316 

Niert (De) 14* 

Nivers . .' < 244 

Noblesse ne déroge pas au 

théâtre (La' 155 

Nourrit 184 

Ole Bull 201 

Opéra (L*) ^ 228 

— (Liste des chefs d'or- 

chestre de 1') 288 

Orfila (Les salons) 341 

Orgues 231 

— de Barbarie • 92 

Orphée 4 



TABLE. 



355 



Oiidet 260 

Ouverture de don Juan (L') 166 

P 

Pàër 225 

Paganini i09 265 

Paisiello 225 

Palestrina 330 

Pahna 135 

Paradis et de ses mer- 
veilles (Du) •. .. 12 

Parfait ^M) :;...-. 350 

Paschal Groussel 351 

Pellegrin (l'abbé;...- 158 

Pergolèse (la Sicilienne) , . 253 

Pélers ■ 254 

Philippe V. .. , 1.36 

Piano 267 

Piecinelli (Mlle) . . . .- 257 

Piganiol de la Force. ...... 242 

Plessy (Mlle^ 237 

Pleyel (J.) 175 289 

Polonais (Le) 97 

Ponchçird. 184 

Porta, magia naturalis. 115 131 

Propriété musicale 263 

9 

Quantz..^ 120 162 

Quinte superflue (La) 287 

R 

Rabelais 45 88 

Raff 136 

Rameau 150 228 

Rébec(Le) 94 

Hébel et Francœur 193 

Reichâ 309 

Reissiger 192 

Rémi 158 

Réminiscences (Les 279 



Requiem (Le) de Mozart. . 168 

Retz (Lo cardinal de) 141 

Reuter 151 

Riepel. — Principes de 

composition ,. . . 79 

Hies (F.) 315 

liochlitz 1^9 

Roi des ménétriers (Le) .... 95 

Rossignol (Le chant du).. 232 

Rossini 203,265; 338 

Rouget de Lisle 905 

Rousseau (Jean) 101 

Roze (L'abbé) 271 

Hoze (Mlle Marie) 220 

Riickert ... 228 

ii 

Sacchini. 225 

Sqint-Çyr , ....... 240 

Saint- Georges 270 

Saint-Huberti (Mlle) 272 

Salieri 224 

Salles de spectacle çn Italie 229 

Salvador Daniel 345 

Samber 36 

Santini (l'abbé)... 253 

Sarti 224 

Sauvai 145 

Scarlatti 146 

Schneider 131 

Sénésino 136 

Serins (Nouveau traité des) 236 

Sheridan 163. 

Silbermann 267 

Simon (M.) 262, 268 

Sonate du Diable (La). . . . 149 

Son grave et son aigu 21 

Sorel 47 

Spangenberg 48 

Spontini 312 



856 



MU^IGIÀNA. 



SiaêKMme de) 

Steibelt 

StoUwerck 

Strunck. «... 

Suétone 

Sûssmayer 

— Lettre sur le Requiem, 

T 

Taffnnel 

Taglioni (Mme) 

Tallemant des Réaux 140, 

143 

Tambourin (Le) 

Tambours (Les) 

Tarentule (La), 

Tappert(W) 

Tartinî..... 

Tempérament 

Terpandre . . .^ 4 

Thaïes 4 

Théorbe 

Thomas (A.) 220 

Tierce de Picardie 

Timbales 

Todi(Mme) 

Torlez 

Tourdion 

Tournatoris 

Tout est bien qui finit oien. 

Trafic musical. 

Tremblement 

Trompettes anciennes.. ... 
Trompettes (cérémonial) .. 
Tulou..... 

Turbri.: '. 



16 
29e 

92 
148 
284 
168 
170 



125 
209 

264 
116 
86 
134 
231 
148 
8S 
124 
123 
278» 
221 
23 
110 
272 
271 
16 
283 
178 
260 
82 
85 
110 
125 
29 



Turpin . . 
Tyrtœus 
Tyrtée . . 



Valdabrinî. 

Vallier 

Verdi 

Véron 

Viardot (Mme) 

Vidal 

Vielle 87,94, 98,98 

Vîgneul de Marville 

Viole (La) 

Viole d'Orphée ,.[] 

Violon 22 

Violoncelle 

Violons à la Comédie fran- 
çaise 

Viotti 

Vogler (L'abbé)... 

W 

Wallsegg 

Wegeler et Ries. 

Weber (G. M. de) 

Woldemar. — Les com- 
mandements du violon.. 
Wolff (M.A.) 

Yver (Le Printemps de 
Jacques) 

Zingarelli 

Zoroastre 

Zurlaubes (Marche des)... 



111 
5 



20a 
265 
223 
345 
253 
117 
268 
132 
101 
103 
106 
22 

48 
177 
270 

168 
189 
190 

106 
221 



275 

225 

4 

238 



Clicut. - Imp. Paul Ddfost, rue da fiac^^AsDièWB, 12. (leiO, 1-7) 






Musiciana; extraits d'ouvrages rare 



BDI7494 




3 2044 041 192 527